Parti communiste de Belgique

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'ancien Parti communiste belge. Pour le parti francophone actuel, voir Parti communiste (Wallonie-Bruxelles).
Parti Communiste de Belgique
(nl) Kommunistische Partij van België
Présentation
Fondation 1921
Scission de Parti Ouvrier Belge
Fusion de Parti communiste dirigé par War Van Overstraeten et Aile Gauche du POB dirigée par Joseph Jacquemotte
Disparition 1989
Idéologie Communisme
Marxisme
Léninisme
Stalinisme
Affiliation nationale Belgique
Affiliation internationale Union des Républiques Socialistes Soviétiques

Le Parti communiste de Belgique (PCB) (en néerlandais : Kommunistische Partij van België, KPB), était un parti politique communiste implanté en Belgique et fondé en 1921. En mars 1989, le Parti communiste de Belgique s'est séparé en deux entités distinctes, l'une francophone, le Parti communiste ou Parti communiste Wallonie-Bruxelles, et l'autre flamande, le Kommunistische Partij ou Kommunistische Partij-Vlaanderen[1].

Naissance du PC en Belgique - septembre 1921[modifier | modifier le code]

Né de l'union du petit groupe (300 membres) des « Amis de l'Exploité » de Joseph Jacquemotte réuni autour du journal L'Exploité — positions de la troisième internationale au sein du POB (lutte de classes) — et du plus petit (200 membres) PCB dit Parti de War Van Overstraeten, créé quelques mois avant le Parti communiste de Joseph Jacquemotte.

Cette différence de quelques mois est, en fait, très importante, non pas d'un point de vue chronologique, mais parce qu'elle marque une différence entre deux orientations divergentes. En effet, le groupe Van Overstraeten était anti-syndicaliste et anti-parlementaire, classifié comme gauchiste, pour l'adhésion à la formule des soviets. Le mouvement Jacquemotte était d'un genre très différent, « centriste », il n'était pas décidé du tout à rompre avec le courant social-démocrate dont il faisait d'ailleurs organiquement partie[2].

Au départ, le PCB est en effet un petit groupe politique (« bataillon des 517 »), issus de la fusion de deux groupes minoritaires. Si minoritaires que l'internationale communiste les enjoindra en 1921 d'unir leurs faibles forces : « Camarades, tout de même, vous n'êtes pas si nombreux, unissez-vous : ça fera encore un petit groupe »[3].

Entre-deux-guerres 1921-1940[modifier | modifier le code]

Les communistes belges suivant la politique du Komintern (IIIe Internationale, dite Internationale communiste), collaboraient activement au mouvement syndical unitaire, opérant au sein de la « commission syndicale » socialiste.

1923 est l’année de l'affaire du « Grand Complot ». Le fascisme italien est triomphant. La répression féroce du -Parti communiste Italien a comme conséquence internationale la prise de mesures de répression par les États contre les partis communistes des pays européens. De plus, un certain nombre de dirigeants communistes belges et français ont participé à la Conférence d’Essen (Allemagne) qui condamnait l’occupation de la Ruhr par les armées française et belge.

Cette contestation vaut aux communistes belges une offensive de l'État à leur égard. Le 8 mars 1923, 54 communistes belges sont arrêtés sur toute l'étendue du territoire. Le 13 juin, 15 d'entre eux sont inculpés devant la Cour d'assises pour « avoir comploté pour détruire ou changer, par les armes au besoin, la forme de gouvernement » (p. 92)[4]. La Belgique suit la France qui vient de procéder aux mêmes arrestations. Le Parti se retrouve privé pour plusieurs semaines de ses cadres dirigeants. C’est pour cette raison que des jeunes militants sont appelés à gérer l’organisation du Parti. Hennaut fait partie de ces jeunes recrues. Il va assurer le secrétariat fédéral du parti.

