Patrick Simon (socio-démographe)

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Patrick Simon
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Patrick Simon (né en 1964) est un socio-démographe français à l'Institut national d'études démographiques (INED). Il travaille sur les phénomènes d'intégration et de discriminations ethniques en France et dans des perspectives comparatives internationales.

Il est membre des comités de rédaction des revues Mouvements et Ethnic and Racial Studies. Il est responsable du département « Intégration et Discriminations » de l'Institut des Migrations. Il a fait partie de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration dont il a démissionné le , pour protester contre l'instauration du ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire.

Certains de ses travaux ont fait l'objet de polémiques.

Enquêtes et travaux[modifier | modifier le code]

Patrick Simon est l'un des coordinateurs de l'enquête TeO (Trajectoires et Origines, 2008-2009) qui porte sur les processus d'intégration et de discrimination des immigrés et de leurs descendants en France[1]. Dans l'enquête, les discriminations sont enregistrées à partir de situations rencontrées par les enquêtés et de déclarations auto-reportées, parfois qualifiées de « sentiment » de discrimination[2].

L'enquête TeO a fait l'objet d'une polémique au moment de sa mise en œuvre parce qu'elle posait[pas clair] des questions sur la couleur de peau (qui n'ont finalement pas été posées[pas clair]) et sur la religion [3]. Ses résultats ont alimenté le débat public et ont été largement repris par les médias[4].

Il a également réalisé en 2015 une enquête sur "les perceptions et expériences des discriminations en Ile-de-France" avec Mireille Eberhard[5] et participé à l'exploitation de l'enquête "Accès aux droits" du Défenseur des Droits[6].

Patrick Simon intervient dans différentes sphères de la société civile sur les thématiques des sociétés multiculturelles[7], du racisme[8], de la place de l'islam[9],[10].

Controverses scientifiques[modifier | modifier le code]

Patrick Simon est impliqué dans plusieurs controverses publiques et ses travaux ont fait l'objet de débats. Sur les statistiques ethniques en France, les positions sont très tranchées depuis la fin des années 1990. Patrick Simon estime « qu'il n'est pas possible de lutter contre les discriminations sans statistiques »[11], une position contredite par Hervé Le Bras entre autres contradicteurs[12]. Plusieurs autres controverses concernent les études sur les trajectoires des musulmans en France. A la suite de la publication d'un chapitre dans l'ouvrage résultant de l'enquête Trajectoires et Orgines[13] rédigé avec Vincent Tiberj[14] pour lequel la démographe Michèle Tribalat[15] lui reproche un détournement des résultats afin de minimiser le communautarisme en France en déclarant que « L’étude des affiliations religieuses frise la malhonnêteté ».

Une seconde pour un article publié avec Baptiste Coulmont[16] sur le prénom des descendants d'immigrés. Cette conclusion est fermement contestée par un socio-démographe du CNRS, Jean-François Mignot, qui dans un document de 357 pages, accuse les deux auteurs de fraude et exige le retrait de leur enquête. Il affirme également que l'enquête statistique « Trajectoires et origines » (TeO), utilisée par Baptiste Coulmont et Patrick Simon, prend indûment en compte les descendants de pieds noirs, ce qui ferait mécaniquement augmenter le nombre de prénoms français parmi les descendants d'immigrés maghrébins[17]. Mignot qualifie ces analyses de biaisées et politiquement orientées[18] . Il déclare ainsi que « pour un chercheur-militant de la mouvance idéologique « décoloniale » comme Patrick Simon, l’objectif est de montrer qu’il n’existe pas de problème d’intégration ». Dans une réponse, les auteurs ont avancé que les différences de résultats tenaient à des choix différents de classification. Ils estiment que leurs choix sont plus cohérents que ceux opérés par Jean-François Mignot : « nos choix sont mieux justifiés que les siens : nous sommes plus inclusifs en considérant l’ensemble du groupe des descendants directs d’immigrés maghrébins et des petits-enfants d’ascendance maghrébine[19], ce qui permet de maintenir la diversité de leurs profils et trajectoires. Nous sommes cohérents avec le principe de classification fondé sur le pays de naissance, la nationalité et, pour le cas de l’Algérie, une reconstitution des statuts coloniaux. Nous ne construisons pas notre groupe sur la base de pratiques culturelles, puisque ce sont précisément ces pratiques que nous souhaitons analyser »[20].

