Papangue

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Circus maillardi

Le Busard de Maillard, Circus maillardi (décrit par Verreaux en 1863, Maillard 1863), également appelé Papangue en créole réunionnais, est le seul rapace nicheur endémique de l’île de La Réunion. Depuis 2004, l’espèce est classée « En danger » d’extinction selon les critères de l’Union International pour la Conservation de la Nature (IUCN)[1].

Position systématique[modifier | modifier le code]

Le Busard de Maillard appartient à l’ordre des Accipitriformes et à la famille des Accipitridae. Lointain cousin du Busard des roseaux, Circus aeruginosus, il a été pendant longtemps rattaché à l’espèce Circus macrosceles présente à Madagascar et aux Comores. En 2000, les études génétiques de Simmons démontrent qu’il s’agit en réalité d’une espèce à part entière séparée de celle de Madagascar depuis environ 760 000 ans [2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « Papangue » serait issu du mot Malgache « Papango » signifiant « Milan », lui-même d’origine Swahili : kipãnga « sorte de petit faucon »[3]. Il est également connu sous le nom de « Pieds jaunes » à cause de la couleur des pattes qui contraste avec celle du plumage[4].

Description morphologique[modifier | modifier le code]

L’espèce présente un dimorphisme sexuel marqué de plumage et de taille à l’âge adulte. Les mâles ont un plumage noir, blanc et gris, très contrasté. La tête, le dos et le bout des ailes sont noirs, le ventre et le dessous des ailes blancs à l’exception de leur extrémité. La queue est blanche tirant sur le gris. Les pattes et les iris sont jaunes.

Chez la femelle, le plumage est brun sur le dessus à l’exception du croupion qui est blanc. Le dessous est plus clair, strié de brun. Les pattes et l’iris sont également jaunes.

Les immatures mâles et femelles présentent jusqu’à l’âge de deux ans un plumage plus uni, brun sombre tirant sur le roux au niveau de l’abdomen et des culottes. Les pattes sont jaunes et l’iris marron [5].

On note également des différences biométriques entre sexe. L’envergure varie entre 125 et 140 cm et la longueur entre 54 et 59 cm[5]. Comme chez la plupart des rapaces, les femelles sont plus grandes et plus lourdes que les mâles [6]. En moyenne, elles pèsent environ 732 g contre 545 g pour les mâles [7]. Leurs ailes sont également plus larges et leurs tarses plus longs.

Répartition[modifier | modifier le code]

Le Busard de Maillard est endémique à l’île de La Réunion située à environ 700 km à l’est de Madagascar, dans l’Océan Indien. Autrefois présent également sur l’île Maurice, située à 210 km de La Réunion, l’espèce y est aujourd’hui éteinte. Sa répartition est comprise entre 150 et 1500 m d’altitude[7] et la majorité des couples niche en dessous de 800 m d’altitude [8],[9].

État de la population[modifier | modifier le code]

Avant l’arrivée de l’homme sur l’île de la Réunion, qui consomma de manière intensive et irrémédiable la faune dans son ensemble, la population de Busard de Maillard devait être plus important qu’à l’heure actuelle. Les premières estimations de la population du Busard de Maillard réalisées dans les années 80 et 90 font état de 200 à 300 couples[5],[10],[11]. Cependant, ces estimations ont été réalisées sur des zones localisées de l’île et à l’aide de méthodes non standardisées.  A la fin des années 90, la première évaluation de la population à l’échelle de l’île a estimé à entre 400 et 600 le nombre d’individus présents dont moins de 100 couples[8],[9]. Entre 2009 et 2010, 430 individus ont été observés dont 150 couples estimés[7].

Caractéristiques écologiques[modifier | modifier le code]

Habitat[modifier | modifier le code]

Espèce non migratrice, on rencontre le Busard de Maillard toute l’année sur l’ensemble de l’île, en dehors des zones urbanisées et sans végétation, avec des variations de densité de population[9],[7]. A l’origine, il occupait les milieux forestiers, mais face à la modification de son habitat naturel avec la colonisation de l’île, il a dû s’adapter. Aujourd’hui, il fréquente une mosaïque d’habitats comme la forêt, les fourrés et les friches et utilise les zones impénétrables et inaccessibles de son territoire telles que les pentes raides et de végétation dense pour y installer son nid. Il utilise les zones ouvertes (pâturages, friches, savanes) ainsi que les forêts comme zone de chasse. Il peut également parfois être aperçu survolant des zones urbaines pour rejoindre des territoires plus propices à la chasse. Cette sélection d’habitat est principalement liée à l’abondance et l’accessibilité de ses proies[9].

