Pétitions en France concernant la majorité sexuelle

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Les pétitions concernant la majorité sexuelle en France, liées à l'Affaire de Versailles, signées entre 1977 et 1979[1], alors qu’une réforme du Code pénal français était en cours de discussion au Parlement, par divers intellectuels, personnalités et médecins, ont été montrées du doigt au début des années 2000 lors de la polémique sur les écrits de jeunesse du député européen Daniel Cohn-Bendit. Les livres en français les évoquant ont tous été publiés au XXIe siècle.

L'une d'entre elles proposait d'accélérer les procédures pénales sanctionnant les relations sexuelles avec des mineurs, en recourant à des juges professionnels, et dénonçait la discrimination contre les homosexuels dont la majorité sexuelle n'avait été abaissée qu'à 18 ans en 1974 contre 15 ans pour les hétérosexuels[2]. Les deux autres protestaient contre la durée de la détention préventive subie par des suspects dans deux affaires de pédocriminalité couvertes par le secret de l'instruction, dont la presse n'aura les détails que lors de l'audience publique au Tribunal. Cette cause est cependant « très minoritaire dans l'opinion publique », selon la thèse présentée en 2018 par le psychiatre Romain Pages[3].

Ces pétitions ont commencé lors de l'Affaire de Versailles, avec trois suspects d'attentat à la pudeur, notion remplacée en 1994 dans la loi française par l'atteinte sexuelle sur mineur de 15 ans et l'agression sexuelle sur mineur de 15 ans. Oubliées pendant un quart de siècle, elle réapparaissent dans la presse et l'édition quand Daniel Cohn-Bendit répond aux journaux qui ont publié en janvier 2001 des extraits jugés pédophiles de son livre de 1975, en évoquant « le contexte des années 1970 » et des pages « dont nous devons avoir honte »[4] dans Le Monde du 22 février 2001. Au Journal de 20 heures de TF1, il dénonce une « chasse à l'homme » pour des écrits n'ayant selon lui « suscité aucune réaction » en 1975[5]. Libération publie le lendemain un mea culpa sur ces pétitions sous la plume de l'écrivain Sorj Chalandon[6], en estimant que son concurrent Le Monde est aussi concerné, et L'Express des entretiens avec deux signataires, Philippe Sollers faisant part de ses regrets et Bernard Muldworf assurant être déjà anti-pédophile à l'époque[7]. Plusieurs des amis de Cohn-Bendit signent alors une pétition pour le défendre[8] estimant que les écrits de son livre n'étaient, eux, « pas scandaleux » mais relevaient d'une nécessaire « explosion de la parole »[8].

Le 16 janvier 2020, Vanessa Springora, invitée dans l'émission « La Grande Librairie » y a souligné, tout comme le sociologue Pierre Verdrager et le magistrat Jean-Pierre Rozencsveig, en réponse à une question de l'animateur François Busnel, que les motivations étaient très différentes d'un signataire à l'autre, la plupart voulant dénoncer la discrimination contre les homosexuels, sans savoir que Gabriel Matzneff avait participé à la rédaction du texte.

Contexte général[modifier | modifier le code]

Le contexte international[modifier | modifier le code]

Eté 1976: la pression venue du Québec[modifier | modifier le code]

Au Québec, les milieux homosexuels militent en 1976 pour l'abaissement de l'âge de la majorité sexuelle[9] pour les homosexuels[9] car à l’approche de l’organisation des Jeux Olympiques de Montréal, les descentes policières se multiplient, en particulier l’arrestation de 89 personnes au Sauna Neptune, en [9], suivie de la création du Comité homosexuel anti-répression (CHAR), en [9], ce qui a aussi créé l'émotion dans les milieux homosexuels en France[9] où la loi de 1974 maintient une discrimination de majorité sexuelle, abaissée à seulement 18 ans contre 15 ans pour les hétérosexuels).

Printemps 1977: réactions françaises à la campagne d'Anita Bryant[modifier | modifier le code]

La chanteuse américaine de musique folk Anita Bryant a mené en 1977 une campagne à Miami avec pour slogan : « Tuer un homosexuel pour l’amour du Christ », pour abroger une ordonnance locale interdisant toute discrimination basée sur des critères de préférences sexuelles, en tenant des propos à l'origine d'une importante manifestation homosexuelle à Paris, le [10].

