Pégase (1781)

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Pégase
Image illustrative de l'article Pégase (1781)
Modèle réduit d'un vaisseau de 74 canons du même type que le Pégase.

Autres noms HMS Pégase
Type Vaisseau de ligne
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Naval Ensign of the United Kingdom.svg Royal Navy
Lancement 1781
Statut Capturé le 21 avril 1782
Démantelé 1815
Équipage
Équipage 740 hommes environ[1]
Caractéristiques techniques
Longueur 55,2 mètres
Maître-bau 14,3 mètres
Tirant d'eau 6,8 mètres
Tonnage 1500 bm
Propulsion Voile
Caractéristiques militaires
Armement 74 canons, augmentés par la suite à 78 canons

Le Pégase est un vaisseau de ligne de 74 canons à deux ponts de la Marine royale française, lancé en 1781 pendant la guerre d'Amérique. Il s’agit de l'un des nombreux bâtiments de force mis sur cale depuis le milieu des années 1740 selon les normes définies par les constructeurs français de cette époque avec l'idée d'obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la Royal Navy qui dispose de beaucoup plus de navires[2]. Sa carrière dans la Marine française est cependant très courte car il est capturé par les Anglais en 1782.

Les caractéristiques générales du vaisseau[modifier | modifier le code]

La figure de proue du Pégase.

Le Pégase doit son nom à une créature fantastique tirée de la mythologie grecque. C’est un vaisseau de force lancé pendant la mobilisation navale qui correspond à la participation de la France dans la guerre d'indépendance américaine[3]. Sans être standardisé, le Pégase, partage les caractéristiques communes de tous les « 74 canons » construits à des dizaines d’exemplaires jusqu’au début du XIXe siècle et qui répond à la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette excellente catégorie de navire de guerre[4].

Comme pour tous les vaisseaux de guerre de l’époque, sa coque est en chêne. Son gréement, (mâts et vergues) en pin[5]. Il y a aussi de l’orme, du tilleul, du peuplier et du noyer pour les affûts des canons, les sculptures des gaillards et les menuiseries intérieures[5]. Les cordages (80 tonnes) et les voiles (à peu près 2 500 m2) sont en chanvre[5]. Un deuxième jeu de voiles et de cordages de secours est stocké en soute. Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le faut, ses capacités de transport sont considérables[4]. Il emporte pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin[6]. S’y ajoute pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui est abattu au fur et à mesure de la campagne[7].

Le bâtiment est armé avec 74 canons, soit :

Cette artillerie en fer pèse 215 tonnes[5]. Lorsqu'elle tire, elle peut délivrer une bordée pesant 838 livres (soit à peu près 410 kg) et le double si le navire fait feu simultanément sur les deux bords[8]. Le vaisseau embarque près de 6 000 boulets pesants au total 67 tonnes[9]. S’y ajoute des boulets ramés, chaînés et beaucoup de mitraille (8 tonnes)[5]. Il y a 20 tonnes de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les profondeurs du vaisseau[10]. En moyenne, chaque canon dispose de 50 à 60 boulets[11].

Historique dans la marine royale française (1781-1782)[modifier | modifier le code]

Au début de 1782, le Pégase est intégré à une division de quatre vaisseaux de 74 canons (avec le Robuste, l’Actif et le Zodiaque) sous les ordres de La Motte-Picquet chargée de faire une croisière sur les côtes sud de l’Angleterre et de l’Irlande[12]. Les vaisseaux sortent de Brest le 11 février et débutent leur mission le 15. Ils font quelques prises, dont un brigantin qui est amariné par le Pégase[12]. Mais le 23, une violente tempête se lève. Elle rend la mer intenable et oblige les navires à rentrer sur Brest où ils arrivent trois jours après[12]. Le Pégase est gravement avarié. Son commandant, le comte de Soulange, est obligé de faire couper le mat d’artimon en pleine tempête[12]. Les qualités nautiques de ce bâtiment pourtant neuf se révèlent extrêmement médiocres. « J’ose dire que si on ne perdait des vaisseaux que comme celui-là, il ne rehausserait pas beaucoup la marine de nos ennemis » note Soulange dans son rapport[12]. Ce malheur intervient deux mois plus tard.

Le , le Pégase appareille de Brest en compagnie de deux autres vaisseaux (le Protecteur et l’Actionnaire) et de deux frégates pour escorter un important convoi de 19 transports chargé des renforts pour les Indes orientales. Le convoi est repéré le 21 avril par l'escadre de 12 vaisseaux et 4 frégates de Samuel Barrington qui ordonne aussitôt l'interception. Soulange, qui commande l’escorte sur le Protecteur tente d’échapper à l’ennemi, mais celui-ci ne cessant de se rapprocher, il fait signal de gagner le port le plus proche, les côtes de Bretagne étant encore en vue[12]. Le Pégase fait vent arrière, mais, mauvais marcheur, il est rattrapé dans la nuit du 20 au 21 par le HMS Foudroyant du captain John Jervis mieux armé que lui (80 canons)[13]. Le chevalier de Sillans, qui commande le vaisseau et qui ne peut plus fuir, accepte le combat[12]. Payant d’audace, il tente l’abordage, mais le Pégase, complètement désemparé avec 90 hommes hors de combat est contraint d’amener son pavillon[12]. L’Actionnaire et une large partie du convoi (13 des 19 transports) partage le sort du Pégase[12].

