Panneau photovoltaïque à concentration

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Un panneau photovoltaïque à concentration, parfois simplement dénommé « panneau à concentration »[1] est un module solaire photovoltaïque composé d'une série de dispositifs optiques de concentration de la lumière (lentilles ou miroirs[2]) sur des cellules photovoltaïques (qui doivent être refroidies si le taux de concentration est élevé).

Le composant le plus cher d'un module est - de loin - la cellule photovoltaïque. En intercalant un dispositif concentrateur entre le soleil et la cellule, on peut utiliser une surface de cellule beaucoup plus petite, et ainsi utiliser des cellules à rendement très supérieur, avec des valeurs oscillant typiquement entre 30 et 40 % (et qui, à moyen terme, devraient dépasser 50 %).

Dans les années 2000-2010, les progrès des cellules utilisées et des moyens de concentration sont rapides[3]

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette technologie a d'abord été réservée aux satellites et à l'exploration spatiale où les coûts de mise en orbite justifient des performances très élevées.

Puis elle a été testée dans quelques prototypes et opérations pilotes (dont en Espagne par le programme européen Hercules et ses suites (capacité installée ou en construction en 2014 : 18 MW) et aux États-Unis (capacité installée ou en construction en 2014 : 330 MW[2]).

Marché[modifier | modifier le code]

En 2014, les modules photovoltaïques à concentration (CPV) sont devenus compétitifs (« dans les régions ensoleillées avec des valeurs élevées de rayonnement direct » (>2 000 kWh/m2/an) et de futures réductions de coûts et les améliorations de la technologie semble prometteuse. Ils ne constituent néanmoins encore qu'un marché émergent et très réduit (par rapport aux modules classiques).

Selon l'institut de recherche allemand Fraunhofer ISE et le National Renewable Energy Laboratory (NREL), fin 2014, 330 MWc de centrales CPV étaient raccordé au réseau dans le monde, et le prix de revient du kWh produit, qui oscillait fin 2013, selon les conditions d'utilisation, entre 8 c€/kWh et 15 c€/kWh, contre 6 c€/kWh à 10 c€/kWh pour le photovoltaïque classique, devrait s'abaisser d'ici 2030 à 4,5 c€/kWh-7,5 c€/kWh, niveau compétitif avec les modules classiques[4].

Début 2015, il existe plusieurs usines produisant plus de 30 MWc de cette manière, dont deux unités construites pour Golmud dans la province du Qinghai en Chine par SunCORE (58 et 80 MWp) ; la centrale de Touwsrivier en Afrique du Sud (Soitec, 44 MWc) ; la centrale d'Alamosa au Colorado (États-Unis) construit par Amonix (35,28 MWp) [5]

Technique[modifier | modifier le code]

La concentration est obtenue par un système de miroirs paraboliques ou de lentilles de Fresnel, comme sur les phares d'automobiles.

Le rapport de concentration de la lumière solaire sur une petite surface s'exprime en une unité dite « soleil » (ou « sun » pour les anglophones)[6] ; il indique de combien l’énergie incidente du soleil est multipliée :

  • On parle de basse concentration si la lentille ou les miroirs apportent de 2 à 100 « soleils » à la cellule ;
  • On parle de moyenne concentration pour de 100 à 300 « soleils » ;
  • On parle de haute concentration au-delà de 300 « soleils » avec jusque plus de 1000 soleils (le record étant détenu par la société Sunrgi avec une valeur de 1600[réf. nécessaire]). La cellule photovoltaïque est souvent une multi-jonctions couteuse, mais très efficaces (à base de semiconducteurs III-V, par exemple en triple jonction GaInP/GaInAs/Ge). Des cellules à quadruple jonction existent aussi (efficacité : 36.7 %)[7],[8].

La plupart des systèmes sont à haute-concentration, mais il existe aussi des systèmes à basse concentration (ratios de concentration de moins de 100x), moins efficaces, mais moins chers ; ils utilisent principalement des cellules solaires de silicium cristallin (c-Si) et le module ne suit le soleil que sur un axe unique (parfois sur deux axes)[9].

Contraintes[modifier | modifier le code]

Il faut que la lumière concentrée soit bien focalisée sur la cellule, et non à côté : un tel panneau ne fonctionne donc correctement qu'avec un dispositif de "tracking" (héliostat) pour rester en permanence perpendiculaire aux rayons du soleil. Favorable au rendement (il augmente la production d'environ la moitié sur une journée), ce type de dispositif a l'inconvénient d'accroître la complexité et la maintenance.

Il existe deux systèmes de trackers (suivant le soleil sur un ou deux axes).

Il faut ensuite évacuer la chaleur excessive, préjudiciable au rendement des cellules et surtout à leur durée de vie: sans dispositif de refroidissement, ces dernières fondraient.

Enfin, ces modules plus complexes sont plus fragiles, plus délicats à transporter et à monter.