L'organisation politique d'Anita Bryant s'appelle Save Our Children (Sauvons Nos Enfants)[11]. En 1977, le comté de Dade en Floride avait promulgué une ordonnance interdisant toute discrimination sur des critères d'orientation sexuelle et le , cette ordonnance anti-discrimination est abrogée: la chanteuse poursuit alors sa croisade d'abord en Floride où elle obtient l'interdiction de l'adoption par des parents homosexuels, puis dans tout le pays contre d'autres ordonnances locales[12],[13].

En France : évolutions sociales et judiciaires[modifier | modifier le code]

En France, la défense des suspects de pédophilie, même face à de supposés abus judiciaires, est alors « très minoritaire dans l'opinion publique », selon la thèse présentée en 2018 par le psychiatre Romain Pages[3].

Le secret de l'instruction largement préservé jusqu'en 1979[modifier | modifier le code]

Les pétitions de 1977 et 1979 évoquent deux affaires de mœurs à laquelle la presse n'a encore consacré aucun article, en raison du respect encore très fréquent jusque là du secret de l'instruction. Les détails importants ne seront connus qu'à l'audience, rendue exceptionnellement publique pour précisément faire face à des pétitions signées en aveugle. Dans la première cependant, l'auteur de la pétition, Gabriel Matzneff, qui a longtemps été journaliste, a déclaré dans une tribune libre avoir rencontré un des suspects, afin d'étayer sa version, qui restera la seule connue jusqu'à l'audience.

L'autre pétition, celle de 1979, est publiée en plein milieu d'une violente polémique sur une autre affaire de pédophilie en cours d'instruction où le secret a été violé par le journal d'extrême-droite Minute puis par France-Soir et sans donner la version de l'avocat du suspect en détention préventive.

Du combat révolutionnaire à la contestation des mœurs[modifier | modifier le code]

Pour l'historien Jean-François Sirinelli, de vifs débats ultérieurs à l'affaire Gabrielle Russier sont relancés en 1977 « avec des intentions et des arrières-pensées multiples »[14]. Les protagonistes avaient en effet en tête certaines affaires polarisantes, comme celle du suicide en septembre 1969, de Gabrielle Russier[14], une professeure qui, à la suite d'une liaison amoureuse avec un de ses élèves alors âgé de seize ans, sera condamnée à un an de prison avec sursis pour enlèvement et détournement de mineur et surtout de la chanson de Charles Aznavour Mourir d'aimer et du film homonyme avec Annie Girardot, comme lui inspiré de l'affaire Gabrielle Russier, qui fait 6 millions d'entrées.

En 1971, Politique Hebdo, magazine emblématique de « l'esprit d'après-68 », écarte un entretien du pédophile René Schérer en raison — selon le témoignage du rédacteur en chef adjoint de l'époque Hervé Hamon — de ses « positions pro-pédophiles »[15] tandis que rédacteurs et lecteurs de Télérama et Télé 7 jours déplorent, « au nom de la liberté d’expression », la suppression d'une émission de Michel Polac sur l'inceste, qui cependant pour eux « avait de quoi choquer »[16].

Pour Sirinelli, une autre évolution se produit entre 1977 et 1979: le combat révolutionnaire anti-capitaliste cède la place à des contestations plus élargies qui concernent notamment la sphère de la famille, de l'intimité[14]. Cette évolution ne concerne qu'une « poignée d'intellectuels » selon Virginie Girod, docteure en histoire[3] menés par Guy Hocquenghem, ex-amant et élève de l'écrivain pédophile René Schérer et pilier depuis 1975 du quotidien Libération, dont le tirage en 1978 à 37 000 exemplaires par jour, en croissance mais trop faible pour rester viable[17]. Rouge, quotidien d'extrême-gauche rival[18], estime qu'il faut être du côté des accusés, coupables de seulement « quelques photos » mais s'interroge cependant sur la « volonté des révolutionnaires, dont la plupart se tairont sans doute »[18] puis découvre que les faits et les expertises judiciaires lors de l'audience publique, au cours de laquelle Le Monde prend clairement ses distances avec cette cause[19]. Le plus célèbre des livres de l'écrivain le plus connu de cette mouvance, Gabriel Matzneff, ne s'est vendu qu'à 20 000 exemplaires[20].

