Patrimoine de Lille

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Le faîte de la porte de Paris

Les destructions des guerres, particulièrement celles des sièges de 1792 et de 1914 mais aussi l’indifférence des habitants, la priorité donnée au développement industriel et les nécessités immédiates du logement ouvrier ont par le passé causé d'importants dégâts au patrimoine de Lille. Une certaine prise de conscience de la richesse de ce patrimoine à partir des années 1960-70,notamment celle suscitée par l'association Renaissance du Lille Ancien fondée en 1964 a abouti à la création en 1967 d'un secteur sauvegardé de 58 hectares comprenant une grande partie du Vieux-Lille étendu en 2016 à 170 hectares englobant l'ensemble du Vieux-Lille et du Centre[1],[2],[3].

D’importantes opérations de rénovation ont été menées à partir des années 1970, particulièrement dans le quartier du Vieux-Lille dont une grande partie du bâti était en ruines, qui est une zone touristique depuis la fin du XXe siècle.

Intérieur de la vieille bourse

Lille dispose pourtant d'un patrimoine très diversifié. Le patrimoine architectural s'étend ainsi du Moyen Âge roman (crypte de la collégiale Saint-Pierre, hospice Comtesse), aux styles gothique (églises Saint-Maurice et Sainte-Catherine), renaissance (immeuble du Beaurepaire, maisons rue Basse), maniériste flamand (Vieille Bourse, maison de Gilles de la Boë), classique (églises Saint-Étienne, Saint-André, citadelle), néogothique (immeubles de l'institut catholique, cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille), art nouveau (maison Coilliot), haussmannien (rue Faidherbe, place de la République), néo lillois (nouvelle bourse), art déco régionale (hôtel de ville) et enfin contemporain (tours modernes d'Euralille)[4].

Patrimoine civil[modifier | modifier le code]

L'une des plus anciennes maisons de Lille 1595, rue de la Barre

De l’habitat médiéval, il ne reste rien à la surface de la ville actuelle. Seules quelques caves voutées du XIIIe siècle dans le Vieux-Lille, ainsi que des ponts romans sous la chaussée, témoignent encore de ce passé, notamment rue des Chats-Bossus, Place du Lion-d’Or, rue de la Monnaie, rue des Arts ou rue Saint Jacques. Car la ville est alors construite de maisons de bois et de torchis (de nos jours, seules 2 maisons à pans de bois subsistent, contour de la Treille et une autre découverte en cœur d'îlot place du lion d'or) et ce n’est qu’en 1567 que le Magistrat imposera de construire en pierre. De l'époque bourguignonne, il ne reste pratiquement rien non plus, si ce n'est les vestiges du Palais Rihour, édifié au cours de la seconde moitié du XVe siècle. Les bâtiments antérieurs au XVIIe siècle, sont exceptionnels : Hôtel de Beaurepaire 4 rue Saint-Étienne, vestige unique de la Renaissance dont la façade protégée par un écran de verre est datée de 1572 [5] et maison du 63-65 rue de la Barre qui appartenait à Jean du Bosquiel, seigneur des Planques, échevin puis rewart de Lille, datée de 1595 par l'inscription sur l’une des poutres[6].

Maisons à arcures du XVIIe siècle, rue Benvignat
La maison de Gilles de la Boë 1636, angle place Louise de Bettignies

