Paresse sociale

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En psychologie sociale, la paresse sociale décrit le phénomène suivant lequel les individus tendent à diminuer les efforts qu'ils fournissent en groupe, et ce de façon proportionnelle à la taille du groupe.

Observation du phénomène[modifier | modifier le code]

Ce phénomène a été mis en évidence dans les travaux de l'ingénieur agronome Maximilien Ringelmann en 1882. Il avait réalisé des travaux sur la force de tractions des bœufs de différentes races. Il s’est lancé ensuite sur l’étude de la force de traction des hommes[1]. Pour cette expérience, il avait été demandé aux sujets de tirer de toute leur force sur une corde de 5 mètres afin de mesurer leur force de traction à l'aide d'un dynamomètre. Soit ils étaient seuls, soit en groupe. Or il remarque que les sujets avaient tendance à fournir moins d’effort lorsqu’ils tiraient en groupe plutôt que seuls (mesure du pourcentage de la force)[2].

Nombre de personnes % de force de la personne
1 100
2 93
3 83
4 77
5 70
6 63
7 56
8 49

Ringelmann conclut en disant que pour l’emploi de l’homme comme d’ailleurs des animaux de trait, la meilleure utilisation est réalisée quand le sujet travaille seul. Dès qu’on accouple deux ou plusieurs personnes sur la même résistance, le travail utilisé de chacun d’eux avec la même fatigue diminue par suite de manque de simultanéité de leur effort. Le terme de paresse sociale va apparaître en 1979 par la proposition de Latané.

Méta-analyse[modifier | modifier le code]

La méta-analyse consiste à coupler tous les résultats obtenus sur un sujet, afin de pouvoir dégager les facteurs qui augmentent ou qui diminuent l’effet étudié.

Steven J. Karau et Kipling D. Williams ont fait une méta-analyse sur la paresse sociale (80 publications étudiées), ce qui leur a permis de dégager des facteurs qui permettent de moduler l’apparition de la paresse sociale :

  1. Ils constatent que la paresse sociale va réapparaître si la performance des sujets n’est pas évaluée.
  2. Ils observent aussi que plus la valence de la tâche (intérêt de la tâche) est élevée, et plus la paresse sociale diminue. Ce qui veut dire que la signification ou l’implication personnelle vis-à-vis de la tâche va éliminer la paresse sociale.
  3. Lorsque le groupe est composé de personnes se connaissant bien, ou encore lorsque l’on manipule la cohésion du groupe (la valeur qu’à le groupe aux yeux du sujet), la paresse sociale va aller jusqu’à disparaître.
  4. Le quatrième facteur montre que la paresse sociale apparaît lorsque les sujets s’attendent à ce que les autres soient performants ou lorsque aucune information n’est fournie à ce sujet.
  5. Ainsi, les individus vont être paresseux lorsqu’ils vont penser que leur performance sera potentiellement redondante avec celle des autres.
  6. De plus, plus le groupe est important et plus on a de chance de voir apparaître la paresse sociale.
  7. Selon les chercheurs, la paresse sociale est plus fréquente chez les hommes, car les hommes attachent plus d’importance que les femmes à leurs performances personnelles.
  8. Ils remarquent aussi que la paresse sociale est plus ou moins présente en fonction des cultures (plus fréquentes aux États-Unis et au Canada qu’au Japon par exemple). Cela s’explique par la différence de dimension individualiste et collectiviste.
  9. On remarque aussi que plus la tâche à réaliser est complexe moins la paresse sociale apparaît.
  10. La paresse sociale a aussi tendance à augmenter avec l’âge. Il est possible que les enfants soient attentifs aux stratégies concernant les performances à la tâche qu’à partir d’un certain âge.
  11. On relève aussi que la paresse sociale est plus importante dans les études réalisées en laboratoire qu’en situation naturelle.
  12. Le dernier élément est que la paresse sociale ne semble pas être dépendante du type de tâche à réaliser (physique, cognitive, évaluation...).

Effet du témoin[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Recherches sur les moteurs animés. Travail de l'homme », Annales de l'Institut national agronomique, vol. 1, Tome VII,‎ , p. 1 - 40
  2. Berjot, Sophie, (1969- ...).,, 27 grandes notions de la psychologie sociale, Paris, Dunod, dl 2013, cop. 2014, 224 p. (ISBN 978-2-10-070528-3 et 2-10-070528-8, OCLC 868891144, lire en ligne), p. 96

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Pétard, Psychologie sociale, Éditions Bréal, 2007, p. 85

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) L'effet spectateur