Papiamento

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Papiamento
Papiamentu
Pays Pays-Bas
Région Aruba, Curaçao, Bonaire
Nombre de locuteurs environ 320 000, dont 179 000 dans les Antilles néerlandaises et Aruba (1998), Suriname.
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 pap
ISO 639-3 pap
IETF pap
Linguasphere 51-AAC-be
WALS pap
Glottolog papi1253

Le papiamento, ou papiamentu, est une langue créole des Antilles néerlandaises. Il est parlé à Aruba, Bonaire et Curaçao avec des variantes locales. Il s'agit d'une langue tonale[1].

Origine du nom papiamento[modifier | modifier le code]

Le mot papiamento vient du verbe « papia », qui signifie parler, et « ~mento », suffixe indiquant la formation d'un substantif en papiamento. Le papiamento étant une langue orale, les suffixes sont plutôt en -o dans certaines îles (ex. Papiamento, à Aruba), et en -u dans d'autres (ex.. Papiamentu, à Curaçao et Bonaire). La confusion vient aussi du fait que le « o » de fin de mot se prononce « ou » en portugais. Le mot « papia » signifie également parler en criolu, le créole d'origine portugaise des îles du Cap-Vert au large du Sénégal.

Selon l'auteur Frank Martinus Arion, le papiamento est issu d'un dialecte appelé le « Guene », un pidgin portugais employé par les esclaves africains. La présence d'une population judéo-portugaise significative dans les colonies hollandaises, immigrée du Pernambouc, au Brésil, a aidé à développer la langue. Environ 60 % du lexique de la langue vient du portugais, 25 % de l'espagnol, et le reste du néerlandais, du français, de l'anglais et de langues africaines.

Le papiamento trouve ses racines dans un grand nombre de langues, notamment :

Il est présent aussi au Suriname, ancienne colonie néerlandaise, pays frontalier du Brésil, mais en un nombre très restreint de locuteurs.

Phare sur l'île de Klein Curaçao

Créolisation d'une langue[modifier | modifier le code]

Les langues créoles ont pour origine des pidgins, des langues simplifiées généralement constituées d'éléments lexicaux de différentes langues existantes, et utilisées comme moyen de communication approximatif entre différents groupes en l'absence d'une langue commune. Les pidgins sont généralement apparus à la suite du commerce international. Lorsqu'une génération d'enfants grandi en étant exposée à un pidgin, ils vont essentiellement «combler les lacunes» du pidgin rudimentaire et développer une grammaire et un vocabulaire plus complexes et complets dans le cadre d'un processus appelé créolisation. Le résultat final est une langue créole qui, contrairement à son pidgin parent, est une langue communautaire complète et entièrement fonctionnelle. Le processus de créolisation est souvent utilisé comme argument pour démontrer la présence d'un cadre linguistique inné dans le cerveau humain[2].

Origines de la langue[modifier | modifier le code]

Les origines historiques précises du papiamento ne sont toujours pas établies. La langue parente est sûrement une langue ibérique, mais les spécialistes se demandent s'il dérive du portugais ou de l'espagnol (ancien ou nouveau). Au sein de la communauté linguistique, un débat se poursuit depuis plus d'un siècle pour déterminer si le papiamento correspond à un créole à base portugaise ayant reçu des influences lexicales espagnoles, ou d'un créole à base espagnole ayant reçu des influences lexicales portugaises. Étant donné la proximité de ces deux langues, une grande partie du papiamento pourrait provenir de l'une ou l'autre source[2],[3].

Néanmoins, le vocabulaire de base et les traits grammaticaux qu'il partage avec le créole cap-verdien suggèreraient une origine portugaise[4]. En outre, les éléments du papiamento dérivés du portugais tendent à faire partie du vocabulaire principal - pronoms, mots interrogatifs, verbes de base, etc. Il est peu probable que ces emprunts aient été empruntés ultérieurement.