Les témoignages de l’architecture Renaissance tardive et baroque de la première moitié du XVIIe siècle sont en revanche beaucoup plus nombreux, car c'est à cette époque que les maisons en pans de bois sont progressivement remplacées par des maisons en briques et pierres pour lutter contre les incendies (les villes deviennent plus vulnérables lors des sièges du fait des nouvelles techniques de guerre). Le type courant de la maison lilloise au début de ce siècle est la maison dite à arcures, en raison de ses arcs de décharge en forme d’anse de panier. Ces maisons sont construites sur un châssis de bois revêtu de briques, les arcures incluant souvent des claveaux de pierre blanche taillés à pointe-de-diamant. Elles sont parfois surmontées de pignons à gradins typiquement flamands. Une deuxième série de bâtiments de la même époque subit l’influence du style maniériste anversois d’inspiration italienne de l’architecte flamand Wenceslas Cobergher. Sa principale réalisation est l’ancien mont-de-piété, l’hôtel du Lombard, construit rue du Lombard en 1626, mais on trouve trace de son influence dans d’autres bâtiments comme le rang des arbalétriers érigé dans les années 1630, place aux Bleuets, ou la maison des Vieux-Hommes construite en 1624, rue de Roubaix. Une troisième série de bâtiments est marquée par l’abondance de l’ornementation baroque. La manifestation la plus célèbre de cette tendance d’inspiration flamande est la Vieille Bourse conçue par l’architecte Julien Destrée en 1652. On en trouve toutefois des exemples plus anciens, comme la maison de Gilles de la Boë de 1636, place Louise de Bettignies.

Petit côté nord-ouest du rang de Beauregard. Le style « franco-lillois » et marqué par la répétition de la « travée lilloise », ici sur trois étages au lieu de deux plus habituels. Le rez-de-chaussée, de hauteur très variable, est constitué d'arcades en grès dur gris sans sculpture ni moulure, tandis que les étages aux dessus sont en craie tendre richement travaillée, avec entre chaque travée d'étroits panneaux de briques rouges qui montent d'un seul trait sur tous les étages, souvent couronné au sommet par un cartouche en haut-relief. Les allèges sous les fenêtres peuvent également contenir de la brique faisant ressortir des ornements de craie comme des volutes. Lorsque les façades ont noirci à cause des fumées urbaines, elles ont souvent été peintes à défaut de pouvoir être nettoyées.

Après la prise de la ville par Louis XIV en 1667, Lille devient française. Le roi charge alors les architectes, aussi bien des locaux que des envoyés, de fortifier, d'agrandir et d'embellir les villes conquises des Flandres, et notamment Lille qui devient la capitale de la province de Flandre française. Vauban est chargé de fortifier la ville, il va construire la « reine des citadelle ». Dans la ville elle-même, une nouvelle série de bâtiments, prolifique, est caractérisée par l’influence du style français mêlé avec les traditions locales. C'est la naissance d'un style de synthèse particulièrement riche et original, parfois appelé « style franco-lillois », caractérisé par des lignes et une ordonnance classique, une élégance à la française, mais avec toute la richesse décorative et la polychromie naturelle des matériaux combinés (grès gris, craie blanche et brique rouge) qui caractérisaient l'architecture flamande locale de la période précédente, qui sert de source d'inspiration. Ce style va dominer pendant plus d'un siècle et sera ensuite largement repris et réinterprété durant les siècles suivants, constituant ainsi la véritable identité architecturale lilloise. Il se manifeste directement dans les maisons de la rue Royale, construites dans le nouveau quartier faisant face à la citadelle, mais aussi et surtout dans la vielle ville rénovée, comme la Grande Place et les rues adjacentes qui sont presque entièrement reconstruites sous Louis XIV. Les rangs construits en 1687 par Anselme Carpentier dans la rue du Palais Rihour et au sud de la Grand-Place sont exemplaires de ce style, on peut y voir la répétition de la « travée lilloise ». Un des plus beaux exemples est le rang de Beauregard, érigé la même année, place du Théâtre, par Simon Vollant et Julien Destrée, architectes lillois. Le premier étant également l'architecte et maître d’œuvre des bâtiments de la citadelle et du nouveau quartier Saint-André, en collaboration avec Vauban, tandis que le second avait déjà dessiné la Vieille Bourse juste à côté avant la conquête française[7],[8].

