Opération Anadyr

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Portée des SS-4 et SS-5 soviétiques déployés à Cuba.

Opération Anadyr (Анадырь) - du nom de la ville d'Anadyr en Extrême-orient russe - est le nom de code d'une opération militaire de déploiement de forces soviétiques à Cuba, lancée secrètement en sur ordre de Nikita Khrouchtchev, et dont la planification est confiée au maréchal Bagramian[1]. L'opération - contrecarrée vers la fin par sa découverte - conduit à la crise des missiles de Cuba, après que les États-Unis en produisent les preuves photographiques.

Origines du projet[modifier | modifier le code]

Aire de lancement de missiles Jupiter semblable à celles de Turquie

Selon les mémoires de Nikita Khrouchtchev, lors d'une balade le sur une plage de la mer noire, lui et son ministre de la défense Rodion Malinovsky évoquent la menace venue du court temps de vol des missiles Jupiter déployés en Turquie ( 10 minutes pour atteindre l'URSS), et le désavantage qui s'ensuit pour l'Union soviétique face à l'OTAN. C'est ainsi que naît dans la tête de Khrouchtchev le projet de déployer des missiles à Cuba pour compenser ce désavantage. Khrouchtchev envisage prosaïquement le déploiement des missiles à Cuba « comme posant un de nos hérissons dans les culottes américaines » [2].

Cette opération est, dans une certaine mesure, menée à l'instigation du régime castriste alors au pouvoir à Cuba. Ce dernier avait sollicité de l'Union soviétique un soutien militaire, craignant que les États-Unis tentent à nouveau d'envahir l'île après l'échec, le , du débarquement dans la baie des Cochons de forces armées entraînées par la CIA, à l'initiative de l'administration Eisenhower.

Ampleur et but du plan initial[modifier | modifier le code]

Le plan de déploiement initial est ébauché par le général Anatoly Gribkov et deux assistants, quelques jours après la réunion, le , du conseil soviétique de défense, au cours duquel l'idée de Khrouchtchev est approuvée après débat [2].

  • une division d'infanterie mécanisée en soutien de trente-six missiles SS-4 Sandal servis par trois régiments, des missiles SS-5 Skean servis par deux régiments
  • deux régiments de missiles FKR-1 équipés de seize lanceurs et de 80 têtes nucléaires tactiques [2]
  • deux divisions antiaériennes [2]
  • la 32e escadrille de combat équipée de quarante MiG 21F-13s, basée à Koubinka rebaptisée 213e escadrille pour la circonstance [2],[3]
  • quatre régiments de fusiliers motorisés, chacun avec son propre bataillon de tanks [2]
  • une brigade de douze bateaux lance-missiles [1],[2]

Au total, une force de 50 874 hommes et du matériel, dont le déploiement exige 85 transports, des navires marchands pour la plupart, mais aussi quelques paquebots. Malinovsky approuve le déploiement le et Khrouchtchev donne son accord final trois jours plus tard [2].

Le , quelques missiles sol-air et quelques bateaux lance-missiles (déployés en avant-garde) sont repérés lors de vols américains de reconnaissance et Kennedy lance une première mise en garde, à quoi Khrouchtchev répond par quelques renforts[2],[4] :

  • six bombardiers Il-28 avec six bombes atomiques [2]
  • trois bataillons Luna équipés de douze têtes nucléaires tactiques [2]

Puisque la principale force balistique n'a pas encore été expédiée, il est prévu que ces renforts seront acheminés avec elle [2].

Déploiement[modifier | modifier le code]

Du à la mi-octobre 1962, des troupes sont acheminées par 86 bateaux, 180 voyages depuis les ports de Baltiisk, Liepāja, Sébastopol, Théodosie, Mykolaïv, Poti, Mourmansk et Kronstadt.

Oleg Penkovsky, un agent double du GRU, travaillant aussi pour la CIA et le MI6, leur dévoile l'emplacement de missiles [5].

Un satellite de reconnaissance Lockheed KH-5 Argon est mis en orbite le octobre depuis la base californienne Vandenberg, et le des photographies sont prises depuis un avion de reconnaissance Lockheed U-2. Le , la présence de missiles soviétiques à Cuba est confirmée au président Kennedy et à son commandement militaire. C'est le début de la crise des missiles de Cuba [1].

Image prise d'un U-2 de missiles soviétiques à équiper d'ogives nucléaires

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Great Russian Encyclopedia (2005), Moscou: Bol'shaya Rossiyskaya Enciklopediya Publisher, vol. 1, p. 649
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Barlow 2007, p. 157–159
  3. http://www.airforce.ru/history/cold_war/cuba/index_en.htm
  4. Rodion Malinovsky et Matvei Zakharov, « To the Chief of the 12th Main Directorate of the Ministry of Defense » (consulté le 20 février 2015)
  5. Zubok et Pleshkov 1996, p. 264

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Operation Anadyr » (voir la liste des auteurs).
  • (en) Alfred Friendly et al., Operation Anadyr: U.S. and Soviet Generals Recount the Cuban Missile Crisis, Chicago,‎ , 252 p. (ISBN 9780867152661)
  • (en) Amuchastegui, « Cuban intelligence and the October Crisis », Intelligence and National Security, vol. 13,‎
  • (en) Christopher Andrew et Oleg Gordievsky, KGB : The Inside Story, New York, NY, HarperCollins,‎
  • (en) Jeffrey Barlow, Naval Blockades and Seapower : Strategies and Counter-Strategies, 1805–2005 : Cuban Missile Crisis, Routledge,‎ (ISBN 978-1-134-25728-7, lire en ligne)
  • (en) Michael Dobbs, One Minute to Midnight, New York, NY, Vintage,‎
  • (en) Raymond Garthoff, Reflections on the Cuban Missile Crisis, Washington, DC, Brookings Institution,‎
  • (en) Anatoli Gribkov et William Smith, Operation Anadyr, Chicago, IL, Edition Q,‎
  • (en) James Hansen, « Soviet deception in the Cuban Missile Crisis », Studies in Intelligence, vol. 46,‎ (lire en ligne [PDF])
  • (en) Luis Manrara, Betrayal Opened the Door to Russian Missiles in Red Cuba : Truth About Cuba Committee, Miami, FL,‎
  • (en) Jerrold Schecter et Peter Deriabin, The Spy Who Saved the World, New York, NY, Charles Scribner's Sons,‎
  • (en) Vladislav Zubok et Constantine Pleshkov, Inside the Kremlin's Cold War, Cambridge, MA, Harvard University Press,‎ (ISBN 0-674-45532-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]