Dans les zones à forte densité, un couple partage généralement son domaine vital avec les autres couples installés à proximité. La taille de ce domaine est estimé à 2,5 et 3 km² et jusqu’à 4 à 6 km² lorsque ces zones sont installées en altitudes élevées[5]. Les manifestations d’agression intra-spécifique sont rares et se résument à une poursuite accompagnée de cris lorsque l’aire du nid est survolée par un étranger[5].

Reproduction[modifier | modifier le code]

L’activité reproductrice du Busard de Maillard a été observée sur toute l’année à l’échelle de l’île. Toutefois, elle est à son maximum de mars à juillet avec une baisse de septembre à décembre[7]. Elle commence avec la parade du mâle qui effectue des séries de vrilles en plongeant et en remontant à proximité d’une femelle et de son aire. Il y dépose par la suite une proie sur laquelle la femelle va venir se poser. Il se pose alors sur elle et l’accouplement à lieu. Celui-ci dure environ 10 secondes[12].

La construction des nids débute, généralement, en octobre avec un pic d’activité en janvier et février. Constitués d’un amas de branches et d’herbes sèches d’environ 60 à 70 cm de diamètre, ils sont installés sur le sol ou à faible hauteur dans de petits buissons [5]. La femelle pond deux à trois œufs blanc-uniforme qu’elle incube ensuite pendant 33 à 36 jours. Durant cette période, le mâle s’occupe de la ravitailler. L’échange de proie entre les deux partenaires s’effectue le plus souvent en vol. L’envol des jeunes à lieu 45 jours après la ponte mais ils restent et sont nourris par les parents pendant encore deux mois avant d’être repoussés au début de la saison de reproduction suivante. Le succès reproducteur du Busard de Maillard est estimé entre 1,2[13] et 1,4 jeunes[5] par couple et par an.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le régime alimentaire du Papangue a été influencé par la colonisation humaine. Ses tarses plus courts et ces serres plus longs que ceux du Busard de Madagascar (C. macrosceles) traduisent une capacité à capturer des proies de plus fortes tailles et d’avantage d’oiseaux et d’insectes, et ce dans un milieu fermé de type forestier[14]. Aujourd’hui, pourtant, les rongeurs introduits (rats et souris) représentent entre 50 et 70% de son alimentation[5],[13] malgré ses adaptations morphologiques. Sa technique de chasse, généralement le survol à faible hauteur, lui permet de fondre sur ses proies par surprise. Serpents, reptiles et petits mammifères représentent le reste de son alimentation. Occasionnellement, il montre aussi un comportement charognard[7].

Protection et menaces[modifier | modifier le code]

L’espèce est protégée par arrêté ministériel depuis le 17 février 1989 fixant les mesures de protection des espèces animales dans le département de La Réunion. Au niveau européen, l’espèce est également pris en compte dans plusieurs conventions telles que celle de Berne (relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe), celle de Bonn (relative à la conservation des espèces migratrices) et celle de Washington (relative au commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction).

A l’heure actuelle, les principales menaces qui pèsent sur elle sont d’origine anthropique, à savoir l’empoisonnement secondaire dû à l’ingestion de rats empoisonnés lors de campagnes de dératisation, le braconnage, les collisions avec les lignes de haute tension, avions, éoliennes et sur les routes, et l’urbanisation croissante[7].

Le Papangue dans la culture créole[modifier | modifier le code]

Le Papangue a souffert de la mauvaise réputation que les premiers habitants de l’île lui ont faite. En l’occurrence, il était perçu comme un « oiseau de malheur » n’hésitant pas à s’en prendre aux chapeaux et aux bonnets des premiers colons[11]. Les explorateurs et les habitants l’accusaient de tuer jeunes cochons, cabris et autres poules de basse-cours. Il était par conséquent chassé pour être mangé ou gardé en captivité[7]. Malgré tout, on retrouve son nom dans l’appellation de certaines plantes endémiques de La Réunion et de Maurice comme la « Liane Papangue » dont les crochets ressemblent aux serres du rapace[15].

