Papyrus d'Ipou-Our

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Le papyrus d'Ipou-Our est un papyrus unique contenant un ancien poème égyptien, appelé Les Admonestations d'Ipou-Our[1], ou Le Dialogue d'Ipou-Our et du Seigneur de toutes choses.

Sa dénomination officielle est Papyrus Leiden I 344 recto[2]. Il est conservé au musée des antiquités national néerlandais à Leyde, aux Pays-Bas, après avoir été acheté à Giovanni Anastasi, le consul de Suède en Égypte, en 1828.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le seul manuscrit survivant date de la fin du XIIIe siècle, c'est-à-dire au plus tôt de la fin de la XIXe dynastie, donc pendant le Nouvel Empire égyptien. Le Dr Halpern, égyptologue, pense que le papyrus est une copie d'un papyrus plus ancien datant du début du Moyen Empire. La datation de la composition du poème initial fait débat, mais plusieurs spécialistes ont suggéré une date comprise entre la fin de la VIe dynastie et la Seconde Période intermédiaire (vers -1850 à -1600)[3]. Le thème de cette œuvre a été considéré précédemment comme soit une lamentation inspirée par le chaos supposé de la Première Période intermédiaire, soit comme une fiction historique dépeignant la chute de l'Ancien Empire des siècles auparavant, ou encore, une combinaison d'éléments des deux.

Le papyrus d'Ipou-Our décrit une Égypte affligée par des désastres naturels et dans un état de chaos, un monde sens dessus dessous, où les pauvres sont devenus riches, et les riches, pauvres ; un monde où la guerre, la famine et la mort sont partout. Un des signes de cet effondrement de l'ordre établi est une lamentation qui déplore le fait que les serviteurs abandonnent leur maître et se rebellent. À cause de cela, et d'expressions telles que « le Fleuve est un fleuve de sang » certains [4] y ont vu un compte-rendu égyptien des dix plaies d'Égypte et de l'Exode, dans l'Ancien Testament. De ce fait, le poème est souvent cité par différentes organisations religieuses comme « preuve » de la véracité du témoignage de la Bible[5],[6].

Comparaisons avec le récit des dix plaies d’Égypte[modifier | modifier le code]

Le papyrus d'Ipou-Our a d'étonnantes ressemblances avec le récit des dix plaies d’Égypte mentionné dans l'Exode :

Papyrus d'Ipou-Our Récit des dix plaies

2:5-6 La peste s'est abattue sur tout le pays. Il y a du sang partout
2:10 Le fleuve est de sang
2:10 Les hommes ont peur de goûter l'eau. Les humains ont soif d'eau.
3:10-13 C'est notre eau ! C'est notre bonheur ! Que pouvons-nous faire ? Tout est en ruine.

7:20 Toute l'eau du fleuve fut changée en sang.
7:21 Il y avait du sang sur toute la Terre d’Égypte et le fleuve puait.
7:24 Et tous les Égyptiens creusèrent le sol aux abords du Nil pour trouver de l'eau potable, car ils ne pouvaient boire l'eau du fleuve.

2:10 En vérité, les portes, les colonnes, et les murs de la ville sont détruits par le feu.
10:3-6 La Basse Égypte pleure. Le palais entier est privé de revenus, alors que le blé et l'orge, les oies et les poissons, lui reviennent de droit.
6:3 En vérité, le grain a péri de tous les côtés.
5:12 En vérité, ce que l'on voyait hier a disparu aujourd'hui. La campagne est désertée et la cueillette du lin abandonnée.

9:23-24 Et le feu courait le long du sol… il y eut de la grêle et du feu mêlé à la grêle, une grêle très forte…
9:25 Et la grêle frappa toute l'herbe des champs et brisa tous les arbres des champs.
9:31-32 Et le lin et l'orge furent frappés, car l'orge était en épis, et le lin en fleurs. Mais le blé et le seigle ne furent pas frappés car ils sont tardifs.
10:15 Et il ne resta aucune verdure sur les arbres ou sur l'herbe des champs dans tout le pays d’Égypte.

5:5 Le cœur de tous les animaux pleure. Les troupeaux gémissent…
9:2-3 Vois, les troupeaux sont abandonnés, et il n'y a personne pour les rassembler

9:3 La main de l’Éternel frappera les troupeaux qui sont dans les champs... et il y aura une peste très grave.
9:19 ...rassemble à la hâte les troupeaux, et tout ce que tu possèdes dans les champs...
9:21 Et celui qui n'écoutera pas la parole de l’Éternel, laissa ses serviteurs et ses troupeaux dans les champs.

9:11 Le pays est sans lumière

10:22 Et il y eut une obscurité épaisse sur le pays d’Égypte.

4:3 En vérité, les enfants des princes sont précipités contre les murs.
6:12 En vérité, les enfants des princes sont jetés dans les rues.
6:3 La prison est en ruine.
2:13 Partout le frère enterre son frère.
3:14 Des gémissements s'élèvent dans tout le pays, se mêlant aux lamentations.

12:29 Et il arriva, au milieu de la nuit, que l’Éternel frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né du Pharaon qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né du captif qui était dans la prison.
12:30 …il n'y avait pas de maison où il n'y eût un mort.
12:30 …il y eut un grand cri en Égypte.

7:1 Vois, le feu s'élève dans le ciel. Ses flammes se dirigent vers les ennemis du pays.

13:21 …le jour dans une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit dans une colonne de feu, pour les éclairer, afin qu'ils puissent marcher de jour et de nuit.

3:2 L'or et le lapis-lazuli, l'argent et la malachite, la carnélite et le bronze sont autour du cou des esclaves femelles.

12:35-36 …et ils demandèrent aux Égyptiens, des objets d'argent, des objets d'or et des vêtements. Et l'Éternel fit que le peuple des Israélites trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui acceptèrent leurs demandes. Ils dépouillèrent ainsi l'Égyptien de ses richesses.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Traduction en anglais du papyrus. Une autre traduction se trouve dans R. B. Parkinson, The Tale of Sinuhe and Other Ancient Egyptian Poems. Oxford World's Classics, 1999.
  2. A new edition of this papyrus has been published by Roland Enmarch : The Dialogue of Ipuwer and the Lord of All
  3. Voir par exemple John Van Seters, « A date for the « Admonitions » in the second intermediate Period » dans The Journal of Egyptian Archaeology, 1964, 50:13-23.
  4. Vélikovsky Immanuel, Le désordre des siècles, éd. Le Jardin des Livres, 2005
  5. George Konig, Evidence for the exodus, Christian Internet Forum (consulté le 8 novembre 2005)
  6. Mordechai Becher, The Ten Plagues - Live From Egypt, Ohr Somayach (consulté le 8 novembre 2005)

Articles connexes[modifier | modifier le code]