Histoire de la fortification bisontine

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Plan des principaux forts de la ville.

L'agglomération de Besançon et de sa périphérie sont riches d'un important patrimoine militaire hérité de quinze siècles de mise en défense.

Aux remparts médiévaux protégeant le centre historique (la Boucle) et les quartiers de Battant, Rivotte et Charmont, ont succédé les transformations opérées à l'époque de Charles Quint puis sous la courte domination espagnole. C'est Louis XIV qui, dès la conquête de la Franche-Comté, a fait réaliser les nombreux remaniements, en grande partie visibles aujourd'hui. Ce sont ceux-ci qui ont valu l'inscription au patrimoine de l'humanité (UNESCO) des fortifications de Vauban. Sous la période révolutionnaire et durant la monarchie de Juillet, l'érection de lunettes et forts a constitué un premier « élargissement » de la place avant la constitution d'un camp retranché. Ce dernier, en projet sous le Second Empire, a été construit sommairement à la suite des premières défaites de la guerre de 1870, avant sa réalisation définitive entre 1872 et 1892. On signalera aussi la réalisation ultérieure de batteries terrassées et autres travaux de mise en défense au début de la guerre de 1914, et de plates-formes de défense contre aéronefs entre les deux guerres mondiales.

En définitive, les fortifications de Besançon n'eurent à soutenir un siège ou un blocus qu'en 1289 (Rodolphe de Habsbourg), 1668 et 1674 (Louis XIV), 1814 (Sixième Coalition), et 1871 (Guillaume Ier). Sur ces cinq affrontements, trois se terminèrent à l'avantage des défenseurs, seules les armées françaises parvenant à franchir les défenses de la place.

Fortifications[modifier | modifier le code]

Citadelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Citadelle de Besançon.

Sa construction débuta après la première conquête française (1668), les Espagnols s'inspirant du projet de Vauban, qui avait amorcé les travaux durant trois mois, pour construire ce qui deviendra le front royal face à la ville et le front de secours dominant la combe, ainsi que deux murailles de faible hauteur les joignant en bord de falaise. Le corps de place est sobrement aménagé avec casernes, magasin, citerne, corps de garde...

Dès la seconde conquête, Vauban reprend son projet en remaniant les parties construites (les murailles sont épaissies et élevées jusqu'à 15/20 m), et en constituant un second front face à la ville, le front Saint-Étienne. Les piles d'un pont seront érigées en sortie du front de secours. Les travaux structurants s'étaleront de 1675 à 1683, mais la citadelle ne sera totalement terminée qu'en 1711 avec tous les équipements que nous lui connaissons : bâtiment des cadets, magasins à poudre, citernes, puits, chapelle...

Classé monument historique en 1942, l'ouvrage sera acquis par la ville en 1959. Il abrite actuellement un zoo et plusieurs musées dont celui de la Résistance et de la Déportation. Si l'on excepte la disparition de cinq échauguettes (ne restent qu'une échauguette intacte et les vestiges de deux autres), la déconstruction des piles du pont de secours en 1875 est l'une des rares modifications ayant été effectuées. Depuis 2008, d'importants travaux de restauration ont été entrepris : charpente de l'arsenal, redan 159 dominant Rivotte, demi-lunes des fronts Saint-Étienne et Royal, chemins de ronde est et ouest avec les tours de la Reine et du Roi. La réception de ces travaux s'est étalée de 2009 à 2015. La citadelle est également un site classé depuis 1924.

Enceinte urbaine[modifier | modifier le code]

Vauban fait remanier entre 1675 et 1695 l'enceinte de la boucle datant du XVIe siècle, et qui courait sur les 3 500 m du méandre entre les faubourgs de Rivotte et de Tarragnoz. La muraille est conservée par endroits en la renforçant, transformée en rempart à d'autres. Les bâtiments des quais sont une initiative de l'ingénieur Isaac Robelin, Vauban ayant prévu à cet endroit une simple muraille. La porte Rivotte est équipée d'un avant-corps entre les deux tours du XVIe siècle. Construisant une nouvelle porte Notre-Dame (1691), Vauban conserve en la remaniant la tour Notre-Dame (dite de Charles Quint) qui protégeait cette entrée de la ville, ainsi que le chemin de ronde fortifié entre celle-ci et la citadelle, hérissé de trois tours plus petites. Les avant-portes de Malpas et porte taillée sont également conservées. À la tour de gué de cette dernière, datant de 1546, Vauban fait ajouter un corps de garde. Une muraille intérieure est élevée pour isoler le bras du Doubs qui traversait Chamars. Comme au siècle précédent cette zone était inondable en cas de siège.

