Patrouille des glaciers

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Patrouille des glaciers
Généralités
Sport Ski-alpinisme
Création avril 1943
Autre(s) nom(s) PDG
Organisateur(s) Armée suisse
Éditions 21
Périodicité deux ans (avril)
Lieu(x) Valais, Drapeau de la Suisse Suisse
Participants 4800 (en 2018)
Site web officiel Site officiel
Départ depuis Arolla (édition 2006)

La Patrouille des glaciers (PDG) est une course internationale de ski-alpinisme organisée tous les deux ans par l'armée suisse, ouverte à des équipes de trois militaires ou civils : les patrouilles. Elle a lieu sur les crêtes alpines au sud du canton du Valais, à la fin du mois d'avril. Il existe deux parcours :

  • le parcours Zermatt - Arolla - Verbier est de 53 kilomètres (courses Z1 et Z2), soit l'équivalent de 110 km/effort (dit : « grande patrouille »).
  • le parcours Arolla - Verbier est de 27 kilomètres (courses A1 et A2), soit l'équivalent de 53 km/effort (dit « petite patrouille »).

Chaque patrouille est composée de 3 membres qui, pour avoir le droit de participer à la course, doivent pratiquer régulièrement des randonnées et des courses en montagne, être très bons skieurs, savoir skier « encordés » et être capables dans des conditions normales d'effectuer les tronçons de Zermatt à Arolla en 8 h 30 et d'Arolla à Verbier en 8 h 30.

La Patrouille des Glaciers fait partie de la Grande Course avec la Pierra Menta, le Tour du Rutor, l'Altitoy, l'Adamello Ski Raid et le Trophée Mezzalama.

Histoire[modifier | modifier le code]

La patrouille a des origines militaires. Durant la Seconde Guerre mondiale, à l'initiative de deux capitaines de la brigade de montagne 10 (Rodolphe Tissières et Roger Bonvin, futur conseiller fédéral), l'Armée suisse organise une course réservée aux soldats des troupes de montagne pour développer leur endurance, leur courage, leur ténacité, ainsi que l'esprit d'entraide et d'initiative[1],[2]. La première édition, dirigée par le capitaine Rodolphe Tissières, a pris le départ dans la nuit du au [3],[4]. Cette année-là, 18 patrouilles, chacune de trois membres, parcourent 63 kilomètres et 7'600 mètres de dénivellation depuis la Cabane de Schönbiel (de), au dessus de Zermatt, pour rejoindre Verbier. La patrouille de Bagne (appointés Ernest Stettler, René Fellay et Adrien Morend) remporte l'épreuve en 12 heures et 7 minutes, suivie par la patrouille d'Hérens, la seule équipée d'une boussole (sergent Basile Bournissen et appointés Julien et Victor Mayoraz), en 12 heures et 19 minutes[1],[2],[4]. En 1944, 44 équipes participent à une étape allongée élaborée à nouveau par le capitaine Roger Bonvin[4].

Durant quelques années, la course n'est plus organisée en raison de l'opposition qu'elle aurait pu rencontrer auprès de la population, saturée de tout effort militaire supplémentaire après les années de mobilisation. C'est le que la course reprend, mais le décès de trois soldats d'Orsières (Maurice Crettex, Robert Droz et Louis Thétaz; patrouille des Dranses) dans une crevasse du glacier du mont Miné provoque une polémique. L'organisation de la course est alors interdite par le Département militaire fédéral[4].

En 1983, grâce à l'insistance durant 7 ans du lieutenant-colonel René Martin et du capitaine Camille Bournissen, fils du guide et sergent Basile Bournissen, le commandant de corps Roger Mabillard, chef de l'instruction de l'armée, autorise l'organisation d'une nouvelle Patrouille des glaciers. Le , la compétition est ainsi relancée sous la responsabilité du divisionnaire Adrien Tschumy, commandant de la Division de montagne 10[4],[5]. Elle est toujours organisée par l'armée qui assure le bon déroulement de la compétition, sans publicité ni parrains. Cette année-là, 190 patrouilles s’élancèrent dans la course. Le rythme d'une organisation bisannuelle a été défini. La course est également plus ouverte avec la possibilité pour les civils (hommes et femmes) d'y participer.

