Patmos

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Patmos
Πάτμος (el)
Le port de Skala.
Le port de Skala.
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Archipel Dodécanèse
Localisation Mer Égée (mer Méditerranée)
Coordonnées 37° 19′ 00″ N, 26° 33′ 00″ E
Superficie 34,5 km2
Point culminant Mont Profitis Ilias (269 m)
Géologie Île continentale
Administration
Périphérie Égée-Méridionale
District régional Kalymnos
Dème Patmos
Démographie
Population 3 044 hab. (2001)
Densité 88,23 hab./km2
Plus grande ville Skala
Autres informations
Fuseau horaire UTC+2
Site officiel Site officiel de Patmos
Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Patmos
Patmos
Îles de Grèce

Patmos (grec moderne : Πάτμος) est une île grecque faisant partie de l'archipel du Dodécanèse, dans la mer Égée.

Formation de l'île[modifier | modifier le code]

Le volcanisme de la Mer Égée[1]. En bleu: Arc volcanique sud-égéen; Si: Sousaki; A: Aegina; M: Methana; P: Poros; S: Santorin; K: Kolumbo; N: Nisyros. En rouge: province du Dodécanèse; B: Bodrum. En vert: province nord-égéenne.

Tectonique[modifier | modifier le code]

Avec Samos, la partie orientale de l'Île de Kos et la presqu'île d'Halicarnasse en Turquie, Patmos appartient à la « province volcanique du Dodécanèse »[1] active de la fin du Miocène au Pliocène (âges compris entre 7 et 3,7 Ma)[2],[3]. L'activité volcanique intense de cette région est liée à la subduction de la plaque africaine sous la plaque euro-asiatique depuis soixante millions d'années, et aux mouvements connexes de la microplaque anatolienne par rapport à la microplaque égéenne[4],[5].

Carte lithologique de l'Île de Patmos, modifiée d'après Ursula Robert-Pfaffenberger[6]. 1 = marbres; 2 = laves anciennes; 3 = basalte; 4 = latites (l) et latites quartzifères (l'); 5 = trachytes microgrenus; 6 = phonolites et trachytes alcalins; 7 = trachytes quartzifères; 8 = rhyolites; 9 = téphras et pyroclastites bréchiques (pointillé rouge); 10 = roches silicifiées; 11 = plages, alluvions, formations de pente et zones urbanisées.

Géologie[modifier | modifier le code]

Les roches volcaniques de Patmos, accumulées pendant près de 4 millions d'années, occupent un fossé d'effondrement limité par deux failles principales orientées NO-SE[6]. Au sud du fossé, le socle est constitué de marbres (probablement des calcaires mésozoïques métamorphisés à l'Eocène) et de schistes. Une série volcanique ancienne comporte des trachytes, des rhyolites et des filons basaltiques[6].

F: Faille sud du fossé d'effondrement de Patmos : à gauche les marbres du socle de l'île, à droite les trachytes quartzifères ; Φ = phonolites.

Depuis la fin de l'activité magmatique il y a 3,7 millions d'années, l'érosion a remodelé l'île et les anciens volcans ne sont plus identifiables, à part un cratère d'explosion situé à l'est de Grikou, signalé par la présence de bombes volcaniques basaltiques[7]. Les coulées de lave, généralement peu épaisses, peuvent être séparées par des couches de scories. L'île présente aussi des faciès microgrenus trachytiques, recoupés par des filons (μτ sur la carte). Les laves sont essentiellement des rhyolites(ρ), des trachytes et trachytes quartzifères (τ), des latites (λ ou hy) et des latites quartziques (λ', contenant de la tridymite), accompagnés de petits volumes de basaltes(β) et de phonolites(φ)[8]. Les pyroclastites (Τ) sont très abondantes, spécialement à l'est de l'île; elles n'ont pas été décrites en détail. Les plus fines peuvent représenter des dépôts d'éruptions pliniennes.

Toutes ces roches volcaniques sont largement porphyriques, contenant en moyenne 30% de phénocristaux qui témoignent d'un séjour dans un réservoir magmatique situé au niveau de la discontinuité de Mohorovicic (~20 km de profondeur). L'olivine (ol) est stable dans les faciès les plus mafiques, réactionnelle dans les hy-basaltes (ou latites). Le clinopyroxène (cpx) est zoné, ainsi que le plagioclase (pl). Des phénocristaux de sanidine et de phlogopite sont présents dans les trachy-basaltes, les trachytes et les phonolites ; certains ont la très petite taille d'un feldspathoïde cubique, haüyne ou sodalite[6]. Des microphénocristaux d'apatite et de magnétite sont abondants dans certains faciès.