L'expertise judiciaire prend en compte la parole des victimes[modifier | modifier le code]

L'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, dans une interview à Mediapart, note que si les textes judiciaires régis par la loi de 1832 ne posaient pas la question du consentement, les juges la posent souvent en pratique, quitte à juger que la victime a provoqué ce qui lui arrivait et, dans les années 1920, les psychiatres écrivent souvent que les jeunes filles sont consentantes, signe d'une « méfiance généralisée à l'égard de la parole des enfants » qui ne sera prise en compte que par l'évolution des « sciences du psychisme ». L'émergence sur la scène publique et politique des débats autour de la pédophilie, à la fin des années 1970, « a contraint les psychiatres et les psychanalystes à s’interroger de manière approfondie sur ce qui se passait en réalité. Cette période marque un tournant. Lorsque les experts sont amenés à s’exprimer dans les années 1960, ils peuvent parfaitement dire “cette petite fille est une débauchée, il faut prendre son témoignage avec méfiance”. Alors que les mêmes experts la croiront dix ans plus tard et assureront qu’elle n’a rien à se reprocher »[21].

Anne-Claude Ambroise-Rendu, dans son Histoire de la pédophilie, remarque que la psychanalyse a mené dès Sigmund Freud à une nouvelle conception de l'enfance et incite, notamment grâce au succès des thèses de François Dolto au début des années 1970, les médecins et les experts judiciaires à prendre en compte la parole de l'enfant en tant que victime et à le préserver[22].

Pétition dans le Monde du [modifier | modifier le code]

Le Monde publie le , veille du procès de l'Affaire de Versailles, le « communiqué » d'une pétition estimant que « trois ans, ça suffit » pour Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt, en détention préventive depuis trois ans et deux mois car accusés d'attentat à la pudeur contre trois enfants de 13 et 14 ans[23]. Le secret de l'instruction fait qu'aucun journal n'a parlé de l'enquête. Trois jours après, Le Monde prend ses distances avec la pétition[19] et dénonce la gravité des faits[19].

Deux mois avant, le , une « Tribune libre » de Gabriel Matzneff dénonce ces trois ans de détention préventive[24], la « discrimination »[24] contre les homosexuels par le Code pénal, le « silence » des intellectuels[24] et même la « gêne, teintée de réprobation »[24], qui font de lui « un homme isolé »[24] malgré les attaques et la plainte d'un téléspectateur[24], après son premier passage à la nouvelle émission de télévision littéraire de Bernard Pivot, Apostrophes, le [24]. Matzneff dit avoir rencontré un des trois hommes[24] arrêtés à l’automne 1973. Le , Le Monde signale « de nombreuses réactions de nos lecteurs pour la plupart critiques, voire hostiles et quelquefois indignées »[25] à la « Tribune libre » de Gabriel Matzneff et en publie trois[25].

Dans cette « simple affaire de “mœurs” (…) les enfants n'ont pas été victimes de la moindre violence », dénonce la pétition, qui juge « disproportionnées »[23] les peines encourues (5 à 10 ans de prison), alors que « la loi reconnaît une capacité de discernement aux adolescents, qui peuvent être jugés et condamnés à partir de l’âge de 13 ans »[23].

La pétition estime que la Cour d'assises doit les libérer, car trois ans de détention « ça suffit ! »[23], mais ne réclame pas de changement de la loi[23], même si elle souligne que des filles de 13 ans ont le droit de se faire prescrire la pilule en France[23] depuis la Loi Veil de 1974. La pétition semble ainsi ignorer que cette Loi Veil ne l'autorise que pour les centres de planning familial et sur prescription médicale[26].

Le lendemain de la pétition, le procès débute. Le Monde félicite la Cour d'assises de supprimer le huis clos[19] même si les victimes sont mineures, pour que les signataires de la pétition comprennent pourquoi l'enquête a duré plus de trois ans[19] et son évolution : les victimes affirmaient certes avoir donné leur consentement, mais il s'avère très fragile vu leur âge et l'influence des adultes, comme le révèle l'audience publique. Les témoins y révèlent aussi des faits plus graves que les simples caresses et baisers évoqués par la pétition[19], signée par 69 personnes au cours des semaines précédentes. Si la durée de la détention provisoire était « inadmissible », « là s'arrête l'indignation » écrit le journaliste envoyé par Le Monde[19], pour qui « ce procès n'est pas » celui « d'une société ultra-répressive »[19] mais de « trois hommes qui ont repris en compte à leur profit, et pour leur plaisir, des pulsions sexuelles »[19]. Il « est naturel de ne pas aimer cette forme d'amour et d'intérêt », conclut le journal[19].

