Oussama Atar

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Oussama Atar
Terroriste islamiste et djihadiste
Image illustrative de l’article Oussama Atar
Information
Naissance
Laeken (Belgique)
Décès (à 33 ans)
Syrie
Cause du décès Bombardement aérien
Nationalité Belge et Marocain
Allégeance Flag of al-Qaeda in Iraq.svg Al-Qaïda en Irak
(2003-2005)
Drapeau de l'État islamique État islamique (2013-2017)
Idéologie Salafisme djihadiste
Condamnation (en Irak)
(en France)
Sentence 10 ans de prison (libéré en 2012)
Réclusion criminelle à perpétuité incompressible (par défaut)
Affaires Djihadistes étrangers pendant les guerres civiles syrienne et irakienne
Attentats Attentats du 13 novembre 2015 en France
Attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles
Victimes plusieurs centaines
Famille Yassine Atar
Complice Abou Bakr al-Baghdadi
Abou Mohammed al-Adnani
Boubaker El Hakim
Ibrahim et Khalid El Bakraoui
Abdelhamid Abaaoud
Obeida Aref Dibo
Omar Darif

Oussama Atar, également connu sous la kunya d'« Abou Ahmed al-Iraki », né le à Laeken en Belgique[1],[2] et mort le en Syrie, est un djihadiste belgo-marocain – le plus haut gradé européen de l'État islamique[3] – et un haut responsable de l'Amniyat, le service de renseignement de l'État islamique.

Il est l'un des principaux organisateurs des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et de ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles[4]. En l'absence de preuve définitive de sa mort, il est jugé par défaut dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre 2015 en tant que commanditaire des attentats. Il est reconnu coupable et est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible[5] soit la plus lourde peine du code pénal.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Fils d'immigrés marocains en Belgique originaires de la région de Talambote, il acquiert la nationalité belge le tout en gardant sa nationalité marocaine. Il a quatre sœurs et deux frères[6].

Djihad en Irak et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Arrêté en février 2005 à Ramadi en Irak, il est condamné à perpétuité[7] pour usurpation d'identité, trafic d'armes et appartenance à Al-Qaïda[2]. Le , après intervention des autorités belges, la deuxième cour d'appel d'Irak réduit sa peine à dix ans de prison[8]. Il passe trois années de détention à la prison d'Abou Ghraib, ainsi qu'à Camp Bucca[1] et Camp Cropper. Remis aux autorités irakiennes après la fermeture d'Abou Ghraib, il sera incarcéré dans les prisons irakiennes d'Al-Rusafa et de Nassiriya[9].

Le , le gouvernement belge réuni en comité ministériel du Renseignement et de la Sécurité décide de demander sa libération pour des raisons humanitaires et de sûreté d’État[10]. Quinze jours plus tard, Atar tente de s'évader avec des codétenus membres d'Al-Qaïda. Le gouvernement belge, pourtant informé de sa dangerosité par une note de l'Organe belge de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) qui place Atar au niveau de « menace grave »[11], continue à faire pression sur l'Irak pour sa libération. Le gouvernement belge promet aux autorités irakiennes et américaines que s'il est extradé vers la Belgique, il sera mis sous contrôle et interdit de quitter le territoire, promesses qui ne seront pas tenues (voir plus loin). Le ministère belge des Affaires étrangères transmet à la famille du détenu des informations alarmistes sur son état de santé, elles seront remises en question par la Croix Rouge[12]. Le ministère belge des Affaires étrangères se montrera ensuite plus rassurant sur la santé d'Atar[13].

À la suite de cela, une campagne intitulée « Sauvons Oussama » le présentant comme privé de soins dans les prisons irakiennes et demandant son rapatriement sanitaire[14] est organisée avec le soutien d'Amnesty International[15] et de plusieurs parlementaires belges des partis Ecolo, CDH et PS (notamment Zoé Genot, Jamal Ikazban et Ahmed El Khannouss[16]). Le parti Ecolo est très en pointe pour la libération d'Atar[13]. Louis Michel, commissaire européen à l'aide humanitaire et ancien ministre belge des Affaires étrangères, assure l'avocat d'Oussama Atar qu'il s'occupe du dossier[17]. L’ambassadeur des États-Unis en Belgique intervient même par écrit pour accélérer son retour à Bruxelles[1]. En 2016, Amnesty International précise dans un communiqué publié sur son site : « Amnesty International n’a jamais fait campagne pour la libération de celui qui est aujourd’hui désigné comme terroriste. Elle a demandé que lui soit accordé l’accès aux soins médicaux nécessaires. »[18] Le texte publié par l'association en 2010 est d'ailleurs joint à ce communiqué, et ne fait en effet pas référence à la libération du prisonnier, mais bien à son accès à des soins médicaux adaptés.