Extrait du Drapeau Rouge. Le Grand Complot

A cette occasion, Célestin Demblon, un ancien social-démocrate devenu communiste[5], Marcel Cachin du -Parti communiste Français et Henriette Roland Holst du -Parti communiste des Pays-Bas apportent leur soutien par des meetings aux communistes emprisonnés. Le 26 juillet, la justice belge est obligée, faute de preuves, de relâcher les cadres dirigeants du PC (p. 92)[4]

Une réforme importante, la "bolchévisation", intervient en 1925. L'ancienne structure social-démocrate, sous la forme de sections locales destinées à mener le travail électoral, est restructurée en cellules d'entreprises en vue de favoriser le contact direct avec les travailleurs. Cette restructuration sera dirigée par Adhémar Hennaut jusqu'en 1928, année de son exclusion du Parti. Au 4e congrès du Parti communiste en août 1926, Hennaut est chargé de présenter un rapport sur la « réorganisation du parti » alors imposée par l'Internationale communiste[6]. En créant de nouvelles cellules d'entreprises, deux ou trois organisations naissent là où une seule existait auparavant. L'échec est évident. Les cellules d'entreprise fusionnent de nouveau entre elles pour former des cellules locales, pour des raisons évidentes de facilités d'organisation. En 1927, le parti compte encore 83 rayons[7] et seulement 24 cellules d'entreprises[8]. En août 1926, Hennaut est chargé de présenter les raisons de l'échec de cette réorganisation. Or, il explique :

« La principale cause de cette faiblesse, c'est l'insuffisance de l'éducation communiste des membres de notre parti, c'est le relâchement des liens reliant les différents degrés de l'appareil du parti, l'incapacité de discerner parmi les innombrables tâches qui s'offraient à nous, celle qui était la plus importante et qui aurait dû solliciter le plus gros des efforts[8]. »

La suite du rapport est constituée de solutions pour remédier à ces problèmes. Hennaut est le spécialiste de l'organisation du PCB. D'ailleurs, à partir du début de 1926, toutes les questions des membres du parti concernant son organisation doivent lui être adressées directement[9].

Extrait du Roode Vaan. Invitation à une Commémoration de la Révolution Russe

En 1927, lorsque s'ouvrit, en Belgique, la discussion relative à l'opposition russe de Trotsky, une majorité des membres, groupée autour de War Van Overstraeten, se solidarisa avec les trotskystes et fut écartée du parti. Les effectifs retombèrent de mille à cinq cents en 1928.

Le 13 mars 1928, Adhémar Hennaut (encore responsable du secrétariat du Parti), Clémentine Dumortier (une militante tombée dans l'oubli) et Georges Vereecken viennent récupérer une partie du matériel et des archives du Bureau du PCB. C'est le prétexte qui permet de les exclure, en les accusant de vol[10]. Aujourd'hui, les archives de Joseph Jacquemotte ne contiennent quasiment rien sur cette période. C'est dans le Fonds Adhémar Hennaut qu'on peut retrouver les documents les plus riches sur la première période du -Parti communiste de Belgique. Hennaut a conservé ces archives jusqu'en 1976, les a transmis à un militant italien qui l'a lui même fait parvenir au professeur Anne Morelli. Le fonds est aujourd'hui conservé au Centre d'archives communiste de Belgique.

L'intervention des militants communistes dans la lutte sociale eut des conséquences évidentes tant au sein du parti que dans son rayonnement. Décembre 1932, 3.241 membres; les élections de novembre 1932 : à Charleroi, 9,2 %, à Liège 8 %.

En avril 1935, congrès du Front populaire à Charleroi. Les partis communistes doivent réaliser un large front antifasciste pour la défense des libertés démocratiques et de l'indépendance nationale.

Octobre 1936, Joseph Jacquemotte décède. Il est remplacé par un triumvirat composé de Xavier Relecom, du Flamand Georges Van den Boom et du Liégeois Julien Lahaut. Il sera un des protagonistes de l'aide multiforme apportée à la République espagnole par les travailleurs de Belgique en dépit des obstacles mis par le gouvernement. Signalons ici l'engagement de jeunes communistes et socialistes de Belgique dans les rangs des Brigades internationales (le communiste Raoul Baligand, plus tard lieutenant-colonel des Partisans, fut commandant d'une de ces Brigades).

En mai 1936, le PCB obtient 9 députés et 4 sénateurs. Dans les grands centres industriels wallons, le Parti récolte plus de 10 % des voix. En 1938, 8 500 membres. En 1939, 1 700 flamands, 1 300 Bruxellois, 7 000 Wallons. En conclusion, même après 1936, le Parti ne sortira jamais de sa position marginale en Flandre. (Sources : Rudi Van Doorslaer).

