Ordre de l'Écu d'or

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Hommage à Louis II de Bourbon, comte de Clermont-en-Beauvaisis[1].

L’ordre de l’Écu d’or est un ordre de chevalerie éphémère fondé en 1369 par Louis II, duc de Bourbon, peu après son retour de captivité en Angleterre.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ordre de l'Écu d'or fut institué le [2] par Louis II, duc de Bourbon, pour récompenser les principaux gentilshommes de sa principauté. Il aurait été ainsi nommé parce que l'insigne consistait en un médaillon ou écu d'or, sur lequel se voyait le mot allen.

La fondation de l'ordre est relatée par Jean Cabaret d'Orville dans deux chapitres de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon[3].

Cabaret d'Orville nomme quinze chevaliers qui reçurent cette distinction le jour de la fondation et précise qu'il y en eut plusieurs autres[4]. La liste semble donnée selon un ordre de préséance, au moins pour les trois premiers :

  • Henri de Montaigu, sire de La Tour (Henri Aycelin, fils de Gilles Aycelin et Mascaronne de La Tour).
  • Guichard Daulphin, seigneur de Jaligny, et de La Ferté-Chauderon, grand-maître des arbalétriers de France, sénéchal du Nivernais.
  • Griffon de Montaigu, frère d'Henri (Bernard de Montaigut, dit le Griffon de Montaigut).
  • Hugues de Chastellus, sire de Chastelmorand, père de Jean de Châteaumorand.
  • le sire de Chastel de Montaigne (Guillaume de Châtel-Montagne).
  • le sire de la Palice (Imbert de La Palice, sire de Lubié).
  • Guillaume de Vichi, sire de Busset, chambellan du duc.
  • Phelippes des Serpens (Philippe d'Isserpent, grand bailli d'Auvergne).
  • Lordin de Saligny (Jean Lourdin, seigneur de Saligny et de Randan).
  • le sire de Chantemerle (Pierre de Chantemerle).
  • Regnault de Baserne, sire de Champroux (Renaud de Bazarnes, de la maison de Toucy).
  • le sire de Veaulce (Pierre le Borgne de Veauce).
  • le sire de Blot (Jean de Chauvigny de Blot).
  • Guillaume de La Mothe (La Mothe Saint-Jean, près de Digoin).
  • Pierre de Fontenai, du pays de Berri (Fontenay, près de Germigny).

L'articulation de cet ordre avec celui de Notre-Dame du Chardon créé à l'occasion du mariage du duc, en 1371, avec Anne d'Auvergne, fille de Béraud II, dauphin d’Auvergne et de Jeanne de Forez, n'est pas claire : le second a-t-il remplacé le premier ? ont-ils fusionné ? ont-ils existé concurremment ? Ce qui est certain, c'est que ces ordres n'ont pas survécu à la mort de Louis II ; on n'en trouve plus de trace par la suite[5].

Quelques auteurs ont mis en doute l'existence de cet ordre et pensent que le bijou était simplement une pièce de plaisir que Louis II distribua aux seigneurs de sa cour à l'occasion du 1er janvier.

Allen, devise de l'ordre[modifier | modifier le code]

L'écu d'or qui était l'insigne de l'ordre portait la devise allen : « Et en celui escu d'or estait une bande de perles ou il avait escript : allen[6]. » Et le duc avait expliqué à ses chevaliers le sens profond de cette devise : « Allen est à dire : allons tous ensemble au service de Dieu, et soyons tous ung en la deffense de nos pays, et là ou nous porrons trover et conquester honneur par fait de chevalerie[7] ».

