Pétronille de Chemillé

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Pétronille de Chemillé
Image illustrative de l’article Pétronille de Chemillé
Pétronille de Chemillé reçoit Robert d'Arbrissel en 1115 qui lui remet son bâton d'abbesse. Vitrail de N.D. la Neuve de Chemillé.
Biographie
Nom de naissance Pétronille de Craon
Naissance fin XIe siècle
Décès
Abbaye de Fontevraud
Abbesse de l'Église catholique
Abbesse de Fontevraud

Pétronille de Chemillé est une noble angevine, née de Craon, à la fin du XIe siècle, morte en 1149, et connue surtout pour son engagement religieux : après son second et précoce veuvage, elle accepte la tâche d'être la première abbesse de Fontevraud.

Jeunesse et mariages[modifier | modifier le code]

On ne sait pas grand-chose de sa jeunesse.

Mais elle confirmera une fois devenue abbesse qu'elle était issue de la maison de Craon, Son père s’appelait Burcard ou Buchard (Bouchard 1er de Sablé-Craon) , sa mère Texeline (de Malines), son frère Roland et elle est donc nièce de Robert de Nevers et de Craon (Alias Robert le Bourguignon ou encore Robert l'Allobroge, fondateur de l’Abbaye de la Roë (Mayenne angevine).

Elle est donc bien issue de la Maison de Craon[1], et place sa naissance au début 1059, ce qui est logique car le décret du pape Grégoire I, défendait de nommer des abbesses n'ayant pas atteint l'âge de soixante ans, en fait Robert d'Arbrissel a un peu triché sur l'âge car Pétronille n'avait que 56 ans quand elle fut nommée Abbesse ... la légende selon laquelle elle était jeune tient sans doute au fait qu'elle paraissait plus jeune que son âge, ou plus vraisemblablement que c'était une "jeune" veuve (veuve récente).

Beaudry de Bourgueil, (coauteur avec Pétronille de "La Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel[2]") qui la connaissait avant qu'elle ne devînt Abbesse, dira d'elle qu'elle avait été deux fois veuve, et qu'elle avait eu deux enfants (un par mariage).

Elle est réputée pour sa beauté et son intelligence.

L’ancien prieur, Jean Lardier, auteur du « martyrologe de Font-Evrault » (1650)[3] commet plusieurs grossières erreurs, qui furent repris (mot pour mot) par le « Gallia Christiania » et le livre des Obits de Fontaine, sans vérification, entrainant une erreur en cascade, la plupart des écrits et auteurs (historiens et autres) se basant sur les dires de ces ouvrages.

On la prétend ainsi veuve d'Orric (Ouri) de Beaupréau, parce que Beaupréau est proche de Chemillé en Anjou (et que Jean Lardier est d'origine Angevine), et qu'il apparait une Pétronille dans cette famille... on le fait du coup Baron de Chemillé.... Ce qui n'aurait sans doute pas plu à son suzerain, Pierre de Chemillé (et son Fils Pierre 2ème du nom) qui eux n'ont aucune Pétronille dans leur descendance, mais sont barons de Chemillé à l'époque. Orric, simple seigneur, ne meurt qu'en 1118, elle ne pouvait donc pas en être veuve en 1115 si elle avait été mariée avec lui. Pétronille de Beaupréau est la Fille d'Orric, elle se maria à Foulques vicomte de Montreveau dont elle eut une descendance et mourut avant lui[4] en 1122. Quant à Pierre de Chemillé, sa Femme s'appelait Mélisande et il eut 3 fils de cette union : André, Gauvin et Pierre... et elle mourut avant lui[5]. De même jean Lardier commet une autre erreur en donnant Agnès des Aix comme étant sa Sœur et Pierre de Chemillé comme étant de ses enfants (il en cite d'autres, dont un certain Allard), Agnès des Aix (Alias Agnès de Châteaumeillant) étant la prieure de l'Abbaye d'Orsan, fondé en 1113 par Robert d'Arbrissel, fondateur, et d'Allard de Guillebaut (notez Allard), cofondateur dont elle est la première femme (et dont il est séparé pour cause de parenté, c'est sa cousine proche). Quant à Pierre de Chemillé, à cette date, il avait l’âge d’être son grand père (il vécut très vieux).

