Opicinus de Canistris

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Opicinus de Canistris
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Opicinus de Canistris, né le à Lomello près de Pavie et mort vers 1353 à Avignon, est un prêtre, écrivain et artiste italien. Son œuvre, redécouverte progressivement au cours du XXe siècle, consiste principalement en deux manuscrits illustrés conservés à la Bibliothèque Apostolique Vaticane. Elle fait l'objet d'interprétations contradictoires. Si certains chercheurs le cantonnent dans la catégorie d'un artiste psychotique (E. Kris, M. Laharie, G. Roux), d'autres travaux tentent d'en donner une vision plus complexe (V. Morse, K. Whittington, S. Piron).

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est surtout connue par les écrits et dessins d’Opicinus lui-même, car son œuvre constitue une vaste autobiographie délirante qu’il convient de décoder.

En Italie septentrionale (1296 - 1329)[modifier | modifier le code]

Opicinus de Canistris naît à Lomello (en Lombardie, près de Pavie) le 24 décembre 1296. Sa famille, bien connue à Pavie, milite dans le camp des guelfes opposés aux gibelins.

À partir de six ans, il va à l’école. Puis il étudie de manière classique les arts libéraux et acquiert progressivement une formation éclectique à caractère encyclopédique. Il montre un intérêt précoce pour l’enluminure. Il occupe quelques emplois temporaires pour aider matériellement sa famille.

La prise de Pavie par les gibelins le 8 octobre 1315 oblige la famille de Canistris à s’exiler à Gênes pendant trois ans. Opicinus prend alors ses distances avec le parti guelfe, d’autant plus qu’il perd alors son père et un de ses jeunes frères.

À Gênes, il approfondit ses connaissances théologiques et bibliques et il développe son talent pour l’enluminure. Il a peut-être l’occasion de voir les premières « cartes marines » (appelées à tort « portulans »).

Revenu à Pavie (1318), Opicinus fait les études requises pour devenir prêtre. À partir de 1319, il écrit des traités religieux. Il est ordonné à Parme le 27 février 1320 et obtient en 1323 une modeste cure à Pavie (Santa Maria Capella).

En 1328, après avoir rédigé un traité affirmant la supériorité du pape sur l'empereur (De preeminentia spiritualis imperii), il s'enfuit de Pavie, occupé par les armées de Louis de Bavière et trouve refuge à Valenza en Piémont.

À Avignon (1329 – vers 1353)[modifier | modifier le code]

Parvenu à Avignon (avril 1329) où se trouve alors la cour pontificale, Opicinus nourrit à nouveau des ambitions, avec l'aide d'un réseau guelfe lombard. Il se fait remarquer par le pape Jean XXII et écrit plusieurs traités, dont le De laudibus civitatis Papiensis., description de la ville de Pavie réalisée de mémoire.

Il obtient un poste de scribe à la Pénitencerie apostolique le . Mais cette nomination est contestée par le nouvel évêque de Pavie qui lui intente un procès devant la Rote romaine.

Le 31 mars 1334, Opicinus est victime d'une "maladie" dont il émerge au bout d’une quinzaine de jours. Les descriptions qu'il en fait (léthargie, paralysie du bras droit temporaire, amnésie) peuvent laisser place à différentes interprétations. Parler de "bouffée délirante" et de "psychose" n'est

Il reprend ses fonctions de scribe en mai 1334 en bénéficiant de la tolérance de son entourage. En 1335, il commence à dessiner, notamment des cercles et des cartes, sur différents supports. Ses premières grandes planches sur parchemin du Palatinus latinus 1993 peuvent être datées de la fin 1335. Au cours de l'année 1337, il tient un registre personnel, le Vaticanus latinus 6435.

Il meurt après l’élection du pape Innocent VI, en 1352. En août 1355, un juriste originaire d'un village proche de Pavie, sans doute son logeur, s'acquitte du droit de dépouilles des biens laissés par Opicinus.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les écrits antérieurs à 1334[modifier | modifier le code]

  • 1319 : Liber metricus de parabolis Christi ;
  • 1320 : De decalogo mandatorum ;
  • 1322 : traités religieux ;
  • 1324 : Libellus dominice Passionis secundum concordantiam IIII evangelistarum ;
  • 1329 : De paupertate Christi, De virtutibus Christi, Lamentationes virginis Marie, De preeminentia spiritualis imperii ;
  • 1330 : Tractatus dominice orationis, Libellus confessionis, De laudibus Papie ;
  • 1331 : Tabula ecclesiastice hierarchie ;
  • 1332 : De septiloquio virginis Marie ;
  • 1333 : De promotionibus virginis Marie.

Il s’agit de traités dépourvus de dessins et connus de l’entourage de l’auteur. Seuls le De preeminentia spiritualis imperii (La primauté du pouvoir spirituel) et le De laudibus Papie (Éloge de Pavie) nous sont parvenus sous forme de copies[1].

L’œuvre postérieure à 1334[modifier | modifier le code]

Elle se compose de deux manuscrits dépourvus de titre, écrits et dessinés par Opicinus à l’insu de son entourage. Sans doute récupérés au titre du droit de dépouille, les originaux sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque apostolique vaticane ; ils n'ont jamais été observés avant le XXe siècle.