D'autre part, lorsque les Pays-Bas durent céder le Brésil néerlandais[5] au Portugal (1654), les Juifs sépharades qui y vivaient en furent expulser et beaucoup trouvèrent refuge à Curaçao. Puisqu'ils parlaient portugais, la transition en tant que communauté à l'utilisation du papiamento n'aurait pas été un changement important, ce qui aurait peut-être contribué à la généralisation de l'utilisation de la langue à la place du néerlandais dans toute l'île[2].

Premières références connues en papiamento
Année source appellation de la langue
1704 père Alexius Schabel castellano chapurreado ("mauvais espagnol")
1732 père Agustin Caysedo la lengua del país ("la langue du pays").
1737 déposition légale creolse taal ("langue créole")
1747 un marin de Curaçao, Torinio Lopes poppemento
1768 un rapport anonyme transmis à l'archevêque de Caracas papiamento
1795 le lieutenant vénézuélien Manuel Carrera id.
1802 le gouverneur William C. Hugues, durant l'occupation britannique de Curaçao id.
1805 le gouverneur néerlandais Pierre-Jean Changuion papiments
1816 le prêtre Johannes Stöppel papiamentice

La première trace écrite de la langue date de 1775. Elle concerne une lettre d'amour envoyée par un marchand sépharade de Curaçao, monsieur Andrade, à sa maîtresse[6]. Son texte est le suivant :

My Diamanty no laga dy scribimy tudu. Kico my ta puntrabo awe nochy, my ta warda Rospondy. My Serafim precura pa quanto antes Dios Sacabo dy es aflicao & no para dy Tuma remedio [traduction: "Mon diamant, ne manquez pas de tout m'écrire. C'est ce que je vous demande ce soir, j'attends une réponse. Mes Séraphins vous accompagnent avant que Dieu ne vous soulage de ce malheur et ne cessez pas de prendre vos médicaments"].

Le premier journal en papiamento, Civilisado ("Le Civilisé"), fut publié en 1871. Au XIXe siècle, la plupart des documents rédigés dans les Îles Sous-le-Vent (Benedenwindse Eilanden en néerlandais) étaient écrits en papiamento, dont des manuels et des livres de cantiques catholiques[7]. Malheureusement, il ne reste aujourd'hui aucune copie du premier ouvrage publié dans cette langue en 1825, Declaracion corticu di catecismo pa uso di catholica di Curaçao[8].


Vers 1900, Joseph Sickman Corsen (1853-1911)et son célèbre poème "Atardi "[9] inscrivent le papiamento au rang de langue poétique et révèlent une importance non seulement littéraire et esthétique, mais aussi politique, en démontrant qu'une littérature de qualité pouvait s'écrire dans la dite langue.

