Parhélie

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Parhélie observé à New Ulm, Minnesota (États-Unis) en janvier 2005

Un parhélie (nom masculin), du grec ancien παρά [para], « auprès » et ἥλιος [hélios], « soleil », également appelé « faux soleil », « soleil double », « œil de bouc »[1] ou « chien du soleil »[2], est un phénomène optique, lié à celui du halo solaire, consistant en l'apparition de deux répliques de l'image du soleil, placées horizontalement de part et d'autre de celui-ci.

Le terme est parfois utilisé, dans un sens figuré, pour décrire le pâle reflet, le double amoindri, de quelque chose ou de quelqu'un : « [...] car la langue n'est qu'un portrait de l'homme, une espèce de parhélie qui répète l'astre tel qu'il est. »[3]; « Le mari d'aujourd'hui n'est que le parhélie de cet amant rêvé qui doit luire demain. »[4]

Description[modifier | modifier le code]

1 Petit halo à 22°, 2 Parhélies, 3 Colonne lumineuse, 4 Cercle parhélique, 5 Arc circumzénithal, 6 Arcs tangents, 7 Grand halo à 46°, 8 Anthélie

Un parhélie est une partie du phénomène de halo solaire, auquel il est associé, mais qui est souvent très partiellement ou pas du tout visible. La durée de son apparition varie de quelques secondes à plusieurs dizaines de minutes. Le phénomène consiste essentiellement en l'apparition de deux images lumineuses, aux couleurs du spectre solaire, éloignées de l'astre d'une distance angulaire comprise entre 22° (petit halo) et 46° (grand halo). Elles sont placées de part et d'autre du Soleil, sur une ligne horizontale appelée « cercle parhélique », qui peut-être ou non apparent.

Plus le Soleil est haut dans le ciel, plus les parhélies sont éloignés du halo central. L'ordre des couleurs est celui du spectre de la lumière, identique à celui produit dans les arcs-en-ciel, le rouge étant orienté vers le Soleil, les autres couleurs étant assez diffuses et parfois suivies d'une queue de lumière blanche pouvant atteindre un arc de 10 à 20°[5]. Cette lumière blanche peut être si brillante qu'elle donne l'impression de répliques du Soleil. Il arrive fréquemment qu'un seul des deux parhélies soit visible.

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Principe[modifier | modifier le code]

Déviation de 22° d'un rayon lumineux traversant un cristal de glace hexagonal

Le phénomène se produit lorsque le Soleil est assez bas sur l'horizon et que l'atmosphère est chargée de cristaux de glace présents dans les nuages de haute altitude (troposphère) appelés cirrus ou cirrostratus. Il est plus fréquent dans les régions polaires, car de nombreux nuages bas y sont, eux aussi, chargés de particules de glace. Les cristaux se constituent naturellement dans les nuages suivant une symétrie hexagonale, en prenant la forme d'un prisme allongé, ou bien d'un hexagone ou d'une étoile à six branches aplatis. Durant leur chute, ces particules, qui présentent des angles tous égaux à 60° ou 120°, peuvent s'orienter spontanément dans le même sens et forment un réseau de prismes qui reflète et réfracte la lumière solaire. Lorsque la lumière traverse des cristaux entre faces formant entre elles un angle de 60°, le minimum de déviation est de 22°, conditionnant la dimension apparente du halo principal, ou petit halo. Les parhélies sont situés à ce même angle de part et d'autre du soleil lorsque celui-ci est sur l'horizon, et s'en écartent d'autant plus qu'il est haut dans le ciel[6].

Paranthélies et parhélies secondaires[modifier | modifier le code]

Des images similaires, dénommées paranthélies, apparaissent plus rarement sur le cercle parhélique, à 120° (ou 90°) du soleil, dénués de coloration[7]. Des parhélies secondaires plus pâles peuvent exceptionnellement apparaitre à 44° du soleil. Ce sont en sorte des « parhélies de parhélies », la lumière solaire traversant consécutivement deux cristaux de glace[8].

Le phénomène se produit également sur certains nuages isolés, faisant apparaître soit un parhélie, lorsqu'il se positionne exactement sur le cercle parhélique, soit une courte section de halo irisée, comparable à un fragment d'arc-en-ciel[9]. Depuis la généralisation, au milieu du XXe siècle, d'avions volant à haute altitude, il arrive que ce météore se forme sur les traînées de condensation[10], les cristaux de glace étant alors générés artificiellement par le passage des appareils[11].

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Parasélène[modifier | modifier le code]

Halo lunaire et parasélène
Article détaillé : Parasélène.

Il existe un phénomène identique concernant la Lune, plus rarement observé, qui porte le nom de Parasélène (nom féminin), du grec ancien παρά [para], « auprès » et σελήνη [seléne], Lune.

« Trois lunes ont été observées, comme sous le consulat de Cn. Domitius et de C. Fannius (an de Rome 632). On les a généralement appelées soleils nocturnes. »

— Pline l'Ancien[12]

Témoignages historiques[modifier | modifier le code]

Vädersolstavlan, peinture suédoise du XVIIe siècle relatant un évènement de 1535

Les parhélies sont documentés depuis l'antiquité :

  • En -54, Cicéron cite ce phénomène dans son ouvrage De Republica, mais une importante lacune du texte a fait disparaître l'interprétation qu'il allait donner[13]. En -45, Cicéron cite à nouveau ce phénomène dans son ouvrage De Natura Deorum lorsqu'il fait la liste des événements naturels effrayants poussant les hommes à croire à l'existence des Dieux, citant un parhélie survenu en 183 av. J.-C.[14].
  • Tite-Live en mentionne deux[15].
  • Sénèque en parle également en 62 :

« Ainsi rien n'empêche de leur conserver la qualification de parhélies. Ce sont des images du Soleil qui se peignent dans un nuage dense, voisin de cet astre et disposé en miroir. Quelques-uns définissent le parhélie comme un nuage circulaire, brillant et semblable au Soleil ; il suit cet astre à une certaine distance, qui est toujours la même qu'au moment de son apparition[16]. ». Pour Sénèque, le phénomène est un prodige qui annonce des événements funestes.

