Pénitentiel

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Un pénitentiel est un livre rédigé à l’intention du clergé, pour guider les clercs dans l’administration du sacrement de pénitence. Entre le VIIe et le XIIe siècle les pénitentiels forment une longue tradition de textes, qui sont copiés, modifiés mais qui restent très répétitifs. L’un des plus connus est le pénitentiel de Burchard de Worms (1000-1025).

Il existe cependant deux "types" de pénitentiels avec des destinataires différents, les pénitentiels dit "monastiques" qui se rattachent à la règle monastique et à l’encadrement des mœurs des clercs et les pénitentiels destinés aux laïcs.

Les pénitentiels utilisés dans le cadre de la pénitence tarifée sont de taille variables. Ils consistent en une liste ou un interrogatoire, où chaque péché est décrit (plus ou moins en détail) et est suivi de la pénitence à effectuer pour être pardonné. Les péchés dans les pénitentiels sont divers : vol, abus physique, homicide, parjure, idolâtrie et pratiques païennes, sexualité déviante, moralité conjugale, manquements aux principes et aux devoirs chrétiens, ébriété, etc.

Ces pénitentiels ont une importance forte dans la mise en place d'une "norme" dans les pratiques quotidiennes des chrétiens.

Histoire des pénitentiels[modifier | modifier le code]

Une littérature celtique[modifier | modifier le code]

Les premiers pénitentiels sont d'origines celtiques et datent du VIe siècle[1]. Les premiers document reconnus comme pénitentiels sont, premièrement le pénitentiel de Vinnian ou Finnian, rédigé autour de 550 - 556, et deuxièmement, le pénitentiel de Saint Colomban[2], lui rédigé vers la fin du siècle. Ces pénitentiels sont courts, et les tarifs pénitentiels sont portés sur les pêchés charnels.

Importance des compilations[modifier | modifier le code]

Les compilations, à la fois de pénitentiels, mais aussi de règles canoniques insulaires, vont permettre l'essor du genre des pénitentiels entre le VIIe et le VIIIe siècle. On retrouve tout d'abord, en 690, la compilation de Cumméan, qui est en fait une somme de tarifs celtiques, puis quelques recueils fait sous le patronage de Théodore de Cantorbéry. Ces compilations vont être importantes dans la diffusion vers l'espace continental européen[3].

Période de grande diffusion en Europe[modifier | modifier le code]

À partir du VIIIe siècle les pénitentiels se répandent en grand nombre en Europe. Cependant, ils sont peu originaux, car ils reprennent des éléments des pénitentiels insulaires, auxquels sont ajoutés des éléments de diverses origines. Leur diffusion commence par le nord du royaume Franc, puis en Bourgogne, et vers le nord de l'Italie avec notamment le voyage de Saint Colomban)[4].

Contenu des pénitentiels[modifier | modifier le code]

Le "corps" d'un pénitentiel[modifier | modifier le code]

Les pénitentiels sont présentés de manière très simple, et sont de tailles variées, sous forme de catalogue généralement. On y retrouve une subdivision en sections qui traitent de différents groupes de pêchés, par exemple. Les pénitentiels essaient de traiter un maximum de cas de figures, et chaque cas est soumis à un tarif pénitentiel. On a généralement une forme stéréotypée dans le style de rédaction, avec : la mention de l'acte répréhensible suivi du tarif dont doit s'acquitter le coupable de cet acte[5].

Insistances sur les pratiques sexuelles[modifier | modifier le code]

Parmi les divers crimes présent dans les pénitentiels, le respect des mœurs, notamment sexuelles, pour clercs et laïcs est un élément central, on peut le voir chez Colomban, vers 600, qui dans sa règle destinée aux moines, énonce les terribles peines qu’il faut leur infliger, surtout en matière de chasteté[6]. Mais aussi vers 730, avec Bède le Vénérable qui consacre pas moins de quarante paragraphes de son pénitentiel à la fornication.