Parmi les signataires, des futurs ministres, Jack Lang, Bernard Kouchner, des intellectuels comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Louis Aragon, André Glucksmann, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Francis Ponge et Guy Hocquenghem, ainsi que quelques médecins[23],[1].

Auteur[modifier | modifier le code]

L’auteur de cette pétition est resté inconnu pendant 36 ans. Le , agacé par des journalistes qui en parlent sans l’avoir lu, Gabriel Matzneff revendique la responsabilité et la rédaction du texte dans une chronique de son site personnel intitulée « Couvrez cette pétition que je ne saurais voir »[27],[28].

Il y explique les circonstances dans lesquelles est née la pétition, résumé d’une chronique parue dans Le Monde le sous le titre « L’amour est-il un crime ? »[29]. La quête des signatures fut menée par Matzneff, avec l’aide de Guy Hocquenghem. Selon lui, la plupart des personnes contactées se montrèrent favorables. Parmi les refus, Marguerite Duras, Hélène Cixous, Xavière Gauthier, et Michel Foucault.

Toujours en 2013, Matzneff ne renie en rien les valeurs exprimées par cette pétition : « J’en suis très fier et, si je l’écrivais aujourd’hui, je n’en modifierais pas le moindre mot, car elle est encore plus actuelle, nécessaire aujourd’hui qu’en 1977. »

Lettre ouverte dans Le Monde du 23 mai 1977[modifier | modifier le code]

Le Monde est le seul journal à publier le , au lendemain du verdict dans l'affaire de Versailles, des extraits d'une lettre ouverte écrite à la suite de la pétition du 26 janvier 1977, qui fait aussi référence exclusivement à l'affaire de Versailles, pour que la pédocriminalité soit jugée plus rapidement, et donc par les magistrats professionnels d'un tribunal correctionnel plutôt que par cour d'assises[2].

Ce second texte, plus prudent que celui de janvier, avec en grande partie les mêmes signataires, tente de relativiser la portée du premier, en mettant surtout l'accent sur le fait que la majorité sexuelle est à 18 ans pour les homosexuels contre 15 ans pour les autres, afin de demander la fin de cette discrimination.

C'est seulement en 1982 que la loi abolira cette discrimination, conformément à une promesse de campagne présidentielle de François Mitterrand.

Des extraits sont publiés par le seul journal Le Monde[30], qui cite les rappels des lois de 1810, 1836, 1863 et 1945 faits par la pétition[30] et n'élude que la dizaine de lignes sur vingt consacrées à l'affaire de Versailles, dont le verdict vient d'être rendu, cinq ans de prison avec sursis. Le Monde préfère s'en tenir à la conclusion des signataires qui « demandent que le dispositif pénal soit allégé, que de telles affaires, aujourd'hui passibles de la cour d'assises, soit jugées par un tribunal correctionnel », car « la détention préventive, en matière correctionnelle, ne peut excéder six mois »[30].

Le texte souhaite aussi limiter à 5 ans de prison ferme la peine maximum encourue en cas d'attentat à la pudeur, le viol restant passible de Cour d'assises[30],[2].

L'appel explique que l'affaire de Versailles, « jugée en audience publique, a posé le problème de savoir à quel âge des enfants ou des adolescents peuvent être considérés comme capables de donner librement leur consentement à une relation sexuelle. C'est là un problème de société. Il appartient à la commission de révision du code pénal d'y appporter la réponse de notre temps »[30], pour des textes de loi « rajeunis et actuels »[30].

La partie citée dans le court article du Monde évoque le droit du « détournement de mineur — dont le délit peut être constitué par le seul hébergement d'un mineur pour une nuit », prétend la pétition.

Le texte ne propose cependant à aucun moment de dépénaliser la pédophilie[2]. Ainsi, selon l'historien Jean Bérard, l'une des signataires, Françoise Dolto, estime que les relations sexuelles entre mineurs et adultes sont toujours source de traumatisme[31],[16].

Cependant, le texte observe avec une certaine désinvolture que « la qualification criminelle aboutit aujourd'hui à des conséquences aberrantes. En effet, le législateur se fait complice de l'acte incriminé puisque, d'autre part, il autorise la vente de contraceptifs aux filles de moins de quinze ans »[30], alors que la Loi Veil ne l'autorise que sur prescription médicale et dans un dispensaire du Planning familial.