La défense des courtines et portes est assurée par une succession de bastions et tours bastionnées : tour de Rivotte, tour de Bregille (qui servira au début du XXe siècle de colombier militaire), bastion du moulin Saint-Paul, tour de Saint-Pierre, bastion du Saint-Esprit, arc de Triomphe de la porte de Battant (et ses batteries casematées suivies en aval par celles de Poitune et des Cordeliers), tour des Cordeliers, bastion du moulin de l'Archevêque, tour du Marais, tour de Chamars, bastion du moulin de la Ville, bastion de la porte Notre-Dame et tours Notre-Dame. Il s'agit là de la première implantation de tours bastionnées à deux étages de tirs, celles de Chamars étant de plus faible dimension que les trois premières. Les toitures de ces tours seront ajoutées au XIXe siècle). Par ailleurs le premier pont de Bregille (en bois), est construit en 1689 et défendu côté rive droite par une redoute (lunette de Bregille) occupant l'emplacement d'une ancienne tour.

Cette enceinte a subi d'importants modifications aux XIXe et XXe siècles : déconstruction de l'arc de triomphe et de son corps de garde en 1776, aménagement d'un chemin de halage en 1832 (auparavant les fortifications avaient les pieds dans l'eau), construction de la gare d'eau avec son corps de garde protégeant le chenal d'accès (1831) et suppression du rempart intérieur de Chamars (1874), déconstruction de la lunette de Bregille en 1886, suppression des portes Malpas et Notre-Dame en 1893-94, dérasement des remparts entre la tour Saint-Pierre et le bastion du Saint-Esprit entre 1895 et 1897 (y compris ces deux édifices).

Côté Rivotte, les deux tourelles de la porte (qui faillit être déconstruite comme les autres), sont percées de passages piétons en 1893, le pont-levis et le fossé disparaissent. Un aménagement du rempart sera nécessaire à proximité de la porte pour le passage de la voie ferrée en 1884 avant l'ouverture sur Rivotte de l'avenue Gaulard (1942). À noter le dégagement temporaire en 2012 lors des travaux pour le tramway, d'une section du rempart intérieur de Chamars et du pont (1769) qui franchissait le bras intérieur du Doubs pour accéder à la promenade Chamars. Les deux vases « de Boutry » qui l'ornaient et avaient été réinstallés dans le parc sont actuellement face à l'ancienne maternité. Voir également le corps de garde du XVIIIe siècle, situé à proximité de l'hôtel de police, qui contrôlait le passage dans le rempart intérieur aujourd'hui disparu.

Les bâtiments du quai Vauban sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques depuis 1933, suivis en 1942 par le classement de la tour de Bregille et des remparts. La porte et la tour de Rivotte ainsi que la porte taillée seront classées en 1944.

Ce patrimoine appartient à la ville qui l'entretient et met certaines tours à la disposition de particuliers ou d'associations. Ainsi, outre la tour de la Pelote qui hébergea un restaurant jusqu'à son incendie en 2013, la tour du Marais accueille deux associations (Don Quichotte et Club spéléo du Doubs), celle de Bregille héberge depuis les années 1980 "Le Bastion" centre de musique rock, celle des Cordeliers est utilisée pour des expositions et concerts et peut être visitée ainsi que la tour de Chamars (voir l'Office de tourisme).

Ceinture de Battant[modifier | modifier le code]

Elle existait lors de la conquête française, mais présentait des points faibles, côté Arènes, que Louis XIV sut exploiter lors du siège de 1674. Vauban confia peu après à l'ingénieur Montille le soin d' y établir son système bastionné. De 1677 à 1688, celui-ci rasa les « forts » qui défendaient alors cette ceinture : Saint-Jacques (boulevard d'Arènes), Griffon et Saint-Claude (haut de Battant), Citeaux (tour et ouvrages de la porte d'Arènes), Pelote (tour et bastion de la Mouillère).