Atardi (auteur Joseph Sickman Corsen), extrait
Ta pakiko, mi no sa; Waaróm kan ik niet zeggen, nee, Pour quelle raison est-ce arrivé, je n’en n’ai aucune idée.
Ma esta tristu mi ta bira, maar ’s avonds voel ik mij beklemd, Pour quelle raison la tristesse m’envahit-elle,
Tur atardi ku mi mira wanneer ik, droevig en ontstemd, Chaque soir, lorsque je vois
Solo baha den laman. de zon zie ondergaan in zee. Le soleil descendre vers la mer.
Talbes ta un presentimentu, Is het misschien een voorgevoel Peut-être n'est-ce qu'un pressentiment,
O ta un rekuerdo kisas? of een herinnering wellicht? Ou un vague souvenir?
Podisé n’ ta nada mas Het zou ook kunnen dat het ligt Peut-être n’est-ce guère plus qu’un
Ku un kos di temperamentu. aan de manier waarop ik voel. Pur produit de mon imagination.
P’adilanti podisé Van tevoren, heel misschien, Peut-être un jour, qui sait,
Mi ta mira na kaminda loop ik onderweg te dromen Rencontrerai-je sur ma route
Un doló ku n’ nase ainda over pijn die nog moet komen, Une douleur que je n'ai pas encore rencontrée,
Ma ku lo mi konosé? die ik dadelijk zal zien? Mais que je connais déjà trop bien?
Te aworó ? Ma henter anochi, Te aworó? Maar van de morgen Te reverrai-je? Mais tout d’abord au cours de cette nuit,
Esta largu anochi ta, scheiden ons nog vele uren, Cette longue et interminable nuit,
Kuantu kos ku nos no sa vol van grillen en van kuren, Combien de choses inconnues de nous
E ta skonde den su skochi? die nú nog voor ons zijn verborgen? Son-elles cachées en son sein ?
Promé solo bolbe hari, Voordat de zon weer lacht en brandt Avant que le soleil ne réapparaisse,
Tempu tin pa hopi kos; ziet ook de Dood zijn kans weer schoon Tant de choses peuvent changer du tout au tout:
I Dios sa kuantu di nos en veegt een paar van ons gewoon Dieu sait bien qui d’entre nous sera enlevé
Morto den anochi a bari. en willekeurig aan de kant. Le jour où la mort nous accompagnera.
Kousa mi doló no tin; Waaróm ik pijn heb weet ik niet, Je ne connais pas la raison de ma douleur,
Ma esta tristu mi ta bira maar tóch voel ik mij steeds beklemd, Pour quelle raison la tristesse me pénètre
Semper ku mi para mira wanneer ik, droevig en ontstemd, Chaque nuit lorsque je vois
Dia yega na su fin. de dag zie vallen in het niet. Le jour qui approche à sa fin.

Traduction néerlandaise de Fred de Haas, 2005[10]

Nombre de locuteurs[modifier | modifier le code]

Environ 330 000 personnes parlent le papiamento aux îles ABC (Aruba, Bonaire et Curaçao), anciennement appelées les Antilles néerlandaises avec les îles SSS (Saba, Saint-Eustache et Saint-Martin). Il existe également de nombreux locuteurs parmi la diaspora, notamment sur la côte vénézuélienne, à Saint-Martin, au Surinam (ancienne Guyane hollandaise) et surtout aux Pays-Bas, où vivent 161 265 Antillais (2019)[11].

Lors du recensement général de la population et de l'habitat de Curaçao, réalisé en 2011, les questions démo-linguistiques suivantes ont été posées[12] :

  • "Quelle(s) langue(s) est (sont) habituellement parlée(s) dans ce ménage ?" ...
  • "Quelle langue est la plus parlée dans ce ménage ? (seulement une réponse possible)"

Les langues les plus parlées étaient :

  1. le papiamentu : 79,9 % (2001 : 82,8 % et 1992 : 86,0 %)
  2. le néerlandais : 8,8 % (8,2 % et 7,0 %)
  3. l'espagnol : 5,6 % (4,1 % et 2,6 %)
  4. l'anglais : 3,1 % (3,0 % et 2,8 %)
  5. autre ou inconnu : 2,6% (1,9% et 1,6%).

Grammaire[modifier | modifier le code]

L'ordre des mots dans la phrase suit le schéma SOV (Sujet-Verbe-Objet)

1- Pronoms personnels[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels, qu'ils soient sujets ou compléments, sont identiques. Par exemple: Bo ta franses ("Tu es français"), Mi ta stima bo ("Je t'aime").

Pronoms personnels sujets Singulier Pluriel
1ère personne mi, ami Je nos Nous
2ème personne bo, abo Tu boso Vous
3ème personne e Il, elle nan Ils
Pronoms personnels compléments Singular Plural
1ère personne mi, ami Moi, me nos Nous
2ème personne bo, abo Toi, te boso Vous
3ème personne e Lui, elle, se nan Eux, se

2- Noms et pluriels[modifier | modifier le code]

Les noms n'ont qu'un seul genre.