« Les anciens ont observé plusieurs fois trois soleils : par exemple, sous les consulats de Sp. Postumius, de Q. Mucius (an de Rome 580) ; de Q. Marcius, de M. Porcius (an de Rome 631) ; de Marc-Antoine, de P. Dolabella (44 av. J.-C.) ; de M. Lepidus, de L. Plancus (an de Rome 712). Ce phénomène s'est montré aussi de notre temps, durant le règne du divin Claude lorsqu'il était consul, ayant Cornelius Orfitus pour collègue (après J.-C. 51). Aucun document ne parle de l'apparition de plus de trois soleils à la fois[12]. »

  • En 129, l'observation d'une parhélie inquiète le Sénat romain, qui fait consulter les Livres sibyllins, pour déterminer les rites expiatoires à accomplir

Pierre Gassendi écrit en 1635 :

Cercle parhélique dessiné par Pieter van Musschenbroek (1748)

« Or ce qu'il y eust de considerable, ce fust un espece de parhelie qui y parust tout au niveau et de la mesme hauteur que le Soleil durant plus de demie heure. Tout le reste de la coronne, qui prenoit de haut en bas par le midy ou à main gauche, ainsy que j'ay dict, imperceptible, mais eu cet endroict là c'estoit comme un nceud avec les coleurs de la coronne très vives en telle sorte que qui n'eust point veu le vray Soleil à main droicte, il eust pris d'abord ce parhelie pour le soleil mesme, mais paroissant à travers des nuages qui l'eussent rendeu sombre et un peu rougeastre[17]. »

En 1662 ou 1663, Christian Huygens rédigea un Traité des couronnes et des parhélies.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses descriptions de parhélies dans les œuvres littéraires, ou leur emploi au figuré :

« Ainsi quand le Soleil fait naître un parhélie,
La splendeur qu'il lui prête à la sienne s'allie ;
Leur hauteur est égale, et leur éclat pareil ;
Nous voyons deux soleils qui ne sont qu'un soleil ; »

— Pierre Corneille[18]

« En effet, cinq soleils se levaient à l'horizon. Le vrai, le puissant astre était accompagné à droite et à gauche, au-dessus et au-dessous de son disque rayonnant, de quatre images lumineuses moins vives, moins rondes, mais entourées d'auréoles irisées d'une beauté merveilleuse. Comme nos chasseurs marchaient dans le sens opposé, ils s'arrêtèrent quelques instants pour jouir de cet effet d'optique, qui a beaucoup de rapport avec l'arc-en-ciel, quant à ses causes présumées, mais qui ne se produit guère, en Europe, que dans les pays du Nord. »

— George Sand[19]

« Dans le Voyage d'hiver, l'avant-dernier lied est intitulé Parhélie (Die Nebensonnen, également traduit par « soleils fantômes »). Les deux soleils qui se sont éteints évoquent les yeux de la bien-aimée lointaine. »

— Wilhelm Müller

Au cinéma[modifier | modifier le code]

  • Un parhélie apparait au début du film Bagdad Café, puis à plusieurs autres fois en flash-back et en peinture : ce thème deviendra un élément important dans la relation unissant Jasmine à Rudy.
  • Le phénomène apparaît également au début de Voyage au bout de l'enfer (min 9 s). Le personnage joué par Robert De Niro le décrit comme « une vieille légende indienne ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans l'ouest canadien
  2. Traduction de l'anglais « sun dog »
  3. Joseph de Maistre, Examen d'un écrit de Jean-Jacques Rousseau
  4. Aurélien Scholl, Denise, historiette bourgeoise
  5. Henri Bouasse, Cours de physique, conforme aux programmes des certificats et de l'agrégation de physique, Partie 4, 1907, p. 143
  6. Alphonse Berget, L'air, Librairie Larousse, Paris, 1927 pp. 30-31
  7. Observation d'un paranthélie à Marseille en 1943
  8. (en) 44° Parhelia - Atmospheric Optics
  9. À la différence notoire qu'un arc-en-ciel se produit toujours à l'opposé de la position du Soleil
  10. Contrails, en anglais
  11. Relation de l'observation d'un parhélie dans une trainée de condensation en 1949
  12. a et b Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, II-31
  13. Cicéron, De Republica, I, X et XIII
  14. Cicéron, « Tum sole geminato, quod, ut e patre audiui, Tuditano et Aquilio consulibus euenerat, quo quidem anno P. Africanus, sol alter, extinctus est, quibus exterriti homines uim quandam esse caelestem et diuiam suspicati sunt. » Cicéron, De natura deorum, II, 5
  15. Tite-Live, Histoire romaine, 28, 11 ; 41, 21
  16. Sénèque, Questions naturelles, I-11
  17. Philippe Tamizey de Larroque, Impressions de voyage de Pierre Gassendi dans la Provence alpestre, Constans et Veuve Barbaroux, Digne, 1887 pp. 13-14
  18. Pierre Corneille, Sur les victoires du roi, en l'année 1677
  19. George Sand, L'homme de neige, T3, Colin, Lagny, 1904, pp. 5-6

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Bouasse, Cours de physique, conforme aux programmes des certificats et de l'agrégation de physique, Partie 4, 1907
  • Alphonse Berget, L'air, Librairie Larousse, Paris, 1927

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]