La place aux Oignons

Lille est encore pris d’une fièvre de construction et se rénove profondément tout au long du XVIIIe siècle. Cependant le style évolue fortement à cette époque. Le classicisme français devient plus dominant et la riche décoration baroque s'efface peu à peu au profit d'une élégante sobriété associée à une légèreté plus marquée des structures, mais un style typiquement lillois demeure. Parmi les constructions de cette époque, assez diverses, il nous reste des rangs de maisons, parfois presque complets, comme à la place aux Oignons, rue du Pont Neuf, rue de la Clef. L'ilot entre la rue Lepelletier et la rue de la Grande Chaussée est aujourd'hui très incomplet et détérioré, mais il fut autrefois l'un des plus beaux, alignant de hautes maisons à grandes baies avec de délicats balcons en fer forgé à dorures au premier étage, dont il en reste encore quelques-uns rue de la Grande Chaussée. Les rangs de maisons homogènes de ce style ont été importants à Lille, on peut ainsi encore en voir de beaux vestiges dans d'autres rues de la ville. De cette période date aussi de nombreux hôtels particuliers où s’exprime une nouvelle génération de jeunes architectes tels que Michel-Joseph Lequeux. C’est lui qui dessinera notamment les plans de plusieurs hôtels particuliers de style néoclassique, comme l’hôtel d'Avelin érigé en 1777, rue Saint-Jacques, et l’hôtel Petipas de Walle construit en 1779, rue de l'Hôpital-Militaire[9].

La seconde moitié du XIXe siècle, avec l’industrialisation et l’extension de la ville, ouvre une nouvelle époque de construction largement inspirée du modèle parisien. Le percement de grands boulevards s’accompagne de la construction d’immeubles imposants plus ou moins ostentatoires, de styles néo-Renaissance/néoclassique caractéristique du Second Empire et de la Belle époque, comme la préfecture à partir de 1865, l'Institut industriel du Nord à partir de 1873, le Palais des Beaux-Arts à partir de 1885, le Théâtre Sébastopol en 1903 et le nouvel Opéra à partir de 1907, mais aussi néogothique, comme les facultés catholiques à partir de 1879, ou composite, sorte de mélange de références antiques, pour l’université publique et le nouveau quartier latin à partir de 1890. L’influence haussmannienne est également sensible, comme dans les immeubles de la nouvelle rue Faidherbe, percée en 1870, ou de la place Simon Vollant, autour de la Porte de Paris, ou encore Place de la République et boulevard de la Liberté. Dans cet océan d’architecture bourgeoise, la maison Coilliot, bel exemple d’art nouveau construit par Hector Guimard en 1898, apporte une touche de modernisme dont on trouve également des marques dans certaines maisons d’habitation, notamment rue de Châteaudun, rue Gounod, rue Saint-Étienne ou rue du Vert-Bois avec la maison de l’architecte Horace Pouillet.

La cité philanthropique

C’est à partir de cette époque que se développe aussi l’architecture industrielle dans les nouveaux espaces investis par la ville après l'absorption des communes limitrophes. Des immenses usines qui s’étendent à cette époque, il reste quelques témoignages, pour la plupart à la suite de reconversions récentes en immeubles de bureaux, d’habitation, d’enseignement ou de loisir, en particulier dans le quartier de Moulins. Il reste également de nombreuses traces de l’habitat ouvrier, quelques courées mais aussi une dernière maison de bois du milieu du XIXe siècle dans le quartier de Wazemmes et la Cité philanthropique construite en 1860, rue Gantois, par l'architecte Émile Vandenbergh, l'un des plus prolifiques et originaux de la période.

Immeubles néo-lillois de la rue Faidherbe.