À la place fut érigée une double-couronne (trois fronts bastionnés en arc de cercle) allant jusqu'à la rivière, car les quais n'existaient pas encore. Protégées par un large fossé, les courtines sont défendues par des bastions (Arènes, Charmont et Battant), la contre-garde de la Pelote et les demi-lunes (Arènes, Charmont et Battant). Un glacis est dégagé en avant de ces défenses et trois nouvelles portes munies de pont-levis sont construites. Les tours de Montmart (vraisemblablement du XIIIe siècle) et de la Pelote (1475) seront toutefois conservées afin de servir de magasins à poudre. Le tracé de la ceinture existante fut par endroits modifié. Ainsi les vestiges de la double-porte de Charmont du XVe (équipée d'un boulevard d'artillerie) se retrouvent à la pointe du bastion de Charmont. De même l'ancienne porte de Battant était située à l'endroit où se construisit le bastion de Battant. La tour de Montmart encore présente sur ce bastion, était l'une des deux tours encadrant cette porte.

La cour du fort Griffon.

La spécificité de cette ceinture vient de la construction d'un véritable fort à trois bastions à l'emplacement du dispositif défensif conçu par Jean Griffoni dont il conservera le nom : Le fort Griffon (1680-1684). Dans la cour s’élève une chapelle encadrée par trois corps de bâtiments : deux casernements de type Vauban et un corps de garde. Le fort s'il a de fait les fonctions d'une seconde citadelle, permettant de tirer en direction de la campagne en cas d’attaque et de la ville en cas de soulèvement de la population, est dénommé réduit dans le langage militaire.

En complément de ces défenses, deux petites lunettes détachées sont implantées dans les années 1670 à Battant et Charmont. Elles ont aujourd'hui disparu, mais la première se situait près de l'esplanade du monument aux morts et la seconde à l'emplacement de parking du supermarché de la rue Voirin.

Article détaillé : Fort Griffon.

Les travaux pour améliorer la voirie aux XIXe et XXe siècles vont largement bouleverser l'œuvre de Vauban sur cette rive droite, à commencer par l'aménagement des quais (de Strasbourg en 1833 et Veil Picard en 1880) qui nécessiteront la pose de portes protégées par des pont-levis aux deux extrémités. Ces aménagements ont depuis disparu. Les grands travaux engagés à la fin du XIXe siècle feront disparaître une partie de la double-couronne. Aujourd'hui, il n'y a plus de portes, des sections de remparts ont cédé la place à la voirie et les fossés sont devenus des parkings. Le bastion d'Arènes sera considérablement remanié, notamment lors du percement des rues d’Arènes et de Port-Citeaux. Il en sera de même du bastion de Charmont au XXe et de celui de Battant dont le cavalier fut arasé au XIXe tandis qu'une passerelle était placée au-dessus de l'avenue Edgar Faure pour communiquer avec le glacis. Si la demi-lune de Battant a été préservée avec ses deux corps de garde des XVIIe et XIXe, celle de Charmont sera tronquée aux XIXe et XXe siècles pour permettre l'aménagement de la voirie adjacente. La demi-lune d'Arènes a pour sa part presque totalement disparu. Les municipalités de l'époque donnèrent leur feu vert à la déconstruction des portes de Vauban dont l'étroitesse gênait la circulation : Battant en 1873 (subsiste un corps de garde), Charmont en 1894 et Arènes en 1933. Toutefois une nouvelle porte à double passage prit le relais à Battant déconstruite à son tour en 1956. Seuls les corps de garde qui ont été préservés rappellent l'existence passée de ces entrées historiques de la ville. Le fort Griffon a perdu son pont-levis et le fossé qu'il franchissait.

La ceinture de Battant avec le fort Griffon sont classés monuments historiques depuis 1942 ainsi que la tour de la Pelote (qui fut louée à un restaurateur jusqu'à l'incendie de décembre 2013). Les remparts et les deux tours appartiennent à la ville, le fort Griffon au conseil général qui l'a acquis en 1946 (il hébergea l'École normale d'institutrices puis, après rénovation, l'IUFM de 1991 à 2013).

Les portes de la place-forte[modifier | modifier le code]

Il faut mettre à part la « porte » Noire, arc de triomphe érigé vers 175 sous l'empereur Marc Aurèle et qui ne joua le rôle de porte qu'à l'époque des invasions barbares. Située près de la cathédrale Saint-Jean, et classée monument historique depuis 1840, sa spectaculaire rénovation en 2011 a notamment fait disparaître les dépôts noirs auxquels elle doit son nom. Inversement, l'arc de triomphe qui fut construit entre 1691 et 1693 entre les deux corps de bâtiments du quai Vauban avait une fonction de porte. Dédié à Louis XIV, cet arc disposait dans ses soubassements de deux casemates à canons permettant le tir en amont et aval du pont. La pierre utilisée étant gélive, il dut être déconstruit en 1776.

