Parti populaire national allemand

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Parti populaire national allemand
Deutschnationale Volkspartei
Image illustrative de l’article Parti populaire national allemand
Logotype officiel.
Présentation
Chef Alfred Hugenberg
Fondation 1918
Disparition 1933
Mouvement de jeunesse Bismarckjugend
Positionnement extrême droite
Idéologie ultra-conservatisme
Nationalisme
National-conservatisme
Monarchisme
Antisémitisme
Couleurs Noir, blanc, rouge.
Drapeau de l'Empire allemand, utilisé par le DNVP.
Convention du DNVP en 1932.

Le Parti populaire national allemand[1],[2],[3],[4] (ou Parti national du peuple allemand ; en allemand Deutschnationale Volkspartei, généralement abrégé en DNVP) était un parti politique allemand à l'époque de la république de Weimar, se situant à l'extrême-droite.

Parfois qualifié comme appartenant à la tendance « nationale-conservatrice » et composante importante du mouvement dit de la « Révolution conservatrice », le DNVP reprenait en grande partie, mais en les radicalisant, les cadres et les fondements idéologiques de l'ancien Parti conservateur allemand, actif sous l'Empire allemand. Jusqu'à l'ascension du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), le DNVP, proche de la Ligue pangermaniste ainsi que des anciens combattants du Stahlhelm, représentait le principal parti völkisch [5]. Antisémite, il exclut officiellement, en 1929, les Juifs du parti [6]. L'historien Ian Kershaw souligne son rapport ambigu avec l'extrême-droite: si le DNPV était völkisch, antisémite et partageait, selon Kershaw, nombre de « caractéristiques fascistes », il se définissait toutefois davantage comme conservateur, voire aristocrate et élitiste, que comme populiste [7].

Historique[modifier | modifier le code]

Affiche de 1932 : « Faites gonfler les anciennes couleurs ».

Hostile à la République de Weimar qui succède à l'effondrement de l'Empire allemand, le DNVP passa la plus grande partie de l'entre-deux-guerres dans l'opposition[8]. Ainsi, il ne participa qu'à deux gouvernements sur les dix-neuf formés entre 1919 et 1932, pour une période totale de 27 mois. Malgré des scores parfois importants (jusqu'à près de 20 % aux deux législatives de 1924), ceci s'explique à la fois par le mode de scrutin électoral en vigueur, et la position intransigeante du parti, qui rejette frontalement la république de Weimar.

Le DNPV était soutenu par certains industriels, mais aussi par de nombreux grands propriétaires terriens de l'Est de l'Elbe[9]. Il était majoritairement soutenu dans le Nord protestant de l'Allemagne [10],[11]. Le pamphlet de 1919 de Karl Helfferich, intitulé « Erzberger doit partir! », qui qualifiait le député Zentrum, signataire de l'armistice, de « marionnette des Juifs », est un exemple de ce discours violemment anti-démocratique, anti-catholique et antisémite. Le DNPV bénéficia également d'un appui important de la Ligue pangermaniste (également proche du NSDAP), qui profita plus au parti qu'à la ligue [12].

À sa fondation, le DNVP était favorable au retour de la monarchie, et s'opposait de manière virulente aux mesures de rétorsion prises aux dépens de l'Allemagne dans le traité de Versailles. En mars 1920, le DNPV prend une position ambiguë à l'égard de la tentative du putsch de Kapp, qu'on pourrait qualifier de « soutien sans participation ». Le pasteur Gottfried Traub (de), ex-membre de la National-Sozialer Verein (en) et proche du DNVP, fut ainsi ministre des Cultes de l’éphémère gouvernement de Kapp, avant de devenir officiellement membre du parti.

Après l'échec du putsch, le DNVP, très divisé sur l'approbation du plan Dawes, abandonne l'orientation monarchique et prône un régime présidentiel fort[13]. Il adopte officiellement, en 1921, les « principes germano-völkisch » comme fondement de sa ligne politique [14].

En 1922, le parti lance une campagne antisémite virulente contre le ministre Walther Rathenau. Suite à l'assassinat, en juin 1922, de Rathenau, le chancelier Joseph Wirth réussit à faire voter une loi sur la défense de la République, la Republikschutzgesetz (de), qui permet la dissolution des organisations soutenant le terrorisme. La loi est votée par tous les partis à l'exception du Parti communiste, du Parti populaire bavarois et du DNVP, qui se sent particulièrement visé. Afin d'éviter une éventuelle interdiction, le DNVP s'oppose à son aile la plus radicale [15], conduisant à une scission conduite par les membres les plus à droite (dont notamment Albrecht von Graefe, ancien député du Parti conservateur allemand et l'une des figures de proue du mouvement völkisch, ou Reinhold Wulle (en)), qui mène à la création du « Parti populaire allemand de la liberté » (Deutschvölkische Freiheitspartei, DVFP). Certains de ces membres exclus conservèrent toutefois des relations étroites avec le DNPV, à commencer par Graefe, qui continuait à être considéré comme membre du DNVP [16].