Guerre et libération[modifier | modifier le code]

1939-1940[modifier | modifier le code]

Le pacte de non agression entre l'URSS et le Troisième Reich, va soulever une grande polémique au sein du PCB. Deux générations s'affrontent, l'une qui n'a pas oublié l'aide apportée par la IIIe Internationale à Joseph Jacquemotte dans sa lutte contre le trotskysme et les courants sectaires, l'autre qui sait que l'arrivée du fascisme au pouvoir n'est pas la substitution ordinaire d'un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement de la démocratie bourgeoise par la dictature terroriste déclarée d'une fraction de la bourgeoisie. Or, la IIIe Internationale, c'est aussi Staline, son parti, son pays. Les Anciens Combattants d'Espagne sont prêts à reprendre les armes contre les fascistes malgré leur attachement à l'URSS. La IIIe Internationale existe toujours et la plupart de ses leaders sont à Moscou. Dimitrov, dans une sorte de lettre d'adieu, dira à tous les partis communistes ce qu'on peut résumer ainsi : « Vous êtes adultes. Comportez-vous au mieux des intérêts des peuples de vos pays. N'oubliez pas l'URSS. » Les communistes, grâce à Staline, sont devenus les boucs émissaires de tous les malheurs passés, présents et à venir. Pourtant, Edgard Lalmand écrit, dans son éditorial du 26 août 1939 : « Si demain, par la faute des capitalistes, le IIIe Reich attaquait notre pays, nous serions au premier rang pour le défendre, les armes à la main. » Comme dit Jean Blume dans Drôle d'Agenda (tome I) : d'août 1939 à la seconde moitié de l'année 1940, je vis ce que Shakespeare appelle « un rêve de fou conté par un enfant idiot ».

1941-1944[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 1941, l'Allemagne envahit l'URSS. La polémique peut enfin cesser. Bien avant ce jour, le PCB a défini sa ligne stratégique qui le guidera tout le temps de l'occupation. Sur les indications du Parti, représenté par Edgard Lalmand, Théo Dejace et R. Gillet lance le Front wallon avec Wallonie libre à Liège, avec les anglophiles qui éditaient Churchill Gazette et La Libre Belgique. La création du Front de l'Indépendance suit. Grâce au " fichier belge " dont la Gestapo dispose de nombreux dirigeants et militants communistes seront arrêtés. Julien Lahaut, Jean Terfve et Fernand Jacquemotte seront de ceux-là.

Dès 1942, le Parti est structuré régionalement.

En 1943, de nombreux militants communistes seront arrêtés par la Gestapo.

En 1944, de nombreux groupes P.A., M.P., et des résistants furieux d'avoir été désarmés par le Gouvernement belge rentré en septembre, s'engagent par milliers dans les armées anglaise, américaine, pour continuer la guerre et achever l'écrasement de l'armée hitlérienne.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste de Belgique participe au gouvernement provisoire né de la fin du conflit. Durant les polémiques liées à la question royale, les communistes font partie des forces politiques à réclamer l'abdication de Léopold III. Après le début de la guerre froide, et la rupture de son alliance avec le Parti socialiste, le PCB est isolé sur la scène politique. Il perd une partie de ses militants et la plupart de ses élus au parlement fédéral. En 1950, son président, Julien Lahaut, est assassiné par des inconnus. Des conflits internes au parti entraînent ensuite, en 1954, la destitution de l'ensemble de son bureau politique et son remplacement par une nouvelle direction, moins radicale et favorable à un retour à l'alliance avec les socialistes, mais l'influence du PCB n'en continue pas moins à décliner : le parti passe de 12,7% des suffrages en 1946 à 3,6% en 1954 et ne compte plus alors que deux députés fédéraux. En 1963, il subit le contrecoup de la rupture sino-soviétique quand le tiers des adhérents de sa plus importante fédération, à Bruxelles, font scission sur l'initiative de Jacques Grippa, pour fonder un « PCB » concurrent prochinois. Dans les années 1960, ses résultats électoraux s'améliorent après que l'alliance avec les socialistes a été renouée : les communistes passent de deux à six députés[11],[1].

L'électorat du PCB se trouve surtout dans les régions ouvrières wallonnes - notamment la province de Hainaut et celle de Liège - tandis qu'il rencontre peu de succès en Flandre : dans les années 1970, ses scores en Wallonie tournent autour de 6% des voix, alors qu'il stagne à environ 1,5% en Flandre et 3% à Bruxelles. Dans les années 1980, le PCB connaît une nouvelle période de déclin : il perd ses deux derniers députés lors des élections de 1985. En mars 1989, alors qu'il ne compte plus que 3000 membres, il s'adapte tardivement à la fédéralisation de la vie politique belge et se scinde en deux partis distincts, le Parti communiste, francophone, et le Kommunistische Partij, flamand[11],[12],[1]. Aucun d'entre eux ne retrouve le succès électoral de l'ancien PCB.

