Paul Bernard (polytechnicien)

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Paul Bernard
Description de l'image Paul Bernard (1892-1960).jpg.
Alias
Martinet
Naissance
Noisy-le-Sec
Décès
Paris
Nationalité Drapeau : France Française
Diplôme
Profession
Chef d'entreprise
Autres activités
Résistant
Distinctions

Paul Bernard, né le 29 octobre 1892 à Noisy-le-Sec, mort le 21 septembre 1960 à Paris, ancien élève de l'École polytechnique, a dirigé pendant la Seconde Guerre mondiale l'un des plus importants réseaux de résistance, le réseau Alliance. Au lendemain de la guerre, il a fondé en 1946 et présidé jusqu'à sa mort la compagnie aérienne Transports aériens intercontinentaux (TAI) absorbée depuis par Air France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant guerre[modifier | modifier le code]

Paul Bernard, après ses études au collège Rollin, entre à l'École polytechnique en 1911 et sort 141e de sa promotion en 1914[1].

Il est officier dans le 3e régiment d'artillerie de campagne pendant la Première Guerre mondiale dont il sort avec le grade de capitaine[N 1] et décoré de la croix de guerre[2].

Affecté d'abord au Tchad dans les forces coloniales après la guerre, il rejoint Hanoï comme officier d'ordonnance du gouverneur général d'Indochine en 1923, puis entre à la Société financière française et coloniale deux ans plus tard en tant qu'inspecteur général des sociétés du groupe jusqu'en 1931[3]. Il prend ensuite la direction générale de la société puis rentre en France en 1933 où il est administrateur délégué de la société à Paris. Pendant toute cette période, il écrit trois essais :

  • L'Indochine et la crise, le problème du riz, imprimé en 1932 par J. Aspar à Saïgon,
  • Le Problème économique indochinois, sorti en 1934 aux Nouvelles Éditions Latines,
  • Nouveaux aspects du problème économique indochinois, publié en 1937 chez Fernand Sorlot.

En 1940, après six mois en tant qu'officier d'artillerie au front, il prend la présidence du Comité d'organisation des productions industrielles coloniales (COPIC)[4].

Résistant[modifier | modifier le code]

Paul Bernard, tout en conservant ses fonctions dans la vie civile, entre au moment même de sa création dans le réseau de résistance Alliance, créé par Georges Loustaunau-Lacau en 1940[5], puis dirigé après son arrestation par Marie-Madeleine Fourcade et Léon Faye.

En juillet 1943, Paul Bernard en prend la tête sous le nom de code de Martinet[6]. Ce réseau de renseignements, rattaché à l'Intelligence Service britannique, est l'un des plus importants de la guerre ; il comptera jusqu'à 3 000 membres[N 2] et couvrira toute la France[7].

Le 17 mars 1944 à Paris, alors qu'il arrive à un rendez-vous avec son estafette pour lui remettre des messages, Paul Bernard est arrêté par la Gestapo qui l'interroge et le torture au 84 avenue Foch (en), le soumettant notamment au supplice de la baignoire[8]. N'avouant rien, il est incarcéré d'abord à Fresnes puis déporté le 8 avril à la prison de Kehl[9] où il est brutalisé et soumis au régime « Nuit et brouillard ». Il est en effet soupçonné de contacts avec des généraux allemands impliqués dans l'attentat contre Hitler[10]. Le 13 novembre 1944, il est transféré à la prison de Moabit, à Berlin, dont il sort le 22 avril 1945, lorsque les Allemands libèrent tous les prisonniers. Après avoir subi les combats extrêmement violents de la dernière heure à Berlin, il est finalement rapatrié à Paris par un avion américain en juin 1945[11].

Fondateur et Président de la TAI[modifier | modifier le code]

Le 1er juillet 1946, un Junkers Ju 52 décolle du Bourget pour rallier Londres. C'est le premier vol des Transports aériens intercontinentaux (TAI), compagnie aérienne créée par Paul Bernard avec le colonel Paul Genain sous la forme juridique originale de société anonyme à participation ouvrière[12].

