Centaure

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Centaure en marbre exposé à Rome (Italie).

Dans la mythologie grecque, un centaure (en grec ancien Κένταυροι / Kéntauroi) est une créature mi-homme, mi-cheval, que l'on disait issue soit d'Ixion et de Néphélé, soit de Centauros et des juments de Magnésie.

Mythe gréco-romain antique[modifier | modifier le code]

Une étymologie ancienne fait dériver leur nom de deux mots grecs : κεντειν / kentein, « piquer », et ταυρος / tauros, « taureau ». Dans l’Iliade cependant, Homère utilise le mot φηρ / phêr, « bête » (I, 268 et II, 743) pour désigner les adversaires de Pirithoos, décrits comme de sauvages habitants des montagnes de la Thessalie. Le terme de « centaure » est réservé à Chiron, « le plus juste des centaures » et aussi le plus connu (XI, 832).

Les centaures sont décrits comme ayant la partie inférieure équine. Ils vivaient à l'origine sur le mont Pélion, en Thessalie. Parmi les plus connus : Chiron (centaure connu pour sa sagesse, qui sert de précepteur à de nombreux héros grecs dont Achille et Jason), Pholos (un centaure calme, ami d'Héraclès) et Nessos, un centaure sauvage qui tente d'enlever Déjanire épouse d'Héraclès, avant d'être tué par lui. La mythologie grecque compte plusieurs autres centaures : Eurytion, Homade, Hyléos et Rhoécos, Crotos, Thérée.

L'agression d'Atalante[modifier | modifier le code]

Atalante croise un jour la route de deux centaures, Hyléos et Rhoécos : ceux-ci veulent abuser de la jeune vierge, mais sont transpercés par ses flèches.

Le combat contre les Lapithes[modifier | modifier le code]

Lapithe combattant un centaure, métope sud 30 du Parthénon, v. 447-433 av. J.-C., British Museum

Les centaures du Mont Pélion avaient pour voisins les Lapithes, dont ils descendaient (se prononce "lapize"). Ils sont invités à l'occasion du mariage du roi Pirithoos avec Hippodamie (tout comme Thésée), mais le banquet tourne mal : plusieurs centaures ivres, notamment Eurytion, tentent de violer Hippodamie et d'autres femmes lapithes qui étaient aussi des dieux. Un combat s'engage au cours duquel de nombreux centaures sont tués. Les autres, chassés du mont Pélion, se réfugièrent pour la plupart autour de Pholos sur le mont Pholoé.

Le combat contre Héraclès[modifier | modifier le code]

Tandis qu'il traquait le sanglier d'Érymanthe, Héraclès est un temps l'hôte de Pholos. Il exprime un jour le souhait de boire du vin : Pholos le prévient qu'il n'ose ouvrir la jarre à vin, commune à tous les centaures. Mais sur l'insistance du héros, il s'y résout : les autres centaures, sentant l'odeur du vin, deviennent alors furieux et se jettent sur Héraclès, qui en tue plusieurs et pourchasse les autres.

Mort de Chiron et dispersion des centaures[modifier | modifier le code]

Après avoir été chassé du mont Pélion, Chiron s'installe au cap Malée. Or, les autres centaures, toujours traqués par Héraclès, parviennent jusqu'à lui ; là, le héros utilise ses flèches empoisonnées et en décoche une par mégarde sur Chiron, son tuteur. Celui-ci, rongé de douleurs, mais ne pouvant mourir parce qu'il est immortel, obtient finalement de Zeus de mourir à la place de Prométhée.

Les rares survivants sont par la suite dispersés dans le Péloponnèse ou près d'Éleusis, avec l'aide de Poséidon qui en cache certains.

Principales représentations dans les arts antiques[modifier | modifier le code]

Durant l'époque classique grecque, les métopes du Parthénon, qui décorent le Parthénon, grand temple d'Athéna à Athènes, arborent plusieurs bas-reliefs dont l'un représente le combat entre les Centaures et les Lapithes. Ce combat figurait également sur le fronto ouest du temple de Zeus à Olympie.