Il en est de même de l'article défini singulier qui se traduit invariablement par e. Par exemple: E buki ta grandi ("Le livre est grand"). En revanche, l'article défini pluriel est absent. Par exemple: ⌀ Bukinan ta grandi ("Les livres sont grands"). L'article indéfini singulier se traduit par un. Par exemple: Un buki grandi ("Un grand livre"). En revanche, l'article indéfini pluriel est absent. Par exemple: ⌀ Bukinan grandi ("Des grands livres").

Il existe plusieurs manière de transcrire le pluriel des noms. Il peut être sous-entendu, si le contexte de la phrase le permet. Par exemple: E ta franses⌀ ("Elle est française") ⇒ Nan ta franses ("Elles sont françaises"). Dans ce cas, le sujet sous-entend qu'elles sont toutes françaises et l'adjectif franses ne prend alors pas d'affixe pluriel. Il en est de même dans l'exemple suivant: Nos ta lesa dos buki⌀ ("Nous lisons deux livres"). En effet, l'utilisation d'un nombre permet de comprendre qu'il s'agit de plusieurs livres. C'est également le cas avec ce dernier exemple: Nos ta lesa buki⌀ ("Nous lisons des livres"). En effet, si le sujet lit un seul livre, la phrase aurait comporté un article indéfini singulier (un buki); puisque ce 'est pas le cas nous sous-entendons qu'il en lit plusieurs et la marque du pluriel devient alors superflue.

Lorsqu'une précision est nécessaire, le nom au pluriel prend le suffixe -nan. Par exemple: Unda bo pushinan ta? ("Où sont tes chats"). Dans cet exemple, l'adjectif possessif reste au singulier car la marque du pluriel du complément d'objet permet de comprendre que le sujet possède plusieurs chats.

3- Verbes[modifier | modifier le code]

Comme dans la plupart des langues créoles, les verbes en papiamento se caractérisent par l'absence de flexion. Ils s'utilisent à l'aide d'auxiliaires post-verbaux. Par exemple: Mi ta bai na kas ("Je suis en train de rentrer à la maison"), Mi lo bai na kas ("Je rentrerai à la maison").

Contrairement aux langues principales dont il dérive - l'espagnol et le portugais - le papiamento utilise couramment les pronoms et ne fait pas d’accords de genre. Par exemple: Mi ta bai na kas ("Je rentre à la maison"), Nan ta bai na kas ("Ils rentrent à la maison"). La troisième personne du pronom pluriel, nan, est également utilisée comme marqueur du pluriel post-nominal. Par exemple: Nan ta bai na kas ("Ils rentrent à la maison"), Kasanan ("des maisons").

Temps[modifier | modifier le code]

Présent
Mi tin un pushi. J'ai un chat
Bo bai na skol. Tu vas à l'école
E wak un kas. Il voit une maison
Nan ta lesa un buki. Ils lisent un livre
Passé
Mi a tin un pushi. J'avais un chat
Bo a bai na skol. Tu allais à l'école
E a wak un kas. Il voyait une maison
Nan a ta lesa un buki. Ils lisaient un livre


Futur
Mi lo tin un pushi. J'aurai un chat
Bo lo bai na skol. Tu iras à l'école
E lo wak un kas. Il verra une maison
Nan lo ta lesa un buki. Ils liront un livre

Lorsque deux verbes sont utiliser dans une même phrase, ceux-ci se suivent. Par exemple: Mi ta gusta skucha músika ("J'aime écouter de la musique") ; Mi ta para bisa nan ("Je m'arrête et leur dis" ).

Négation[modifier | modifier le code]

Dans une négation simple, l'adverbe se situe toujours avant le verbe. Par exemple: Mi no ta kansá ("Je ne suis pas fatigué").

Dans une négation complexe, le papiamento utilise une double négation. Par exemple: Mi no tin nada ("Je n'ai rien") ; Mi no ta wak ningun hende ("Je ne vois pas personne").