Si la signification générale de la devise voulue par le duc est bien claire, l'origine du mot Allen a été expliquée de plusieurs manières par les commentateurs. Pour Louis Moreri[8], qui consacre une entrée de son dictionnaire au mot Allen choisi par Louis II, c'est un « mot dont la signification n'est pas connue ». Pourtant, à la même époque, Jean-Marie de La Mure[9] déclare que le mot signifie, en forézien, « Allons », ce que réfute l'un de ses commentateurs, André Steyert[10]. Au XIXe siècle, Achille Allier[11] dit : « Le duc Louis avait rapporté cette devise d'Angleterre : allen, qu'on écrit aujourd'hui all, est un mot anglais qui signifie "tout" ». Valery Larbaud, quand il fait d’Allen le titre de l'un de ses romans (1927), se place dans les pas d'Achille Allier. Aujourd'hui, la plupart des historiens, comme André Leguai[12], rapprochent bien le mot de l'anglais all et le comprennent comme « tous », « tout ».

Allen a été choisi par Jean Cluzel comme nom de l'ensemble de prix annuels qu'il a fondé en 1985 pour récompenser des œuvres et des actions humaines remarquables en rapport avec le Bourbonnais[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Copie datant du XVIIe siècle d'un manuscrit de 1373-1376. Paris, BNF, Ms. Fr. 20082, fol. 71. Le duc et sa suite portent l'écusson d'or de l'ordre sur leur manteau bleu et blanc. Base Devise. Un écu d’or parfois associé au mot allen.
  2. Boulton, The Knights of the Crown (1987), p. 271 et suiv. Cette fondation a eu lieu un 1er janvier peu de temps après le retour de captivité du duc, en octobre 1366, mais les sources divergent sur l'année. François Sicard, Histoire des institutions militaires des Français, Corréard, , p. 34 : 1369.
  3. III.– Comment le duc de Bourbon donna à plusieurs chevaliers son ordre de l'Escu d'or, le jour de l'an… et IV.– Comment le duc de Bourbon expousa la signifiance de l'escu d'or aux chevaliers, et comment messire Phelipes des Serpens parla pour tous, et quelles paroles le duc lui répliqua. Édition Alphonse-Martial Chazaud, Paris, Renouard, 1876, p. 8-15 (en ligne).
  4. Achille Allier (L'Ancien Bourbonnais) et Simon de Coiffier Demoret (Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, Paris, Michaud, 1814 et 1816, 2 vol.) se sont efforcés d'identifier ces quinze chevaliers et proposent des noms pour ceux qui ne sont pas nommés.
  5. Olivier Troubat, op. cit.
  6. Jean Cabaret d'Orville, La chronique…, ch. III.
  7. Ibid., ch. IV.
  8. Le Grand Dictionnaire historique, édition de 1731, vol. I, p. 252 (en ligne).
  9. Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, en forme d'annales sur preuves authentiques, Paris, 1675, livre III, ch. IV (en ligne) : « L’an 1363, il institua un ordre de chevalerie qu’il appela de l’Écu d’Or, dont la devise était le mot Allen qui, au langage vulgaire forésien, signifie « Allons », comme si, par ce mot, il invitait ses chevaliers d’aller où l’honneur et la gloire appelait leur valeur. »
  10. Cependant Boulton, The Knights of the Crown (1987), p. 273, déclare encore : « apparently Bourbonnais dialect for allons ».
  11. L'Ancien Bourbonnais, I, p. 537.
  12. Le Bourbonnais pendant la guerre de Cent Ans, Moulins, Imprimeries réunies, 1969, p. 240.
  13. La Montagne, 2 octobre 2019 (en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • D'Arcy Jonathan Dacre Boulton, The Knights of the Crown: The Monarchical Orders of Knighthood in Later Medieval Europe, Woodbridge, The Boydell Press, 1987 ; 2e éd., 2000, p. 271-274 (en ligne).
  • Olivier Troubat, La guerre de Cent Ans et le prince chevalier. Le "bon duc" Louis II de Bourbon (1337-1410), Montluçon, 2 vol., 2001-2003 (thèse Lyon II, 1991).
  • Laurent Hablot, « La ceinture ESPÉRANCE et les devises des Bourbon », dans Espérance : le mécénat religieux des ducs de Bourbon à la fin du Moyen Âge, F. Perrot dir., Souvigny, 2001, p. 91-103.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]