Organe voméro-nasal

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Coupe de la cavité nasale d’un embryon humain long de 28 mm. L’organe de Jacobson est identifié à droite. Source : Henry Gray's Anatomy of the Human Body.
Cliquer sur l'image, pour voir (près des narines) les orifices de l'organe voméro-nasal de la salamandre tachetée

L’organe voméro-nasal ou « OVN » dont fait partie l'organe de Jacobson, a été découvert en 1811 par le danois Ludvig Jacobson[1]. C'est un organe tubulaire situé chez l'humain sous la surface intérieure du nez et spécialisé dans la détection des phéromones ou hormones sexuelles (le vomer est un os du nez, qui forme la partie postéro-inférieure du septum nasal de la cloison des fosses nasales).

Structure et rôle physiologique[modifier | modifier le code]

L'organe de Jacobson se retrouve chez tous les mammifères.

Le flehmen est une attitude caractéristique des mammifères lorsqu'ils se servent de leur organe voméro-nasal.

Une souris femelle impubère réagit (puberté avancée[2] avec augmentation de poids de l'uterus) à l'odeur de l'urine de mâle, sauf si l'on détruit le nerf voméronal[3],[4],[5]. Il semble important si ce n'est essentiel pour la reproduction de nombreux mammifères, qui est inhibée ou perturbée en cas de destruction de cet organe[6],[7]. Chez certains singes (et chez l'Homme), il semble permettre l'identification de signaux phéromonaux libérés par les glandes exocrines des aisselles[8].

Il est aussi présent chez les amphibiens et les reptiles (lézards, et serpents[9] qui lui amènent les odeurs récupérées par leur langue).

Fonction chez l'être humain[modifier | modifier le code]

La communication phéromonale a pris des chemins différents selon les espèces au cours de l'évolution [10]. Elle est reconnue chez la plupart des mammifères qui possèdent souvent un réseau de neurones dédiés à la perception des phéromones, associé à cet organe vomero-nasal[11], propre au décodage de ces hormones volatiles aéroportées[12].
L’être humain possède un organe voméro-nasal bien visible chez l'embryon et sous forme d'un système apparenté chez le fœtus[13], mais qui s'atrophie au cours de l'embryogenèse[14],[15] et qui ne semble pas jouer un rôle aussi prépondérant que pour d’autres espèces. Selon une revue d'études faite en 2004 par CJ. Wysocki & G. Preti G., « il y a suffisamment de preuves pour soutenir l'idée que l'épithélium olfactif peut répondre à des phéromones humaines »[16] à la place ou en complément de l'organe voméronasal atrophié chez l'Humain (les phéromones étant émises par les glandes exocrines des aisselles, certaines glandes exocrines associées aux poils de la région pubienne et peut être aussi par les sécrétions vaginales).

Deux écoles d’anatomistes s’affrontent à propos de l'organe voméro-nasal humain : l'une indique que cet organe est malgré tout fonctionnel et l’autre affirme qu’il ne s’agit que d’un reliquat de l’évolution.