4- Adjectifs[modifier | modifier le code]

L'adjectif épithète suit le nom auquel il se rapporte. Par exemple: Un homber altu ("Un homme grand") ; E kas nobo ("La nouvelle maison").

Les adjectifs possessifs sont strictement identiques aux pronoms personnels. Par exemple: Nos tin nos bukinan ("Nous avons nos livres"). Il est à noter que dans cette phrase, le suffixe -nan est impératif, sans quoi la phrase signifierait que "nous avons notre livre".

5- Prépositions[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous reprend quelques prépositions utilisées en papiamento.

ademas di à l'exception
aden à l'intérieur
anti contre
ariba au-dessus de
banda près der
bou di sous
den dans
despues après
di de
durante durant
ku avec
na à, vers
pa avant, pour
pafó à l'extérieur de
sin sans

6- Prépositions[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous reprend quelques pronoms interrogatifs utilisés en papiamento.

Kiko? Quoi? Kiko bo tin? Qu'as-tu?
Unda? Où? Unda bo ta bai? Où vas-tu?
Kuandu? Quand? Cuandu ta e klas? Quand a lieu le cours?
Kende? Qui? Kende bo ta? Qui es-tu?
Kua (ta)? Quel? Lequel? Cua ta buki di bo? Quel livre est à toi?
Pakiko? Pourquoi? Pakiko bo ta bai? Pourquoi pars-tu?
Kon? Comment? Con ta bai ? Comment vas-tu?
Kuanto? Combien? Cuanto esaki ta ? Combien est-ce?

7- Conjonctions[modifier | modifier le code]

8- Adverbes[modifier | modifier le code]

9- Démonstratifs[modifier | modifier le code]

10- Jours et mois de l'année[modifier | modifier le code]

Dialuna lundi
Diamars mardi
Diawebs mercredi
Diarazon jeudi
Diabierna vendredi
Diasabra samedi
Diadomingo dimanche
Januari janvier
Februari février
Maart mars
April avril
Mei mai
Juni juin
Juli juillet
Augustus août
September septembre
Oktober octobre
November novembre
Desember décembre

Nota : les mois en papiamento sont identiques à ceux utilisés en néerlandais (à l'exception de desember au lieu de "december").

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

L'essentiel du vocabulaire en papiamento (près de 85%) a une origine ibérique, sans que l'on sache réellement si un mot provient du portugais ou de l'espagnol. Par exemple :

  • amigu ("amigo") = ami
  • kua ("cuál", "qual") = lequel
  • kuantu ("cuánto", "quanto") = combien

En revanche, certains mots sont clairement d'origine portugaise [ex. bon ("bom")] et d'autres d'origine espagnole [ex. muher (prononciation API /muˈxeɾ/)].

La chercheuse Jacoba-Elisabeth Bouschoute a étudié les nombreuses influences néerlandaises dans le papiamento[13]. Par exemple :

  • apel ("appel") = pomme
  • lesa ("lezen") = lire
  • ambtenaar (id.) = fonctionnaire
  • hür ("huur") = heure

Dúnami un buki òf un korant = Donne moi un livre ou un journal ( cette phrase simple comprend trois mots d'origine néerlandaise: buki ("boek") = livre ; òf ("of") = ou ; kourant ("krant") = journal).

Enfin, quelques mots ont une origine anglaise [ex. bèk ("back"), comme dans bin bèk ("revenir") ; beisbòl ("baseball")], africaine [ex. pinda ("mpinda" en kikongo) = "cacahuète" ; maribomba ("ma-rimbondo" en kimbundu ) = "guèpe"] ou arawak [ex.kunuku ("conuco") = ferme ; mahos ("muhusu") = affreux].


Enfin, il convient de mentionner le mot dushi, car il s’agit d’un élément important de l’identité créole des îles ABC. Tout ce qui est bon, délicieux, agréable, beau, mignon ou agréable peut être qualifié de dushi. Le mot est dérivé du "doce" portugais ou du "dulce" espagnol, qui signifie «doux». Il décrit très bien la synergie de tous les éléments qui composent le papiamento.

