Ordre nouveau (mouvement)

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Ordre nouveau (forme courte du Centre de recherche et de documentation pour l'avènement d'un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturel[1]) était un mouvement politique français, nationaliste et d'extrême droite, actif entre 1969 et 1973 ; habituellement classé dans le courant néofasciste[2],[3],[4],[5],[6], il utilisait la croix celtique comme emblème. Le mouvement a participé à la création en 1972 du Front national, qui devait à l'origine en constituer la vitrine électorale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

L'histoire de la droite radicale française d'après-guerre est marquée par le mouvement Jeune Nation, fondé en 1949. Sa participation au lui vaut dissolution. Le mouvement décide de se relancer en créant un Parti nationaliste, mais celui-ci est interdit une semaine après sa fondation. Il existe alors aussi un Front national français, un Mouvement nationaliste étudiant, et, plus important, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), créée en 1960. Après la fin de la guerre d'Algérie, Dominique Venner, ancien cadre de JN et de la FEN, écrit en prison un opuscule qui va marquer la mouvance : Pour une critique positive. Cet opuscule convainc de nombreux militants d'abandonner les nostalgies, d'abandonner les méthodes terroristes de l'OAS, de la nécessité de créer une puissante organisation nationaliste et de celle d'élaborer une doctrine révolutionnaire pénétrant les masses. Avec le lancement de la revue Europe-Action, Dominique Venner réoriente la FEN selon ses vues. Mais ni Europe-Action ni le rassemblement autour de Jean-Louis Tixier-Vignancour pour l’élection présidentielle de 1965 n’arrivent à unifier une mouvance très hétérogène[7].

En 1964, un groupe de militants de la FEN, mécontent du peu d'activisme et de la ligne racialiste et fondamentalement antichrétienne de la Fédération, fait scission et donne naissance à un mouvement activiste et dynamique, le Mouvement Occident. Ses principaux cadres dirigeants sont Alain Robert, Gérard Longuet, Alain Madelin et François Duprat (exclu en ). Les militants d'Occident se lancent dans un activisme totalement débridé et désorganisé, et certaines équipées aventureuses aboutissent à son interdiction [7].

Création[modifier | modifier le code]

La disparition d'Occident fait apparaître de nombreux groupuscules concurrents, ainsi que le syndicat étudiant Groupe union droit (GUD, qui deviendra Groupe union défense), lancé par Alain Robert, et le groupe de rédaction de la revue L’Élite européenne. Ce sont ces deux derniers groupes qui vont rassembler environ 150 militants pour constituer un mouvement unitaire, qu'ils choisissent de nommer Ordre nouveau, en . Les premiers statuts sont déposés en préfecture sous le nom de « Centre de recherches et de documentation pour l’avènement d’un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturel »[7].

Il est créé en novembre 1969 par une équipe d'anciens adhérents du mouvement Occident (dont William Abitbol, Marie-Françoise David, Gérard Écorcheville, Hugues Leclère, Jack Marchal, Alain Robert), épaulés par des étudiants du GUD et rejoints à partir de par François Duprat. La première présidence fut confiée à l'avocat Jean-François Galvaire, qui démissionna de ce poste en .

La croix celtique, emblème d'Ordre nouveau et également de Jeune Nation.

Le credo d'Ordre nouveau était « la renaissance du patriotisme, la promotion d'une hiérarchie des valeurs, ainsi que la restauration familiale et éducative ». L'objectif proclamé était de constituer l'ossature d'un futur parti politique ayant vocation à rassembler l'opposition nationaliste de droite en jouant pleinement le jeu démocratique et en participant aux élections. Au cours de son deuxième congrès, les 10 et , le mouvement mit en pratique cette stratégie en adoptant une résolution qui donna naissance au Front national dans la perspective des élections législatives de .

Lors d'une réunion publique tenue à la salle de la Mutualité à Paris le sur le thème « Halte à l'immigration sauvage », de violents affrontements opposèrent des contre-manifestants d'extrême gauche appartenant à la Ligue communiste d'Alain Krivine aux forces de l'ordre. Bien qu'ayant été manipulé par la deuxième section des RG de Paris[8],[9], Ordre nouveau fut, tout comme la LC, dissous par décret du Conseil des ministres du 28 juin[10].