Retour en Belgique[modifier | modifier le code]

Atar est finalement libéré en 2012, après avoir purgé les trois-quarts de sa peine[2]. Il revient en Belgique après sa libération en . Il est interrogé par une juge d'instruction bruxelloise le 19 septembre 2012, soit trois jours après son retour en Belgique, qui l'inculpe pour participation aux activités d'un groupe terroriste. La juge le laisse en liberté avec instruction à la police fédérale et à la Sûreté de l'Etat de le contrôler ainsi que sous diverses conditions notamment de na pas quitter le territoire belge[19].

Il n'est pas surveillé et un passeport lui est même délivré[20]. Il rend visite à de nombreuses reprises à ses cousins germains les frères El Bakraoui, futurs kamikazes des attentats de Bruxelles, incarcérés en Belgique pour grand banditisme et les radicalise[21]. En 2013, il est intercepté en Tunisie, soupçonné de trafic d'armes[22].

Départ en Syrie[modifier | modifier le code]

En , il disparaît pour se rendre en Syrie où le retrouvent les frères El Bakraoui[23]. Il y développe les réseaux européens de Daech avec d'autres djihadistes belges dont Tarik Jadaoun, un des chefs de la brigade Tarik ibn Ziyad, qui regroupe des djihadistes francophones[1].

En janvier 2014, alors que l'État islamique est vaincu par les rebelles syriens à Alep, Oussama Atar fait partie du convoi qui évacue la ville[24]. Accompagné de Najim Laachraoui, il est le conducteur de la Toyota Hilux qui transporte d'Alep à Raqqa les otages Édouard Hélias, Didier François, Nicolas Hénin, John Cantlie et James Foley[24].

Selon la DGSI, Adnani, le représentant de l'État islamique en Syrie, choisit Atar vers le milieu de l'année 2014 pour codiriger la Liwa As Saddiq, une brigade personnelle chargée de mener les opérations intérieures et extérieures aux frontières du califat. Celle-ci se serait illustrée, selon le service français, dans les combats autour de la cité antique de Palmyre en Syrie, où Daesh, à des fins de propagande, met en scène en mai 2015 l'exécution de vingt-cinq captifs par des adolescents[25].

Vétéran de l'Etat Islamique, en charge des attentats en Europe[modifier | modifier le code]

En 2015, Oussama Atar devient le chef de l'Amn al-Kharji, la branche de l'Amniyat — le service de renseignement de l'État islamique — chargée de mener les opérations terroristes en dehors des territoires contrôlés par l'État islamique[26]. Ses adjoints sont Boubaker El Hakim, Abdelnasser Benyoucef et Samir Nouad[27].

Il est chargé de la supervision des attentats du 13 novembre 2015 en France[28]. Basé à Raqqa, il sélectionnera, formera, financera et projettera les commandos terroristes vers Bruxelles, base arrière opérationnelle qui doit servir à frapper l'Europe[29]. Il supervisera les attaques de près. Quelques mois plus tard, l'Amn al-Kharji est également impliqué dans les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles[30],[31]. Les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, morts en kamikazes à Bruxelles, sont ses cousins germains. Son nom apparaît également dans l'enquête sur la cellule de Verviers coordonnée par Abdelhamid Abaaoud[31].

Fin décembre 2016, les juges d'instruction français émettent un mandat d'arrêt contre lui et Sofien Ayari, détenu en Belgique. Cette information n'est diffusée que le [32].

En , la presse confirme que l'enquête met bien en évidence qu'Atar est le principal coordinateur des attentats de 2015 en Île-de-France et de à Bruxelles. Il est identifié par l'Algérien Adel Haddadi, suspecté d'avoir dû former un quatrième commando lors des attentats de Paris. Son nom est également retrouvé sur l'ordinateur abandonné par le commando de Bruxelles[23]. Oussama Krayem, également inculpé pour les attentats de Paris et de Bruxelles, confirme aussi le rôle éminent d'Oussama Atar comme dirigeant de ces attaques[33].