En 1986, les conditions météorologiques déplorables forcent les organisateurs à interrompre la course. En 2002, la même mésaventure se produit. En 2004, une équipe étrangère s'est imposée pour la première fois. La même année, la course a compté 2 934 inscrits (environ 60 % de patrouilles civiles, les 40 % restant étant des patrouilles militaires), dont 984 inscrits pour la grande course, 636 et 1 314 pour les courses sur le petit parcours.

En 2006, les organisateurs sont forcés de refuser un millier d'inscriptions. Pour la première fois, une seconde course est organisée depuis Zermatt. Les médias soulèvent toutefois le problème du dopage : les patrouilleurs ne sont soumis à aucun contrôle ce qui alimente les rumeurs sur les performances des participants. Le commandant de la course, le brigadier Marius Robyr, refuse d'imposer des contrôles et met en avant l'esprit de la course, l'honnêteté des participants qui s'alignent dans d'autres compétitions où des contrôles sont effectués et l'absence de gains financiers pour les vainqueurs[6]. Un cas de dopage a été annoncé à l'issue de l'édition 2008. Dix concurrents avaient été contrôlés[7].

En 2012, les organisateurs sont contraints d'annuler la course Zermatt-Verbier du jeudi pour cause de vent. Quant aux courses du samedi, elles furent stoppées et certains départs n'eurent pas même lieu pour cause de coulées de neige le long du Lac des Dix. Ainsi durant cette édition seule la course Arolla-Verbier du jeudi pu se dérouler dans son intégralité.

La course sera reconduite en 2014, 2016 et 2018.

Un patrouilleur de la course Zermatt-Verbier (poste d'Arolla)

Chiffres[modifier | modifier le code]

Au total, environs 1500 membres de l’armée suisse sont engagés avant, pendant ou après la course (principalement dans le cadre de cours de répétition). Durant la semaine de course, le nombre d'engagés atteint 800. Le budget de l'évènement est de l’ordre de grandeur de 5,8 millions de franc suisse (comprenant les sponsors, les coûts d’inscriptions et la comptabilité de troupe).

Records[modifier | modifier le code]

Hommes[modifier | modifier le code]

Le meilleur temps est de 5 heures 35 minutes et est détenu par une patrouille italienne, composée de Robert Antonioli, Matteo Eydallin et Michele Boscacci, lors de l’édition 2018.

Femmes[modifier | modifier le code]

Le meilleur temps est de 7 heures 15 minutes lors de la course de 2018 et l’œuvre de la patrouille composée de la Suissesse Jennifer Fiechter et des Françaises Axelle Mollaret et Laetitia Roux.

Le record précédant était détenu par Laetitia Roux, Maude Mathys et Séverine Pont-Combe depuis 2014. L’équipe avait effectué le parcours en 7 heures 27 minutes.

Postes[modifier | modifier le code]

Plusieurs points de ravitaillement et de contrôle sont répartis entre Zermatt et Verbier :

Nom Distance depuis Zermatt Altitude
Zermatt 0 km 1 616 m
Sud de Schönbiel 8 km 2 600 m
Nord de la Tête Blanche 16 km 3 650 m
Col de Bertol 20 km 3 279 m
Plans de Bertol 23 km 2 664 m
Arolla 28 km 1 980 m
Col de Riedmatten 33 km 2 919 m
Pas du Chat 35 km 2 581 m
La Barma 38 km 2 581 m
Rosablanche 43 km 3 160 m
Col de la Chaux 47 km 2 940 m
Les Ruinettes 49 km 2 195 m
Verbier 53 km 1 520 m
Patrouille des glaciers.jpg

En vert : Zermatt (départ)

En rouge : Verbier (arrivée)

  1. Schönbiel
  2. Tête blanche
  3. Col de Bertol
  4. Arolla
  5. Col de Riedmatten
  6. Pas du chat
  7. La Barma
  8. Rosablanche
  9. Col de la Chaux
  10. Les Ruinettes

Le dénivelé total est de 3 994 mètres en montée et 4 090 en descente.