Au début du XXe siècle s’épanouit notamment le « style néo-lillois », qui fait une nouvelle synthèse entre les caractéristiques du style flamand et surtout franco-lillois du XVIIe siècle (travée lilloise en brique et pierre) avec les formes architecturales d’importation parisienne contemporaines. L'architecte Louis Marie Cordonnier, qui avait déjà contribué à l'architecture néo-flamande à la fin du XIXe siècle dans la région, sera le chef de file de ce style qui marque fortement la ville et plus largement l’agglomération. Le plus bel exemple est la chambre de commerce inaugurée en 1921, face au rang de Beauregard dont elle reprend les travées[8]. Ce style apparu avant la Première Guerre mondiale a surtout été intensivement déployé lors des reconstructions après la guerre, comme les immeubles de gabarit haussmannien reconstruits dans la rue Faidherbe en harmonie avec la place du Théâtre. Dans l'entre-deux-guerres sont également construits parallèlement de nombreux bâtiments de style Art déco, dans un mélange de brique et de béton armé, qui reprennent également les caractéristiques du style néo-flamand et surtout néo-lillois. L'exemple le plus frappant de cette architecture originale et identitaire est le beffroi du nouvel hôtel de ville (1924-1932). Ce mélange se retrouve dans un grand nombre de bâtiments, qu’il s’agisse d’immeubles de bureaux, comme celui de la Voix du Nord construit en 1934 avec un pignon à gradins flamand, d’habitats collectifs, comme la cité jardin des 400 maisons de Salengro, rue du Faubourg d’Arras, édifiée en 1932, ou d’habitats individuels dans de nombreuses rues de la ville.

Les reconstructions de la Seconde Guerre mondiale sont souvent considérées comme moins heureuses, en particulier dans les années 1970 avec, par exemple, le nouveau palais de justice dans le Vieux-Lille, et ce n’est qu’à partir des années 1990 qu’une architecture audacieuse retrouve sa place, en particulier lors de l’édification du quartier d’Euralille pour lequel des architectes novateurs sont sollicités, comme Rem Koolhaas pour la construction du Grand Palais, Jean Nouvel pour le centre commercial Euralille ou Christian de Portzamparc pour la tour du Crédit Lyonnais[10].

Les principaux édifices civils[modifier | modifier le code]

Antérieurs à la conquête française[modifier | modifier le code]

Ainsi que de très nombreuses maisons de style Lillois du XVIIe siècle et XVIIIe siècle ou se mêlent racines flamandes et influences françaises.

De la conquête française à la révolution[modifier | modifier le code]

De la révolution à la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les locaux de l'école supérieure de journalisme de Lille, installée dans le bâtiment de l'ancien Institut de physique de Lille

Postérieurs à la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Patrimoine religieux[modifier | modifier le code]

Comme le patrimoine civil, les édifices religieux de la ville au Moyen Âge ont tous disparu. La collégiale Saint-Pierre, qui a été la grande église de Lille pendant plus de sept siècles, a été complètement détruite en 1794 à la suite des dommages causés par le siège autrichien de 1792. Il n’en reste plus aujourd’hui que les vestiges d’une crypte enfouie sous le palais de justice. Ainsi, le plus ancien sanctuaire lillois est une modeste chapelle, la chapelle Notre-Dame-de-Réconciliation, érigée au XIIIe siècle.

L'église Saint-Maurice

Des six autres églises que comptait Lille à la fin du XIIIe siècle, reste toutefois le nom, adopté par de nouveaux édifices au fil des reconstructions successives.

Le plus ancien est sans doute l’église Saint-Maurice, Hallekerke, typique de l'architecture religieuse flamande, de style gothique et néo-gothique à cinq vaisseaux. Située dans le Centre, les premiers éléments de sa construction remontent au début du XIVe siècle, mais elle a été profondément remaniée au XVIIe siècle puis au XIXe siècle. Fait remarquable, elle combine la structure d’une église-halle avec un déambulatoire. Elle présente de beaux vitraux du XIXe siècle et renferme de nombreux tableaux des XVIIe siècle et XVIIIe siècle[11].

Vient ensuite l’église Sainte-Catherine, église-halle de style gothique flamboyant à trois vaisseaux dont la nef centrale est précédée d'une tour carrée. Située dans le Vieux-Lille, elle a été érigée à la fin du XVe siècle. Plusieurs fois réaménagée, son mobilier date pour l’essentiel du XIXe siècle à l’exception de quelques tableaux[12].

