Oratoire de Gallarus

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Oratoire de Gallarus, vue de trois quarts avant.

Situé sur le territoire du petit village de Baile na nGall sur la péninsule de Dingle, dans le comté de Kerry, en Irlande, l'oratoire de Gallarus (en anglais Gallarus Oratory) est un petit bâtiment en pierre présenté par l'antiquaire[1] Charles Smith, lors de sa « découverte » en 1756, comme église paléochrétienne du VIIe siècle mais dont la date a été remontée au XIIe siècle par l'archéologue et historien Peter Harbison (en) en 1970. On associe l'édifice généralement à la religion, en tant qu'église, chapelle funéraire ou abri pour pèlerins. Il constitue, au début du XXIe siècle, l'un des sites touristiques les plus visités de la péninsule de Dingle.

Origine et sens de la désignation[modifier | modifier le code]

Peter Harbison, qui mentionne l'existence de plusieurs interprétations quant à l'origine de l'appellation irlandaise de l'édifice, Gall Aras, s'aventure à proposer pour sa part le sens, « peu grammatical » mais « peut-être le plus simple », de « la maison ou l'abri pour étranger(s) » (The House or Shelter for Foreigner(s)). Il pense ne pas trop s'égarer en voyant dans ces étrangers « les pèlerins venant de l'extérieur de la péninsule »[2]. L'appellation en irlandais Séipéilín Ghallarais voudrait donc dire « chapelle de la place des étrangers ».

Cependant, pour le lexicologue Pádraig Ó Siochfhradha (en) (ou, de son nom de plume, An Seabhach), le nom renvoie non pas à une « maison pour les étrangers » mais à un « promontoire rocheux » (Gall-iorrus)[3].

Architecture[modifier | modifier le code]

Le fenestron à arc tiercé en plein cintre dans le pignon arrière (2007).
L'embrasure intérieure de l'entrée : deux lauses trouées, non visibles à cause du contrejour, sont fichées au-dessus du linteau (2007).

L'édifice, de plan rectangulaire, est formé de quatre encorbellements de pierre, deux longs (servant de gouttereaux), deux courts (servant de pignons), opposés deux à deux, jouant le double rôle de mur porteur et de voûtement. Au sommet de l'édifice se trouve une rangée de dalles qui viennent faire la liaison entre les deux gouttereaux et terminent de couvrir l'espace intérieur. Intérieurement, l'édifice mesure 4,65 m de long sur 3,10 m de large pour une hauteur de flèche de 4,25 m. Extérieurement, il fait 6,86 m de long sur 5,75 m de large.

Le matériau employé est du « grès brun provenant des falaises de la côte, qui se taille aisément et a une grande résistance » [4].

La maçonnerie est non pas en pierres sèches mais en pierres taillées (en parement, sur leurs faces de lit et leurs faces de joint) et assemblées avec une fine couche de mortier de chaux (non visible en parement)[5]. Les pierres ont été disposées avec un léger angle vers l'extérieur, empêchant l'infiltration de la pluie, technique qui a permis de conserver l'intérieur hors d'eau et en bon état. L'emploi d'un mortier de liaison se confirme par des traces blanchâtres aux interstices entre les pierres, à l'intérieur de l'édifice[6].

L'unique pièce est éclairée par une petite fenêtre réservée dans le pignon Est et terminée par un arc cintré à trois voussoirs (ou tiercé) à l'embrasure intérieure, et à deux voussoirs à l'embrasure extérieure. Le fenestron a vue sur le port de Ard na Caithne (anciennement Smerwick).

L'entrée, qui s'ouvre dans le pignon Ouest, est surmontée d'un double linteau. Dans son embrasure intérieure, deux pierres trouées sont fichées dans la maçonnerie au-dessus de l'arrière-linteau pour accueillir un système de fermeture. Une illustration publiée dans le guide vert « Irlande » de chez Gallimard[7], suggère, pour la fermeture, un abattant en bois articulé dans de grosses charnières en bois fixées dans les pierres trouées au-dessus du double linteau. Ce dispositif hypothétique s'oppose au système de fermeture classique de la porte intérieure, placée dans l'embrasure et articulée sur des gonds fichés dans un des côtés.