La bataille qui opposa élus et défenseurs du patrimoine militaire entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe, aboutit à la disparition de presque toutes les entrées fortifiées indispensables jusqu'à la guerre de 1870, mais devenues obsolètes face aux armements modernes, tout en étant gênantes pour la circulation automobile et le développement urbain.

La porte (de) Rivotte, située dans le quartier éponyme est un ouvrage historique, transformée sous Charles Quint et remaniée par Vauban. Délestée de son pont-levis et percée de deux passages pour piétons à la fin du XIXe siècle, puis menacée de destruction, elle fut finalement conservée. L'ouverture de l'avenue Gaulard sur Rivotte, en 1943, mettra fin à la difficulté de circulation due à son étroitesse.

La porte taillée est un petit tunnel creusé au Moyen-Âge au pied de l'éperon rocheux barrant le passage entre la citadelle et le Doubs à Rivotte. Dotée de ventaux défensifs fermés chaque nuit jusqu'en 1875, cette avant-porte est toujours surmontée d'une tour de guet médiévale et d'un corps de garde dessiné par Vauban. Sa taille dans le roc a permis de la préserver.

La porte (de) Battant portait le nom du quartier auquel elle permettait d'accéder. Vauban avait déplacé la porte moyenâgeuse pour l'intégrer à la ceinture de Battant, puis elle fut transformée en 1875 en double porte, elle-même rasée en 1956.

La porte de Malpas existait de façon certaine depuis le XIIe siècle. Reconstruite vers 1546, elle fut conservée telle quelle jusqu'à sa démolition en 1893. Cette avant-porte était située au niveau de la barre rocheuse sur l'actuelle route nationale 83, entre Tarragnoz et Casamène.

Il y eut deux portes de Charmont. Celle de l'époque de Charles Quint existe encore sous forme de ruines à la pointe du bastion de Charmont près de la place Leclerc. Vauban en fit construire une nouvelle au milieu de la courtine reliant le fort Griffon au bastion de Charmont. Comme la plupart des autres elle a été détruite à la fin du XIXe (en 1894).

La porte Notre-Dame se trouvait à Tarragnoz. Construite sur les plans de Vauban pour remplacer la porte moyenâgeuse qui s'ouvrait au-dessus de la tour Notre-Dame, elle a été supprimée en 1894 durant l'expansion de Besançon.

La porte d'Arènes était située dans le quartier d'Arènes entre les bastions de Charmont et d'Arènes. Elle fut détruite en 1933 afin de faciliter la circulation rue Marulaz.

La porte de Bregille s'ouvrait dans l'enceinte urbaine à l'aboutissement du pont de Bregille construit par Vauban en 1689. La porte disparut entre 1895 et 1897 avec l'arasement des remparts.

Forts extérieurs[modifier | modifier le code]

Premier élargissement[modifier | modifier le code]

Si Vauban refusa la fortification des collines de Bregille et Chaudanne proches de la citadelle et de la ville, il était favorable à l'implantation de redoutes pour s'opposer aux attaques venant de la Chapelle des Buis. Ceci fut concrétisé en 1791 par le bisontin Le Michaud d'Arçon alors que la France était menacée d'invasion. Celui-ci imposa des redoutes de son invention (lunettes d'Arçon) qu'il prévoyait de construire en cinq points hauts : deux en bordure de la combe sud (suivant l'idée de Vauban) ainsi qu'à Chaudanne, Bregille et Beauregard. Bregille ne sera pas retenu et la construction des quatre autres ne fut pas immédiate, de sorte que seule Chaudanne achevée en 1797 était opérationnelle lors du siège de 1814. La lunette de Beauregard sera transformée à partir de 1845 ; elle devint le fort Beauregard qui ne sera totalement terminé qu'en 1870). Quant aux lunettes de la combe (Tousey et Trois-Châtels), il fallut attendre 1827 pour voir leur achèvement.