  • L'école qui soutient que cet organe est fonctionnel (au moins pour la détection d'hormones stéroïdiennes[17]) attache une importance déterminante à son existence (comme à l'odorat et à la vision) pour expliquer l'adaptation aux diverses conditions de vie, en plus de l'instauration d'équilibres psychologiques eux aussi cruciaux. Divers auteurs estiment que l'importance des hormones dans l'odorat humain a été très ou trop sous-estimée[18]. Des études ont montré que les phéromones, très important dans le comportement animal (de nombreux mammifères y compris), ont encore un rôle non négligeable chez l’homme, pouvant constituer des signaux non verbaux capables de susciter des émotions ou des interactions sociales, point de vue notamment développé par Kohl & al.[19]dans une revue générale de neuroendocrinologie, puis par d'autres auteurs. Parmi environ un millier de gènes du système olfactif humain, 70 % sont qualifiés chez l’homme de pseudogènes[20] autrefois supposés non fonctionnels, mais ces gènes se sont montrés[21] fonctionnellement liés au complexe majeur d'histocompatibilité[22]. Le système olfactif pourrait ainsi être impliqué dans plusieurs problèmes physiopathologiques en partie au moins neuroendocrinien[23] dont l'anorexie mentale (dont une forme peut être induite chez l'animal de laboratoire, associée à une puberté retardée causée par la perception de phéromones[24]). Une dégradation de l'olfaction est un indicateur précoce de la maladie d'Alzheimer[25],[26]. Cet organe pourrait être impliqué dans le choix d'un homme par une femme[27] et dans les liens qui unissent une mère et son bébé[28].
    Des sécrétions axillaires s'avèrent capables d'influencer le cycle menstruel féminin[29], et le baiser pourrait peut-être être un moyen pour deux individus d'échanger des hormones en rapprochant leurs organes voméronasals[30].
  • La seconde école se base sur le fait que, chez l'adulte, il n'existe plus de neurones entre cet organe et le cerveau, tout en reconnaissant que des connexions neuronales sont présentes chez le fœtus et nécessaires à son développement cérébral[31].
  • Un troisième point de vue, intermédiaire estime que la communication phéromonale existe bien chez l'être humain[32], mais comme chez d'autres espèces[33], certains circuits neuronaux de l'olfaction pourraient chez l'humain compléter ou compenser l'organe voméro-nasal.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacobson, L. (1811). Description anatomique d’un organe observé dans les mammifères. Ann. Mus. Hist. Nat. Paris 18, 41 2-424. Johns, M. A., Feder, H. H., Komisaruk
  2. Vandenbergh, J. G. (1969). Male odor accelerates female sexual maturation in mice. Endocrinology 84, 658-660
  3. N Kaneko & al., Puberty acceleration in mice. II. Evidence that the vomeronasal organ is a receptor for the primer pheromone in male mouse urine ; Biology of …, 1980 - Soc Study Reprod (PDF, 6 pages)
  4. Reynolds, J. and Keverne, E. B. (1979). Accessory olfactory system and its role in the pheromonally mediated suppression of oestrus in mice. J. Reprod. Fert. 57, 3 1-35
  5. Wilson, M. C., Beamer, W. G. and Whitten, W. I. (1980). Puberty Acceleration in Mice. I. Dose- Response Effects and Lack of Critical Time Following Exposure to Male Mouse Urine. Biol. Reprod. 22, 864-872.
  6. Murphy, M. R. (1976). Olfactory impairment, olfactory bulb removal and mammalian reproduction. In: Mammalian Olfaction, Reproductive Processes and Behavior. (R. L. Doty, ed). Academic Press, New York. pp. 96-117
  7. Aujard F. 1997. Effect of vomeronasal organ removal on male sociosexual responses to female in a prosimian primate (Microcebus murinus). Physiol Behav 62:1003–1008.
  8. Baydar AE, Petrzilka M, Schott M-P. 1992. Perceptiom of characteristic axillary odors. Perf Flavor 17:2–9 (fiche inist/cnrs)
  9. Kubie, J. L. (1978). Roles of the vomeronassl and olfactory systems in courtship behavior of male garter snakes. J. Comp. Physiol. Psych. 92, 627-641.
  10. Swaney WT, Keverne EB (2005), The evolution of pheromonal communication ; Behav Brain Res. 2009 Jun 25; 200(2):239-47. Epub 2008 Oct 11
  11. Zufall F, Kelliher KR, Leinders-Zufall T. Pheromone detection by mammalian vomeronasal neurons. Microsc Res Tech. 2002 Aug 1; 58(3):251-60.
  12. Dulac C. (2000), Sensory coding of pheromone signals in mammals ; Curr Opin Neurobiol. 2000 Aug; 10(4):511-8.
  13. Boehm N, Gasser B, 1993. Sensory receptor-like cells in the human foetal vomeronasal organ. Neruroreport 4:867–870.
  14. Dominique Nazat, Naissance du nez ; Rev Orthop Dento Faciale Volume 19, Numéro 1, janvier 1985 pages23-32 DOI:http://dx.doi.org/10.1051/odf/1985004 ; en ligne 2010-03-30 Rev Orthop Dento Faciale 19 : 23-32, 1985
