Passéisme

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Selon Jankélévitch, le mythe religieux de l'âge d'or et la notion de passéisme sont intimement liés
(Tableau de Pietro da Cortona)

Le passéisme est une attitude empreinte de nostalgie du passé, d'attachement aux mœurs et aux valeurs du passé, voire de repli sur celles-ci.

Cette qualification peut comporter une connotation péjorative si l'attachement est jugé excessif, en particulier lorsqu'une telle attitude est considérée en opposition au progrès.

Définition[modifier | modifier le code]

Le dictionnaire Le Petit Larousse définit le passéisme comme une « attitude de repli sur des valeurs du passé »[1]. Le site du CNRTL définit le passéisme comme un « attachement excessif au passé. » et le passéiste comme une personne « excessivement attachée au passé », présentant donc le terme comme étant lié à une exagération du sentiment de nostalgie[2],[3].

Synonymes de passéisme[modifier | modifier le code]

Il est devenu un lieu commun de faire un rapprochement, sinon de pratiquer une forme d'amalgame, entre les idées réactionnaires et le passéisme. Ce mot peut aussi évoquer l'obscurantisme, le conservatisme et le conformisme[4].

Contraires de passéisme[modifier | modifier le code]

Au passéisme, on peut opposer le concept de futurisme, qui relève d'une connotation plutôt positive même si l'Encyclopædia Universalis déclare que « [...] dans leur perpétuel souci d'innovation, les futuristes ne songèrent rien moins qu'à plaire, utilisant de façon retentissante les ressources de la provocation, du scandale, voire de la violence »[5]. On peut ajouter, mais de façon plus large, les termes de progressisme et d'évolutionnisme, liés à l'idée de création de concepts novateurs et de la notion de progrès.

Visions du passéisme[modifier | modifier le code]

Le mythe de l'âge d'or[modifier | modifier le code]

Johan Norberg en 2008

Au-delà du mythe grec, l'âge d'or est la vision d'un passé heureux et lointain qui s'éloigne de plus en plus avec le temps qui passe. Selon le philosophe et musicologue français Vladimir Jankélévitch, le passé et l'âge d'or se rejoigne. Celui-ci écrit notamment[6] :

« [...] À plus forte raison le passé du passéisme est il lui-même un idéal à venir ; l'objet de la nostalgie passéiste appartient en somme au monde normatif des choses futures tout autant que l'objet de l'espérance futuriste ; le paradis perdu et le paradis retrouvé du messianisme, l'âge d'or de la tradition et de la cité idéale des utopistes, l’extrême passé supra-historique et l’ultime futur métahistorique se rejoignent dans une même eschatologie. »

Dans la préface du livre Non ce n'était pas mieux avant, de l'écrivain suédois militant pour la défense du libéralisme, Johan Norberg, l'entrepreneur Mathieu Laine écrit[7] :

«  L'̩âge d'or, c'est bien connu, c'était toujours avant ǃ Il doit y avoir une explication cognitive, un biais humain à préférer le passé pour que cette opinion soit à ce point répandue. »

Nostalgie et passéisme[modifier | modifier le code]

Patrick Poivre d'Arvor en 2010.

La nostalgie est un sentiment fort qui entraîne une sensation extrêmement puissante par ceux qui la revendique jusqu'à un certain regret des actions du temps passé (souvent dénommé par l'expression « Bon vieux temps »). Cependant, le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, auteur d'un ouvrage sur la nostalgie, oppose ces deux concepts et écrit[8] :

«  La nostalgie, ce n'est pas le passéisme. C'est d'abord un sentiment tonique de frustration devant notre impuissance à retenir les êtres et les choses qui nous filent entre les doigts. Ne pleurons pas sur le lait renversé. Ils reviendront que si on les tient fermement en vie. Si l'oubli les recouvre et les ensevelit, ils seront morts pour de bon. »

Le passéisme de gauche[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

L’expression « gauche passéiste » est attribuée à l'ancien Premier ministre Manuel Valls qui l'a utilisée pour dénoncer le statu quo prôné par certains hommes de gauche refusant les réformes en profondeur d'une économie française en perte de vitesse. Il a ainsi déclaré : « Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s'attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses. La seule question qui vaille, c'est comment orienter la modernité pour accélérer l'émancipation des individus »[9]

Dans les pays de l'est[modifier | modifier le code]

L'ostalgie, néologisme désignant une forme de nostalgie de l'ancienne République démocratique allemande, puis par la suite, élargi au regret de la vie quotidienne des démocraties populaires de l'ex-Bloc de l'Est. C'est une forme de passéisme très répandu dans ces nostalgiques du communisme d'État.