Pour Marianne, la « controverse place l'Ined dans une position inconfortable ». La démographe Michèle Tribalat, retraitée de cet institut, a pris le parti de Jean-François Mignot et dénonce « une fraude scientifique rendue possible en raison de la complaisance de l’Ined, mais plus généralement de l’écosystème de recherche sur la question migratoire. »[17] Magda Tomasini, la présidente de l'Ined, a, de son côté, saisi le référent à l'autorité scientifique de l'institut qui devra rendre un avis sur l'affaire et affirme, face aux graves accusations de Jean-François Mignot, ne pas exclure de porter plainte[17].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Belleville des Juifs tunisiens, Autrement, 1998 (avec Claude Tapia et Sylvaine Conord)
  • Les discrimination ethniques dans la société française, Institut des hautes études de la sécurité intérieure, 2000
  • La construction des discriminations, Sociétés contemporaines, no 53, 2004 (dir.)
  • La politique républicaine de l'identité, Mouvements, no 38, 2005 (dir.)
  • Fear, Anxiety and National Identity: Immigration and belonging in North-America and Western Europe, New York, Russel Sage Foundation, 2015 (avec Nancy Foner).
  • Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France, Paris, Ined, (Grandes Enquêtes), 2015 (avec Cris Beauchemin et Christelle Hamel)
  • Social statistics and Ethnic Diversity: Cross-National perspectives in classifications and identity politics, Springer, 2015 (avec Victor Piché et Amélie Gagnon)
  • Les statistiques ethniques : un problème, mais quelles solutions ?, Cahiers Français, no 400, p. 81-85, 2017
  • Muslims’ social inclusion and exclusion in France, Québec, and Canada: does national context matter?, Journal of Ethnic and Migration Studies, 43 (15), p. 2473-2498, 2017 (avec Reitz J. et Laxer E.)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvia Zappi, « Nous devons assumer le fait que nous sommes une société multiculturelle », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Mirna Safi et Patrick Simon, « Les discriminations ethniques et raciales dans l'enquête Trajectoires et Origines : représentations, expériences subjectives et situations vécues », Economie et statistique, vol. 464, no 1,‎ , p. 245–275 (ISSN 0336-1454, DOI 10.3406/estat.2013.10240, lire en ligne, consulté le ).
  3. Esther Duflo (tribune), « Délicates questions ethniques », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. « Les acquis de l’enquête « Trajectoires et origines » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. « Expérience et perception des discriminations en Île-de-France », sur Ined - Institut national d’études démographiques (consulté le )
  6. Défenseur des Droits, « Inégalités d'accès aux droits et discriminations en France »
  7. Jean-Marie Durand, « Patrick Simon : "construire une cohésion à partir de la diversité, et pas dans sa négation” », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. « Patrick Simon : « Pour lutter contre le racisme, il ne faut pas invisibiliser la question de la “race” » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. Joël Cossardeaux et Patrick Simon, « Patrick Simon : « Je ne crois pas à une dynamique d'antisémitisme dans la population maghrébine » », Les Échos,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. « Le nombre de musulmans en France et en Europe : la fabrique des chiffres - Institut Convergences Migrations » (consulté le )
  11. « « Il n’existe pas de politique de lutte contre les discriminations sans statistiques », entretien avec Patrick Simon », sur Observatoire des inégalités (consulté le )
  12. Axel Perru, « Pour ou contre : faut-il relancer le débat sur les statistiques ethniques ? », sur www.marianne.net, 2021-07-01utc18:18:49+0200 (consulté le )
  13. (en) « Trajectoires et origines », sur Ined - Institut national d’études démographiques (consulté le )
  14. Cris,. Beauchemin, Christelle,. Hamel, Patrick,. Simon et François,. Héran, Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France, Ined éditions, dl 2015, cop. 2015 (ISBN 978-2-7332-8004-1 et 2-7332-8004-X, OCLC 934552181, lire en ligne)
  15. Michèle Tribalat, « La diversité des populations en France », Commentaire, vol. Numéro155, no 3,‎ , p. 698 (ISSN 0180-8214 et 2272-8988, DOI 10.3917/comm.155.0698, lire en ligne, consulté le )
  16. Baptiste Coulmont et Patrick Simon, « Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leurs enfants en France ? », Population & Sociétés, vol. N° 565, no 4,‎ , p. 1 (ISSN 0184-7783, DOI 10.3917/popsoc.565.0001, lire en ligne, consulté le )
  17. a b et c Jean-Loup Adenor, "Karim" ou "Nicolas", comment s'appellent (vraiment) les petits-enfants d'immigrés maghrébins ?, marianne.net, 14 septembre 2021
  18. Jean-François Mignot, « Prénoms des descendants d’immigrés en France : Essai de reproduction d’un article scientifique »
  19. « tout petit-enfant ayant au moins un grand-parent immigré maghrébin, quel qu’il soit (de 1 à 4) était considéré par nous comme petit-enfant d’immigré(s) maghrébin.  »
  20. (en) « Réponse à Jean-François Mignot », sur Research gate

Liens externes[modifier | modifier le code]