Le manuscrit Vaticanus latinus 6435[modifier | modifier le code]

Opicinus l'a rédigé entre juin et novembre 1337 et y a ensuite inséré des addita (le dernier en décembre 1352). Identifié par Roberto Almagià pendant la Deuxième Guerre mondiale, ce manuscrit a récemment fait l’objet d’une édition-traduction complète par Muriel Laharie, médiéviste, et de diverses études par Guy Roux, psychiatre. Leur interprétation est cependant contestée, notamment par un livre de l'historien Sylvain Piron qui pointe des contresens et des erreurs de traduction.

Le Vaticanus se présente sous la forme d’un codex de papier de 87 folios, avec seulement des textes écrits dans la première moitié, des textes et des dessins (à base souvent cartographique) dans la deuxième moitié. L’ensemble est très dense. Ce codex s’apparente à un journal rédigé dans l’ordre chronologique. Ses cartes anthropomorphes en couleurs du bassin méditerranéen, précises et curieusement agencées, mettent en scène des personnages, des monstres et des animaux.

Le manuscrit Palatinus latinus 1993[modifier | modifier le code]

Identifié en 1913 par Fritz Saxl, ce manuscrit a fait l’objet d’une étude de Richard Salomon publiée en 1936, qui contient une édition partielle du document et commentaires. Il est composé de 52 grandes planches en couleurs, réalisés sur parchemin (utilisées le plus souvent au recto comme au verso) et couverts de notes. M. Laharie et G. Roux affirment que le Palatinus est postérieur au Vaticanus. En réalité, seule deux planches sont tardives, datées de 1350 et liées au jubilé proclamé cette année. L'essentiel des autres planches paraît remonter aux années 1335-1336, comme le pensait déjà R. Salomon ; elles sont donc antérieures au Vaticanus. Les dessins sont extrêmement complexes, comprenant une majorité de cercles ou ellipses garnis de citations bibliques, de calendriers et de séries variées (signes du zodiaque, planètes, prophètes, apôtres, métaux etc) ; une carte, complète ou embryonnaire, sous-tend fréquemment le dessin ; des personnages, parfois emboîtés les uns dans les autres, complètent le dispositif.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De preeminentia spiritualis imperii (1329). Voir R. Scholz, Unbekannte Kirchenpolitische Streischriften aus der Zeit Ludwig des Bayern (1327-1354), Rome, Verlag von Loescher et Cie, tome 1, 1911, p. 37-43, et tome 2, 1914, p. 89-104. De laudibus civitatis ticinensis (1330). Voir F. Gianani, dans Opicino de Canistris, l’Anonimo Ticinese, Pavie, EMI, 1996, p. 73-121 ; et D. Ambaglio, Il libro delle lodi della città di Pavia, Pavie, 1984.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • S. Piron, Dialectique du monstre. Enquête sur Opicino de Canistris, Bruxelles, Zones sensibles, 2015, 208 p.
  • M. Laharie, Le journal singulier d’Opicinus de Canistris (1337 - vers 1341), Cité du Vatican, Bibliotheca Apostolica Vaticana, 2008, 2 tomes, LXXXVIII + 944 p., 47 ill.
  • M. Laharie, « Une cartographie ‘à la folie’ : le journal d’Opicinus de Canistris », dans Mélanges de l’École française de Rome (Moyen Âge), École française de Rome, 119, 2, 2007, p. 361-399.
  • G. Roux, Opicinus de Canistris (1296 - 1352), prêtre, pape et Christ ressuscité, Paris, Le Léopard d’Or, 2005, 484 p.
  • G. Roux, Opicinus de Canistris (1296 - 1352), Dieu fait homme et homme-Dieu, Paris, Le Léopard d’Or, 2009, 310 p.
  • G. Roux et M. Laharie, Art et Folie au Moyen Âge. Aventures et Énigmes d’Opicinus de Canistris (1296-1351 ?), Paris, Le Léopard d’Or, 1997, 364 p., 94 ill.
  • Sylvain-Karl Gosselet, "L'allégorie de l'Europe chrétienne à l'époque moderne", dans D'Europe à l'Europe I, le mythe d'Europe dans l'art et la culture de l'antiquité au XVIIIème siècle, Actes du colloque tenu à l'ENS Paris, Tours, 1998, pp. 173–182.
  • D. Hüe, « Tracé, écart : le sens de la carte chez Opicinus de Canistris », Colloque d'Orléans, Terres Médiévales, sous la direction de B. Ribémont Avril 1990, Éd. Klincksieck, coll. Sapience, 1993 p. 129-158 ;
  • D. Hüe « Pour la lettre et pour le trait : Formes et formation de l'Europe », Colloque d'Orléans, De la Chrétienté à l'Europe, Mai 1993, éd. Paradigme, 1995, p. 105-131.
  • R.G. Salomon, Opicinus de Canistris. Weltbild und Bekenntnisse eines Avignonesichen Klerikers des 14. Jahrunderts, Londres, The Warburg Institute, 1936, 2 tomes ; réimpr. Lichtenstein, Kraus Reprints, 1969, 292 p. + 89 ill.
  • P. Tozzi, Opicino e Pavia, Pavie, Libreria d’Arte Cardano, 1990, 76 p.