La crainte du passéisme[modifier | modifier le code]

Laurent Terzieff en 2009

Laurent Terzieff : « Le passéisme m'effraie »[10] : « Le passéisme des gens de mon âge m'effraie. Évidemment, ce sentiment que ce qui arrive de nouveau est quelque chose qu'on a déjà vécu, je l'ai moi-même éprouvé, mais c'est faux. Ce qui est nouveau est vraiment nouveau, on ne l'a pas vécu. L'histoire ressasse, parfois, mais elle ne bégaie pas ».

La défense d'une certaine forme de passéisme[modifier | modifier le code]

Sylvain Tesson

Selon l'écrivain Sylvain Tesson, auteur de la phrase « Éteignez tout, et le monde s'allume », l'être humain doit fuir le monde numérisé afin de retrouver « l’espace et le temps, le silence et la durée »[11]. Dans le même sens, l'écrivain Frédéric Beigbeder considère les réseaux sociaux comme sans intérêt et leur utilisation supposée incontournable serait autant artificielle qu'imposée. Dans ce sens, il a lancé un appel contre ce type de pratique[12]. Ce genre d'attitude partagée par de nombreux intellectuels peut être considéré comme un forme de passéisme, mais elle s'associe également à une lutte contre le phénomène de virtualisation entraînant certaines personnes dans l'oubli, voire dans l'ignorance de ce qu'on nomme la vie réelle.

« C'était mieux avant »[modifier | modifier le code]

Dans le quotidien et même sur le web francophone et anglophone on peut remarquer une certaine forme nostalgie affiché au travers d'une phrase assez connue, quelquefois répétée comme un leitmotiv : « C'était mieux avant ! » (ou « Tout était mieux avant ! »). Selon cette vision, les objets passés, voire « vintage » ne sont plus totalement « ringards » et des personnes regrettent les objets technologiques simples du genre Atari, le disque vinyle ou la cassette VHS deviennent des objets de collection...

Au-delà de cette passion purement matérialiste, de nombreuses personnes utilisent cette phrase comme un regret sincère des actions, des faits, des comportements, des activités humaines passées. Des études ont été publiées sur cette question.

Ouvrages sur le thème[modifier | modifier le code]

Michel Serres en 2011
Ce livre fait référence au passé pas forcément aussi glorieux que certains adeptes du passéisme le souhaiterait en évoquant les guerres passées, les dictatures et leurs crimes[13].
  • Dans un courant de pensée plutôt inverse que celui de l'ouvrage précédent, le journaliste et écrivain français Jérôme Duhamel est l'auteur d'un livre intitulé « C’était mieux avant : 250 coups de gueule sur la France d'aujourd'hui », publié en 2010. Dans cet essai, le journaliste évoque un passé pas trop lointain, mais surtout pas si misérable qu'il n'y paraît et dont on peut avoir quelques raisons de le regretter. « La politique avait elle un côté bling-bling ? », « Les sportifs étaient ils aussi attachés à l'argent ? », « Les programmes de télévision étaient ils aussi vulgaires ? » sont quelques boutades lâchées par ce journaliste dans cet ouvrage[14].
  • L'écrivain français Alain Paucard surenchérit dans cette vision du déclin au travers de son ouvrage « Oui, c'était mieux avant » en dressant un constat très amer sur la société française. L'auteur évoque ainsi, selon ses propres critères, les déclins éducatifs, culturels et industriel actuels, créant ainsi un véritable fossé intergénérationnel[15].
  • Dans un style satirique et plus léger, l'humoriste Stéphane Ribeiro a publié en 2013, un livre, rempli d'aphorisme et dénommé : « C'était Mieux Avant : 500 Bonnes raisons de regretter d'avoir plus de 30 ans : ou pas »[16], dont on peut extraire, entre autres, ces cinq formules suivantes[17] : 
  1. « Avant, Johnny Hallyday ressemblait moins à ses sosies... »
  2. « Avant, il y avait Garcimore à la télé. Et d'un coup, hop ! Il a disparu... »
  3. « Avant, 15 euros, ça faisait 100 francs. Et avant, 100 francs, ça faisait beaucoup plus que 15 euros. »
  4. « Avant, on ne se faisait pas racketter son téléphone portable à l'école. Avant, on se faisait racketter son blouson Chevignon. »
  5. « Avant, on était soit Pif Gadget, soit Journal de Mickey. Fallait choisir. »
Howard Buten en 2008
  • Dans un style plus artistique et plus littéraire, l'écrivain, clown américain et psychologue spécialiste de l'autisme, Howard Buten a écrit un court roman intitulé « C'était mieux avant », dont la trame évoque la vie, l'amour la mort et la solitude et dans lequel on peut lire l'extrait suivant : « Ils disent qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter, mais je vois bien que tout le monde s'inquiète » donnant ainsi au passéisme un aspect plus angoissant, lié à la peur, motivée ou pas, de l'avenir[18].
  • Pierre-Antoine Delhommais & Marion Cocquet sont les auteurs d'un livre dénommé Au bon vieux temps, publié en 2016 où ils dénoncent la nostalgie du passé. Ils lancent une polémique en affirmant que le mythe du bon vieux temps relèverait d'un mythe dangereux, qui « déforme la vision du présent » et accroît la peur de l'avenir, tout en faisant « le lit des populismes »[19].

