Orang Asli

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Orang Asli (« hommes des origines » en malais) est le nom sous lequel, en Malaisie, on désigne les populations aborigènes, distinctes des Malais et présentes avant l'arrivée de ces derniers dans la péninsule.

En 2000, les Semang étaient 3 200, les Senoi 49 000 et les « Malais aborigènes » 40 000, en augmentation par rapport au début des années 1970.

Les Orang Asli malaisiens vivent principalement dans les forêts de l'intérieur montagneux de la péninsule Malaise. Certains sont demeurés nomades et chasseurs-cueilleurs. La plupart parlent des langues môn-khmer, quelques groupes parlent des langues austronésiennes.

La position géographique de la péninsule Malaise la situait sur la route des migrations qui, il y a 40 000 à 60 000 ans, ont mené des hommes du continent asiatique vers l'Australie, à une époque où le niveau des mers était beaucoup plus bas qu'aujourd'hui et permettait le passage.

On suppose que les ancêtres des Orang Asli se sont établis le long de cette route. Les résultats d'analyses d'ADN menées jusqu'ici sur un certain nombre de populations aborigènes d'Asie du Sud-Est révèlent un tableau anthropologique extrêmement compliqué de la région, qui s'explique par le fait que c'était une voie de passage migratoire.

Article détaillé : Survival International.

La catégorisation officielle du gouvernement malaisien se fonde notamment sur phénotype. Elle distingue ainsi trois groupes :

Les Semang[modifier | modifier le code]

Un Batek allume du feu selon la méthode traditionnelle
Photo d'un Semang

Les Semang sont un peu plus de 3 500. Certains les considèrent physiquement et culturellement plus proches des autochtones andamanais que de leurs voisins Senoï. Toutefois, les résultats de récentes recherches génétiques réfutent l’idée d’une ascendance commune entre les Semang, les Andamanais et les Aeta des Philippines.

En tout cas, comme leurs voisins Senoi, les Semang parlent des langues môn-khmer vraisemblablement introduites par des vagues ultérieures de migration il y a peut-être 7 000 ans. Puis il y a environ 4 000 ans, des peuples de langue austronésienne ont repoussé ces populations vers l'intérieur.

On pense qu'un certain nombre de mots semang reflètent un substrat plus ancien que le môn-khmer. Le linguiste Timothy Usher[1] a noté en 2003 une intéressante correspondance entre 2 mots de la langue semang et 2 mots des îles Andaman :

  • Semang : jebeg = "mauvais", andamanais méridional : jabag qui a le même sens
  • Semang : jekob = "serpent", grand andamanais : jagba = "tortue" .

Outre la similitude des mots, on remarquera que le passage, en semang, de jebeg à jekob se fait par métathèse, c'est-à-dire inversion des consonnes, tout comme en andamanais le passage de jabag à jagba.

Les Semang montrent une assez fort homogénéité génétique, avec « une ascendance profonde au sein de la péninsule malaise, datant de la première colonisation depuis l'Afrique, il y a plus de 50 000 ans[2] ».

La classification malaisienne officielle distingue :

Les Senoi[modifier | modifier le code]

Senoi des Cameron Highlands jouant de la flûte nasale
Supplétifs de la Senoi Praaq, formée de Senoi et chargée de la lutte contre la guérilla communiste (photo prise en 1953)

Les Senoi sont un peu plus de 60 000. Ils parlent également des langues môn-khmer.

L'analyse génétique des Senoi montre que ceux-ci « semblent être un groupe composite, avec environ la moitié des lignées maternelles remontant aux [mêmes] ancêtres [que les] Semang, et l'autre moitié [venant] d'Indochine. Ceci est en accord avec l'hypothèse selon laquelle ils sont des descendants [partiels] des premiers agriculteurs austroasiatiques, qui ont apporté tant leur langue que leur technologie à la partie sud de la péninsule [malaise] il y a environ 4 000 ans, et se sont mélangés avec la population autochtone[2] ».

La classification malaisienne officielle distingue :

  • Temiar : au nombre de 14 000 à 20 000, ils vivent encore pour la plupart en forêt. Leur économie repose sur la culture sur brûlis, la pêche, la chasse et le commerce avec leurs voisins. Leur langue est de la famille môn-khmer.
  • Semai
  • Semoq Beri
  • Jah Hut
  • Mah Meri : encore appelés Besisi, Orang Bukit ("gens des collines") ou Sakai.
  • Chewong.