La nef de l'église Saint-André

À la différence des deux précédentes, l’église Saint-André n’est pas une reconstruction en lieu et place du sanctuaire d’origine. Initialement chapelle des Carmes Déchaussés, elle a été rebaptisée de son nom lorsqu’il a été détruit à la suite des dommages causés par le siège de 1708. L’actuelle église Saint-André, de style baroque, a pour l’essentiel été construite au cours du XVIIIe siècle sur les plans de l’architecte Thomas-Joseph Gombert. Plus d’un siècle plus tard, sa tour-clocher a été rajoutée par l'architecte Louis Marie Cordonnier. Elle renferme plusieurs tableaux des XVIIe siècle et XVIIIe siècle et surtout une magnifique chaire à prêcher en bois de chêne taillé du XVIIIe siècle[13].

L’histoire de l’église Saint-Étienne est similaire à celle de l’église Saint-André. Initialement chapelle du collège des Jésuites, elle ne prend son nom actuel qu’en 1796 après la destruction de l’église d’origine lors du siège autrichien de 1792. Elle-même détruite en 1740 par un incendie, elle est reconstruite à partir de 1743. De style baroque également, c’est l’une des plus grandes églises jésuites de France. Elle renferme une remarquable chaire en bois sculpté de François Rude et plusieurs tableaux des XVIIe siècle au XIXe siècle[14].

La chaire de l'église Saint-Sauveur

L’église Saint-Sauveur est plus récente, l’édifice d’origine ayant été détruit par un incendie en 1896. De style éclectique néobyzantin, elle répond à une curieuse structure : la croisée du transept est couverte par une coupole, un cul de four recouvre le chœur et le clocher se trouve à l'arrière du chevet. Elle recèle par ailleurs un exceptionnel mobilier en chêne, dont une chaire monumentale particulièrement travaillée.

Enfin, l’église Sainte-Marie-Madeleine est désaffectée au culte depuis 1989 et a été transformée en lieu d'expositions. Elle avait été construite à la fin du XVIIe siècle pour remplacer l’édifice d’origine détruit lors de l’édification de nouvelles fortifications par Vauban. Surmontée d’un dôme, elle présente un mélange curieux de styles, renaissance flamande pour la décoration du chœur, Grèce antique pour l'élévation de la coupole, ordres doriques et ioniques pour ses colonnes et style baroque pour les ailes de la façade.

La nef de la cathédrale

Toutes les autres églises de Lille sont d’origine récente, à commencer par la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, dont la construction débute en 1854 pour s’achever en 1999, près de 150 ans plus tard[15]. Elle doit son existence à la volonté de la bourgeoisie industrielle lilloise d'ériger une somptueuse église dans le style gothique du XIIIe siècle, inspiré de Viollet-le-Duc, afin de susciter la création d'un évêché à Lille et son nom à une statue de la Vierge du dernier quart du XIIe siècle vénérée depuis le XIIIe siècle pour les miracles qui lui sont attribués. Mais le projet connaîtra de nombreuses péripéties de sorte qu’après un siècle de travaux, le projet est loin d'être achevé et doit être révisé. Finalement, ce n’est qu’en 1991 que la décision de terminer la façade est prise par l’association diocésaine de Lille. Elle retient un projet de style résolument moderne, composé d’une ogive de 30 mètres de haut tapissée de 110 plaques de marbre translucide que soutient une structure métallique. Il en résulte un édifice composite, pour partie temple néogothique à la gloire de l’industrie, pour partie hymne à la technologie moderne. Les nombreuses mosaïques sont à cet égard particulièrement remarquables. Par ailleurs, la cathédrale héberge depuis 2008 le Grand Orgue du studio 104 de la Maison de la Radio, qui compte parmi les plus grandes orgues de France. Dotée d’une crypte de 2 500 m2, elle accueille également le centre d'art sacré contemporain qui présente des œuvres sur le thème de la Passion.

Mais le patrimoine religieux à Lille, ce sont aussi les hospices. Marques de l'attention charitable très tôt portée aux pauvres, ce sont eux qui témoignent du passé médiéval de la ville.