Ainsi ces pétitions « touchant à la norme et à la transgression dans des domaines aussi délicats que les rapports avec les enfants leur conféra parfois, par le ton utilisé, un caractère désinvolte (…) qui les placera ensuite en porte-à-faux » expliquera en 2007 l'historien Jean-François Sirinelli, pour qui les motivations des signataires sont très différentes de l'un à l'autre[32].


Le texte parait dans les pages « Opinions » sous le titre « Lettre ouverte à la Commission de révision du code pénal pour la révision de certains textes régissant les rapports entre adultes et mineurs »[2].

Moins de deux ans après, Le Monde reviendra sur cette affaire, pour souligner qu'entre-temps, à « en juger par l'émotion suscitée par l'Affaire Jacques Dugué »[33], la révision des articles du code pénal portant sur les relations mineurs-adultes, demandée par ces personnalités, « n'est pas prête d'être acceptée par l'opinion »[33].

Un mois après l'appel de mai 1977 sort le premier livre d'un des signataires, Pascal Bruckner, Le Nouveau désordre amoureux, plaidoyer pour la diversité des sexualités, dont l'un des chapitres sera jugé « plus que complaisant » envers l’apologie de la pédocriminalité professée trois ans auparavant par l'écrivain Tony Duvert[34],[35],[36].

Les signataires de la lettre ouverte du [modifier | modifier le code]

Les signataires sont 80 personnalités et intellectuels[30],[37].

Pétition dans Libération du 23 mars 1979[modifier | modifier le code]

Le 23 mars 1979, dans un climat politique tendu, une lettre titrée « Flip Fnac »[réf. nécessaire] est publiée dans la page « Courrier des lecteurs » du journal Libération [38], alors en grande difficulté[réf. nécessaire]. Le texte dénonce la détention préventive de 18 mois, dont 9 à l'hôpital psychiatrique de Villejuif, imposée à Gérard Roussel[réf. nécessaire]. Presque aucun détail n'a filtré en raison du secret de l'instruction[réf. nécessaire] : il a été arrêté en septembre 1977 à la FNAC, où il venait retirer, sous un nom d'emprunt, un film super-8, qui mettait en scène une fillette de sept ans. Un employé du magasin fait un signalement à la police, qui perquisitionne le domicile du suspect[39][Pas dans la source],[40].

La prise de distance du Monde sur l'affaire Flip Fnac et l'audience[modifier | modifier le code]

Les juges ont entre-temps « correctionnalisé » l'affaire[40], ce qui accélère le procès et réduit la peine maximale de 10 ans à 5 ans de prison ferme, en transformant les accusations, d'« attentats à la pudeur commis sans violence contre des enfants de moins de quinze ans » à « violences et voies de fait commises contre des enfants de moins de quinze ans »[40], bien que l'on « puisse contester que des violences contre des enfants soient plus répréhensibles qu'un attentat à la pudeur commis avec leur consentement », estime alors, début avril 1979, Le Monde[40], qui cite par ailleurs un texte de soutien à l'accusé[40] (une partie du texte de la pétition parue dans Libération[41][réf. à confirmer]): « Donner de l'amour à un enfant et en recevoir de lui par une présence, de la tendresse, des caresses, est un délit, voire un crime. On sait aussi que deux mineurs, qui font l'amour ensemble, se détournent l'un l'autre aux termes de la loi. Le caractère anachronique de cette législation est renforcé par le fait qu'une jeune fille de moins de quinze ans peut se procurer une contraception, sans l'autorisation de quiconque »[40].

Devant la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Paris[39][Pas dans la source], Gérard Roussel comparait le , finalement accusé d'avoir eu des rapports sexuels avec des fillettes de 6 à 12 ans. Le suspect ne conteste pas les faits et nie juste qu'il y ait eu « pénétration réelle »[40].