À la suite de cette dissolution, l'essentiel des cadres de l'ex-Ordre nouveau créent les Comités faire front (très brièvement Faire face, mais la dénomination était déjà utilisée par une association) qui donnèrent naissance, après la rupture avec le Front national, au Parti des forces nouvelles en novembre 1974.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • novembre 1969 : le mouvement est créé par une équipe d'anciens adhérents du mouvement Occident.
  •  : le journal L’Élite européenne affirme avoir en un an triplé son nombre d’abonnés pour arriver à 2 000 et disposer alors de plus d’une vingtaine de groupes de diffusion « dans tout le pays » [11],[12].
  • : Le groupe Pour une Jeune Europe, mené par Nicolas Tandler, qui avait participé à la fondation d'ON en 1969, et qui s'était maintenu en tant que fraction, claque la porte d’'Ordre Nouveau, l'accusant de « dérive droitière » et de se comporter en allié objectif du gouvernement[13],[12]. Par la suite, ce groupe apportera son soutien à des militants d'extrême gauche emprisonnés[14] et, le , prendra même part, aux côtés des mouvements maoïstes et trotskistes, à la contre-manifestation organisée contre le meeting d'Ordre Nouveau au Palais des Sports[15].
  • , Jean-Claude Nourry démissionne en dénonçant la collaboration tactique avec certains éléments du pouvoir dans la lutte contre le gauchisme[16],[17], il est exclu peu après[12].
  •  : ON atteint le cap des 750 militants[12]. Gabriel Jeantet intègre son bureau politique.
  •  : meeting d’Ordre nouveau au Palais des sports[Lequel ?], France-Soir titre sur une « Atmosphère néo-nazie »[18]. Les gauchistes de la LCR[19] « attaquent le meeting avec des boulons », selon l'ORTF[20] qui montre les « contre-manifestants gauchistes qui chargent » les CRS et causent par ailleurs la blessure de 80 personnes du service d'ordre, pourtant casqué et armés de longue lances à la japonaise[20], avec des images de guérilla urbaine en plein Paris. L'ORTF diffuse des images où le service d'ordre du meeting a amené aux CRS un gauchistes après « l'avoir sévèrement corrigé »[20].
  •  : le journal L’Élite européenne a désormais plus de trente groupes provinciaux [21],[12].
  • printemps 1971 : Ordre nouveau décide, selon les RG, de confier à François Duprat, Philippe Asselin et Christian de Bongain (dit Xavier Raufer) le lancement de son propre périodique[12].
  •  : un grand défilé rassemblant tous les nostalgiques de l’Algérie française prévu par ON, qui demande à Georges Bidault de lancer l’appel, tandis qu’il prendrait en charge collages et service d’ordre. Cela permet l’accord de participation de nombreux groupements, mais le défilé est finalement interdit[12].
  •  : les défilés anti-ON ne rassemblent que 400 personnes à Paris et 200 dans les cinq autres villes où ils ont lieu[12].
  • : ON aligne 400 manifestants dans un défilé de soutien à Minute dont les locaux viennent d’être plastiqués[12].
  •  : face à l'Union de la Gauche qui se dessine, François Duprat affirme que la prise du pouvoir par le Parti socialiste entraînerait un coup de force du PCF menant à l’instauration de la dictature[12].
  • 10 et  : résolution au congrès donnant naissance au Front national dans la perspective des élections législatives de .
  •  : meeting à la salle de la Mutualité à Paris le sur le thème « Halte à l'immigration sauvage », de violents affrontements opposent la Ligue communiste d'Alain Krivine, venu attaquer le meeting, aux forces de l'ordre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Lebourg, « Ordre nouveau, fin des illusions droitières et matrice activiste du premier Front national », Studia Historica. Historia Contemporánea, Vol. 30 (Derecha radical, fascismo y extrema derecha en Europa y América), 2012, p. 209.
  2. Joseph Algazy, L'extrême-droite en France de 1965 à 1984, L'Harmattan, 1989, 342 p. (ISBN 978-2738402295) p. 126.
  3. Pierre Milza, Fascisme français. Passé et présent, Flammarion, 2000, 465 p. (ISBN 978-2080812360) p. 337.
  4. Alexandre Dézé, Le Front national : à la conquête du pouvoir ?, Armand Colin, 2012, 194 p. (ISBN 978-2200275242) p. 28.
  5. Fiammetta Venner, Extrême France : les mouvements frontistes, nationaux-radicaux, royalistes, catholiques traditionalistes et provie, Grasset & Fasquelle, 2006, 518 p. (ISBN 978-2246666011) p. 104.
  6. Pierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite : jalons d'une analyse critique, Descartes et Cie, 1994, 425 p. (ISBN 978-2910301026) p. 200.
  7. a b et c Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Paris, Éditions Jean-Jaurès, , 122 p., p. 17-21
  8. Frédéric Charpier, Histoire de l'extrême gauche trotskiste : De 1929 à nos jours, Éditions 1, 2002, p. 263-266.
  9. Nicolas Lebourg, « Anatomie de la violence “révolutionnaire” d’extrême droite », Fragments sur les temps présents, 13 novembre 2013.
  10. « Il y a 40 ans, naissait le Front national », Libération, 5 octobre 2012.
  11. L’Élite européenne, de juillet 1970
  12. a b c d e f g h i et j Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Éditions de la Fondation Jean-Jaurès, 2014 [1]
  13. Le Monde, 16 septembre 1970
  14. Jean-Paul Gautier, de 1945 à nos jours, Paris, Syllepse, , 464 p. (ISBN 978-2-84950-215-0)
  15. Frédéric Charpier, Les plastiqueurs: Une histoire secrète de l'extrême droite violente, Paris, La Découverte, 375 p. (ISBN 978-2-707196-49-1)
  16. Le Monde, 4 février 1971
  17. Le Matin, 9 février 1971
  18. France-Soir, 10 mars 1971
  19. La Tribune de Genève, 11 mars 1971
  20. a b et c Archives INA [2]
  21. L’Élite européenne, avril 1971

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Témoignage[modifier | modifier le code]

Travaux[modifier | modifier le code]

  • Joseph Algazy, L'Extrême-droite en France de 1965 à 1984, éd. de L'Harmattan, 1989 ; rééd. 2000.
  • Frédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, éd. du Seuil, 2005.
  • « Ordre nouveau », dans Erwan Lecœur (dir.), Dictionnaire de l'extrême droite, Paris, Larousse, coll. « À présent », (ISBN 978-2-03-582622-0).
  • Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l'homme qui inventa le Front national, éd. Denoël Impacts, 2012.
  • Joseph Beauregard, Nicolas Lebourg et Jonathan Preda, « Aux racines du FN. L’histoire du mouvement Ordre nouveau », sur jean-jaures.org, [PDF], 2014.
  • Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Paris, Éditions Jean-Jaurès, 2014, 122 p.
  • Pauline Pico, Liaisons dangereuses. Les extrêmes-droites en France et en Italie (1960-1984), Presses universitaires de Rennes, 2016
    L'ouvrage pointe les passerelles militantes et intellectuelles entre Italie et France entre autres MSI- Ordine Nuovo et Ordre Nouveau.

Articles connexes[modifier | modifier le code]