Oubliés de l'île Saint-Paul

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les oubliés de l'île Saint-Paul sont un groupe de six hommes et une femme enceinte qui furent abandonnés en 1930 sur l'île Saint-Paul, dans le sud de l'Océan Indien, alors qu'ils étaient chargés par la société « La Langouste française » de garder l'île et ses installations.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'île Saint-Paul photographiée par le satellite Landsat 7.

Début octobre 1929, la société « La Langouste française », propriété des Frères Bossière, armateurs du Havre[1], débarque sur l'île Saint-Paul une trentaine d'Européens embauchés pour effectuer une campagne de pêche à la langouste pendant la saison d'été, s'étendant du mois de novembre au mois de mars. À la fin de cette campagne, le navire Austral appartenant à la société vint faire la relève du personnel pour le ramener en France et leva l'ancre au début du mois de mars 1930, laissant sur l'île, pour assurer la garde et la conservation du matériel pendant l'hiver austral, sept personnes : Julien Le Huludut, Victor et Louise Le Brunou (enceinte), Pierre Quillivic (de Plouhinec), Louis Herlédan (de Riec-sur-Belon), Manuel Puloch (de Trégunc) et François Ramamongi (un jeune Malgache).

L'administrateur de la société, Alfred Caillé, leur avait promis, en leur demandant de rester sur l'île pendant l'hiver, de leur envoyer un bateau ravitailleur dans les deux ou trois mois qui suivaient le départ de l'Austral. Il n'en fit rien. Louise Le Brunou accoucha fin mars d'une petite fille qu'ils appelèrent Paule du nom de l'île. Malheureusement, la petite ne vécut que deux mois. Une caisse de conserves fit fonction de cercueil. Puis faute de vivres frais et par excès de consommation de conserves (bœuf en gelée) plus ou moins avariées, les gardiens commencèrent à être atteints d'un mal qu'ils finirent par identifier, grâce au livre de médecine qui leur avait été laissé, comme étant le scorbut. Louis Herlédan raconte : « Jambes gonflées, pleine de liquide jaunâtre, que nous essayons d'éliminer par incision ». Le premier à être emporté par la maladie fut Manuel Puloc'h le 30 juillet, suivi de François Ramamongi, Victor Le Brunou. Pierre Quillivic, quant à lui, quitta l'île sur un bateau, par une mer démontée, ils ne le revirent jamais.

Lorsque le bateau Île Saint-Paul accosta sur l'île en décembre 1930, seuls trois des sept gardiens avaient survécu : Julien Le Huludut, Louise Le Brunou et Louis Herlédan.

S'ensuivit en France un procès intenté par les victimes et leurs familles, qui dura du 24 juillet 1931 (date du dépôt de plainte) au 19 avril 1937 (date du jugement en appel). La cause des oubliés de Saint-Paul fut défendue par César Campinchi jusqu'en 1936. Ce dernier devint ministre de la Marine ensuite. La défense de « La Langouste française » était confiée à Alcide Delmont, sous-secrétaire d'État aux Colonies du 3 novembre 1929 au 21 février 1930 et du 2 mars au 30 décembre 1930.

La société « La Langouste française » fut reconnue coupable en avril 1935, et condamnée à verser différentes indemnités aux victimes et aux familles, mais elle fit appel de la décision. Le 8 avril 1937, le jugement en appel confirma la responsabilité de la société.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Couesnon, « Usine langoustière de St Paul en 1931 », sur philateliedestaaf.fr

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Floch, Les oubliés de l'Île Saint Paul : Des Crozet et des Kerguelen, Ouest-France, coll. « Récits de mer », , 160 p. (ISBN 978-2737326448)
  • Ronan Larvor, Bretons des Kerguelenn, Yoran Embanner, coll. « Maritime », , 299 p. (ISBN 978-2916579191)
  • Ronan Larvor, « Le drame de Saint-Paul », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  • « Concarneau. Les Oubliés de l’île Saint-Paul enfin reconnus. », Ouest France,‎ (lire en ligne)