Le dessin pédophile des graphistes de Bazooka dans Libération[modifier | modifier le code]

La pétition a été publiée seulement dans Libération. Le quotidien, pour la première fois[17] en perte (11 % de son chiffre d'affaires 1978[17]) est alors déclaré "non-viable" car il ne tire qu'à 37 000 exemplaires, loin des 50 000 nécessaires pour équilibrer son budget[17]. Face à trois rivaux, Le Matin de Paris, fondé le [42], The Paris Metro[43] créé à l'été 1977 et Rouge, devenu quotidien du au , Libération commence à publier des annonces destinées à des mineurs de 12 à 18 ans[39], car il a eu vent du projet de magazine, Le Gai Pied, lancé le [39] sur fond d'Affaire Jacques Dugué, autre pédocriminel, en détention préventive depuis juillet 1978, révélée par le journal d'extrême droite Minute en septembre 1978[39]. Serge July, directeur de Libération, avait recruté à l'été 1977 Bazooka, groupe de graphistes inspirés par les Sex Pistols du Mouvement punk et la sortie de God Save the Queen (chanson). July lui offre « une totale liberté d'expression », pour « secouer » le journal[44]. Selon lui « l’agression » graphique pratiquée par Bazooka « est aujourd’hui une manière d’exister, d’entretenir un rapport avec un monde désespérant »[45]. Bazooka intervient au « marbre » (maquette) juste avant le départ au rotatives mais sa « dictature graphique »[45] provoque les réticences de la rédaction et la collaboration cesse. Bazooka travaille alors pour une autre publication, créée par Libération, la revue Un Regard moderne[46], arrêtée en novembre 1978, après seulement six numéros, la rédaction de Libération accusant Bazooka de « pirater le journal au montage »[47] par la publication, dans la page d'annonce « Taules » de la revue encartée dans le numéro du 5-, consacrée aux détenus, d'un dessin pédopornographique[39].

Le climat politique délétère autour de l'affaire Jacques Dugué[modifier | modifier le code]

Bazooka l'accusant de censure, Libération multiplie les interviews de provocation (Jacques Mesrine, Hans-Joachim Klein) et s'empare de l'Affaire Jacques Dugué, qui rebondit en , malgré le secret de l'instruction : trois mois après Minute, France-Soir, qui a perdu 40 % de ses journalistes dans la clause de cession liée au rachat par Robert Hersant, titre à son tour sur « une écœurante affaire de mœurs » où un « soi-disant éducateur aurait livré à la prostitution internationale des régiments de gamins ». Minute surenchérit, affirmant que Dugué est adhérent communiste. Démenti de la mairie de Saint-Ouen et de L'Humanité, à qui Marc Croissant, employé d'une autre mairie communiste, à Ivry, écrit[48] pour prendre la défense de Dugué. Libération propose alors à Jacques Dugué d'écrire de sa prison une « tribune libre ». Publiée le , elle déclenche un scandale car Dugué fait l’apologie de la « sodomisation » d’enfants. En réaction, le directeur de L’Humanité, Roland Leroy, accuse Libération de défendre les pires causes, à commencer par des « proxénètes d’enfants ». Dans Libération du , Jean-Luc Hennig, proche du militant homosexuel Guy Hocquenghem écrit : « on n’a pas eu Libération par la politique on l’aura par le cul »[39]. Quelques jours après, un éditorial de Serge July se vante d'avoir subi 9 inculpations en quelques mois[39], mais pour la plupart sans lien avec la pédophilie.

Le Monde ne prend lui parti dans aucune des deux affaires. Il obtient le des informations des enquêteurs, évoquant les « 15 jours dans le coma » de Jacques Dugué[33], qui vient de se pendre suite à « la quasi-certitude d'être lourdement condamné »[33] mais aussi « les victimes (qui) seraient au nombre d'une trentaine »[33] et ne « se livraient pas seulement à des jeux innocents », tandis que « l'un des parents » avait porté plainte[33].

Exclu du PCF, licencié le [49], Marc Croissant est la cible le , d'un tract communiste jugé « intolérable » par Libération. Une semaine après, Libération publie dans la page Courrier une lettre [38], « Flip Fnac »[réf. nécessaire], signée par 63 personnes, dont Pascal Bruckner, Georges Moustaki et Christiane Rochefort[38]. En 2001, L’Express y voit un exemple de dérive d'une partie de la génération 68[38][source détournée].


Pétition de soutien à Cohn-Bendit dans Libération du [modifier | modifier le code]

En janvier 2001, la journaliste allemande Bettina Röhl[50] qui n'avait que 14 ans[50] lors du suicide de sa mère Ulrike Meinhof, cofondatrice de la Fraction armée rouge[51], diffuse à plusieurs grands journaux anglais, italiens et allemands[52] un article publié par Daniel Cohn-Bendit en 1976, peu après le suicide de sa mère, dans le magazine culturel de son père, qu'elle accuse de l'avoir abandonnée[50]. Cet article reprenait un chapitre du livre Le Grand Bazar, dans lequel Daniel Cohn-Bendit évoquait l'année précédente ses activités d’aide-éducateur à Francfort en théorisant l'éveil à la sexualité des enfants de 1 à 6 ans et témoignant de rapports physiques à connotation sexuelle que Daniel Cohn-Bendit a entretenus avec eux.