Vocabulaire de base[modifier | modifier le code]

Salutations
Bon bini Bonjour
Bon dia Bonjour (le matin)
Bon tardi Bonjour (l'après-midi)
Bon nochi Bonsoir
Kon ta bai? Comment vas-tu?
Mi ta bon Je vais bien


Phrases
Danki Merci (du néerlandais "Dank U")
Por fabor S'il te plaît, s'il vous plaît
Di nada Je t'en prie
Oui
No Non
Ayó Au revoir
Te otro biaha A plus tard

Situation actuelle du papiamento à Curaçao[modifier | modifier le code]

Index de vitalité des langues: cas du papiamento à Curaçao (UNESCO)[8]
Critères Score Signification Données justifiant la notation
Transmission intergénérationnelle de la langue 5,0 Constant Toutes les catégories d'âge, y compris les enfants, parlent la langue
Nombre absolu de locuteurs 106 064 à Curaçao (recensement, 2001)
Nombre relatif de locuteurs 4,5 Stable 79,9% des habitants ont le papiamentu comme langue principale d'usage (2011)
Domaines d'utilisation de la langue 5,0 Universel Utilisé dans tous les domaines et toutes les fonctions
Utilisation dans les médias 5,0 Dynamique Utilisé dans tous les supports (internet, télévision, radio, presse, édition, publicité, etc.)
Utilisation dans l'éducation et l'administration 4,5 Bon Le papiamentu dispose d'une orthographe normée à Curaçao et d'une tradition écrite.

La langue est utilisée dans certaines écoles de l'île et partiellement dans les documents de l'administration locale.

Utilisation dans les institutions régionales et statut de la langue 4,5 Stable Le papiamentu est l'une des langues officielles de État autonome de Curaçao (à côté du néerlandais et de l'anglais).
Attitude des locuteurs vis-à-vis de leur langue 3,7 Relativement bon De nombreux locuteurs soutiennent l'utilisation, la diffusion et l'apprentissage de la langue, même si une majorité de la population est plutôt indifférente et/ou valorise davantage le recours à plusieurs langues d'usage.
Type et qualité de la documentation en papiamentu 4,0 Bon Il existe une grammaire établie et officielle de la langue, des dictionnaires, une littérature et presse quotidienne, etc
moyenne 4,5 Haut niveau de vitalité et faible niveau de menace ou de disparition

Évolution de la langue[modifier | modifier le code]

Les emprunts lexicaux actuels, à partir de l'espagnol vénézuélien, du néerlandais et de l'anglais américain, sont très nombreux. Certains y voient une menace pour la langue, selon une vision engagée à préserver le "sentiment authentique et créole du papiamento", à l'instar de Wilhelmientje Croes ou de Joyce Pereira à Aruba. Mais cette évolution de la langue s'inscrit dans un cadre plus global de décréolisation, qui concerne aussi le patois jamaïcain, le créole capverdien[14], ou le patuá de Macao[2] par exemple.

Nota - La décréolisation est un processus d'homogénéisation qu'une langue créole peut subir lorsqu'elle est en contact avec l'une de ses langues mères et/ou une langue majeure, en particulier si celles-ci se voient attribuer une valeur de prestige. En d'autres termes, dans la décréolisation, l'influence de la langue super-strate démantèle les influences des langues du substrat.

Toutefois, de nombreux immigrés, venus d'Amérique hispanophone (Colombie, république Dominicaine, etc.) ou d'ailleurs (Haïti), choisissent d'apprendre le papiamento pour des raisons pratiques dans la vie quotidienne des îles. Pour les hispanophones, la langue est en effet plus facile à apprendre que le néerlandais[15].