Les tarifs pénitentiels[modifier | modifier le code]

La pénitence, taxe ou tarif d’expiation, consiste généralement en un jeûne d’une durée proportionnelle à la gravité de la faute. La pénitence la plus fréquente est le jeûne au pain et à l’eau, mais peut-être compléter par des privations sur la viande, ou encore l'alcool. Certains pénitentiels ajoutent à la pénitence le fait de devoir faire un exercice physique, comme la génuflexion[7]. Cependant on trouve également mentions de paiement, le pêcheur devant payer en monnaie pour expier ses pêchés[8].

Limite des pénitentiels[modifier | modifier le code]

Des tarifs pénitentiels confus[modifier | modifier le code]

Les pénitences contenus dans les pénitentiels peuvent varier pour un même pêché, il peut s'agir d'un durcissement de la pénitence dans la durée ou dans l'acte pénitentiel en lui-même (il est bon de souligner cette différence, notamment pour les pénitentiels hispaniques qui ont des pénitences plus dures que les pénitentiels francs). On note l'ajout de règles canoniques différentes en fonction de l'ère géographique, les coutumes n'étant pas les mêmes. Aussi au IXe siècle, du fait de leur grand nombre, les pénitentiels sont sources de désordre car il n'y a pas d'uniformité des tarifs pénitentiels, ce qui est très critiqué par les évêques, notamment lors du concile de Paris, en 829 : « De nombreux prêtres, par négligence ou par ignorance, n’imposent plus la pénitence suivant les prescriptions canoniques; ils se servent de livrets dits pénitentiels […] Il nous a semblé utile que chaque évêque fasse rechercher dans son diocèse ces livrets pleins d’erreurs et qu’il les fasse brûler"[9].

Impact de la réforme carolingienne[modifier | modifier le code]

La réforme carolingienne tente de stopper l'expansion du genre des "pénitentiels". Cette réforme veut entre autres choses un retour à la pénitence canonique antique[10]. C'est-à-dire à une pénitence qui n'est donnée qu'une fois dans la vie du croyant (généralement juste avant la mort) par un clercs. Or ici, les pénitentiels sont favorables à une pénitence "privé" qui peut être réitérée. Cependant la réforme carolingienne ne va que peu affectée la diffusion de ceux-ci car l'on retrouve après le IXe siècle de nouveaux pénitentiels, avec les mêmes caractéristiques que ceux pré-réformes.

Une littérature "dangereuse"[modifier | modifier le code]

De plus vers 1020, Burchard de Worms consacre cinquante-cinq chapitres très documentés, aux détails sordides et aux déviations qui peuvent accompagner les actes sexuels. Le pénitentiel devient un véritable roman pornographique recherché par le clergé. Cela est si vrai, que Théodulfe, évêque d’Orléans de 787 à 821 écrit : « Bien des crimes sont énumérés dans les pénitentiels, crimes qu’il ne convient pas de faire connaître aux hommes. Aussi le prêtre ne doit pas l’interroger sur tout, de peur que le pénitent en s’éloignant ne tombe, sur l’instigation du diable, dans un vice dont il ignorait auparavant l’existence ».

Les principaux pénitentiels recensés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cyrille VOGEL, Les "libri paenitentiales, Turnhout, Brepols, , 115 p. (ISBN 9782503360270), p. 60 - 94
  2. (en) Ludwig BIELER, The irish penitentials, Dublin, Dublin Institute for Advanced Studies, , 363 p.
  3. Gabriel Le Bras, Pénitentiels, Paris
  4. R KOTTJE [dir], Corpus christianorum, series latina,CLVI A, Turnhout, Brepols, p. 21
  5. Cyrille VOGEL, Le pêcheur et la pénitence dans l'église ancienne, Paris, CERF, , p. 41
  6. Ludwig BIELER, The irish penitentials, Dublin, Dublin Institute for Advanced Studies
  7. (en) Thomas Pollock OAKLEY, Commutation and rédemptions of penance in the penitentials, Washington D.C, The Catholic University of America, , p. 341 - 351
  8. Cyrille VOGEL, Les "libri paenitentiales", Turnhout, Brepols, (ISBN 9782503360270), p. 44
  9. Cyrille VOGEL, Le pêcheur et la pénitence au Moyen-Age, Paris, CERF, , 248 p. (ISBN 9782204019507), p. 25
  10. Gabriel Le Bras, Pénitentiels

Articles connexes[modifier | modifier le code]