L'Hospice Comtesse

Le plus connu, l'Hospice Comtesse, a été fondé en 1236 par Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre. Plusieurs fois la proie des flammes, il reste peu de chose de la construction d'origine. La salle des malades, du XVe siècle, est la partie la plus ancienne, la chapelle ayant été reconstruite au XVIIe siècle et les bâtiments conventuels au XVIIIe siècle. La salle des malades, vaste salle oblongue en pierre de Lezennes couverte d'un berceau lambrissé, s'achève par la chapelle dont le plafond à caisson est décorée d'armoiries. Dans le bâtiment conventuel, on peut encore visiter la cuisine, dont les murs sont couverts de carreaux de faïence lilloise, et son arrière-cuisine, la salle à manger, les appartements de la prieure[16].

Un autre hospice, l'hospice Gantois, fondé en 1462 par Jean de la Cambe, riche bourgeois lillois, peut également être visité. En activité jusqu'en 1995, pendant plus de 500 ans sans interruption, il comprend notamment une chapelle, une salle des malades et des bâtiments de service organisés autour de quatre cours plantées de jardinets[17]. Repris en 2001 par une société d'investissement, il a été reconverti en hôtel de luxe et a rouvert ses portes en 2003 au terme d'une remarquable restauration menée sous les auspices des Bâtiments de France.

Mais les nombreux couvents qu'abritait la ville ont pour la plupart disparu. L'un des plus imposants d'entre eux, le couvent des Minimes, situé quai de Wault, a lui aussi été reconverti en hôtel de luxe au début des années 1990. C'est finalement une construction des années 1960, le couvent des dominicains bâti sur les plans de l'architecte Pierre Pinsard dans le quartier Saint-Maurice Pellevoisin, premier couvent classé « Patrimoine du XXe siècle », qui incarne l'architecture conventuelle lilloise aujourd'hui.

Il reste deux refuges d'abbaye sur Lille, le refuge de l'abbaye de Loos prés de la cathédrale et le refuge de l'abbaye de Marquette rue de Paris.

Les principaux édifices religieux[modifier | modifier le code]

Les principaux édifices religieux de la ville peuvent être répartis par quartier.

Patrimoine militaire[modifier | modifier le code]

Plan de Lille fortifiée au début du XVIIIe siècle

La citadelle de Lille est le principal ouvrage militaire de la ville. Surnommée la « Reine des citadelles », c'est la première des citadelles conçues par Vauban, nommé gouverneur de la citadelle en 1668 puis de Lille en 1684, où il passa la plus grande partie de sa vie. Sa construction, sous la direction du maître maçon Simon Vollant, débute en 1668 pour s'achever en 1671. Édifiée sur des terrains marécageux en bordure de la Deûle, elle se présente sous la forme d’un pentagone régulier avec cinq bastions royaux disposés aux angles. Elle est entourée d'une défense échelonnée composée de fossés, de tenailles, de demi-lunes, de chemins couverts, de glacis et de terrains en pente et à découvert afin de rendre l'approche de l'ennemi plus délicate. À l'intérieur, les bâtiments s'organisent autour de la place d'armes et comprennent des logements destinés aux soldats, à l’état-major et au gouverneur, des poudrières, des prisons, un arsenal, une chapelle, des magasins pour les vivres, un barbier, une boulangerie et un moulin[18]. Constamment militarisée depuis sa construction, elle est dans un état de conservation exceptionnel.

La porte de Paris

La citadelle s'inscrit dans un système complexe de défense qui entourait la ville. Des remparts qui la ceinturaient du Moyen Âge jusqu'au début du XXe siècle[19] subsistent :

  • la Noble Tour, qui abrite aujourd'hui le mémorial de la déportation, dernière trace des 65 tours médiévales qui entouraient la ville (début XVe siècle) ;
  • la porte de Gand et la porte de Roubaix, vestiges de l’ancienne enceinte espagnole édifiée à partir de 1621 (début XVIIe siècle) ;
  • la porte de Paris, construite en l'honneur de Louis XIV après la conquête de la ville (fin du XVIIe siècle) ;
  • des pans de fortifications noyés dans la verdure à l'extrémité de l'avenue du Peuple belge ;
  • la porte de Dunkerque, édifiée à la suite du dernier agrandissement de la ville fortifiée de 1858 (seconde moitié du XIXe siècle).

