Ophélie

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Ophélie par Alexandre Cabanel.

Ophélie est un personnage de fiction de la tragédie d’Hamlet, l'une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. Dans cette tragédie, elle est la fille de Polonius et la sœur de Laërte. Elle sombre dans la folie et meurt, par accident ou par suicide, lorsque Hamlet (son amant qui l’a délaissée) assassine son père. Sa mort est relatée par la reine dans la scène 7 de l’acte IV.

Ophélie a également servi de source d'inspiration à des peintres, écrivains, poètes, dont Arthur Rimbaud dans un de ses poèmes.

Ophélisation[modifier | modifier le code]

Gaston Bachelard parle de l'ophélisation d’une ville entière à propos du roman de Georges Rodenbach Bruges-la-Morte. L'auteur a choisi de projeter ses états d’âme sur Bruges car Bruges, selon lui, est le prototype même de la ville morte, jadis si brillante, mais qui connaît une fin de vie abandonnée. Elle est donc à l’image du héros : elle est demi-fantôme et survit par une illusion, car seuls demeurent ses monuments pour attester de son antique richesse, comme demeure seule pour Hugues Viane la chevelure de la morte. Cette idée de la Ville-Narcisse va être soulignée par le jeu de reflets que Rodenbach met en place tout au long du récit. Il n’est pas non plus innocent d’avoir choisi une ville d’eau. L’auteur va jouer sur les valeurs métaphoriques de la noyade, du naufrage et du côté mortifère de ces eaux croupies; thèmes mélancoliques propres au symbolisme.

Gaston Bachelard analyse ce qu'il appelle le complexe d'Ophélie, il constate que, même s'ils n'ont rien de réalistes, certains éléments sont indissociablement liés, dans l'imaginaire, au mythe d'Ophélie : elle est toujours représentée au clair de Lune, avec des fleurs, sa chevelure et sa robe étalées autour d'elle, flottant sur l'onde, paisible, semblant plus endormie que morte.

On peut également retrouver les mythèmes de la figure d'Ophélie, tels que la beauté virginale de la jeune noyée (sa chevelure, sa robe comme un voile, les fleurs qui l'entourent ainsi que la mise en scène de ses noces, qui seront malheureusement des noces funèbres), l'élément aquatique (des eaux fluviales, l'image de la nymphe, de la naïade associée à la jeune femme et la notion d'ambivalence de l'eau, à la fois matrice et cause de la mort prématurée d'Ophélie), la Nature (la verdure, le décor floral formant une sorte de berceau ainsi qu'un paysage état d'âme, avec un jeu de clai-obscur faisant écho au contraste de vie qui semble émaner de la jeune fille comme endormie et de mort qui se trouve être la véritable situation tragique qu'est la sienne) ou encore le sommeil (référence aux figures d'Hypnos et Thanatos, personnifications du Sommeil et de la Mort) dans d'autres ouvrages plus récents. En effet, le roman Summer écrit par Monica Sabolo et publié en 2017 présente la personnage éponyme de Summer jeune fille disparue l'été de ses dix-neuf ans sur les bords du lac Léman à Genève, ainsi que son petit frère Benjamin qui, à travers une longue et difficile plongée dans ses souvenirs tentera de lever le voile sur la disparition tragique de sa sœur, "vingt-quatre ans et treize jours" plus tard. Ici, Summer va subir le processus d'ophélisation tout au long du roman, notamment dans les images de rêves de Benjamin, qui imagine sa sœur sous la surface du lac, en rassemblant tous les mythèmes propres à l'image d'Ophélie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves. Essai sur l'imagination de la matière, Paris : librairie José Corti, 1942, rééd. 1991, p. 114 et suivantes.
  • Monica Sabolo, Summer, 2017, édition J.-C. Lattès

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