Trois autres fortifications vinrent compléter cet élargissement de la place fortifiée : sur le sommet de la colline de Bregille fut érigé un fort bastionné (fort de Bregille) entre 1825 et 1837 (avec des modernisations ultérieures à partir de 1865). De même sur Chaudanne un autre fort également bastionné (fort de Chaudanne), vint prendre la place (1841-1844) de la lunette dont on conserva la tour-réduit. Sur le petit-Chaudanne, l'existence d'un point faible dans la défense sud de la ville imposa la construction d'un fort plus modeste ébauché en 1851 et terminé en 1869-70. À signaler la construction, dans les années 1860 (terminée en 1873), d'une grosse lunette 400 m à l'ouest de la ceinture de Battant. Cet ouvrage, très endommagé par une explosion accidentelle en 1883, sera désaffecté. C'est à son emplacement que sera construite la caserne de Charmont, future caserne Vauban, au début du XXe siècle.

La lunette de Trois-Châtels est inscrite à l'inventaire des monuments historiques depuis 1995 et le fort de Chaudanne en 1996. Le site de 1200 ha « centre ancien de Besançon et ses abords », inscrit en 1977 englobe, outre Griffon, les six fortifications de ce premier élargissement.

Tousey et Trois-Châtels sont privés. Les forts appartiennent à la ville de Besançon qui met Chaudanne à disposition (théâtre Alcyon et société de tir) et utilise Bregille pour des manifestations, des fourrières (canine et deux roues) y étant installées par ailleurs.

Camp retranché[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Place fortifiée de Besançon.

Un camp retranché consiste en une ceinture de forts entourant une ville à bonne distance pour faire obstacle au passage de l'ennemi d'où qu'il vienne, et l'empêcher de bombarder la place centrale en maintenant celle-ci hors de portée des canons. Ce camp n'était qu'en projet sur Besançon lorsque la guerre de 1870 tourna à l'avantage des États allemands. Le capitaine de vaisseau Marius Rolland qui avait été nommé commandant de la place en novembre 1870 réussit l'exploit de terminer la réalisation de ce camp, à peine amorcée par son prédécesseur, avant l'arrivée des armées ennemies.

Assisté du colonel Benoit, directeur des fortifications, il mena à bien les travaux malgré un hiver rigoureux. Au total six redoutes, deux fortins et quatre batteries seront érigés sur les principaux points-hauts autour de la ville, ce qui permettra à la place forte de résister au blocus de janvier-février 1871. Essentiellement terrassées, ces constructions comportaient presque toutes un fossé. Elles ne sont plus visibles, à l'exception de l'ouest des Buis et du Rosemont qui sont restés proches de ce qu'ils étaient alors. Sur l'actuelle redoute de Montfaucon et le site de l'est des Buis, on peut également découvrir les vestiges des fossés construits ici en 1870.

En 1874, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières, directeur du service du génie au ministère de la Guerre, est chargé de reconstruire la ligne de défense des frontières entre Dunkerque et Nice. Basé sur des forts d'arrêt, places fortes et rideaux défensifs, son projet connu sous l'appellation « système Séré de Rivières » sera poursuivi jusqu'en 1914. Il se caractérise notamment par l'abandon de la fortification bastionnée chère aux disciples de Vauban pour la fortification dite polygonale.

À Besançon, c'est un nouveau camp retranché qui sera mis en place en deux phases : de 1872 à 1880, les positions du camp de 1871 seront en grande partie reprises avec une extension vers le nord, puis de 1889 à 1893 il sera procédé à un élargissement vers l'ouest et le sud. Finalement, c'est une ceinture de forts et batteries d'une cinquantaine de kilomètres de périmètre qui assurera la protection de la place à partir de 1893. Les batteries de canons seront installées en cave ou en plein air, mais dans ce cas des abris permettront aux servants de se protéger des tirs ennemis. Les forts disposeront de locaux maçonnés recouverts d'une épais masse de terre, solution qui ne sera efficace que jusqu'en 1885, année de l'apparition de l'obus-torpille chargé de mélinite. C'est la raison pour laquelle les ouvrages de Pouilley-les-Vignes et de Pugey construits après cette date, disposeront de locaux enterrés. Le fort de Pugey bénéficiera de plus du béton de forteresse pour le renforcement des parties apparentes.

Les sections de fossés aux murs en terre coulante ou maçonnerie deviendront toutefois des cibles fragiles face à l'artillerie ennemie. Comme on le sait, ces fortifications ne connurent pas l'épreuve du feu lors des deux conflits du XXe siècle, mais l'arrêt de leur entretien par l'armée dans les années 1920 a fait qu'elles nous sont parvenues aujourd'hui dans un état de délabrement plus ou moins avancé. Toutefois aucune d'entre elles n'a été rasée ou comblée.