Les mésostases des roches sont très fines, de type pilotaxitique (constituées essentiellement de microlites) ou hyalopilitiques (mélange de microlites et de verre). Certaines latites contiennent même du verre volcanique brun pâle ou jaune[6]. On trouve aussi des cristaux de néphéline très ténus, de l'analcime et des sphérolites : le verre peut être le constituant quasi unique de la roche qui mérite alors le nom d'obsidienne[6].

Les téphras étant mises à part, une assez grande diversité de laves occupent à Patmos une surface de moins de 20 km2. Les trachyandésites, les trachytes quarziques et les rhyolites représentent l'essentiel du volume, tandis que basaltes, trachybasaltes et phonolites n'occupent qu'une place très limitée[6],[7].

Naissance mythique de l'île[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie grecque, le nom original de l'île était Letoïs, d'après la déesse chasseresse Artémis, fille de Léto, qui l'aurait fait surgir du fond de la mer : un temple d'Artemis s'élevait, dans l'Antiquité, sur le mont Latmos. La légende précise que c'est la déesse de la lune Séléné qui aurait illuminé le fond de la mer, révélant à Artémis les roches dont elle forma l'île, avec l'aide de son frère Apollon et la bénédiction de Zeus[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Après les Lélèges d'origine anatolienne, les premiers Grecs seraient arrivés à l'époque mycénienne, puis Patmos fut peuplée par les Ioniens. Après la longue période helléno-romano-byzantine (près de deux millénaires) l'île n'est pas occupée par les Latins à la suite de la quatrième croisade et reste byzantine. Tout en restant autonome, elle passe sous protection vénitienne à partir du début du XIVe siècle avant d'être conquise par l'Empire ottoman en 1537. L'occupation turque dure jusqu'en 1911. Les Italiens occupent l'île en 1911, puis les Allemands en novembre 1943 et les Britanniques en mai 1945, avant son rattachement à la Grèce en 1946.

Les Romains utilisent Patmos comme lieu de déportation. Selon la Bible (Apocalypse 1:9) c'est là que l'apôtre Jean reçut de Jésus la révélation qui prit le nom d'Apocalypse. La tradition précise que c'est l'empereur Domitien qui, en 95, y exila l'apôtre, qui aurait vécu dans une grotte transformée en chapelle.

Se basant sur cette tradition, en 1088, Christodoulos de Patmos fait construire avec l'argent de l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène le monastère de Saint-Jean-le-Théologien, à l'emplacement du temple d'Artémis. Les documents montrent que, à la suite des raids maritimes arabes, l'île était très faiblement peuplée à l'époque. Le monastère se développe rapidement, au point que les revenus de ses productions agricoles lui permettent de constituer une importante bibliothèque (qui reste très difficile d'accès aux profanes) ; en 1138 les habitants de l'île sont autorisés à s'installer autour du mur d'enceinte du monastère : c'est ainsi qu'est créé le village de Patmos (Chora).

Économie[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la pandémie de Covid-19, l'essentiel de l'économie de l'île se base sur le tourisme, mais un tourisme plus culturel, voire religieux, dû à la présence du monastère, que de loisirs. Le tourisme balnéaire est peu développé à Patmos, qui, comme d'autres îles du Dodécanèse, n'est plus autosuffisante en eau, surtout durant l'été à cause de la saison touristique. Elle reçoit de l'eau depuis Rhodes, pour un coût moyen de 5 € le mètre-cube. Le traitement et le recyclage des déchets sont à l'état embryonnaire et une grande décharge à ciel ouvert s'ouvre sur la côte nord-ouest de l'île[10]. Patmos était autrefois une île viticole : quelques parcelles subsistent encore pour la consommation privée. Les documents fiscaux de l'île indiquent, il y a encore cent ans, une production viticole importante, notamment à destination des chrétiens d'Égypte. Les pressoirs à vin, dans lequel on faisait le moût, se trouvaient dans les maisons des agriculteurs. Actuellement, on peut clairement déterminer les zones autrefois cultivées, simplement par l’observation des anciennes restanques aujourd’hui en friche. Depuis 2011, un domaine viticole en biodynamie et une cave ont été aménagés, signifiant le retour de Patmos sur la scène viticole grecque.