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

De petites saignées exploratrices furent conduites par T. Fanning en novembre 1970 pour le compte du Ministère des travaux publics irlandais : elles n'ont livré aucune trouvaille ni trace de caractéristiques ou d'activités susceptibles d'éclairer la période de construction et l'usage de l'oratoire[8].

Interprétations quant à l'usage et la date[modifier | modifier le code]

Église paléochrétienne[modifier | modifier le code]

L'inventeur (au sens de « découvreur ») de l'oratoire de Gallarus est un certain Charles Smith en 1756[9]. Il est à l'origine de l'interprétation du bâtiment comme étant une église paléochrétienne, construite au VIIe, correspondant à une periode de colonisation isolée de cette zone, bien qu'il n'existe aucun document qui en mentionne l'existence à une époque aussi haute[10]. Deux siècles et demi plus tard, cette interprétation est toujours celle livrée au grand public.

Peter Harbison explique cette interprétation en ces termes : pendant de nombreuses années, on a vu dans ce type d'oratoire un maillon architectural entre la cabane en pierre aux murs encorbellés et l'église en pierre aux murs verticaux, selon une conception toute darwinienne du passage du primitif à l'élaboré. Les oratoires de type Gallarus devaient donc être placés au début de l'évolution des églises, soit un peu avant le VIIIe siècle où apparaissent dans les annales irlandaises les premières mentions d'église en dur dans l'ouest de l'Irlande[11].

Église romane[modifier | modifier le code]

La présence de la petite fenêtre d'allure romane dans le pignon arrière, a fait dire à Peter Harbison (en 1970) que la date de construction était peut-être plus tardive : « la date de construction de l'oratoire de Gallarus est controversée mais elle pourrait être aussi basse que le XIe ou le XIIe siècle »[12],[13].

Chapelle funéraire privée[modifier | modifier le code]

Une troisième interprétation voit dans l'édifice une chapelle funéraire privée bâtie dans un cimetière. Elle s'appuie sur les dires du second « découvreur » du site, le Dr Richard Pococke, lequel rapporte ainsi la tradition orale concernant le bâtiment au milieu du XVIIIe siècle : « Près de cet édifice, on fait voir une tombe dont la croix comporte une tête, on l'appelle la tombe du Géant; selon la tradition, Griffith More fut enterré là, et comme on appelle l'édifice chapelle, il est probable qu'il fut édifié par lui ou sa famille sur le lieu de leurs sépultures »[14]. L'éventualité que l' « oratoire » de Gallarus soit tout simplement une chapelle funéraire privée du XVIIe siècle, éclaire d'un jour nouveau la morphologie et l'architecture de l'édifice. Avec pour seules ouvertures l'entrée à linteau droit dans le pignon ouest et le fenestron à couvrement cintré dans le pignon est, la bâtisse se conforme effectivement au stéréotype de la traditionnelle chapelle de cimetière[15]. Cette interprétation est renforcée par les dimensions intérieures de l'édifice : 4,65 m de long sur 3,10 m de large pour une hauteur de flèche de 4,25 m, soit à peine 14,4 mètres carrés.

Abri pour pèlerin(s)[modifier | modifier le code]

En 1994 et 1995, abandonnant l'idée d'une église du XIIe siècle et interprétant le toponyme Gallarus (Gall Aras) comme signifiant « la maison ou l'abri pour étranger(s) », Peter Harbison a émis l'hypothèse que l'oratoire était un abri pour pèlerins extérieurs à la péninsule et que son mode de construction était destiné à résister aux vents violents[16]. Il se serait agi d'un complexe compact lié à la vénération des saints, comparable aux sites fouillés de ce type que l'on rencontre dans la péninsule voisine d'Iveragh[17]. Cependant, on ne note à l'intérieur de l'édifice aucun foyer avec conduit de cheminée, aucune niche ou placard mural, aucun banc en pierre, c'est-à-dire aucun des aménagements indispensables à l'habitation humaine.