Daniel Cohn-Bendit évoque alors dans Le Monde du 22 février 2001 « le contexte des années 1970 » et des pages « dont nous devons avoir honte »[4]. L'écrivain Sorj Chalandon rédige le lendemain un mea culpa de Libération sur des pétitions oubliées datant des années 1970[6] et L'Express publie des entretiens avec deux de leurs anciens signataires, Philippe Sollers faisant part de ses regrets et Bernard Muldworf assurant être déjà anti-pédophile à l'époque[7].

Au journal de 20 heures de TF1, Cohn-Bendit dénonce une « chasse à l'homme » pour des écrits n'ayant selon lui « suscité aucune réaction » en 1975[5]. Libération pourfend le même jour une « haine de Mai 68 qui n'a jamais abdiqué »[53] dans un numéro consacrant six articles à l'affaire dont ceux de trois « ex-soixante-huitards » (Romain Goupil, Serge July et Philippe Sollers) remontés contre un « procès stalinien » visant selon eux Cohn-Bendit, celui de Romain Goupil étant même titré « J'ai envie de dire : oui, je suis pédophile ! »[54]. Une semaine après plusieurs de ses amis signent une pétition titrée « Cohn-Bendit et mai 68 : quel procès ? »[8]« Écrits ou propos scandaleux, ceux de Cohn-Bendit ? Non, ceux d'une nécessaire explosion de parole » dit le texte, en estimant que la révolution sexuelle a d'abord appris aux enfants, aux adolescentes, aux femmes à dire « non ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bérard 2014.
  2. a b c d e et f « Lettre ouverte à la Commission de révision du code pénal pour la révision de certains textes régissant les rapports entre adultes et mineurs », Texte intégral. Archives Françoise Dolto, sur dolto.fr, .
  3. a b et c Citée dans Alice Galopin et Marie-Violette Bernard, « Affaire Matzneff : quand une poignée d'intellectuels défendait la pédophilie “au nom de la liberté absolue” », sur France Info, .
  4. a et b Béatrice Gurrey, « L'autocritique de Daniel Cohn-Bendit sur l'une de ses provocations de jeunesse », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. a et b Paul Quinio, « L'affaire Cohn-Bendit ou le procès de Mai 68 », Libération,‎ (lire en ligne).
  6. a et b Sorj Chalandon, « «Libé» en écho d'un vertige commun », Libération,‎ (lire en ligne).
  7. a et b Marie-Laure Hardy, « Bernard Muldworf : “Il fallait être opposé à la contrainte” », L'Express,‎ (lire en ligne).
  8. a b et c « Cohn-Bendit et mai 68 : quel procès ? », Libération,‎ (lire en ligne).
  9. a b c d et e Jean Bérard et Nicolas Sallée, « Les âges du consentement. Militantisme gai et sexualité des mineurs en France et au Québec (1970-1980) », Clio. Femmes, genre, histoire, no 42,‎ (DOI 10.4000/clio.12778).
  10. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées verdrager
  11. « La croisade de miss Bryant contre l'homosexualité », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 31 décembre 2019)
  12. (en-US) « 41 Years Ago Today, A Gay Activist Threw A Pie In Anita Bryant's Face », sur The Gaily Grind, (consulté le 31 décembre 2019)
  13. « Manifestation d'homosexuels contre la chanteuse homophobe Anita Bryant » [vidéo], sur Ina.fr,
  14. a b et c Sirinelli 2015.
  15. Paul Benkimoun et Sandrine Blanchard, « Que reste-t-il de la révolution sexuelle de Mai 68 ? », Le Monde,‎ (lire en ligne).
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  17. a b c et d « Libération est devant un choix », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  18. a et b Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981) : Instrument du Grand Soir ou lieu d'apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), p. 273.
  19. a b c d e f g h i et j Pierre Georges, « L'enfant, l'amour, l'adulte », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  20. Dominique Perrin, « Les temps ont changé, il est devenu indéfendable » : dans un contexte post-#metoo, le malaise Gabriel Matzneff », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  21. Anne-Claude Ambroise-Rendu, interview par Cécile Andrzejewski, « Gabriel Matzneff constitue un super-dominant », Médiapart, 4 janvier 2012
  22. Ambroise-Rendu 2014, p. 74-79.