Ces technologies nécessitent de faire appel à des métaux précieux (Tellurium, Indium et Gallium)[10], mais uniquement sur une petite partie du module et en facilitant la récupération de ces métaux en fin de vie du panneau.

Globalement, si le rendement est environ deux à trois fois supérieur à celui d'un module plat classique[réf. nécessaire], toutes ces contraintes ont aussi un coût, de sorte que les modules classiques dominent toujours le marché.

Rendement[modifier | modifier le code]

Pour calculer la puissance de ces appareils, il faut utiliser les données concernant l'intensité de la lumière directe qui arrive à la surface du sol. Cette intensité varie en fonction de la latitude. Par exemple, à Lyon, la valeur moyenne basée sur 10 ans d'observations effectuées par la NASA est de 3,42 kWh/m2/jour (soit une puissance moyenne de 142.5 W/m2).

Réalisations[modifier | modifier le code]

Différents constructeurs proposent ce type d'appareil : Soitec en France (à travers sa filiale Concentrix Solar installe des centrales au Nouveau Mexique 1 MW, Afrique du Sud 50 MW, Californie 300 MW, Maroc...), Heliotrop en France, Sol3G en Espagne, Pyron Solar et Sunrgi en Californie, Solar Systems en Australie (cette dernière construit actuellement une centrale photovoltaïque de 154 MW).

L’architecte allemand André Broessel a conçu et commercialisé en 2013 Rawlemon, une sphère solaire constituée d'une sphère transparente en polymère acrylique servant de lentille qui concentre les rayons du soleil et de la lune sur une cellule photovoltaïque multi-jonction, ce qui permet de réduire d'un facteur 100 la surface de cellule pour une puissance donnée, réduisant ainsi à presque rien l'empreinte carbone ; un système d'orientation à deux axes permet de maximiser le rendement : le taux de conversion de l'énergie solaire est amélioré de près de 70 % par rapport aux panneaux solaires photovoltaïques ; une batterie stocke l'électricité produite pour utilisation en soirée[11]. Le modèle le plus petit : Beta.ey (10 cm) a une cellule de 16 W et une batterie de 27,5 Wh ; une prise USB 2.0 permet de recharger un portable ou une tablette, et une LED colorée transforme la sphère en lampe ; des sphères de 1 m ou 1,80 m de diamètres sont commercialisées pour installation en toiture, ainsi qu'un module de façade à plusieurs sphères qui a fait l'objet d'une première certification en janvier 2013 par le Zentrum für Sonnenenergie- und Wasserstoff-Forschung Baden-Württemberg[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le photovoltaïque sous concentration, sur le site solarpedia.net, consulté le 31 octobre 2014
  2. a et b Connaissance des énergies (2014), Solaire photovoltaïque à concentration (Fiches pédagogiques ; Énergies renouvelables )
  3. D. Aiken, E. Dons, N. Miller, F. Newman, P. Patel, et al., Commercial concentrator cell results and record IMM solar cell efficiency, in: 8th International Conference on Concentrating Photovoltaic Systems, 44-48 (Toledo, Spain, 2012).
  4. [PDF] Current status of concentration photovoltaic (CPV) Technology (janvier 2015) ; étude d'état des lieux (des marchés et de la technologie photovoltaïque) publiée par L'Institut Fraunhofer pour les systèmes d'énergie solaire allemande (ISE) et le National Renewable Energy Laboratory États-Unis (NREL), 24 pages, téléchargeable sur les sites Internet de ces deux institutions ; sera mis à jour tous les six mois.
  5. cpvconsortium
  6. Raccordé au réseau : les systèmes à concentration
  7. M. Steiner, A. Bösch, A. Dilger, F. Dimroth, T. Dörsam, et al., FLATCON® CPV module with 36.7 % efficiency equipped with four-junction solar cells, Progress in Photovoltaics: Research and Applications, in press (2014).
  8. R. M. France, J. F. Geisz, I. Garcıa, M. A. Steiner, W. E. McMahon, et al., Quadruple-Junction Inverted Metamorphic Concentrator Devices, IEEE Journal of Photovoltaics, available online (2014).
  9. Plesniak, A. P., & Pfefferkorn, C. (2014). High and Low Concentrator Systems for Solar Energy Applications IX. In Proc. of SPIE Vol (Vol. 9175, pp. 917501-1) (résumé).
  10. M. Woodhouse, A. Goodrich, R. Margolis, T. L. James, M. Lokanc, et al., Supply-Chain Dynamics of Tellurium, Indium, and Gallium Within the Context of PV Manufacturing Costs, IEEE Journal of Photovoltaics 3(2), 833-837 (2013)
  11. Rawlemon, une boule d’énergie, site EDF-pulse consulté le 13 février 2014.
  12. (en)Rawlemon Solar Devices, site Indiegogo consulté le 13 février 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]