On sait, par ailleurs, que les religieuses de Fontevraud reprenaient leur nom de leur famille d'origine (nom de jeune fille) quand elles rentraient au couvent, et laissaient leur nom de mariage de côté[6] (Voir Hersende de Champagne, veuve de Guillaume de Montsoreau...). Donc Chemillé n'est pas le nom du quelconque mari, mais celui d'origine de Pétronille. Or, comme on la sait être de la Famille de Craon, Chemillé en Anjou est donc exclu de cette localisation, puisqu'il appartient à l'Alleu des Comtes d'Anjou (Foulques le Réchin) et non à celui des Craons, par contre on trouve un Chemillé sur Dème dans la liste de leurs possessions. Ce lieu aurait donc pu être donné à Pétronille pour la Dot de son premier mariage.

Beaudry de Bourgueil (Bourgueil qui n'est pas très éloigné de Chemillé sur Dème et qui connaissait Pétronille) donne une information intéressante dans le livre du Bienheureux Roger d'Arbrissel : Il écrit qu'en 1113, à la suite de la fondation d'Orsan, Robert d’Arbrissel fut amené à résoudre un différend avec les religieux de Déols, il se fit accompagner d'Allard (alias Adélard), de Guillebaud (seigneur de Châteaumeillant, de la Rocheguillebaut, ...) et de Pétronille, qu'il attendit à Orsan avant d'aller, en leur compagnie, à l'Abbaye de Déols[7]. Ils y retrouvèrent Léodegaire (Léger) et l’Abbé Jean, qui du coup se montra conciliant[8]. En échange de modestes avantages que leur fit promettre Adélard, ils abandonnèrent à Robert tout ce qui faisait l'objet de la revendication : le territoire de la forêt d'Orsan, leurs droits sur la paroisse de Maisonnais, leurs prétentions sur l'Écherolle, Parçay et le Four de Saint-Août, le tout consigné dans deux Chartes[9]. A cette date bien entendu, Pétronille n'est encore ni Abbesse, ni veuve... Que fait-elle là ?

Adélard de Guillebaud meurt début 1115, et curieusement c'est à cette époque que Pétronille entre à Fontevraud en tant que sœur, et que l'on commence à entendre réellement parler d'elle. Autre curiosité ou coïncidence, la veuve de Guillebaud est deux fois veuve (Comme Pétronille), puisqu'elle était déjà veuve d' Archambaud V de Bourbon en fin 1096. Elle a eu deux enfants (Comme Pétronille) : Archambaud VI de bourbon et Béatrix (alias Fénion, issue du Mariage avec Adélard et qui épousera Raoul VI le Vieil de Déols). A noter aussi que Baudry de Bourgueil était présent au Concile de Clermont en 1095, tout comme Archambaud V, qui y fut "jugé" (en première partie du concile, point n°7 du concile, avant l'appel à la Croisade d'Urbain II) et que donc vraisemblablement la femme du Comte de Bourbon (Accusé) y était aussi... De plus Robert d'Arbrissel, qui avait déjà placé la première femme de son ami Adélard à la tête de l'abbaye d'Orsan, aurait-il fait moins pour sa veuve ? Pétronille fut la seule qu'il fit entrer personnellement à Fontevraud cette année-là.

Mais la plus belle des preuves que Pétronille était bien la femme d'Allard de Guillebaut, c'est sur la fondation du prieuré fontevriste de Notre-Dame de Jarzay, à Moulins-sur-Céphons (près de Châteauroux) que l'on la trouve : En effet cette donation a été faite par Pétronille elle-même en 1106, et confirmée la même année par le Pape Pascal II, donation faite en tant que femme d'Allard de Guillebaut à l'Abbaye de Fontevraud et où elle apparait en "toutes lettres", avec les titres ci-dessous cités.

Dans le même ouvrage, on y apprend aussi, que Robert d’Arbrissel, se sentant mourir le 26 février 1116, fit venir auprès de lui tous ses frères et toutes ses sœurs du prieuré, et, pendant de longues heures, en présence de Léodegaire, de Pétronille de Chemillé, d'Agnès de Châteaumeillant (Agnès des Aix, la première femme d’Allard de Guillebaut, ici nommée de Châteaumeillant, principale possession d’Allard), il les tint sous le charme de ses exhortations pieuses et édifiantes[10].

Vocation religieuse[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Fontevraud.

L'abbaye de Fontevraud, maison mère de l' Ordre de Fontevraud, venait alors d'être fondée par Robert d'Arbrissel, en 1101 ; sa principale caractéristique, tranchant avec la règle de saint Benoît, était sa nature de monastère double, c'est-à-dire accueillant des hommes et des femmes, priant ensemble et sous la direction d'une seule personne, mais vivant et travaillant dans deux cloîtres séparés. Robert, se sentant une âme d'évangélisateur, voulait repartir en mission itinérante et ne tarda pas à demander à une femme de lui succéder. Ce fut d'abord Hersende de Champagne qui fut prieure, mais elle n'accepta pas le titre d'abbesse[11]. Hersende meurt en 1114. Augarde de Roannais lui succède comme Prieure.