Soutenu par le groupe de presse d'Hugenberg, le parti atteint 950 000 adhérents l'année suivante[17]. Il accepte dès lors de soutenir certains gouvernements (Cuno, 1922-23) ou d'y participer (Luther, 1925-26). Cette participation est sanctionnée par un déclin électoral et le parti passe à une opposition radicale au régime après la prise de pouvoir d'Hugenberg en 1928.

En 1931, alors que ses électeurs le désertent en faveur du NSDAP, le parti forme une alliance avec les nazis et le Stahlhelm (une organisation paramilitaire), le Front de Harzburg.

Le nazisme et l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Le DNVP participe à une coalition avec le parti nazi après l'accession au pouvoir de celui-ci, au début 1933. Il se dissout le sous la pression d'Adolf Hitler. Beaucoup de ses membres rejoignent alors le parti national-socialiste. Ceux qui s'y refusent sont contraints de quitter la vie politique. Après la guerre, certains anciens membres du DNVP rejoignirent la CDU, suscitant des tensions avec les anciens membres du Zentrum qui dominaient le parti. Parmi ceux-ci, Robert Lehr, ministre de l'Intérieur de 1950 à 1953; Hans Schlange-Schöningen, qui avait été ministre du Reich en 1930-31; ou Otto Christian Archibald von Bismarck, petit-fils du chancelier. Le parti d'extrême-droite Deutsche Rechtspartei (de) attira davantage d'anciens membres du DNVP, dont Reinhold Wulle (en), Eldor Borck (de), Wilhelm Jaeger ou Otto Schmidt-Hannover (de).

Le DNVP est brièvement recréé en 1962, par un ancien député du DNVP, Heinrich Fassbender (de), avant de rallier le Parti national-démocrate d'Allemagne à sa création en 1964, parti considéré comme ultra-nationaliste, voire néo-nazi.

Présidents[modifier | modifier le code]

Résultats électoraux au Reichstag (assemblée nationale)[modifier | modifier le code]

Résultat des législatives de décembre 1924: le DNPV (bleu) arrive en tête dans le nord, le Zentrum et le Parti populaire bavarois (noir) sont en tête dans le sud, et le SPD (social-démocrate, en rouge) en tête ailleurs.
Année % Sièges
1919 10,3
44 / 423
1920 15,1
71 / 459
mai 1924 19,5
95 / 472
décembre 1924 20,5
103 / 493
1928 14,3
73 / 491
1930 7,0
41 / 577
juillet 1932 5,9
37 / 608
novembre 1932 8,7
52 / 584
mars 1933 8,0
51 / 647

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stefan Breuer, Anatomie de la Révolution conservatrice, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 1996, p. 138.
  2. Manfred Kittel, « Le Zentrum et les protestants sous la république de Weimar » dans Sylvie Guillaume et Jean Garrigues (dir.), Centre et centrisme en Europe aux XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Peter Lang, 2006, p. 86.
  3. Gerd Krumeich, « L'impossible sortie de guerre de l'Allemagne », dans Stéphane Audoin-Rouzeau, Christophe Prochasson (dir.), Sortir de la Grande Guerre. Le monde et l'après 1918, Paris, Tallandier, 2008, p. 159.
  4. Hans Mommsen, Le national-socialisme et la société allemande. Dix essais d'histoire sociale et politique, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 1997, p. 405.
  5. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 359-411
  6. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 394
  7. Ian Kershaw, "Ideology, Propaganda, and the Rise of the Nazi Party", pages 162-181 in The Nazi Machtergreifung, dir. Peter Stachura, London: George Allen, 1983
  8. (en) John Wheeler-Bennett, The Nemesis of Power, Londres, Macmillan, , p. 207.
  9. (en) Heinrich August Winkler, Germany: The Long Road West, 1789–1933, Oxford University Press, , p. 352.
  10. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 380
  11. Childers, Thomas, The Nazi Voter : The Social Foundations Of Fascism In Germany, 1919–1933, Chapel Hill: University of North Carolina Press page 40
  12. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 367-370
  13. (en) Hermann Beck, The Fateful Alliance: German Conservatives and Nazis in 1933, Oxford, Berghahn Books, , p. 42–43.
  14. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 391
  15. Beck, Hermann, The Fateful Alliance: German Conservatives and Nazis in 1933, Oxford: Berghahn Books, 2009, p. 36–37.
  16. George L. Mosse, Les racines intellectuelles du IIIe Reich, trad. chez Points, 2006, p. 378
  17. Christian Baechler, L'Allemagne de Weimar 1919-1933, Fayard, 2007, p. 137-139.