Les "Proto-Malais"[modifier | modifier le code]

Au nombre de près de 50 000, on les appelle ainsi parce qu'ils parlent des langues du groupe dit "malais" des langues malayo-polynésiennes de la famille austronésienne, à l'exception des Semelai, qui parlent une langue môn-khmer du groupe senoïque.

Le terme "proto-malais" vient d'une ancienne distinction, aujourd'hui abandonnée, des populations austronésiennes qui se sont installées dans l'archipel indonésien et la péninsule malaise, entre une première "vague", les "Proto-Malais", et un deuxième vague, les "Deutéro-Malais".

La classification malaisienne officielle distingue :

Démographie[modifier | modifier le code]

Non compris ceux qui vivent dans des zones réservées, qui seraient plus de 20 000
Population (2000)[3]
Semang Senoi "Proto-Malais"
Batek (1 519) Chewong (234) Jakun (21 484)
Jehai (1 244) Jah Hut (2 594) Orang Kanaq (73)
Kensiu (254) Mah Meri (3 503) Orang Kuala (3 221)
Kintaq (150) Semai (34 248) Orang Seletar (1 037)
Lanoh (173) Semaq Beri (2 348) Semelai (5 026)
Minriq (167) Temiar (17 706) Temuan (18 560)
3 507 60 633 49 401
Total: 113 541

Langues[modifier | modifier le code]

Les Semang et les Senoi parlent des "langues asliennes", un groupe de la branche môn-khmer des langues austroasiatiques. Les linguistes distinguent 4 sous-groupes :

La plupart des "Proto-Malais" parlent des langues du groupe dit "malais aborigène", sauf les Orang Kuala, qui parlent une langue du groupe para-malais, et les Semelai, qui parlent une langue aslienne, et non une langue austronésienne.

Groupe linguistique Semang Senoi Non classé "Proto-Malais"
Jah Hut Jah Hut
Aslien septentrional Batek, Jehai, Kensiu, Kintaq, Minriq Chewong Mintil
Senoïque Lanoh Semai, Temiar Sabüm, Semnam
Aslien méridional Mah Meri, Semaq Beri Semelai
Malais aborigène Jakun, Orang Kanaq, Orang Seletar, Temuan
Para-malais Orang Kuala

On voit que :

  • La distinction entre "Semang" et "Senoi" ne recoupe pas la distinction linguistique entre les 4 sous-groupes aslien. En particulier les Lanoh, qui parlent une langue senoïque, sont classés « Semang ».
  • Tous les groupes qui parlent une langue malais aborigène sont classés « proto-malais » mais les Semelai, eux aussi classés « proto-malais », parlent en fait une langue aslienne et les Orang Kuala, une langue du groupe dit « para-malais ».

Le classement officiel en « Semang », « Senoi » et « Proto-Malais » ne correspond donc pas à la réalité linguistique.

Articles détaillés : Langues asliennes, Malais aborigène et Para-malais.

Les Orang Asli et le peuplement de l'Asie du Sud-Est[modifier | modifier le code]

Les Orang Asli présentent une étonnante diversité de phénotypes, alors qu’ils ne représentent que 0,5 % de la population de la péninsule malaise. L’étude de leur histoire génétique devrait fournir des éléments importants sur la préhistoire de l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et son peuplement.

Les premières théories sur l'origine des Orang Asli apparaissent à l’époque coloniale, où on les présente comme les vestiges d’une succession de vagues de peuplement avant l’arrivée des Malais, le groupe dominant.

La péninsule malaise et le nord de l’île de Sumatra constituent la partie la plus méridionale de la culture de Hoa Binh de l’Indochine et du sud de la Chine de la fin du Pléistocène au milieu de l’Holocène (l'époque géologique s'étendant sur les 10 000 dernières années), caractérisée par une économie de chasse et de cueillette. Dans la péninsule malaise, le Néolithique se traduit par l’apparition, il y a 4 000 ans, de la poterie et d’objets en pierre polie semblables à ceux de la culture Ban Kao. On ne peut toutefois en déduire que les ancêtres des Semang ou des Senoi soient liés à la culture Hoa Binh de la péninsule.

