Patrimoine géologique

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Le patrimoine géologique (parfois aussi dénommé « géopatrimoine »[1]) est un sous-ensemble du patrimoine naturel. Il « englobe tous les objets et sites qui symbolisent la mémoire de la Terre, de l’infra-microscopique au point de vue : les traces de vie (fossiles, habitats, mines…), les roches et minéraux, les structures, les indices de climat, l’évolution des sols, des sous-sols et des paysages passés ou actuels»[2]. Il comprend notamment l'ensemble des sites naturels d'intérêts géologiques, mais également les collections et autres objets et « curiosités géologiques ». Le terme géologie est à prendre dans son acception la plus large (du grec geo-logos : parler de la Terre), regroupant l'ensemble de la géodiversité. Il inclut donc la sédimentologie, la paléontologie, la minéralogie, la tectonique, la géomorphologie etc. Son caractère patrimonial, scientifique, pédagogique, historique ou autre, peut justifier de son recensement dans le cadre d'un inventaire du patrimoine naturel et dans certains cas, de sa protection.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

C’est au XIXe siècle que sont apparues en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les premières préoccupations en matière de conservation des objets géologiques[3], par exemple en Suisse avec la mise sous protection du bloc erratique de Pierrabot en 1838 par la ville de Neuchâtel et celle des blocs erratiques dans les forêts et domaines de l'État en 1895[4].

La notion de patrimoine géologique a émergé au niveau mondial au début des années 1990 au cours d'un congrès international sur la protection du patrimoine géologique à Dignes-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) qui vote la « déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre[5] ». Ce symposium réunit sous l’égide de l’UNESCO plus de 150 géologues venus de plus de 30 pays différents[6].

En France[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, le patrimoine architectural et culturel est reconnu à travers les monuments historiques mais il n'est pas vraiment question de nature[7]. La notion de patrimoine naturel apparaît en France dans la loi du 21 avril 1906 vouée à la protection des « sites et monuments naturels de caractère artistique ». Elle concerne les ensembles naturels (cascades, grottes, rochers, etc.) qui ont été désignés comme pittoresques par la peinture, les guides touristiques et la photographie. La loi du 2 mai 1930 relative « aux monuments naturels et aux sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque » remplace celle de 1906 en enrichissant la liste des caractères justifiant la protection d'un site mais seuls quelques sites d’intérêt paléontologique sont protégés[8]. Par la loi du 10 juillet 1976, le législateur ouvre la notion de patrimoine naturel à la géologie. Bien qu'essentiellement faite pour la protection du monde vivant, cette loi permet aussi celle des « gisements minéraux et de fossiles » et des « formations géologiques, géomorphologiques ou spéléologiques remarquables »[9]. L'État reconnait ainsi le patrimoine géologique, au même titre que le patrimoine faunistique et floristique. De 1982 à 1994, neuf réserves naturelles nationales géologiques sont ainsi créées[10]. Au même moment douze réserves naturelles volontaires à vocation géologique voient le jour[11]. Cependant, ce cadre juridique se révèle vite très insuffisant en ce qui concerne la protection des minéraux, des fossiles et des concrétions. Suite à diverses démarches, le Ministère de l'environnement créé en 1981 les "Commissions Bouchardeau" pour réfléchir à la protection du patrimoine géologique en France mais aucune suite n'est donné à ce travail[7]. La Loi Barnier en 1995 prend en compte la protection des sites paléontologiques et minéralogiques mais elle n'a pas de décret d'application. En novembre 1997, les premières « Journées Nationales du patrimoine géologique » sont organisées au ministère de l'environnement à l'initiative de l'Association des Géologues du Bassin de Paris (AGBP). Les présentations et discussions qui y ont lieu permettent notamment d’intégrer au patrimoine géologique les collections privées et publiques, les écrits anciens, les publications de référence et les sites anthropisés. Le patrimoine géologique n’est plus limité à sa composante in situ[12]. Afin de cerner l'intérêt des objets et des sites à protéger, est lancé officiellement l’Inventaire National du Patrimoine Géologique en 2007 sous la responsabilité scientifique du Muséum national d'histoire naturelle[11].

L'inventaire national du patrimoine géologique[modifier | modifier le code]

L’inventaire national du patrimoine géologique a été lancé en 2007 dans le cadre de la loi du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité. Celle-ci précise en ces termes (Code de l’environnement, Art. L. 411-5) que « l'État […] assure la conception, l'animation et l'évaluation de l'inventaire du patrimoine naturel qui comprend les richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques ». Une méthodologie spécifique a été définie pour cet inventaire[13],[14].