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  26. Jean-Pierre Rosenczveig, « Le droit des mineurs à la contraception libre, gratuite et anonyme (421) », sur Le Monde, .
  27. Gabriel Matzneff, « Couvrez cette pétition que je ne saurais voir : chronique du 07/09/2013 ».
  28. Annabel Benhaiem, « Comme Gabriel Matzneff, le tout-Paris des années 70 défendait le sexe entre adultes et enfants », Le HuffPost,‎ (lire en ligne).
  29. Cette chronique est reprise dans Gabriel Matzneff, C’est la gloire, Pierre-François !, Paris, La Table Ronde, .
  30. a b c d e f g h et i « Un appel pour la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  31. « Françoise Dolto relate que, “dans [s]on expérience […], l’initiation pratique sexuelle des adolescents et des enfants par un adulte […], en admettant même que ce partenaire ne soit pas incestueux, encore plus si cet adulte est confirmé en âge et en prestance, est toujours un traumatisme psychologique profond”. Elle défend une position sur la majorité sexuelle distincte de la loi existante et de la volonté des pédophiles, en demandant “qu’on décrète, les enfants ayant été instruits, l’âge de la responsabilité sexuelle deux ans après la puberté pour chaque citoyenne ou citoyen adolescent (règles, spermogenèse)”. Elle souhaite également que “la loi [fasse] un délit de tout acte visant au plaisir d’un individu aux dépens d’un autre qui n’est pas clairement et délibérément d’accord” » in Jean Bérard, « Chapitre 6 / Majorité sexuelle et consentement des mineurs », dans La justice en procès : Les mouvements de contestation face au système pénal (1968-1983), Paris, Presses de Sciences Po, (ISBN 978-2-7246-1272-1, lire en ligne), p. 207.
  32. Jean-François Sirinelli (dir.), « Les horizons perdus », dans Génération sans pareille. Les baby-boomers de 1945 à nos jours, Paris, Tallandier, (ISBN 979-10-210-1741-2, lire en ligne), p. 140,142.
  33. a b c d e et f Bertrand Le Gendre, « La France n'est plus épargnée par le “baby porno” », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  34. Malka Malkovich, « Mai 68 a généré l’essor de l’industrie capitaliste pornographique et la confusion entre libertinage, liberté et violence », Atlantico,‎ (lire en ligne).
  35. Michel Onfray, L'autre pensée 68 : Contre-histoire de la philosophie, (lire en ligne).
  36. Julie Rambal, « La révolution sexuelle de Mai 68 a généré un tourbillon d’abus », Le Temps,‎ (lire en ligne).
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  38. a b c et d Remy 2001.
  39. a b c d e f g et h Anne-Claude Ambroise-Rendu, « Un siècle de pédophilie dans les médias », Le Temps des médias,‎ (DOI 10.3917/tdm.001.0031).
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  41. Ambroise-Rendu 2014, p. xxxvi
  42. François Samuelson, Il était une fois Libé, Flammarion, , p. 273.
  43. François Samuelson, Il était une fois Libé, Flammarion, , p. 270.
  44. Serge July, « Bazooka fout la merde. Le graphisme punk. La Science Fiction visuelle devient quotidienne », Libération,‎ .
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  46. Après un numéro 0 pilote titré Un Regard sur le monde. Épistolier (1978), p. 20.
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  48. Thierry Pastorello, « Antoine Idier, Les alinéas au placard : l’abrogation du délit d’homosexualité (1977-1982) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 124,‎ , p. 223-229 (lire en ligne).
  49. P. J., « Un militant communiste est sanctionné pour s'être prononcé en faveur de la tolérance de la pédophilie », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  50. a b et c Lorraine Millot, « Des “révélations” bien intéressées », Libération,‎ (lire en ligne).
  51. Libération du .
  52. Les extraits du livre sont ainsi publiés par la presse allemande (Bild), britannique (The Independent) et italienne (La Repubblica).
  53. Serge July, « Trente ans après », Libération,‎ (lire en ligne).
  54. « Trois soixante-huitards dénoncent un “procès stalinien” », Libération,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Les livres en français évoquant les pétitions en France concernant la majorité sexuelle ont tous été publiées au XXIe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]