Les Centaures de Furietti sont une paire de sculptures datant de l'époque hellénistique et représentant deux centaures, l'un jeune et l'autre vieux.

L'art romain antique, influencé par la mythologie grecque, représente lui aussi fréquemment des centaures. Les Thermes de Trajan d'Acholla, construits par l'empereur romain Trajan à Acholla (dans l'actuelle Tunisie) au IIe siècle, arborent de nombreuses mosaïques, dont un plafond montrant un combat entre des centaures et des fauves.

Analyses du mythe antique[modifier | modifier le code]

Squelette factice de centaure articulé par Skull Unlimited International.

Si l'on excepte Pholos et Chiron, tous deux « avisés » (leur parenté est d'ailleurs différente des autres), les centaures symbolisaient pour les Grecs les appétits animaux (concupiscence et ivresse en sont les traits caractéristiques). Ainsi le combat contre les Lapithes peut se lire comme une parabole de l'affrontement des états civilisé et sauvage.[réf. nécessaire]

L'origine de leur représentation est généralement expliquée ainsi : le cheval a été introduit en Grèce dès le XVIe siècle av. J.-C., mais n'était alors utilisé que comme bête d'attelage ; les centaures représenteraient, dans les légendes de l'Âge héroïque, les premiers cavaliers.

Les types de centaures[modifier | modifier le code]

Hôtel d'Albiat ou maison des Centaures à Montferrand (aujourd'hui Clermont-Ferrand). Bas-relief au tympan de la porte de l'escalier, dans la cour intérieure, avec un centaure mâle et un centaure femelle, soit centauresse, XVe siècle.

Il existe quatre types de centaures : le bucentaure, dont le corps est celui d'un taureau, assimilé au Minotaure ; l'onocentaure, avec un corps d'âne ; l'ichtyocentaure, aussi appelé centaure-triton ou centaure marin, avec un corps de poisson et des pattes avant de cheval (cheval marin qui tire le char de Poséidon) ; et le centaure commun, aussi appelé hippocentaure, avec un corps de cheval et un buste d'homme.

Les centaures de l'Antiquité sont en principe de sexe mâle. Mais, par la suite, on trouve des représentations de centaures femelles, appelées centauresses.

Le centaure est une figure héraldique imaginaire correspondant à sa figuration mythologique. Il est par défaut armé d'une massue. Sa variante principale est le centaure-sagittaire, qui tire à l'arc.

Évocations dans les arts après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Les mythes mettant en scène les centaures sont régulièrement évoqués par les écrivains. Le poète romantique français Maurice de Guérin compose un poème en prose intitulé Le Centaure en 1840[1]. Le poète parnassien français Leconte de Lisle inclut dans son recueil Poèmes antiques en 1852 un poème « La Robe du centaure » où il relate la mort d'Héraclès tué par le poison du centaure Nessos. Autre parnassien, José-Maria de Heredia consacre plusieurs poèmes aux centaures et à leur disparition dans son recueil Les Trophées (1893) : « Nessus », « La Centauresse », « Centaures et Lapithes » et « Fuite de Centaures ».

Le roman en prose poétique d'André Lichtenberger Les Centaures (1924), un des précurseurs du genre de la fantasy en France, se déroule dans un monde imaginaire fortement inspiré de la mythologie gréco-romaine et où les centaures forment l'un des principaux peuples.

À partir du XXe siècle, les centaures apparaissent régulièrement dans les univers de fantasy qui s'inspirent fréquemment de la mythologie grecque et des bestiaires médiévaux. Ils sont notamment présents dans les suites romanesques Narnia de C.S. Lewis et Harry Potter de J.K. Rowling. Le réalisme magique met lui aussi en scène la figure du centaure, avec le roman Les Grottes de Haydrahodahus de l'écrivain syrien Salim Barakat (2008) et sa suite ẖawāfir muhashshimat fī Haydrahōdahūs (2010).