Personnalités politiques communistes belges[modifier | modifier le code]

Anciens bourgmestres communistes[modifier | modifier le code]

« De 1946 à 1952, sept communes de la province de Liège étaient dirigées par des bourgmestres communistes (Aineffe, Boncelles, Engis, Lanaye, Modave, Ville-en-Hesbaye et Vyle-Tharoul). Pendant cette même période, on recensait des échevins communistes dans trente-sept localités. (...) En 1976, juste avant les fusions de communes, trois localités avaient encore un mayeur communiste: René Mathy, à Vyle-Tharoul, Léon Philippe, à Warzée, et Marcel Levaux, à Cheratte. »[15]

  • Marcel Levaux (1926-2006), d'avril 1971 à décembre 1976 à Cheratte (nouvelle commune fusionnée: Visé, province de Liège), député de 1968 à 1981
  • René Noël, de 1965 à 1971 à Cuesmes (nouvelle commune fusionnée: Mons, province de Hainaut), sénateur de 1949 à 1950 et de 1954 à 1974
  • Marcel Mereau, Hensies (province de Hainaut), de 1976 à 1994, battu par une coalition PS-PRL[16]
  • Elie Hoyas, de 1976 à 1982 au Rœulx, (province de Hainaut)
  • Marcel Couteau, de 1982 à 1985 au Rœulx, (province de Hainaut), député de 1968 à 1974
  • Henri Glineur, de 1947 à 1950 à Roux (nouvelle commune fusionnée: Charleroi, province de Hainaut), sénateur de 1946 à 1954
  • René Mathy, Vyle-et-Tharoul (nouvelle commune fusionnée: Marchin, province de Liège), jusqu'en 1976
  • Paul Carette, Warchin (nouvelle commune fusionnée: Tournai, province de Hainaut)
  • Victor Piérard, Wasmuel de 1971 à 1976 (nouvelle commune fusionnée: Quaregnon, province de Hainaut)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pascal Delwit, Giulia Sandri, La gauche de la gauche, Département de science politique de l'Université libre de Bruxelles (ULB)
  2. Sources : Marcel Liebman
  3. Sources : Bernard Dandois
  4. a et b Pascal Delwit, José Gotovitch, La peur du Rouge, Editions de l'Université Libre de Bruxelles,
  5. Anonyme, « Grand Meeting Public et Contradictoire - Contre la réaction internationale et le fascisme », Drapeau Rouge,‎ , p. 1
  6. Anonyme, « Le 4ème Congrès National du PCB », Drapeau Rouge,‎ , p. 1
  7. Les communistes se réunissent par quartier ou par région dans un rayon ; ils se réunissent par entreprise dans une cellule. Anne Beziou, L'Internationale Communiste et le mouvement communiste en Belgique 1928 - 1932 : Mémoire de Licence, Université Libres de Bruxelles, , p 21
  8. a et b Anonyme, « La Conférence Nationale du Parti », Drapeau Rouge,‎ , p. 1
  9. Anonyme, « La Vie du Parti - Communication Importante », Drapeau Rouge,‎ , p. 1
  10. Anonyme, « Après le sac du Bureau du Secrétariat du Parti », Drapeau Rouge,‎ , p. 1
  11. a et b Donald F. Busky, Communism in History and Theory, The European Experience, Greenwood Publishing Group, 2002, pages 72-73
  12. José Gotovitch, Pascal Delwit et Jean-Michel De Waele, L'Europe des communistes, Complexe, 1992, page 260
  13. Rosine Lewin, une vie de communiste, Politique, revue de débats, Bruxelles, no 66, septembre-octobre 2010.
  14. ancien président flamand, cf. Jef Turf (nl)
  15. Daniel Conraads, « Le PC ne compte plus que trois élus en province de Liège contre 208 en 1946. Que sont les communistes liégeois devenus? », Le Soir, 29 décembre 1994
  16. Éric Deffet, « Le Hainaut à la découverte de ses bourgmestres (IX). Jean-Marie Cheval en selle à Hensies », Le Soir, 29 décembre 1994

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Parti communiste de Belgique (1921-1944), (CHEMA) Fondation Joseph Jacquemotte ; Intervenants : Rosine Lewin, Claire Billen, Marcel Liebman, Rudi Van Doorslaer, José Gotovitch, Bernard Dandois, Bob Wolstijn.
  • Michel Olivier, La gauche communiste belge (1921-1970), Paris, 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]