L’État, à travers le Ministère chargé de l’environnement et ses délégations régionales (DREAL), est maitre d’œuvre de cet ouvrage[15]. Afin de réaliser un inventaire cohérent et homogène sur tout le territoire, l’élaboration d’une méthodologie commune a été nécessaire[16]. L'ensemble des étapes a été discuté, expérimenté et validé par la Conférence Permanente du Patrimoine Géologique (CPPG), instance de réflexion créée par le Ministère et qui comprend : le Muséum national d'histoire naturelle, le BRGM, la Société géologique de France, les Musées de France, les Réserves Naturelles de France, la Fédération Française Amateur de Minéralogie et de Paléontologie et deux experts.

L’inventaire est réalisé en région. Une fois validé par le CSRPN[17] de la région, il doit être validé nationalement par le Muséum national d'histoire naturelle (qui est le référent scientifique de l’inventaire pour le ministère chargé de l’environnement). Une fois validé au niveau national, l’inventaire a pour vocation d’être diffusé et mis en ligne pour tous, dans le cadre du « porté à connaissance ».

En France, le lancement de l'inventaire du patrimoine géologique a été critiqué par certaines associations et fédérations d'associations [18].

Communication, sensibilisation[modifier | modifier le code]

Un des objectifs de l'inventaire est d'offrir au public la possibilité de mieux connaitre ce patrimoine[19], via des éditions papier (ex : collection « Balades géologiques »[20]), mais aussi in situ, (dont en ville[21]) sur le terrain, par exemple grâce à des applications dédiées pour smartphones, tablettes connectées, etc[22],[23] ou lors d'explorations virtuelles (comme cela a été testé à Milly-la-Forêt[24] ou à Etampes[25]. Grâce à un géopatrimoine très varié, la France peut accueillir plusieurs formes de géotourisme[26],[27].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Éléments de bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De Wever P., Egoroff G., Cornée A. & Lalanne A. (eds.) (2014). Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr.,14, 180p
  2. De Wever P., Le Néchet Y., Cornée A. (2006) – Vade-mecum pour l’inventaire du patrimoine géologique national. Mémoire hors série de la Société géologique de France, 12, chap. 1.
  3. D. Aubert, « La protection des blocs erratiques dans le canton de Vaud », Bulletin de la Société vaudoise de Sciences naturelles, vol. 79, no 3,‎ , p. 185-207.
  4. Christian Giusti et Marc Calvet, « L’inventaire des géomorphosites en France et le problème de la complexité scalaire », Géomorphologie : relief, processus, environnement, vol. 16, no 2,‎ , p. 223 (DOI 10.4000/geomorphologie.7947).
  5. « Comme un vieil arbre garde la mémoire de sa croissance et de la vie dans son tronc, la Terre conserve la mémoire du passé… une mémoire inscrite dans les profondeurs et sur la surface, dans les roches, les fossiles et les paysages, une mémoire qui peut être lue et traduite. Aujourd’hui, les hommes savent protéger leur mémoire : leur patrimoine culturel. A peine commence-t-on à protéger l’environnement immédiat, notre patrimoine naturel. Le passé de la Terre n’est pas moins important que le passé de l’Homme. Il est temps que l’Homme apprenne à protéger et en protégeant, apprenne à connaître le passé de la Terre, cette mémoire d’avant la mémoire de l’Homme qui est un nouveau patrimoine ; le patrimoine géologique. » (art.6 et 7 de la « Déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre » de Digne, 1991).
  6. (fr) Actes du premier symposium international du patrimoine géologique. (1994). Digne-les-Bains, 11-16 juin 1991, Mémoire de la Société Géologique de France, 165, 276 pages.
  7. a et b Patrick Cabrol, « Brève histoire de la protection du patrimoine géologique en France », La lettre des réserves naturelles, no 44-45,‎ , p. 38-42.
  8. Patrimoine et paysages culturels, Éditions Confluences, , p. 74.
  9. L'état de l'environnement, La Documentation française, , p. 559.
  10. Réserve naturelle régionale de Montredon, réserve naturelle nationale géologique de Saucats et la Brède, réserve naturelle nationale François Le Bail sur l’île de Groix.
  11. a et b [PDF] Le patrimoine Géologique, fiche des Réserves naturelles en France.