La compagnie voit son trafic évoluer très fortement jusqu'à 369 millions de passagers-kilomètres en 1960 et passe de 171 salariés en 1947 à plus de 2000 en 1960[13]. Le réseau s'étend parallèlement avec notamment des escales en Afrique (Bamako, Abidjan, Douala, Libreville, Djibouti, Madagascar), en Asie (Karachi, Calcutta, Saïgon et Hanoï), puis sur les îles françaises du Pacifique (Nouméa en 1956 puis Bora-Bora en 1957 et enfin Tahiti en 1960). En effet, le 16 octobre 1960, un Douglas DC-7 de la TAI inaugurait la piste de l'aéroport international de Tahiti Fa'a'ā dont la construction doit beaucoup à Paul Bernard[14].

Plus tard en 1963, la TAI fusionnera avec l'Union aéromaritime de transport (UAT) pour créer l'Union de transports aériens (UTA)[15], laquelle sera fusionnée avec Air France en 1992.

Parallèlement à ses fonctions d'industriel, Paul Bernard était membre du Conseil économique et social[N 3] et du Conseil national du patronat français (CNPF)[16].

Décorations et hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Dans la commune de La Rochette (Savoie), la rue Paul-Bernard a été baptisée ainsi en raison de son amitié avec Maurice Franck, président fondateur de la Société des cartonneries de La Rochette[N 4], dont la première usine fut installée dans la commune. C'est en 1938 que les deux hommes s'étaient rencontrés, alors que Paul Bernard était chargé de la gestion des Papeteries d'Indochine[17].

Une stèle a été édifiée à la mémoire de Paul Bernard, à l'aéroport de Fa'a'ā, sur l'île de Tahiti. Paul Bernard avait en effet longuement insisté auprès des autorités politiques de l'époque pour que se réalise la construction de la piste de Tahiti/Faa'a qui devait permettre de désenclaver les îles françaises du Pacifique[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il sera nommé chef d'escadron de réserve en 1939 puis colonel de réserve après la guerre
  2. Son épouse Elda, sous le nom de code Chinchilla, y a assuré la fonction de porteur de messages à bicyclette
  3. Nommé par le gouvernement en juin 1959
  4. Olivier Bernard, fils unique de Paul Bernard né le 3 octobre 1936, deviendra cinquante ans plus tard directeur général du groupe La Rochette

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Base matricule Famille polytechnicienne (anciens élèves) »
  2. Hervet 1962, p. 27
  3. Hardy 1995, p. 300
  4. Jean-François Eck, Histoire de l'économie française : de la crise de 1929 à l'Euro, Armand Colin, , 366 p. (ISBN 978-2-200-24517-7)
  5. Hardy 1995, p. 313
  6. Fourcade 1968, p. 443
  7. Réseau Alliance
  8. Fourcade 1968, p. 557
  9. Rodriguez 1958, p. 93
  10. Hervet 1962, p. 96-100
  11. Hervet 1962, p. 103-104
  12. Brochure huitième anniversaire TAI, 1954
  13. Hervet 1962, p. 116
  14. « Historique des réseaux de la TAI »
  15. « UTA, l'autre compagnie, avril 2007 »
  16. Hervet 1962, p. 110-118
  17. Hervet 1962, p. 61
  18. « Hommage à Paul Bernard, initiateur de la piste de l'aéroport », La Dépêche de Tahiti,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Hervet, Une valeur humaine, Paul Bernard, 1892-1960, Éditions France Empire, , 173 p.
  • Andrew Hardy, Les opinions de Paul Bernard (1892-1960) sur l'économie de l'Indochine coloniale et leur actualité, Revue française d'histoire d'outre-mer, , 43 p. (lire en ligne)
  • Paul Bernard, Le problème économique indochinois, Nouvelles Éditions latines, 1934, 424 p.
  • Marie-Madeleine Fourcade, L'Arche de Noé, Fayard, , 717 p.
  • Captain Ferdinand Rodriguez, L'Escalier de fer, Éditions France Empire, , 301 p.
Jean-François Klein, « Paul Bernard (1892-1960) » dans Jean-Claude Daumas (dir.), Dictionnaire historique des patrons français, Paris, Flammarion, 2010, 1 614 p., p. 81-84.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]