Règlement[modifier | modifier le code]

Catégories[modifier | modifier le code]

Les participants sont divisés en deux groupes : civils et militaires. Les catégories sont les suivantes (règlement de 2006) :

  • patrouilles féminines civiles
  • patrouilles masculines ou mixtes civiles
    • seniors I (total des âges des trois patrouilleurs inférieur à 102 ans)
    • seniors II (total des âges des trois patrouilleurs compris entre 103 et 132 ans)
    • seniors III (les patrouilles restantes)
  • patrouilles féminines militaires
  • patrouilles militaires internationales (seulement pour la course A)
  • patrouilles militaires suisses
    • militaires I (total des âges des trois patrouilleurs inférieur à 102 ans)
    • militaires II (total des âges des trois patrouilleurs compris entre 103 et 132 ans)
    • militaires III (les patrouilles restantes)
  • patrouilles féminines civiles internationales (seulement sur parcours A2)
  • patrouilles masculines civiles internationales (seulement sur parcours A2)

Matériel[modifier | modifier le code]

Chaque patrouille doit être équipée avec le matériel suivant (règlement de 2014) :

Matériel individuel[modifier | modifier le code]

  • des skis avec des carres métalliques
  • peaux de phoque
  • Une paire de bâtons de type alpin ou de fond
  • sac à dos avec deux points d'attache des skis (portage)
  • appareils détecteurs de victimes d'avalanche (DVA)
  • casque
  • pelle à neige
  • une sonde à neige d'au minimum 240 cm
  • une couverture de survie d’une surface minimale de 1.80 m2
  • paire de lunettes de soleil filtrantes ou une visière adaptée au casque
  • masque de ski (pour les patrouilleurs de Zermatt)
  • baudrier
  • lampes frontales

Matériel par patrouille[modifier | modifier le code]

Controverses[modifier | modifier le code]

Certains estiment que la course constitue actuellement une banalisation de la haute montagne. C'est le cas du guide Werner Munter qui relève que beaucoup de participants ne sont pas des alpinistes et ne parcourent la distance que grâce à la préparation de la piste par l'armée. Il appelle à un redimensionnement de la course[8]. De plus, une partie importante du tracé traverse le district franc fédéral de la Dixence et touche celui de Mauvoisin. L'ampleur actuelle de la course, ainsi que les préparations et entrainements préalables des concurrents pourraient donc avoir un impact négatif sur la faune, bien que la majorité des espèces vivent en contrebas en hiver et que les organisateurs fassent le maximum pour s'en tenir au tracé[9]. De leur côté, les organisateurs de la course mettent en avant la cohésion du pays autour de cet évènement, la solidarité se déployant entre les membres d'une même patrouille, ainsi qu'avec les spectateurs et les organisateurs, et la collaboration fructueuse des instances civiles et militaires autour de l'évènement[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) E. John B. Allen, Historical Dictionary of Skiing, Scarecrow Press, coll. « Historical Dictionaries of Sports », , 320 p. (ISBN 0810879778 et 9780810879775).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Patrouille des glaciers : Zermatt-Verbier par la Haute-Route », Journal et feuille d'avis du Valais et de Sion, vol. 41, no 48,‎ (lire en ligne).
  2. a et b « Patrouille des glaciers », Le Rhône, vol. 15, no 33,‎ (lire en ligne).
  3. « La Patrouille des Glaciers a 70 ans: notre dossier », Le Nouvelliste,‎ (lire en ligne).
  4. a b c d et e Dominic-M. Predrazzini, « La patrouille des glaciers », Revue Militaire Suisse, vol. 131, no 1,‎ (lire en ligne).
  5. Jean-Marc Rapaz, « L'homme qui a ressuscité la Patrouille des glaciers », Générations,‎ (lire en ligne)
  6. swissinfo, « Une ombre sur la Patrouille des Glaciers », sur swissinfo.org, (consulté le 29 octobre 2018).
  7. si/rou, « PdG: un premier cas de dopage », sur rts.ch, (consulté le 29 octobre 2018).
  8. a et b Martine Brocard, « Faut-il maintenir la Patrouille des Glaciers dans nos montagnes ? », Les Alpes, no 4,‎ .
  9. Eric Felley, « Les Alpes sont devenues une immense place de jeu », sur lematin.ch, (consulté le 29 octobre 2018).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]