De nombreux édifices militaires subsistent par ailleurs, dont les plus remarquables ont été reconvertis. C'est le cas notamment de l'ancien corps de garde de la garnison de la ville qui abrite désormais le théâtre du Nord, de la caserne Souham, dont une partie des bâtiments d'origine est aujourd'hui occupée par le CNRS, de l'ancien « magasin au bled des châtellenies de Lille, Douai et Orchies », affecté à l'Armée au début du XIXe siècle et reconverti en logements d'habitation au début des années 2000[20] ou encore de l'hôpital militaire, abandonné par l’Armée en 1998 et racheté en 1999 par le Ministère de l’Intérieur en vue d’y installer les annexes de la Préfecture du Nord.

Les principaux édifices militaires[modifier | modifier le code]

La porte de Gand

Patrimoine environnemental[modifier | modifier le code]

La voie des combattants dans le parc de la citadelle

Le principal espace vert de Lille est constitué par le « Bois de Boulogne » où se trouvent la citadelle, le zoo et un parc d'attraction pour les enfants. D'une superficie de 70 hectares, il longe les berges du canal de la Haute-Deûle. Terrain militaire constitué de talus, de fossés, de glacis et de chemins couverts après la construction de la citadelle, il a été aménagé en parc de loisirs à partir de 1880. De nombreux arbres datent de cette époque, parmi lesquels certains sont remarquables, tels des noyers noirs d'Amérique, un érable de Montpellier, un pin laricio et même un séquoia géant planté en 1882. Après un sévère nettoyage de la végétation du sous-bois dans les années 1980, la gestion actuelle du parc s'emploie à restaurer la qualité écologique des milieux naturels qui abritent notamment plusieurs espèces de chauve-souris (murin de Daubenton et murin à moustaches) et d'oiseaux (martin pêcheur, épervier, pic épeichette, rousserolle effarvatte, etc.) Le zoo, dont l'accès est gratuit pour les lillois, serait le plus visité de France. Créé en 1950, il présente environ 300 animaux appartenant à plus de 70 espèces sur un espace de 3,5 hectares. Ces espaces devraient faire l'objet d'une extension de dix hectares et de nouveaux travaux d'aménagement à partir de 2010[21].

Situé en face du Bois de Boulogne, de l'autre côté d'un bras canalisé de la Deûle et accessible par une passerelle, le jardin Vauban a été créé en 1863 par l'architecte paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps. Jardin à l'anglaise d'une superficie de 3,5 hectares, il comprend une variété d'essences, un jardin d'arboriculture fruitière, des parterres fleuris, des allées de promenade, un plan d'eau qui accueille des canards, des poules d’eau et des cygnes et une grotte artificielle[22]. On y trouvait également un théâtre de marionnettes.

L'île Derborence dans le Parc Matisse

Dans le quartier d'Euralille, le Parc Matisse, d'une superficie de huit hectares, a été aménagé entre 1996 et 2003. Il comporte quatre espaces distincts : une vaste pelouse, dite grande prairie du boulingrin (de l’anglais bowling green), l’île Derborence, forêt inaccessible de 2,5 hectares perchée sur un socle de sept mètres de haut planté d’essences originaires de régions de l’hémisphère nord (Japon, Amérique du Nord, Chine), le bois des transparences, planté de pyrophytes, de bruyère et de bambous, et le jardin en creux, aménagé dans les fossés des anciennes fortifications[23]. De l'autre côté du périphérique, le parc Matisse est prolongé par le jardin des géants, jardin d'environ deux hectares composé de 45 000 végétaux qui a été inauguré en juin 2009[24].

À l'opposé du parc Matisse par rapport au centre commercial, de part et d'autre du périphérique, le parc des Dondaines, d'une superficie de 4,5 hectares, a été aménagé dans les années 1970 sur l'emplacement d'un ancien bidonville. Il a été restructuré dans le cadre du projet d'extension d'Eurallile, amputé d'un côté pour accueillir le casino et son hôtel de luxe et agrandi d'un autre[25].