Sondage sur le thème[modifier | modifier le code]

Une étude réalisée entre 2013 et 2014, mais publiée en 2016 par la DREES, indique que 46 % des Français interrogés pensent que « c’était mieux avant ». Par rapport à l’enquête précédente, réalisée en 2004, la DREES indique que « les Français sont de plus en plus nombreux à penser que leur situation générale est moins bonne que celle de leurs parents ». Selon cet organisme public, ces personnes évoquent un sentiment de déclassement, les jeunes se sentant les plus concernés[20].

Une enquête effectuée en 2016 par l'institut de sondage BVA, pour le compte d'Orange télévision, indique que pour 70 % des français interrogés, la télévision, « c'était mieux avant ». Ce sondage indique également les préférences des français en matière de programmes et de présentateurs[21].

Chansons sur le thème[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Quel avenir pour l'école ? Entre passéisme nostalgique et utopie moderniste », date de sortie 22/03/2007, Actes XVI Des Entretiens Nathan, ouvrage collectif édité sous la direction d’Alain Bentolila, Nathan, Paris, 2007 (ISBN 978-2091217857)[23]
  • « Contre Venise passéiste par Filippo Tommaso Martinetti et autres. » Traduit de l'italien par Pierre Musitelli, préface de Maxime Rovere, éd Payot-Rivages, coll Poche, Paris, 2015.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site Larousse, page sur la définition du mot "passéisme", consulté le 7 octobre 2018
  2. Site du CNRTL définiton du passéiste, consultés le 8 octobre 2018
  3. Site du CNRTL définiton du passéisme, consulté le 8 octobre 2018
  4. Dictionnaire Reverso, "fiche synonyme pour le mot passéiste", consulté le 9 octobre 2018
  5. « Futurisme », sur Universalis
  6. livre Google "Ce sentiment qui nous rappelle: Déclinaisons de la nostalgie... de Jacopo Masi, consulté le 7 octobre 2018
  7. Livre Google, "Non ce n'était pas mieux avant" de Johan Norberg, consulté le 07 octobre 2018
  8. livre Google "Nostalgie des choses perdues - Dictionnaire intime" de Patrick Poivre d'Arvor, consulté le 07 octobre 2018
  9. « Manuel Valls : "Il faut en finir avec la gauche passéiste" », sur L'Obs (consulté le 19 mars 2016)
  10. Fabienne Darge, « Laurent Terzieff : "Le passéisme m'effraie" », sur lemonde.fr,
  11. Site du journal Le Monde, article de Nicolas Truong sur Sylvain Tesson, publié le 03 août 2018
  12. Site de la station de radio France Inter, , le billet de Frédéric Beigbeder, publié le 2 novembre 2017
  13. Site Chapitre.com, présentation du livre "C'était mieux avant !" de Michel Serres, consulté le 8 octobre 2018
  14. Site des éditions Flammarion, page sur livre "C’était mieux avant ː 250 coups de gueule sur la France d'aujourd'hui" de de Jérôme Duhamel, consulté le 8 octobre 2018
  15. site atlantico.fr, page "Oui c'était mieux avant : comment la société en est venue à remplacer les romans par les DVD dans les sacs de voyage", publié le 4 février 2016
  16. Stéphane Ribeiro, C'était Mieux Avant : 500 Bonnes Raisons De Regretter D'avoir Plus De 30 Ans : Ou Pas, Paris, First Editions, , 192 p. (ISBN 978-2-7540-5571-0)
  17. Site topito, extrait de l'ouvrage de Stéphane Ribeiro
  18. Site baélio, page sur le roman de H. Butten "C'était mieux avant", consulté le 8 octobre 2018
  19. Site ombres-blanches.fr, page Au bon vieux temps de Pierre-Antoine Delhommais & Marion Cocquet, consulté le 27 août 2019
  20. Site du journal Ouest France, article "Pour 46 % des Français, c’était mieux avant", publié le 11 juillet 2016
  21. Site du TV Mag Figaro, article "Télévision : pour 70% des Français, c’était mieux avant", publié le 01 août 2015
  22. [https://www.lordsofrock.net/jo-dahan/ Site Lords of rock, page "Jo Dahan Ma Langue Aux Anglais"], consulté le 25 octobre 2018
  23. Livre Google, page sur le livre Quel avenir pour l'école ? Quel avenir pour l'école?, consulté le 8 octobre 2018

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]