Patriarcat d'Aquilée

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Patriarcat d'Aquilée
Patriae Foriiulii, Patriarchatus Aquileiensis (it)

Patrie dal Friûl (fur)

1077-1420

Drapeau Blason
Informations générales
Statut Principauté ecclésiastique
Capitale Religieuse : Aquilée
Politique : Aquilée, Cividale del Friuli puis Udine
Langue frioulan, latin (officielles)
vénitien, slovène, allemand
Religion christianisme
Histoire et événements
557 Fondation de l’entité spirituelle patriarcale à la suite du « schisme des Trois Chapitres »
1077 Indépendance par rapport à la Marche de Vérone, érection en principauté (le patriarche est duc et marquis)
1420 Annexion territoriale par Venise
1751 Suppression de l’autorité patriarcale

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Patriarcat d’Aquilée est une entité politico-religieuse qui a existé de 568 à 1751 qui, avant tout sous le profil ecclésiastique, administrait un territoire très vaste avec au centre l’actuel Frioul.

Il est fondamental de distinguer entre la réalité ecclésiale et réalité politico-territoriale. Comme réalité ecclésiale, le Patriarcat d’Aquilée a été le plus grand diocèse et la plus grande métropole ecclésiale après les cinq patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche, Constantinople et Rome. Jusqu’en 811, sa juridiction ecclésiastique arrivait jusqu’au fleuve Danube au nord, au lac Balaton à l’est et à Côme à l’ouest. En 811, l’empereur Charlemagne agrandit ses confins orientaux entre le fleuve Danube et la rivière Drave, sur la principauté slave de Blatozero[1]. Au sud, il a eu la juridiction ecclésiale de l’Istrie jusqu’en 1751, année de son extinction. Après la séparation des Églises d'Orient et d'Occident (1054) le Patriarcat d’Aquilée a été la plus grande métropole ecclésiale de tout le Moyen Âge occidental et la seconde dignité après Rome. Il étendait sa souveraineté sur les diocèses épiscopaux inclus dans sa juridiction métropolitaine et en nommait l’évêque. Sa cour, internationale, comprenait des peuples de langues et d’ethnies diverses. Il réunissait les mondes latin, germanique, slave et magyar.

En plus de leur autorité religieuse, les Patriarches d’Aquilée obtinrent l’investiture féodale (1077-1420) sur le Frioul (« Patrie du Frioul ») et, à plusieurs périodes historiques, les confins politiques du patriarcat s’étendirent jusqu’à l’Istrie, à Cadore (Dolomites), en Carinthie, en Carniole et en Styrie.

Les cités principales de ces entités étaient : Aquilée, Forum Iulii (l'actuelle Cividale del Friuli) et Udine.

Christianisation d'Aquilée[modifier | modifier le code]

Carte de l’Italie à l’an mil, largement dominée par le Saint-Empire.

Sous l'empire romain, Aquilée était un port florissant, car à l’époque le rivage était encore situé au niveau de la cité. Riche du commerce grâce à ses nombreux canaux, elle devient peu à peu l'une des plus puissantes et importantes villes d'Italie du Nord avec Padoue et Vérone.

Article détaillé : Aquilée.

Aquilée devient aussi un important centre de christianisation pour l'Italie nord-orientale et les régions limitrophes. Déjà au IVe siècle, son archevêque était éminent de par l’étendue du territoire sous sa compétence juridique. La liturgie, officiée selon le rite oriental, appelé plus tard rite patriarcal, reste en vigueur jusqu’en 1596. En 381, un concile, promu par saint Ambroise de Milan et présidé par l’archevêque d’Aquilée, Valérien, s’y réunit : il condamna les évêques pro-arianistes Palladios de Ratiaria et Secondinien de Singidunum (Mésie supérieure, en Dacie aurélienne) et les doctrines ariennes diffusées en Occident.

Fondation du Patriarcat[modifier | modifier le code]

En 554, les archevêques métropolitains de Milan et Aquilée se refusèrent d’adhérer à la condamnation prononcée par l’empereur Justinien contre les thèses nestoriennes dénommées Trois Chapitres, donnant naissance à un schisme (Schisme des trois chapitres) : en 557 durant le synode provincial convoqué à Aquilée pour l’élection du nouveau métropolitain Paulin 'succédant à Macédonios), avec la participation des évêques des diocèses, ils décidèrent de ne pas reconnaître les conclusions du deuxième concile de Constantinople et de rendre l’Église autocéphale. En 568, sous la pression de l’invasion lombarde, Paulin transféra son siège épiscopal à Grado, sous la protection de l’Empire romain d'Orient : il y fut proclamé patriarche.

L’Église d’Aquilée s’était élevée au rang de patriarcat dans l’espoir de devenir membre à part entière de la Pentarchie (qui serait alors devenue une « Hexarchie ») mais cet espoir est compromis car en 606, elle se divise en deux patriarcats : celui d’Aquilée et celui de Grado. Cette division est due au morcellement politique de la zone : la terre frioulaine, incluant Aquilée, entre sous domination lombarde, alors que le littoral adriatique de la Vénétie, avec Grado, reste territoire romain d’Orient. Le schisme des Trois Chapitres fut définitivement clos en 699 lors du concile de Pavie et Aquilée revint dans l’orthodoxie. Toutefois, même après la réconciliation entre les trois parties, le diocèse d'Aquilée continua à être divisé jusqu’en 731, officialisant ainsi la séparation entre le Patriarcat d’Aquilée et le Patriarcat de Grado.