Au nord, la plaine de la Poterne et la plaine Winston Churchill suivent l'ancien tracé des remparts. La première, d'une superficie de huit hectares, est occupée par des jardins familiaux et par le Jardin écologique du Vieux-Lille. La seconde, d'une superficie de six hectares, a été aménagée en 1993, lors des travaux de la ligne de TGV.

Au sud, le jardin des plantes a été créé par l'architecte Jean Dubuisson et le paysagiste Jacques Marquis sur une parcelle de près de 11 hectares à l'emplacement des anciennes fortifications. Inauguré en 1948, son tracé est inspiré des jardins à la française. Il présente en particulier une importante collection de dahlias, une roseraie disposée autour d'une grande pièce d'eau, une orangerie et une serre équatoriale conçue par l’architecte Jean-Pierre Secq en 1970. C'est aussi là que se trouvent les serres de production de la ville. Il bénéficie d'un partenariat avec le jardin botanique de la faculté de pharmacie, jardin de deux hectares créé en 1970 qui appartient au réseau « jardins botaniques de France et des pays francophones ». Il présente plus d'un millier d’espèces végétales réparties en trois zones : un arboretum, une serre tempérée et une école de botanique.

Les principaux jardins et espaces verts[modifier | modifier le code]

Statuaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Statues de Lille.

La statue la plus marquante de Lille est certainement la colonne de la Déesse qui occupe le centre de la Grand place. Érigée en 1845, elle commémore la résistance victorieuse au siège autrichien de 1792 grâce à laquelle la ville de Lille recevra la légion d'honneur en 1900.

Près de l'entrée du parc de la citadelle de Lille se trouvent de nombreux monuments dont le monument aux fusillés lillois de la Première Guerre mondiale, érigé en 1929 et le monument au Pigeon voyageur. Lille rend aussi hommage à ses hommes illustres : Charles de Gaulle au Jardin Vauban (sculpture d'Eugène Dodeigne), Louis Pasteur sur la place Philippe Lebon, Faidherbe sur la place de la République ou Alexandre Desrousseaux et Le p'tit quinquin dans l'hôtel de ville et à l'entrée du square Foch.

Place de la Solidarité, anciennement place des Quatre Chemins, s'élève depuis 1989 une sculpture de Marco Slinckaert, l'anneau de Möbius, représentant une forme géométrique symbolique, symbolique qui échappe à ses habitants qui la surnomment le serpent.

De nombreuses statues lilloises érigées au XIXe siècle ont disparu pendant l'occupation allemande entre 1914 et 1918, par suite des réquisitions de métal pour l'effort de guerre.

Autres[modifier | modifier le code]

  • Le « Furet du Nord », seconde plus grande librairie du monde (après celle de Toronto, Canada), installée depuis 1959 sur la Grand’Place.
  • Verrerie de Lille fondée en 1735.
  • Les Halles de Wazemmes, marché couvert construit en 1869, rénové en 1979 puis en 2002

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Frise chronologique[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Trénard, « Du Lille ancien au Lille renaissant », Revue du Nord,‎ , p. 399-424 (lire en ligne)
  2. « Le secteur sauvegardé. Pourquoi le réviser ? », sur www.lille.fr (consulté le 4 octobre 2017)
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  4. Le cadre général des paragraphes qui suivent est issu de l'exploitation de l'ouvrage Le Patrimoine des Communes du Nord, Éditions Flohic, 2001, Tome 2, p. 964 à 1082, qui décrit chaque édifice remarquable de Lille par ordre chronologique.
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  6. Jean-Marie Duhamel, Lille, Traces d’histoire, Éditions La Voix du Nord, 2004, p. 23
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  9. Jean-Marie Duhamel, Lille, Traces d’histoire, Éditions La Voix du Nord, 2004, p. 30 et 31
  10. La maison de l'architecture et de la ville a édité un plan-guide de l'architecture contemporaine de Lille en 2008
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