P-26

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Panneau d'information (en allemand) : carte d'état-major soviétique de 1988 avec les caractéristiques (dans le rectangle rouge) du pont de Rüdlingen en Suisse (matériel : ЖБ [= Железобетон/béton armé] ; longueur du pont : 110 m ; largeur de la chaussée : 5 m ; capacité : 30 Tonnes).

La P-26 (Projekt 26 en référence du nombre 426 dans le rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité du )[1] était une organisation secrète suisse créée en 1979 et dissoute en pour la préparation de la résistance suisse dans le cas où le pays aurait été occupé[2]. Active pendant la guerre froide, son rôle était d'organiser une résistance en cas d'invasion par le pacte de Varsovie[3].

Une étude universitaire publiée en affirme que la P26 ne faisait pas directement partie du réseau Gladio, mais avait des relations étroites avec le MI6 britannique[4]. Le conseiller national Remo Gysin qualifie les rapports qu'entretenait la P26 avec les services secrets britanniques (MI6) et l'OTAN de « notoires[5] ».

En 2019, les allégations portant sur les membres du réseau P-26 sont battues en brèche, de nombreuses conclusions tirées au début des années 1990 s'avérant ne pas correspondre à la vérité historique. D'après l'historien Titus Meier (de), parler d'armée secrète relève de la "fabulation"[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Efrem Cattelan, chef du P26

L'organisation armée secrète P26 a été créée en 1979, sans l’aval du Parlement et financée par des fonds publics[2].

L'existence de la P26 a été révélée dans le cadre du scandale des fiches en Suisse en 1990, lorsqu'une enquête administrative (« rapport Cornu ») a été rendue publique. En 2018, le Conseil fédéral a rendu publique la « version destinée au public » anonymisée du rapport Cornu du [2],[7]. La version intégrale du rapport Cornu, déposés aux Archives fédérales, reste classifiée « secret » jusqu’en 2041[2]. Sept classeurs et 20 dossiers accompagnant l'enquête de Pierre Cornu ont cependant disparu, l'enquête en vue de retrouver ces documents demandés par un chercheur a été close sans résultats le [8].

Le , durant les travaux d'investigation sur le scandale des fiches et la P26, Herbert Alboth est assassiné dans son appartement à Liebefeld près de Berne. Cet homme avait dirigé la P26 pendant « quelque temps » et avait écrit au conseiller fédéral Kaspar Villiger le , proposant de faire toute la lumière sur les armées secrètes[9].

La P26 a stocké des armes et munitions dans au moins quatre lieux tenus secrets en Suisse[10] : l'un d'eux, révélé au public, était situé à Gstaad dans l'Oberland bernois. Certains membres de son personnel ont suivi des cours de formation auprès du MI6 en Angleterre.

La P26 a été dissoute en .

Effectifs et buts[modifier | modifier le code]

Elle comprenait 800 membres répartis dans 80 cellules disséminées sur le territoire suisse[11].

En plus des actions de renseignement et de résistance en cas d'invasion, elle devait mettre en œuvre un plan d’évacuation du gouvernement suisse pour l’Irlande. Plusieurs immeubles en Irlande furent achetés dans cette optique. Albert Bachmann participa à la création de cette armée secrète et à l'achat des terrains en Irlande[12].

Structure[modifier | modifier le code]

Selon le rapport au Conseil fédéral du , l'organisation avait, en résumé, la structure suivante[7] :

  • un état-major de conduite, dirigé par le chef de l'organisation ;
  • un état-major mobile, destiné à prendre le chemin de l'exil en cas de besoin ;
  • un service de renseignements (semblable, mutatis mutandis, aux services de renseignements des unités de l'armée) ;
  • un service d'information (pour la guerre psychologique et l'information de la population) ;
  • un service du génie (pour la résistance armée, notamment les actions de sabotage) ;
  • un service des transmissions (pour les liaisons entre, par exemple, l'état-major de conduite et les autres membres de l'organisation) ;
  • un service « 3M » (Menschen, Material, Meldungen) pour le transport de personnes, de matériel et de messages, principalement par voie aérienne.

Membres connus[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Titus J. Meier, Widerstand im Besetzungsfall. Die Schweiz im Kalten Krieg, , 580 p. (ISBN 978-3-03810-332-5), p. 468
  2. a b c et d Agence télégraphique suisse, « Le rapport sur l’armée secrète P-26 publié », Le Temps, 25 avril 2018 (page consultée le 26 avril 2018).
  3. Martin Matter, Le faux scandale de la P26 et les vrais préparatifs de la résistance, Slatkine, , 240 p. (ISBN 978-2-8321-0582-5)
  4. (de) Annonce d'une étude de l'EPFZ sur les armées secrètes mises en place par l'OTAN et le MI6 durant la guerre froide, et la P26 suisse. (en) La même, en anglais.
  5. « Interpellation parlementaire »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le ) du conseiller national suisse Remo Gysin concernant la P26 et l'assassinat de Herbert Alboth.
  6. https://www.swissinfo.ch/fre/organisation-secr%C3%A8te-de-r%C3%A9sistance_vers-la-r%C3%A9habilitation-des-membres-de-la-p-26/45089520
  7. a et b Pierre Cornu, « Relations entre l'organisation P-26 et des organisations analogues à l'étranger », rapport au Conseil fédéral, 5 août 1991, rendu public le 25 avril 2018 (page consultée le 26 avril 2018).
  8. « Berne ne chasse plus les documents perdus », (consulté le )
  9. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées ref1
  10. Genevefa Étienne, Claude Moniquet, Histoire de l'espionnage mondial, tome 2, Éditions du Félin, 2002, p. 173-177.
  11. « P-26, l’armée de résistance qui n’existait pas », L'illustré,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. (en) « Colonel Albert Bachmann », The Telegraph,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. Christoph Lenz, « P-26-Mitglied erzählt exklusiv: So war es wirklich: Deckname Veronika », sur Blick, (consulté le )
  14. Gerhard Lob, Sasso San Gottardo, (Traduction de l’allemand: Olivier Huether) swissinfo.ch, « Vers la réhabilitation des membres de la P-26 », sur SWI swissinfo.ch (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]