Aujourd’hui, les programmes de sensibilisation ont permis de redorer son image malgré un braconnage persistant. Certains lieux portent le nom de « Papangue ». On note entre autres : le Piton Papangue et la forêt départementale du Piton Papangue qui l’entoure. Il donne également son nom à une course de côte, la course Papangue, et l’oiseau figure même sur le blason de la ville de l’Etang-Salé[7].

Le rapace fait également partie des légendes locales comme celle d’Anchaing et Heva, un couple d’esclaves marrons qui fuirent les violences de leur maître. Pourchassés par des chasseurs d’esclaves, ils allèrent, pour se cacher, s’installer sur une montagne réputée inaccessible. Plusieurs versions existent, mais l’une d’entre elles raconte qu’après avoir été découvert par Mussard, un grand chasseur d’esclaves, Anchaing fit diversion en attirant Mussard avant de se jeter du haut du piton. La légende veut qu’il ne meure pas mais se transforme en Papangue. Aujourd’hui, cette montagne porte le nom de Piton d’Anchaing.

Informations complémentaires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Birdlife International. 2013. Species factsheet : Circus maillardi »
  2. (en) Robert E. Simmons, Harriers of the world : their behaviour and ecology, Oxford Ornithology Series, Oxford University Press,‎ , 384 p. (ISBN 978-0198549642)
  3. Bollée A. 1993. Dictionnaire étymologique des créoles français de l’océan indien. Deuxième partie. Mots d’origine non française ou inconnue. Helmut Bushe Verlag Hamburg. 596 p.
  4. Maillard, L. 1863. Notes sur l’île de La Réunion (Bourbon). Volume 1. Paris. p. 159-162
  5. a, b, c, d, e, f, g et h Clouet, M. 1978. Le Busard de Maillard (Circus aeroginus maillardi) de l’île de La Réunion. L’Oiseau et la Revue Française d’Ornithologie 48(2) : 95-106.
  6. Ferguson-Lee, J. & D. Christie. 2008. Guide des rapaces diurnes du monde. Edition française, Delachaux et Niestlé SA, Paris. 320 p.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h et i Grondin, V. & J.S. Philippe. 2011. Plan de conservation du Busard de Maillard (Circus maillardi). SEOR et BIOTOPE pour la DEAL, la Région Réunion, Aérowatt et la Ville de l’Etang-Salé, 81p. (et atlas cartographique)
  8. a et b Ghestemme, T. Portier , E. & M. Le Corre. 1998. Recensement de la population de Papangues de la Réunion, Circus maillardi, densité et distribution des couples reproducteurs. SEOR. 14 p et Annexes 10 p.
  9. a, b, c et d Bretagnolle, V. Thiollay, J.M. & C. Attié. 2000a. Status of Reunion Marsh Harrier Circus maillardi on Reunion island. Chancellor, R. D. & B. U. Meyburg (eds). Raptors at risk. World Working Group on Birds of Prey and Owls, Berlin, and Hancock House, Blaine, WA U.S.A. p. 669-676
  10. Cheke, A. 1987. The ecology and distribution of native land birds of Reunion. Reunion Harrier (Circus maillardi) Verreaux. In Diamond A. W. Edition Studies of Mascarene Island birds. Cambridge University Press, p. 311-314.
  11. a et b Barré, N., Barau, A. & C. Jouanin 1996. Oiseaux de la Réunion. Edition du Pacifique, Paris. 207 p.
  12. Gonin J. 2001. Le « Papangue », un endémique rare et méconnu. Rapport de BTS Gestion et Protection de la Nature, Programme de recherche des oiseaux terrestres de la Réunion SEOR. 38 p.
  13. a et b Rochet M., Ghestemme T., Salamolard M. 2000. Etude sur les populations, l’écologie de 9 espèces d’oiseaux indigènes de La Réunion des menaces qui pèsent sur elles, et des mesures à mettre en place. Bilan des activités et résultats préliminaires de la période du 22 juin au 22 septembre 2000. SEOR. 16 p.
  14. Wattel J. 1973. Geographical diferenciation in the genus Accipiter. Publ. Nuttal. Ornith. Cl., n°13.
  15. Bosser J., Cadet T., Gheho J., Marais W. 1987. Flore des Mascareignes, Famille des Linéacées (56). SIRI, Maurice ; Orstom, Paris ; RBG, kew. 5 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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