Période 1872-1883[modifier | modifier le code]

Elle vit la conservation, le réaménagement ou la construction de dix-neuf ouvrages :

  • fort de l'ouest des Buis conservation dans son état d'origine du fortin de 1870 qui est aujourd'hui envahi par la végétation.
  • fort de l'est des Buis idem ouest des Buis. Après son acquisition par le diocèse de Besançon, une crypte et son parking seront aménagés sur l'intérieur des fossés (inauguration en 1949) ;
  • fort des Justices 1870-72 . Ce fort peut être considéré comme le dernier fort bastionné de France. Une caserne de gendarmerie occupe maintenant son emplacement, de sorte que, seules des sections de fossés ainsi que deux magasins à poudre sont encore visibles.
  • fort de Fontain 1874-78, à l'emplacement d'une redoute de 1870. Depuis sa cession par l'armée, c'est une propriété privée.
  • fort de Montfaucon 1874-78. Ce fort « neuf » a été construit à 500 m de la redoute de 1870. Endommagé en 1906 par l'explosion d'un magasin à poudre, il héberge actuellement des équipements de télécommunications militaires.
  • fort de Chailluz 1875-78. Appartenant à la commune de Besançon, Il accueille des antennes de télécommunications privées.
  • fort de Châtillon-le-Duc 1875-79. Il a été érigé sur les ruines d'un château féodal. Une gentilhommière du XIXe siècle qui a servi de casernement est aujourd'hui encore un lieu d'habitation. Privé.
  • fort des Montboucons 1877-80. Une redoute se trouvait près de là en 1870. Ce fort et le terrain qui l'entoure servent de camp d'entrainement militaire.
  • fort de Planoise 1877-80 . Il s'agit en fait d'un môle de résistance composé d'un réduit, d'un abri sous roc et de plusieurs batteries extérieures, le tout entouré d'une "enveloppe" (muraille basse). À cheval sur les communes de Besançon et Avanne-Aveney.
  • fort Benoit 1873-80 à l'emplacement d'une redoute de 1870 au sommet de la colline de Palente. Le site est loué par la ville de Besançon à une société de tir.
  • redoute de Montfaucon 1870-72 , remaniée en 1885-86. T.D.F. l'a acquise pour y implanter un pylône.
  • batterie du Rosemont. Construite en 1870, seuls une casemate et un magasin à poudre ont été construits ultérieurement.
  • batterie de Planoise. Il s'agit de la batterie originelle (1870) englobée par la suite dans le môle défensif composé d'un réduit, de plusieurs batteries et d'un abri sous roc.
  • batterie Rolland 1874-76. La redoute terrassée en 1870 à cet emplacement céda la place à cet ouvrage maçonné. Elle possède un casernement.
  • batterie du Calvaire 1877-78.
  • batterie de la Ferme de l'hôpital 1878-79.
  • batterie de la Carrière 1878. Bien qu'un nom lui soit attribué, elle est parfois considérée comme une batterie annexe du fort neuf de Montfaucon.
  • batterie des Rattes 1883
  • batterie des Épesses 1883

Période 1886-1914[modifier | modifier le code]

La ceinture fortifiée fut complétée par huit nouvelles constructions :

  •  le fort de Pugey 1888-1891 (à Pugey), entièrement creusé sous roc, il a bénéficié de l'emploi du béton spécial pour le renforcement des coffres de flanquement, dômes de protection des escaliers de communication et embrasures de tir ; désigné comme « ouvrage » sur les documents du génie militaire ;
  • Les quatre ouvrages de la crête de Pouilley 1889-1893 (à Pouilley-les-Vignes) ; un abri sous roc est associé à chacune des quatre positions de batteries doublées de réduits d'infanterie ;
  • ouvrage d'au Bois 1891-1892 (à Franois), composé d'un réduit d'infanterie encadré de deux batteries ;
  • batteries de la Charrière vers 1886 et de la Fourche de Chailluz vers 1889 à Besançon, simplement terrassées.

Des batteries terrassées et des tranchées sont aménagées ultérieurement, à distance des forts, afin de limiter les pertes humaines et matérielles lors des impacts directs des obus ennemis. Ce fut notamment le cas lors de la mise en défense de la place en août-septembre 1914.