Visite[modifier | modifier le code]

Le centre historique lié à ce site est payant (comme pour beaucoup de sites historiques en Irlande).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Au sens ancien d'érudit s'intéressant aux antiquités.
  2. (en) Peter Harbison, Pilgrimage in Ireland : The Monuments and the People, Syracuse University Press, 1995, 224 p., p. 77 : « Various suggestions have been made to explain the Irish name, Gall Aras. If slightly ungrammatical, perhaps it is simplest to take it as meaning something like 'The House or Shelter for Foreigner(s'); we might not go too far wrong in seeing the foreigners as being those pilgrims who had come from outside the Peninsula. »
  3. (en) T. J. Barrington, Discovering Kerry: Its History, Heritage and Topography, Collins Press, 1999, 336 p. (originally published in 1976), p. 247 : « The name does not, according to An Seabhach, refer to a foreign settlement but to a rocky headland (Gall-iorrus) ».
  4. (en) Charles Smith, Antient and Present State of the County of Kerry, Dublin, 1956, p. 191 : « The stone is a brown free-stone, brought fromm the cliffs of the sea shore, which cuts readily and is very durable. »
  5. (en) Peter Harbison, « How old is Gallarus oratory ? A reappraisal of its role in early Irish architecture », dans Medieval Archeology, n° 14, 1970, pp. 34-59.
  6. (en) H. G. Leask, Irish Churches and Monastic Buildings, vol. I, Dundalk, 1955, p. 22 : « Though Gallarus is built without mlortar as a structural medium, mortar in not entirely absent from the building ; very fine lime mortar has been found filling the internal joints here and there  : an internal pointing to the stonework. It has also been observed filling small hollows in the inner faces of the vault, faces which were brought to a fair smooth finish with pick or punch by the builders ».
  7. Section « Les sites monastiques », p. 92.
  8. Peter Harbison, How old is Gallarus oratory, op. cit., pp. 57-58) : « Finally it should be mentioned that minor trial cuttings carried out by T. Fanning at Gallarus in November 1970, on behalf of the National Monuments Branch of the Office of Public Works, preparatory to drainage works on the site, yielded no finds or evidence of features or activity which might shed light on the period of construction and use of the oratory. ».
  9. (en) C. Smith, Antient and Present State of the County of Kerry, Dublin, 1756, p. 191.
  10. (en) The Grove Encyclopaedia of Medieval Art and Architecture, vol. 2, Colum P. Hourihane (ed.), OUP USA, 2012, 677 p., pp. 635-636 : « No historical information survives concerning either Gallarus or the nature of the Christian settlement there. »
  11. (en) Peter Harbison, Pilgrimage in Ireland: The Monuments and the People, Syracuse University Press, 1995, 256 p., p. 82 : « For many years, such oratories were seen as a halfway-house, architecturally, between the beehive hut and the church with upright walls, in what was seen as a Darwinian line of development from the seemingly primitive to the seemingly more sophisticated. In such a scheme, oratories of Gallarus type had to be placed at the beginning of church development, and therefore some time before the 8th century, when the first annalistic references to a stone chucrch in the eastern part of Ireland are found. »
  12. (en) Peter Harbison, Homan Potterton, Jeanne Sheehy, Irish art and architecture from prehistory to the present, Thames & Hudson, 1978, p. 68 : « The date of the building of Gallarus Oratory is a matter of dispute, but it could be as late as the eleventh or twelfth century. »
  13. Peter Harbison, « How old is Gallarus oratory ?, op. cit.
  14. (en) P. O. Maidin, 'Pococke's tour of south and south-west Ireland in 1758', in Journal of the Cork Historical and Archaeological Society, LXIV (1959), 35 ff., particularly 43, letter 14 : « Near this building they show a grave with a head at the cross of it and call it the tomb of the Giant; the tradition is that Griffith More was buried there, & as they call'd [it] a chapel, so probably it was built by him or his family at their burial place. »
  15. L'« oratoire » de Gallarus (Comté de Kerry, Irlande) : église primitive du haut Moyen Âge ou chapelle funéraire privée du XVIIe siècle ?, in L'Architecture vernaculaire, t. 18, 1994, pp. 45-47, en part. p. 45.
  16. (en) Peter Harbison, Pilgrimage in Ireland: The Monuments and the People, Syracuse University Press, 1995, 256 p., pp. 77-78.
  17. (en) Peter Harbison, « Early Irish Pilgrim Archaeology in the Dingle Peninsula », dans World Archaeology, n° 26, 1994, p. 90-103, spécialement p. 7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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