Arrêté en Belgique en 2016, son frère Yassine Atar est remis en à la France. Il est mis en examen pour « complicités » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Du 11 au , les cartes SIM de ses téléphones sont localisées près de celles des terroristes des attentats de Paris[23].

Mort[modifier | modifier le code]

Oussama Atar est tué en Syrie le , par une frappe aérienne de la coalition internationale[34],[35]. Faute de preuve formelle de son décès, sa mort n'est officiellement pas confirmée, raison pour laquelle il est poursuivi dans le cadre des procès de Paris et Bruxelles. C'est le seul inculpé du procès de Paris poursuivi comme dirigeant d'une organisation terroriste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Guillaume Dasquié, « Deux nationalités, plusieurs visages », lejdd.fr, (consulté le )
  2. a b et c Christophe Lamfalussy, « Pourquoi avons-nous libéré Oussama Atar ? », lalibre.be, (consulté le )
  3. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, "Le clandestin de Daesh. L'histoire d'Oussama Atar, le cerveau des attentats de Paris et de Bruxelles ", Kennes,
  4. « Oussama Atar, coordinateur présumé des attentats de Paris et Bruxelles », sur lemonde.fr,
  5. Xavier Demagny, « Procès du 13-Novembre : accusé par accusé, le détail des peines prononcées », sur Radio France, (consulté le )
  6. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, « Le clandestin de Daesh. L'histoire d’Oussama Atar, le cerveau des attentats de Paris et de Bruxelles », Kennes, , p.20
  7. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, « Le clandestin de Daesh.L'histoire d’Oussama Atar, le cerveau des attentats de Paris et de Bruxelles », 2021, Kennes, p. 85
  8. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, " Le clandestin de Daesh", , p.89
  9. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , p. 105
  10. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, Bruxelles, , p.192
  11. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, Bruxelles, , p. 195
  12. Frédéric Loore, « Pourquoi les Belges ont libéré le cerveau des attentats du Bataclan », Paris Match, (consulté le )
  13. a et b Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , p.118
  14. « Oussama Atar, l'oublié belge de Bagdad », 7sur7.be,
  15. Élise Vincent, « Oussama Atar, l’un des cerveaux présumés des attentats de Bruxelles, recherché par les autorités belges », Le Monde, (consulté le )
  16. « Quatre députés belges ont soutenu la libération d'un djihadiste, normal ? », lalibre.be, (consulté le )
  17. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , p.87
  18. « Même les prisonniers ont des droits », sur Amnesty International Belgique (consulté le )
  19. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , p.125
  20. Procès du 13-Novembre: Oussama Atar, le «cerveau» des attentats «libéré» par les Belges, rfi.fr, 2 décembre 2021
  21. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , pp.134-139
  22. « Le Belgo-Marocain Oussama Atar serait le coordinateur des attentats de Paris et de Bruxelles », lalibre.be, (consulté le )
  23. a b et c Guillaume Dasquié, « 13-Novembre : Oussama Atar, itinéraire du cerveau présumé des attentats », sur lejdd.fr/, (consulté le )
  24. a et b Suc 2018, p. 101-102.
  25. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , pp.150-151
  26. Suc 2018, p. 197-198.
  27. Suc 2018, p. 199.
  28. Suc 2018, p. 209-210.
  29. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , pp.160-178
  30. Suc 2018, p. 307-312.
  31. a et b « Oussama Atar soupçonné d'être le coordinateur des attentats de Paris et Bruxelles », leparisien.fr, (consulté le )
  32. « Attentats du 13 novembre : mandats d'arrêts contre deux hommes, dont un commanditaire des attaques », sur http://www.leparisien.fr/ (consulté le )
  33. Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh, , pp.161-162
  34. Suc 2018, p. 348.
  35. Les commanditaires du 13-Novembre ont tous été éliminés, Mediapart, 6 novembre 2018.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Matthieu Suc, Les Espions de la Terreur, Paris, HarperCollins, , 490 p. (ISBN 979-10-339-0265-2). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy, Le clandestin de Daesh : L'histoire d'Oussama Atar, le cerveau des attentats de Paris et de Bruxelles, Bruxelles, Kennes, , 200 p..

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]