D'autres locaux annexes sont à découvrir à l'extérieur des fossés des différents ouvrages maçonnés : magasins à poudre en caverne (23 majoritairement creusés vers 1888-1889 à la suite de la crise de l'obus-torpille), abris sous roc (neuf dont quatre à Pouilley-les-Vignes), hangars d'artillerie (un seul encore visible à l'est des Buis), aires de captage des eaux de pluie (trois dont deux visibles)... Le forts Séré de Rivières possèdent généralement une, voire deux, batteries annexes situées à proximité immédiate.

Période 1930-1944[modifier | modifier le code]

L'armée française implanta des batteries de défense contre aéronefs en différents lieux : entre la redoute et le fort de Montfaucon, aux Montboucons, sur les plates-formes de la batterie annexe est de Fontain, sur deux des bastions de Bregille...

Les Allemands construisirent pour leur part des postes d'observation et de défense à Montfaucon.

Propriété/classement/ inscription[modifier | modifier le code]

Ce sont les communes qui ont principalement acquis ces ouvrages lorsque l'armée s'en est dessaisie dans les années 1960 (sauf Justices, Monfaucon-fort et Montboucons), mais certains sont devenus des propriétés privées : Châtillon, Fontain, Est des Buis, Montfaucon-redoute, Ferme de l'Hôpital...

Le fort de Châtillon-le-Duc est un site inscrit depuis 1942 , Le Rosemont et l'Ouest des Buis font partie du site inscrit en 1977« Centre ancien de Besançon et ses abords ».

Bâtiments militaires[modifier | modifier le code]

Casernes[modifier | modifier le code]

La caserne Ruty.

Si la première caserne fut construite à la citadelle de Grenoble en 1593, c'est à partir de 1680 et suivant les plans-types de Vauban que ces logements militaires firent partie intégrante des places fortifiées. Il fallut toutefois attendre 1848 pour que la totalité des troupes disposent de logements propres. À Besançon comme sur les autres places, on érigera des casernements à la Citadelle puis dans les forts : Griffon (1682), Bregille (1832), Chaudanne (1844), Beauregard (1848), et les forts du camp retranché (Montfaucon, Fontain, Planoise, Justices, Montboucons, Chailluz, Benoit...) entre 1872 et 1880.

Parallèlement d'autres casernes verront le jour du XVIIe au XIXe siècle à l'intérieur des enceintes de la ville :

  • Saint-Pierre (1681). Renommée Lyautey (en l'honneur des grand-père et grand-oncle du Maréchal), elle héberge actuellement la médiathèque Pierre Bayle.
  • Saint-Paul (1681), là où se trouve aujourd'hui le quartier militaire Ruty. Les quatre bâtiments actuels construits en 1735, 1842, 1852 et 1861 viendront remplacer cette caserne Vauban. Ils porteront un temps le nom de Grand quartier d'artillerie avant d'adopter celui de Ruty. Les toitures et façades des bâtiments sont inscrites à l'inventaire des monuments historiques depuis 1964. L'église Saint-Paul et sa grange seront reconverties un temps en écurie et magasin à fourrage.
  • Arènes (1738). Rebaptisée Condé, c'est maintenant le lycée éponyme.
  • Saint Jean (1681). Petit quartier d'artillerie et hôpital Saint-Louis au XVIIIe. Rebaptisé Hugo (le père de Victor), il n'en reste aujourd'hui qu'un bâtiment.
  • Caserne de la Visitation (Duras) aménagée fin XVIIIème dans un couvent devenu bien national à la Révolution.
  • Caserne des Jacobins (Ségur), autre couvent saisi à la Révolution. Hébergea un temps l'École d'artillerie. Reconstruite, elle accueille maintenant des cadres militaires.
  • La Gendarmerie nationale à Tarragnoz occupe un bâtiment ayant appartenu au prieuré des Minimes.
  • Caserne de l'État-major place Jean Cornet.