Peinture[modifier | modifier le code]

Les amours des Centaures. Rubens, vers 1635. Musée Calouste-Gulbenkian

Les Centaures apparaissent très souvent dans les illustrations et les peintures à sujets mythologiques, du Moyen âge à nos jours.

Les centaures apparaissent collectivement dans des scènes de genre qui les dépeignent comme des êtres pacifiques coulant des jours paisibles dans une campagne idéalisée. Pierre Paul Rubens peint ainsi Les Amours des Centaures en 1635. Eugene Fromentin peint des Centaures et centauresses s'entraînant au tir à l'arc. Vers 1887, John LaFarge peint une Centauresse. Edoardo Ettore Forti peint une Fête des centaures entre 1880 et 1920. Le peintre symboliste allemand Max Frey peint une Centaurine en 1928. Wilhelm Trübner, autre peintre allemand, peint plusieurs tableaux représentant les amours de centaures et de centauresses.

À l'inverse, d'autres peintres conservent une représentation des centaures comme des êtres sauvages. Au XIXe siècle, c'est le cas d'Arnold Böcklin qui peint un Combat de centaures et un Paysage rocheux avec centaures à la chasse.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Vers 1492, le jeune Michel-Ange sculpte la Bataille des Centaures, un bas-relief représentant des centaures engagés dans un combat contre des humains. Le bas-relief a fait l'objet d'interprétations variées,

En 1985, le sculpteur français César achève une sculpture intitulée Le Centaure, qui décore la Place Michel-Debré, dans le 6e arrondissement de Paris, en France.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Outre leurs apparitions fréquentes dans les bandes dessinées adaptées de mythes gréco-romains, les centaures font parfois l'objet d'inventions originales ou de créations plus librement dérivées de ces mythes. La série de bandes dessinées belges Les Centaures, scénarisée et dessinée par Pierre Seron et parue à partir de 1977, a pour personnages principaux deux centaures, Aurore et Ulysse, qui quittent l'Olympe où ils sont nés pour explorer le monde à diverses époques.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Les centaures apparaissent dans plusieurs films, mythologiques ou fantastiques, parmi lesquels :

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Les centaures apparaissent logiquement dans les jeux vidéo inspirés de la mythologie grecque et romaine. Dans le jeu de stratégie Age of Mythology, où l'on développe une armée formée de héros et de créatures mythologiques, le centaure figure parmi les unités mythologiques grecques.

Dans l'univers des jeux vidéo Warcraft, plusieurs tribus rivales de centaures se disputent les terres de Kalimdor, en particulier dans la région de Désolace, dans le MMORPG World of Warcraft qui montre des centaures fils et filles d'un ancêtre nommé Cénarius. Ce sont des centaures pacifiques, protecteurs et gardiens de la nature, à corps de cheval ou de biche.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Centaure de Maurice de Guérin, sur le site de la Bibliothèque électronique de Lisieux. Page consultée le 4 février 2018.

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie savante[modifier | modifier le code]

  • Georges Dumézil, Le Problème des Centaures - Étude de mythologie comparée indo-européenne , 1929, publiée aux Annales du Musée Guimet
  • Hélène Gallé, « Avatars des Centaures : du mythe à la fantasy », Strenæ : recherches sur les livres et objets culturels de l'enfance, no 8 « Le nouveau pays des merveilles. Héritage et renouveau du merveilleux dans la culture de jeunesse contemporaine »,‎ (DOI 10.4000/strenae.1364, lire en ligne).
  • Henri Jeanmaire, Couroi et Courètes : essai sur l'éducation spartiate et sur les rites d'adolescence dans l'Antiquité hellénique, Lille, Bibliothèque universitaire, 1939.
  • (de) Georg Morawietz, Der gezähmte Kentaur : Bedeutungsveränderungen der Kentaurbilder in der Antike, Münich, Biering & Brinkmann, 2001. (ISBN 3-930609-27-4)
  • (en) Alex Scobie, « The Origins of "Centaurs" », dans la revue Folklore vol.89.2, 1978, p. 142–147.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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