Appartenant au duché du Frioul pendant l’occupation lombarde, le territoire du Frioul est, suite de la conquête franque de 952, intégré au duché de Bavière, avec l’Istrie, la Carinthie et la Carniole. En 976, ces territoires passent sous l’autorité du duché de Carinthie.

Le patriarche Poppone (1019-1042), familier et ministre de l’empereur Conrad II le Salique, consacra le la nouvelle cathédrale, et entoura la ville de nouveaux murs. Il se protégea ainsi pour se libérer de la tutelle du duché de Carinthie, et il affronta aussi les Vénitiens à Grado, mais fut vaincu et dut y renoncer à la fois militairement et par la volonté d’un concile épiscopal.

Lors de la dislocation de la Pentarchie, les patriarcats d’Aquilée et de Grado, après quelques hésitations, choisirent de se rallier à Rome et rejoignirent définitivement l’Église latine, d’autant que Venise avait fait le même choix et s’était séparée de l’empire d’Orient, suzerain lointain et impuissant à s’opposer aux visées germaniques.

Le pouvoir temporel des princes-patriarches[modifier | modifier le code]

Le , le patriarche Sieghard de Beilstein (1068-1077) obtient de l’empereur Henri IV l’investiture féodale de duc du Frioul, marquis d’Istrie et le titre de prince, constituant ainsi la principauté ecclésiastique d’Aquilée, fief direct du Saint-Empire romain germanique.

Les successeurs de Sieghard de Beilstein (1068-1077) restèrent fidèles à la politique d’Henri IV et de son fils Henri V, faisant de l’État frioulan un poste avancé de la politique impériale germanique en Italie. En 1186, Godefroy de Hohenstaufen couronne le fils de Frédéric Barberousse, Henri VI, roi d’Italie, déposé en réaction par le pape Urbain III.

Carte de l’Italie en 1402 : le patriarcat est en vert foncé.

Sous le patriarche de Volchero (1204-1218), une grande impulsion fut donnée aux activités commerciales et productives, avec l’amélioration du réseau routier et de l’activité culturelle. À Volchero succéda le patriarche Berthold d’Andechs-Méranie (1218-1251), oncle d’Élisabeth de Hongrie, lequel avait des visées sur la cité d’Udine qui, en un peu de temps, passa d’un petit village à une métropole. Les visées de conquête des gibelins Ezzelino III da Romano et Mainardo III, comte de Gorizia[réf. nécessaire], contraindront le patriarche à chercher de l’aide dans le parti adverse, celui des guelfes, s’alliant avec Venise et avec le duc de Carinthie.

En 1238, le siège des patriarches fut transféré à Udine, et y restera pendant environ deux siècles. Devenu un élément de force de la ligue guelfe, le Frioul connut une période de déclin : le patriarche ne réussissait plus à conserver la cohésion entre les communes et connut de fréquentes trahisons, des conjurations et des luttes entre vassaux. Le comte de Gorizia devint le principal adversaire le l’autorité patriarcale.

En 1281, un conflit éclata avec la République de Venise pour la possession de parties de l’Istrie.

Le patriarche Bertrand de Saint-Geniès (1334-1350) obtint de nombreux succès sur le plan militaire et diplomatique sans jamais négliger ses devoirs d’évêque. Le , désormais nonagénaire, il fut tué lors d’une conjuration menée par le comte de Gorizia et par la commune de Cividale. Le patriarche Marquhard de Randeck (1365-1381) passa par contre à l’histoire pour avoir promulgué () la « constitution de la patrie du Frioul » (Constitutiones Patriae Foriiulii), base du droit frioulan.

Suivit une longue période de dissensions internes, principalement entre les cités d’Udine et de Cividale. Une grande partie des communes du Frioul, les Carraresi et le roi de Hongrie se rangèrent dans le camp de Cividale ; Udine obtint le soutien de Venise.

En 1411, le Frioul devient un champ de bataille pour l’armée impériale, aux côtés de Cividale, et celle de Venise, aux côtés d’Udine. En décembre 1411, l’armée de l’empereur Sigismond occupe Udine ; le , le patriarche Louis de Teck est élu est nommé dans le dôme de Cividale. Le , les Vénitiens occupèrent Cividale et se préparèrent à la conquête d’Udine, qui tombe le , après une âpre défense. Tout de suite après, Gemona, San Daniele, Venzone, Tolmezzo tombèrent, ce qui marque la fin de l’État du patriarcat frioulan.

En 1445, après de longues tractations, le patriarche Ludovico Trevisano accepta le concordat imposé par Venise, par lequel est aboli de fait le droit d’indépendance du Frioul, qui devient une partie de la République de Venise dirigée par un « inspecteur général ».

Fin du patriarcat[modifier | modifier le code]

L’expansion territoriale de la république de Venise à la fin du Moyen Âge.

En 1751, avec la bulle pontificale, sollicitée par Venise et les Habsbourgs d'Autriche, le patriarcat d’Aquilée fut supprimé et à sa place fut instauré l’archidiocèse d’Udine et l’archidiocèse de Gorizia. Cela signifia le déclassement d’Udine, qui devint seulement siège de l’archevêché, et l’élévation de Gorizia qui, jusqu’à cette époque, était seulement un archidiaconat au sein des grands diocèses d’Aquilée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Francesco Barbaro: patrizio veneto e patriarca di Aquileia, Udine, Casamassima, 1984, .
  • (it) Il Friuli dal 1420 al 1797. La storia politica e sociale, Udine, Casamassima, 1998, pp. V-429 (Storia della società friulana, diretta da Giovanni Miccoli, vol. II/II).

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hans Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, éd.: Westermann, p. 54, 56 et 59