En Mai/Juin 1115, Pétronille de Chemillé, deviens religieuse à Fontevraud, suite à son veuvage, et fait les mêmes vœux que les religieuses et religieux qui l’entourent – pauvreté, chasteté, silence, obéissance, clôture – et participe à la vie de la communauté[12].

Pétronille, attirée par la vie religieuse, fut alors élue le 28 octobre 1115[6] ; elle voulut refuser cette charge, mais fut convaincue par son cousin (ou oncle) Geoffroi de Vendôme d'accepter la charge d'abbesse de Fontevraud[13].

En 1120, elle fait muter (exiler) Agnès des Aix (Agnès de Châteaumeillant) avec qui elle avait des différends, en Espagne (au monastère fontevriste de Vega de Leon… !)

Entre 1131 à 1143, Payen de Clervaux assiste (en tant que témoin) à une donation faite d'une rente de 28 sous accordée par l'abbesse Pétronille de Chemillé, sur ses fonds propres, à Odon ( ?), dit fils de Mancelle, et à ses héritiers. Ce don est consenti en présence de Geoffroy, comte d'Anjou, et de Foulques, son père, roi de Jérusalem[14].

En 1142, elle fonde l'Abbaye de Boulaur, dans le Gers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Andrée Roy 1999, p. 79.
  2. La Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraud (par Baldéric, traduite par Sébastien Ganot).
  3. Jean LARDIER, Ancien Prieur de Saint Jean de l’Habit, auteur du  « martyrologe de Font-Evrault » (1650) ; Bibl. Château-Gontier, ms. 12. Seul subsiste le 3 e volume. Ce document a été microfilmé par les Archives départementales du Maine-et-Loire (Mi 87)
  4. D’après le Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne de 1914, Mentionnée avec son père le 27 juin 1086 dans l'accord entre Lancey et Saint-Florent de Saumur…
  5. Revue Historique de l’Ouest, 1ère année, 1885. Gaston de Carné s’appuyai sur les Cartulaires disponibles à son époque aux Archives du Maine-et-Loire, datant de l’époque.
  6. a et b Picard, Louis-Auguste (1854-1935) - L'Ordre de Fontevrault de 1115 à 1207
  7. Mémoire de la société des Antiquaires du Centre, 1901 XXVème volume, page 66 à 70
  8. Archives de l'Indre, fonds d'Orsan : 1° Acte par lequel l'abbé Jean et les religieux de Déols se désistent en faveur de l'abbaye de Fontevrault des prétentions qu'ils élevaient sur l'église de Maizons (Maisonnais). Ils abandonnent au même établissement la plaine et le bois d'Orsan, 1113 – 2° Charte, par laquelle l'archevêque Léger (Leodegarius) établit Robert d'Arbrissel dans le lieu d'Orsan, après avoir désarmé l'opposition des moines et des clercs et terminé le débat qu'avaient soulevé les chanoines de Puyferrand au sujet de l'église de Maizons qui existait avant l'établissement de celle du nouveau prieuré. — Immunités conférées au prieuré d'Orsan, à la prière de Robert d'Arbrissel et de Léger, par Raoul VI de Déols, Geoffroy d'Issoudun, Jean de Lignières, Humbaud de Saint-Sévère, etc.
  9. Ces deux chartes ont été publiées par PAVILLON, ibid. V. DESPLANQUES, Catalogue des Archives, loc. cit Elles sont également imprimées dans le Recueil général des chartes de M. Eugène Hubert, Revue du Berry, 1901, pages 126 et 131, d'après Bibliothèque nationale. latin, 11899, folio 130.
  10. Rapporté par le principal compagnon de Roger d’Arbrissel, le moine André. Vita beati Roberti, ibid. Raynald, ibid. Just. Veillât, ibid.
  11. « Pétronille de Chemillé, première abbesse de Fontevraud », sur http://www.archives49.fr, Archives départementales du Maine-et-Loire (consulté le ).
  12. Abbaye de Fontevraud, « L’ABBESSE, LE POUVOIR DANS ET HORS LA CLÔTURE »
  13. Marie-Andrée Roy 1999, p. 80.
  14. Cabinet historique, catalogue général des manuscrits, tome 11ème, 1865.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Marie-Andrée Roy 1999] Marie-Andrée Roy et Agathe LaFortune, Mémoires d'elles : Fragments de vie et spiritualités de femmes (Ier - XXe siècle), Médiaspaul, , 318 p. (ISBN 978-2-89420-168-8, lire en ligne), p. 78-84 ;