Carte illustrant la théorie traditionnelle du peuplement de la péninsule malaise

La théorie traditionnelle des couches supposait des vagues successives de peuplement par les Semang, puis les Senoi, puis ce que l'anthropologue américain Geoffrey Benjamin appelle les « Malais aborigènes ». Sur la base d’une anatomie superficielle et de leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs, les Semang étaient rattachés aux Aeta des Philippines et aux Andamanais, avec les Mélanésiens, les Aborigènes de Tasmanie et certains groupes aborigènes d'Australie des forêts humides tropicales, dans l'ensemble négrito. On pensait que les Négritos étaient venus d’Afrique et avaient peuplé l’Asie du Sud-Est avant de coloniser le sud-ouest du Pacifique.

La deuxième vague, les Senoi, était censée venir d’Asie du Sud, avec les Veddas et autres chasseurs-cueilleurs de petite taille d’Asie du Sud, les Toala' du sud de Sulawesi en Indonésie et les Aborigènes d’Australie.

L’arrivée des Malais aborigènes était censée constituer la première vague « mongoloïdes » dans la péninsule, dans le cadre de la colonisation de l’archipel philippino-indonésien par les « Proto-Malais » à la peau claire et aux cheveux raides. L’arrivée qui a suivi des « Deutéro-Malais » constituait alors une colonisation par les Malais proprement dits. Cette théorie a été démontée par différents anthropologues.

Benjamin distingue 3 groupes d’Orang Asli. Cette distinction repose d’abord sur l’existence de 2 groupe linguistiques : les langues asliennes, un rameau des langues môn-khmer dans la famille austroasiatique, et ce qu’il considère être des dialectes du malais, qui est une langue austronésienne. Il caractérise les Semang par leurs langues asliennes septentrionales, une organisation en petits groupes, la chasse et la cueillette dans les forêts humides, une société égalitaire, un lignage patrilinéaire, et par un phénotype « négrito ». Les Senoi, dont les représentants typiques sont les Semai et les Temiar, sont caractérisés par leurs langues asliennes centrales, une agriculture sur brûlis en haute altitude, un habitat en maison longue, une société égalitaire, cognatic descent, et un phénotype allant de négrito à « mongoloïde ». Enfin, l’ensemble « malais aborigène » se caractérise par ses dialectes malais, à l’exception des Semelai de langue aslienne méridionale, une société hiérarchisés, un savoir-faire dans la collecte et la vente de produits de la forêt humide, une résistance à l’islam et autres éléments de l’identité malaise, et un phénotype « mongoloïde ».

L’anthropologue australien Peter Bellwood ramène le nombre de migrations à deux. Il avance en outre une explication sur la façon dont ces migrations ont pu avoir lieu et leur relation à la répartition linguistique. Il s’appuie sur l’avantage qu’offre une économie agraire pour nourrir une population importante. Les Négritos d’Asie du Sud-Est, y compris les Semang, seraient selon lui les descendants de chasseurs-cueilleurs « australo-mélanésiens » originaux de l’Asie du Sud-Est.

Les langues austroasiatiques et austronésiennes sont originaires du sud de la Chine et ont été introduites en Asie du Sud-Est au milieu de l’Holocène avec l’expansion d’agriculteurs néolithiques de phénotype mongoloïde. Les Austroasiatiques ont suivi une voie terrestre vers le sud, alors que les Austronésiens ont suivi une route insulaire passant par Taiwan, les Philippines, l’Indonésie et la péninsule malaise. Les contacts entre immigrants agriculteurs et autochtones chasseurs-cueilleurs se seraient traduits d’une part par un phénotype mixte chez certains groupes, notamment les Senoi, et d’autre part par un passage linguistique des Semang à des langues môn-khmer.

D’autres chercheurs expliquent les différences entre les groupes d’Orang Asli comme un produit de différenciation locale. A. T. Rambo estime que Semang et Senoi auraient les mêmes ancêtres mais se seraient différentiés par adaptation à des environnements différents. A. G. Fix voit dans les 3 groupes de Benjamin: Semang, Senoi et « Malais aborigènes » le résultat de modes de vie divergents mais complémentaires, après s’être installés il y a environ 5 000 ans.

Une équipe d’anthropologues et de biologistes de plusieurs universités australienne, britanniques et malaisienne a fait une analyse de l’ADN mitochondrial de la région portant sur des représentants des trois groupes officiels d’Orang Asli : les Semang, les Senoi et les « Malais aborigènes ».