  15. Bhatnagar KP, Smith TD, Winstead W. 2002. The human vomeronasal organ: IV, incidence, topography, endoscopy, and ultrastructure of the nasopalatine recess, nasopalatine fossa, and vomeronasal organ. Am J Rhinol 16:343–350.
  16. Wysocki CJ, Preti G (2004), Facts, fallacies, fears, and frustrations with human pheromones ; Anat Rec A Discov Mol Cell Evol Biol. 2004 Nov;281(1):1201-11 (résumé)
  17. Berliner DL, Monti Bloch L, Jennings White C, Diaz Sanchez V. 1996. The functionality of the human vomeronasal organ (VNO): evidence for steroid receptors. J Steroid Biochem Mol Biol 58:259–265.
  18. Les phéromones : un moyen de communication sous-estimé dans l'espèce humaine J Frey - Annales de Biologie Clinique, 2003 (résumé)
  19. Kohl JV, Atzmueller M, Fink B, Grammer K. Human pheromones: integrating neuroendocrinology and ethology. Neuroendocrinol Lett 2001 ; 22 : 309-21.
  20. Rouquier S, Blancher A, Giorgi D. The olfactory receptor gene repertoire in primates and mouse: evidence for reduction of the functional fraction in primates. Proc Natl Acad Sci USA 2000 ; 97 : 2870-4.
  21. Buck L, Axel R. A novel multigene family may encode odorant receptors: a molecular basis for odor recognition. Cell 1991 ; 65 : 175-87.
  22. Montag S, Frank M, Ulmer H, Wernet D, Göpel W, Rammensee HG. “Electronic nose” detects major histocompatibility complex-dependent prerenal and postrenal odor components. Proc Natl Acad Sci USA 2001 ; 98 : 9249-54.
  23. Nicholson B. Pheromones cause disease: pheromone-odourant transduction. Med Hypotheses 2001 ; 57 : 361-77
  24. Nicholson B. Pheromones cause disease: the exocrinology of anorexia nervosa. Med Hypotheses 2000 ; 54 : 438-43.
  25. Lange R, Donathan CL, Hughes LF. Assessing olfactory abilities with the University of Pennsylvania smell identification test: a rasch scaling approach. J Alzheimers Dis 2002 ; 4 : 77-91
  26. Wedekind C, Seebeck T, Bettens F, Paepke AJ. MHC-dependent mate preferences in humans. Proc R Soc Lond B Biol Sci 1995 ; 260 : 245-9.
  27. Jacob S, Mac Clintock MK, Zelano B, Ober C. Paternally inherited HLA alleles are asociated with women’s choice of male odor. Nat Genet 2002 ; 30 : 175-9.
  28. Kaitz M, Good A, Rokem AM, Eidelman AI. Mothers’ recognition of their newborns by olfactory cues. Dev Psychobiol 1987 ; 20 : 587-91
  29. Cutler WB, Preti G, Krieger A, Huggins GR, Garcia CR, Lawley HJ. Human axillary secretions influence women’s menstrual cycles: the role of donor extract from men. Horm Behav 1986 ; 20 : 463-73
  30. Nicholson B. Does kissing aid human bonding by semiochemical addiction ? Br J Dermatol 1984 ; 111 : 623-7
  31. (en) Smith TD, Bhatnagar KP, « The human vomeronasal organ. Part II: prenatal development », Journal of Anatomy, vol. 197,‎ octobre 2000, p. 421–36 (DOI 10.1046/j.1469-7580.2000.19730421.x)
  32. Wysocki CJ, Preti (2004), Facts, fallacies, fears, and frustrations with human pheromones ; THE ANATOMICAL RECORD PART A 281A:1201–1211 (2004) ; Mol Cell Evol Biol. 2004 Nov; 281(1):1201-11.
  33. Hagino-Yamagishi K., Diverse systems for pheromone perception: multiple receptor families in two olfactory systems ; Zoolog Sci. 2008 Dec; 25(12):1179-89.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) LH Bannister, Fine structure of the sensory endings in the vomero-nasal organ of the slow-worm Anguis fragilis 1968 nature (résumé)
  • (en) ED Adrian, Synchronised activity in the Vomero-nasal nerves with a note on the function of the organ of Jacobsen ; Pflügers Archiv European Journal of Physiology, 1955 - Springer (Résumé)
  • (en) M Dubois-Dauphin & al., Relations somatotopiques entre la muqueuse olfactive et le bulbe olfactif chez le triton ; Brain Research, 1981 - Elsevier (résumé)
  • (en) H Altner & al., The ultrastructure of the vomero-nasal organ in reptilia ; Cell and Tissue Research, 1970 - Springer (résumé)
  • (en) Døving KB, Trotier D (November 1998). Structure and function of the vomeronasal organ. The Journal of Experimental Biology 201 (Pt 21): 2913–25. PMID 9866877, Texte intégral.
  • (en) Silvotti L, Moiani A, Gatti R, Tirindelli R (December 2007). Combinatorial co-expression of pheromone receptors, V2Rs. Journal of Neurochemistry 103 (5): 1753–63. DOI:10.1111/j.1471-4159.2007.04877.x . PMID 17854397.
  • (en) Keverne EB (October 1999). The vomeronasal organ. Science 286 (5440): 716–20. DOI:10.1126/science.286.5440.716 . PMID 10531049
  • (en) Meredith M (May 2001). Human vomeronasal organ function: a critical review of best and worst cases. Chemical Senses 26 (4): 433–45. DOI:10.1093/chemse/26.4.433. PMID 11369678
  • (en) Evans CS (June 2006). Accessory chemosignaling mechanisms in primates. American Journal of Primatology 68 (6): 525–44. DOI:10.1002/ajp.20250. PMID 16715503.
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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]