Culture[modifier | modifier le code]

Patmos a été ajoutée[Quand ?] sur la liste des monuments du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Monuments[modifier | modifier le code]

Festivals[modifier | modifier le code]

Depuis 2010 Patmos organise l'été l'International Festival Film of Patmos (IFFP)[11],[12].

L'île organise aussi le Festival de musique sacrée et le Festival égéen du goût et de la tradition[13],[14].

Films tournés sur l'île[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b U. Robert, J. Foden et R. Varne, (en) « The Dodecanese Province, SE Aegean : a model for tectonic control on potassic magmatism », in Lithos n° 28, 1992, pp. 241-260
  2. M. Fytikas, O. Giuliani, F. Innocenti, G. Marinelli et R. Mazzuoli, (en) « Geochronological data on recent magmatism of the Egean Sea », Tectonophysics n° 31, 29-34, 1976
  3. U. Robert et J.M. Cantagrel, « Le volcanisme basaltique dans le Sud-Est de la Mer Égée : données géochronologiques et relations avec la tectoniques », VI-ème Coll. Geol. Aegean Region, Proc. III, 961-967, Athènes 1977
  4. D. P. MacKenzie, « Active tectonics of the Mediterranean region », Geophys, Journ. Roy. Astron. Soc. n° 30, 1972, pp. 109-185
  5. Le Pichon et Angelier, « The Hellenic arc and trench system: a key to the tectonic evolution of the eastern Mediterranean area », Tectonophysics n° 60 (1-2), 1979, pp. 1-42
  6. a b c d e f et g Ursula Robert-Pfaffenberger, « Les roches volcaniques de l'Île de Patmos (Dodecanèse, Grèce) », Doctorat du Laboratoire de Pétrographie, Université Paris 6, 1973, 159 p.
  7. a et b G. P. Wyers et M. Barton, (en) « Petrology and evolution of transitionnal alkaline-sub alkaline lavas from Patmos, Dodecanesos, Greece: evidence for fractionnal crystallization, magma mixing and assimilation » in : Contrib. Mineral. Petrol. n° 93, 1986, pp. 297-311
  8. M. J. LeBas, R.W. LeMaitre, A. Streckeisen et B. Zanettin, (en) « A chemical classification of volcanic rocks based on the total alkali-silica diagram » in Journal of Petrology n° 27, pp. 745-750
  9. Patmos – website officiel consulté le 4 septembre 2008.
  10. e-Kathemerini, 4 août 2008.
  11. « IFFP » International Film Festival of Patmos », sur www.iffp.gr (consulté le )
  12. (en-GB) « International Film Festival of Patmos », sur www.patmosweb.gr (consulté le )
  13. (en-GB) « Festival of Sacred Music », sur www.patmosweb.gr (consulté le )
  14. (en-GB) « Aegean Festival of Taste and Tradition », sur www.patmosweb.gr (consulté le )
  15. IMDb.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Déon, Le Rendez-vous de Patmos, Paris, Éditions Gallimard, , 320 p. (ISBN 2070369692)
  • Dorian Amar, Les quatre saisons du domaine de l’Apocalypse - Notes et observations d’un domaine viticole cultivé en Agroécologie, Chaintré, Œnoplurimédia collection avenir œnologie, , 168 p. (ISBN 2-905428-46-5)
  • Dorian Amar, Les arbres de Patmos ; plaidoyer pour une gestion de l'espace en agroforesterie : l'expérience d'un domaine viticole, Bruxelles, Éditions SAMSA, , 82 p. (ISBN 9782875932662)
  • Antoine Silber, Les Cyprès de Patmos, Paris, Éditions Arléa, , 128 p. (ISBN 9782363080448)
  • Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Paris, Éditions Gallimard, , 228 p. (ISBN 9782070313983)
  • Lorand Gaspar, Carnet de Patmos, Paris, Le temps qu'il fait, , 60 p. (ISBN 2868531342)
  • Ignace Triandis, L’Ancien de Patmos Saint Amphiloque Makris (1889-1970), Paris, Éditions des Syrtes, , 304 p. (ISBN 9782940628162)
  • Jacqueline Délia, Magie de Patmos, Paris, Éditions Arléa, , 75 p. (ISBN 9782869596795)
  • Maria Gerolymatou, « Vivre avec les pirates aux XIIe-XIIIe siècles. L"exemple de Patmos », Mélanges Jean-Claude Cheynet, CNRS - Travaux et mémoires,‎

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Liens externes[modifier | modifier le code]