Cette étude conclut que les Semang ont une présence ancienne dans la péninsule, remontant aux premières vagues de peuplement à partir de l’Afrique il y a plus de 50 000 ans. Les Senoi apparaissent comme étant un groupe mélangé, avec des lignages maternels provenant en gros pour moitié des mêmes ancêtres que les Semang et pour moitié d’Indochine. Ceci correspond avec l’hypothèse qu’ils sont les descendants des premiers agriculteurs de langue austroasiatique, qui sont venus dans le sud de la péninsule il y a 4 000 ans avec leur langue et leurs techniques et se sont mélangés aux populations indigènes. Les « Malais aborigènes » sont un groupe plus divers. Bien que leurs langues les relient aux populations d’Asie du Sud-Est insulaire, ils s’en distinguent par leur haplogroupe, qui suggère plutôt des ancêtres indochinois de l’époque de la glaciation de Würm qui se seraient ensuite dispersés au début l’Holocène à travers la péninsule et l’archipel. La génétique révèle néanmoins des haplogroupes propres à la péninsule malaise provenant directement de lignages remontant à 60 000 ans. Les Semang semblent être les descendants les plus directs des habitants originaux de la péninsule. Toutefois, les liens génétiques entre les différents groupes Semang ne montrent pas de corrélation avec les classifications linguistiques.

Carte classant les Orang Aslie parmi les Négritos

Surtout, la génétique réfute l’idée d’une ascendance commune entre les Semang, les Andamanais et les Aeta des Philippines. Pour les « Malais aborigènes », la génétique suggère une origine indochinoise, avec une dispersion au début de l’Holocène vers le sud à travers la péninsule malaise vers l’Asie du Sud-Est insulaire. Ceci va à l’encontre de l’idée dominante que les « Malais aborigènes » ne seraient arrivés dans la péninsule depuis l’Asie du Sud-Est insulaire qu’au milieu de l’Holocène, dans le cadre de l’expansion des Austronésiens dans l’archipel.

Mais la découverte la plus frappante est le fait que près de la moitié des lignages maternels des Senoi pourraient remonter à une origine indochinoise il y a quelque 7 000 ans. Ceci concorde avec le point de vue que le Néolithique a été introduit dans la péninsule malaise par des populations du centre de l’actuelle Thaïlande liées à la culture néolithique Ban Kao, qui se seraient mélangés à des populations indigènes pour produire les ancêtres des actuels Senoi. Ces populations pourraient avoir introduit des langues austroasiatiques dans la péninsule.

On pourrait ainsi distinguer au moins 4 événements concernant les Orang Asli :

  • Il y a plus de 50 000,
  • Il y a 10 000 ans,
  • Au milieu de l’Holocène,
  • À la fin de ce dernier.

Toutefois, on ne pourrait plus considérer que nous avons affaire à des vestiges inchangés de populations premières. Les 3 groupes d’Orang Asli paraissent avoir une présence qui remonte à 50 000 ans, et ont été plus ou moins touchés par des migrations ultérieures dans la péninsule. L’évolution des 3 groupes semble avoir d’abord été un processus local depuis au moins le début de l’Holocène, même s’il y a eu des apports extérieurs, en provenance du nord dans le cas des Senoi et des « Malais aborigènes », et en outre pour ces derniers, de l’Asie du Sud-Est insulaire.

Les Orang Asli pourraient représenter un processus démographique plus général à l’Asie du Sud-Est :

  • Une première occupation qui remonterait à 50 000 ans avant le présent,
  • Des arrivées à la fin de l’âge glaciaire et au début de l’Holocène,
  • Des migrations au Néolithique, qui pourraient inclure une diffusion linguistique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bellwood, Peter (éd.), Ian Glover, Southeast Asia, From Prehistory to History, 2004
  • Evans, I. H. N., The Negritos of Malaya, Cambridge, 1937
  • Hill, Catherine, Pedro Soares, Maru Mormina, Vincent Macaulay, William Meehan, James Blackburn, Douglas Clarke, Joseph Maripa Raja, Patimah Ismail, David Bulbeck, Stephen Oppenheimer et Martin Richards, Phylogeography and Ethnogenesis of Aboriginal Southeast Asians, 2006

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Weber, George, The Andamanese and other Negrito-like people and the Out-of-Africa Story of the human race
  2. a et b « Phylogeography and Ethnogenesis of Aboriginal Southeast Asians », article publié en 2006 dans Molecular Biology and Evolution, par Catherine Hill, Pedro Soares, Maru Mormina, Vincent Macaulay, William Meehan, James Blackburn, Douglas Clarke, Joseph Maripa Raja, Patimah Ismail, David Bulbeck, Stephen Oppenheimer, Martin Richards.
  3. « Orang Asli Population Statistics », Center for Orang Asli Concerns (consulté en 2008-02-12)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]