Pour cette capture, Jervis est fait chevalier de l'Ordre du Bain[14]. Le chevalier de Sillans est sévèrement sanctionné pour sa tentative d’abordage ayant précipité la perte du vaisseau. Le conseil de guerre qui se réunit en octobre à Brest le condamne à l’interdiction de toute fonction dans la marine. Il est radié des listes le [12].

Historique dans la marine royale anglaise (1782-1815)[modifier | modifier le code]

Le Pégase (à droite) entrant dans un port anglais après sa capture.

Le Pégase fait partie des vingt vaisseaux de ligne perdus par la Marine royale lors de la guerre d’Indépendance américaine[15]. Le Pégase est ensuite intégré au sein de la Royal Navy et armé en vaisseau de troisième rang sous le nom de HMS Pegase. Il sert de navire-prison à partir de 1799, et est démantelé en 1815.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le ratio habituel, sur tous les types de vaisseau de guerre au XVIIIe siècle est d'en moyenne 10 hommes par canon, quelle que soit la fonction de chacun à bord. C'est ainsi qu'un 100 canons emporte 1 000 hommes d'équipage, un 80 canons 800 hommes, un 74 canons 740, un 64 canons 640, etc. L'état-major est en sus. Cet effectif réglementaire peut cependant varier considérablement en cas d'épidémie, de perte au combat ou de manque de matelots à l'embarquement. Acerra et Zysberg 1997, p. 220. Voir aussi Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 105.
  2. Meyer et Acerra 1994, p. 90-91.
  3. Acerra et Zysberg 1997, p. 73-74 ; Meyer et Acerra 1994, p. 119.
  4. a et b Jacques Gay dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487 et Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1031-1034.
  5. a, b, c, d et e Acerra et Zysberg 1997, p. 107 à 119.
  6. 210 000 litres d’eau douce. 101 000 litres de vin rouge, à raison d’un litre par jour et par homme. Le vin complète largement l’eau qui est croupie dans les barriques au bout de quelques semaines. Jacques Gay dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487.
  7. Des moutons (six par mois pour 100 hommes), volailles (une poule par mois pour sept hommes, avec aussi des dindes, des pigeons, des canards), Jacques Gay dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487.
  8. Selon les normes du temps, le navire, en combattant en ligne de file, ne tire que sur un seul bord. Il ne tire sur les deux bords que s'il est encerclé ou s'il cherche à traverser le dispositif ennemi, ce qui est rare. Base de calcul : 1 livre = 0,489 kg.
  9. Dans le détail : 2 240 projectiles de 36 livres-poids, 2 400 de 18 livres et 1 280 de 8 livres. Acerra et Zysberg 1997, p. 216.
  10. En moyenne : un quart de la poudre est mise en gargousse à l’avance pour les besoins de la batterie basse, celle des plus gros canons au calibre de 36 livres, et un tiers pour les pièces du second pont et des gaillards. Acerra et Zysberg 1997, p. 216
  11. Acerra et Zysberg 1997, p. 48
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Lacour-Gayet 1905, p. 378-381.
  13. (en) Winfield, British Warships in the Age of Sail 1714-1792: Design, Construction, Careers and Fates, 68 p.
  14. (en) London Gazette: no. 13694. p. 4. 1782-28-05. Retrieved 14 juillet 2010..
  15. De 1778 à 1783, dix vaisseaux pris au combat, six vaisseaux détruits ou naufragés, quatre vaisseaux incendiés. Troude 1867, p. 244.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Brian Lavery, The Ship of the Line - Volume 1: The development of the battlefleet 1650-1850, Conway Maritime Press, 2003, (ISBN 0-85177-252-8).
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française, Rennes, éditions Ouest-France, , 427 p. (ISBN 2-7373-1129-2) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Patrick Villiers, La France sur mer : De Louis XIII à Napoléon Ier, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », , 286 p. (ISBN 978-2-8185-0437-6)
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, éditions Tallandier, , 573 p. (ISBN 2-84734-008-4)
  • Michel Vergé-Franceschi, Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0)
  • Martine Acerra et André Zysberg, L'essor des marines de guerre européennes : vers 1680-1790, Paris, SEDES, coll. « Regards sur l'histoire » (no 119), , 298 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-7181-9515-0, notice BnF no FRBNF36697883) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Demerliac, La Marine de Louis XVI : nomenclature des navires français de 1774 à 1792, Nice, Omega, , 238 p. (ISBN 2-906381-23-3).
  • Jean-Michel Roche, Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours, t. 1, de 1671 à 1870, éditions LTP, , 530 p. (lire en ligne)
  • Onésime Troude, Batailles navales de la France, t. 2, Paris, Challamel aîné, , 469 p. (lire en ligne)
  • Georges Lacour-Gayet, La Marine militaire de France sous le règne de Louis XVI, Paris, Honoré Champion, , 719 p. (notice BnF no FRBNF30709972, lire en ligne). 

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]