On notera que la baisse de connaissance et/ou de pratique courante du néerlandais est un fort handicap pour les Antillais qui s'installent aux Pays-Bas, à la différence d'étrangers, comme les Surinamais, plus tôt arrivés et mieux intégrés de ce fait[16] : " Les jeunes de Curaçao, entre 16 et 25 ans, viennent en métropole à la recherche de meilleurs conditions. Ils espèrent trouver un emploi et une formation aux Pays-Bas [...] Beaucoup d’adolescents ne terminent pas leurs études secondaires. Le système éducatif est encore fondé sur le néerlandais, langue que ne maîtrisent pas les trois-quarts de la population [de l'île]"[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Bert Remijsen and Vincent J. van Heuven (2005) "Stress, tone and discourse prominence in the Curaçao dialect of Papiamento" in: Phonology 22:205–235
  2. a b c et d (en) « Connecting Portuguese-based creoles », sur collectanea linguistica (consulté le 2 août 2019)
  3. Les tenants d'une origine portugaise du papiamento soutiennent l'existence d'un proto-créole afro-portugais issu de la traite des esclaves sur la côte et les îles de l'Afrique de l'Ouest par le biais d'un processus de relexification. Le papiamento pourrait être né en Afrique et, après son arrivée aux Antilles, s'être enrichi de mots d'origine espagnole, néerlandaise et arawak. Quant aux théoriciens de l'origine espagnole du papiamento, la créolisation de la langue daterait de l'époque où les îles ABC étaient contrôlées par l'Espagne (1499-1634), avec des contributions portugaises apportées par le contact avec des juifs et des marchands d'esclaves sépharades lusophones.
  4. (en) Lang, George, Entwisted Tongues: Comparative Creole Literatures, Amsterdam, Rodopi Publishers, (ISBN 9042007370)
  5. Le Brésil néerlandais (Nederlandsch Brasilïe), ou Nouvelle-Hollande, était un territoire du Nordeste sous contrôle de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (West Indische Compagnie) au XVIIe siècle. À partir de 1630, les Néerlandais profitèrent de l'affaiblissement de l'Empire colonial portugais durant l'union personnelle des couronnes du Portugal et d'Espagne (1580-1640) pour établir une colonie sur la côte septentrionale du Brésil, avec pour capitale Mauritsstad (aujourd'hui Recife). En 1654, les Néerlandais furent expulsés définitivement par les Portugais.
  6. (pt) Shirley Freitas Sousa, Contribuções linguisticas cabo-verdiana e sefardita na formação do papiamentu, São Paulo, Universidade de São Paulo, , 671 p.
  7. (en) Jacobs, Bart and Van der Wal, Marijke, « The discovery, nature, and implications of a Papiamentu text fragment from 1783 », Université de Coblence (Allemagne),‎ , p. 19 pp.
  8. a et b (en) Severing, Ronald and Weijer, Christa, Gaining perspective on papiamentu: milestones and achievements, Willemstad, University of the Netherlands Antilles, 28 pp. p.
  9. (en) « from Atardi », (consulté le 5 septembre 2019)
  10. (nl) « Joseph Sickman Corsen – Atardi (Einde van de dag) », sur Werkgroep caraïbische letteren, (consulté le 5 septembre 2019)
  11. (nl) « Antillianen in Nederland »,
  12. (nl) « Centraal Bureau voor de Statistiek - Curaçao »
  13. (en) Bouschoute, Jacoba Elisabeth, « "Certain Aspects Of The Dutch Influence On Papiamentu" », University of British Columbia.,‎ , p. 270 pp. (DOI 10.14288/1.0094428)
  14. (en) Salikoko S. Mufwene, Language Evolution: Contact, Competition and Change, Londres, Bloomsbury Publishing., , 353 pp. p. (ISBN 978-08264-9370-5)
  15. (en) « Papiamentu »
  16. (nl) « Migratie van Antillianen en Arubanen naar Nederland »,
  17. Jean-Philippe Merciris, Le cas des antillais et des surinamiens, l'immigration aux Pays-Bas, Paris, Persée,