  12. François Fröhlich, Jacqueline Lorenz et Annie Cornée (coord.) (1998), Actes des 1e journées nationales du patrimoine géologique, 18-19 nov. 1997, Paris, Collection patrimoines naturels du SPN, 38, MNHN / AGBP, 72 p.
  13. Egoroff G., Cornée A., De Wever P., Lalanne A., Avoine J., Duranthon F., Graviou P. et Cabrol P. (2014). Inventaire national du patrimoine géologique, Instructions méthodologiques. In Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr., 14, p. 110-161
  14. Egoroff G., Cornée A., De Wever P., Lalanne A., Avoine J., Duranthon F., Graviou P., Cabrol P., Poncet L. et Hobléa F. (2014). Inventaire national du patrimoine géologique, Cadre et organisation. In Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr., 14, p.82-109
  15. Cadre : article L. 411-5 du code de l'environnement, modifié par la loi relative à la démocratie de proximité de 2002
  16. (fr) De Wever, P., Le Nechet, Y. & Cornée, A. 2006. Vade-macum pour l'inventaire du patrimoine géologique national Mém. H.S. Soc. géol. Fr. 12: 1-162.
  17. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel institué par l'article 109-III de la loi no 2002-276 du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité. Un décret (no 2004-292 du 26 mars 2004) précise que ces CSRPN sont chargés d’identifier la valeur scientifique des inventaires du patrimoine naturel lors de leur élaboration ou de leur mise à jour. Une noté d'intérêt patrimonial du site prend comme critère l'intérêt géologique principal, l'intérêt géologique secondaire, l'intérêt pédagogique, l'intérêt pour l’histoire de la géologie, la rareté et l'état de préservation.
  18. Critique du lancement de l'inventaire du patrimoine géologique en France : lire sur le site du Club Minéralogique et Paléontologique de la Métropole Nord et le Club Géologique de la Poste, France Télécom et leurs filiales Nord - Pas de Calais la page http://www.geologie-info.com/une/inventaire-patrimoine-geologique.php. Ou encore sur le site de la Fédération Géopolis la page http://www.geopolis.fr/joomla/index.php/articles-et-dossiers-publies/102-notion-de-patrimoine-geologique-.html
  19. Patrick De Wever, Annie Cornée et Grégoire Egoroff (2014). Le géopatrimoine, connaître, faire connaître, communication et résumé, colloque du cinquantenaire de l’AGSO, Muséum de Toulouse, 26-28 septembre 2014
  20. Grégoire Egoroff, Patrick De Wever, et Annie Cornée (2013). La mise en valeur de la géologie avec la collection « Balades géologiques ». Communication et résumé, 14e congrès Français de sédimentologie, ASF, Paris, 4 – 8 novembre 2013.
  21. Grégoire Egoroff (2013). Promenade géologique dans le 4e arrondissement. Excursion, 14e congrès Français de sédimentologie de France, ASF, Paris, 4 – 8 novembre 2013.
  22. Grégoire Egoroff, Patrick De Wever and Annie Cornée (2014). Outreach geology with the « balades géologiques » project based on smartphone technology. Communication and abstract, EGU General Assembly 2014, Vienne (Autriche), 28 avril – 2 mai 2014
  23. Grégoire Egoroff, Annie Cornée (2013). L'utilisation des technologies smartphone pour communiquer, exemple des balades géologiques virtuelles. Communication et résumé, 22e rencontres Géole, Géopark du Chablais, Evian-les-Bains, 24 au 26 mai 2013.
  24. Nouvellet S., Egoroff G., De Wever P (2013) Balade géologique virtuelle à Milly-la-Forêt, mise en ligne. Application Android Wikitude, projet ID-Bio balade géologique à Milly-la-Forêt
  25. Santiago M., Egoroff G., De Wever P. (2012) – Balade géologique virtuelle à Etampes, mise en ligne. Application Android Wikitude, projet ID-Bio balade géologique à Etampes.
  26. De Wever P., Cornée A., Egoroff G. (2012).- patrimoine géologique : de l'inventaire au géotourisme en France. In Colloque Autun, Lagerstätte de Montceau-les-Mines, & site stratotypique de Muse, Autun, 20-21 septembre 2012, vol. résumé, p. 10.
  27. P. De Wever, A. Cornée et G. Egoroff (2012). Geoheritage in France: from inventory to geotourism. 7th International Symposium ProGEO on the Conservation of the Geological Heritage, "Geoheritage, Protecting and Sharing", Bari, Italy, 24 - 28 september 2012