Fin XIXe début XXe siècle, d'autres casernes sont construites hors les murs :

  • La Butte (Brun) datant de 1878, elle est toujours en service.
  • Charmont (1910 -1913), rebaptisée Vauban en 1936. Désaffectée en 2013, un écoquartier avec 800 logements (travaux étalés sur 12 ans à partir d' août 1915) sera aménagé sur les 7 ha de son emprise à partir de 2015.
  • de la manutention / Lecourbe (1901). Désaffectée, elle a été rasée vers 1990 pour laisser la place à la résidence Lecourbe.
  • Joffre (1938-2010), sur un terrain englobant l'ancien polygone d'artillerie. Les travaux de construction ayant été interrompus par la guerre, c'est l'Éducation nationale qui en disposera à la libération avant une réaffectation à la Défense dans les années 1950. Les modernisations et agrandissements datent des années 2000.
  • Justices (capitaine Girard), caserne de Gendarmerie érigée à la fin des années 1980 à l'emplacement du fort de 1872.

Arsenal[modifier | modifier le code]

Lorsque Louis XIV se rendit maître de Besançon, son administration s'empara de l'arsenal originel qui longeait la rue Saint-Vincent. Ce bâtiment fut restitué à la ville en 1838 moyennant la cession des terrains avoisinants. Débutée cette année là, la construction du nouvel arsenal se prolongera jusqu'en 1876 conduisant à la réalisation de l'ensemble architectural actuel (dix bâtiments). Outre sa fonction de dépôt, l'arsenal bisontin produisait notamment des corps d'affûts et des voitures de transport.

La façade (en vis-à-vis de l'hôpital Saint-Jacques) et les deux corps latéraux de la cour intérieure datent des années 1840, alors que le bâtiment arrière est de 1876. La faculté de Médecine et Pharmacie s'y est installée en 1969. Face au parking Chamars, l'actuelle cité administrative loge dans un immeuble de 1841 alors que celui où sont installés les services administratifs municipaux est de 1872.

Un autre arsenal royal sera construit à la Citadelle pour les besoins spécifiques à cette fortification.

Magasins à poudre[modifier | modifier le code]

Outre les magasins à poudre de la citadelle, et de Griffon, un imposant bâtiment est érigé près de la gare d'eau en 1834. Désaffecté, c'est aujourd'hui un des locaux de France 3 Franche-Comté.

La vulnérabilité et dangerosité des magasins à poudre face à l'artillerie de la seconde moitié du XIXe siècle conduisit à les éloigner des fortifications et les enterrer. Les premiers magasins à poudre creusés en caverne ou semi-caverne seront ceux de la porte Notre-Dame et du Rosemont (1880) suivis de 21 autres (1882-1892) situés pour la plupart à proximité immédiate des forts.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Dutriez, Besançon, ville fortifiée : de Vauban à Séré de Rivières, Besançon, Cêtre, , 291 p. (ISBN 2-901040-20-9).
  • Philippe Martin, Nicolas Fauchère (dir.) et al., La route des fortifications dans l’Est, Paris, les Éd. du Huitième jour, coll. « Les étoiles de Vauban », , 181 p. (ISBN 978-2-914119-83-2).
  • Raymond Fournier, Besançon : du fort des Justices à la caserne capitaine Alain Girard, Besançon, R. Fournier, , 255 p. (notice BnF no FRBNF37163685).
  • Laurent Heyberger (dir.) et Yves Pagnot (dir.), Vauban : l’homme, l’ingénieur, le réformateur, Belfort, Université de technologie de Belfort-Montbéliard, coll. « Sciences humaines et technologie », , 155 p. (ISBN 978-2-914279-38-3).
  • Guy Le Hallé, Le système Séré de Rivières ou le Témoignage des pierres : La France et Verdun, Louviers, Ysec éd., , 224 p. (ISBN 2-84673-008-3).
  • Guy Le Hallé, Histoire des fortifications en Franche-Comté et pays de l'Ain, Amiens, Martelle, , 223 p. (ISBN 2-87890-009-X).
  • Philippe Truttmann, La barrière de fer : l'architecture des forts du général Séré de Rivières, 1872-1914, Thionville, G. Klopp, , 542 p. (ISBN 2-911992-37-7).
  • « Vauban à Besançon et en Franche-Comté », Cahiers de la renaissance du vieux Besançon, Besançon, Association pour la renaissance du Vieux Besançon, no 8,‎ ? (ISSN 1276-6771).
  • « La citadelle de Besançon et l’enceinte urbaine », Cahiers de la renaissance du vieux Besançon, no 9,‎ ?.
  • Robert Dutriez et al., Vauban et ses successeurs en Franche-Comté : trois siècles d'architecture militaire, Besançon, C.R.D.P., , 248 p. (notice BnF no FRBNF34664251).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]