Oona O'Neill
| Naissance |
Warwick (Bermudes) |
|---|---|
| Nationalité |
Américaine Britannique |
| Décès |
(à 66 ans) Corsier-sur-Vevey (canton de Vaud, Suisse) |
| Site internet | http://www.charliechaplin.com/fr |
Oona O'Neill est une actrice britannique d’origine américaine née le à Warwick (Bermudes) et morte le à Corsier-sur-Vevey (canton de Vaud, Suisse). Elle est la quatrième et dernière épouse de l'acteur et réalisateur Charlie Chaplin.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse
[modifier | modifier le code]Oona O'Neill naît le 14 mai 1925 dans la colonie britannique des Bermudes, où ses parents avaient déménagé six mois avant sa naissance afin d'avoir un cadre agréable pour écrire pendant l'hiver[1]. Elle est la fille de l'auteur dramatique et prix Nobel de littérature américain Eugene O'Neill et de l'écrivaine Agnes Boulton (en). Elle est la seconde enfant du couple après son frère aîné Shane Rudraighe O'Neill, né en 1919[2]. Ses parents divorcent lorsqu'elle a 2 ans, et son père quitte le foyer familial un an après[3].
Oona O'Neill passe le début de son enfance entre les Bermudes — où sa famille passait les hivers avant d'y acheter une maison en 1926 — et différents endroits sur la côte est des États-Unis[4],[note 1]. Leur union étant plombée par l'alcoolisme d'Eugene ainsi que par sa relation extra-conjugale avec l'actrice Carlotta Monterey à l'été 1926[5], le couple se sépare en novembre 1927 alors que Oona n'a que 2 ans[6]. Agnes et ses enfants restent aux Bermudes jusqu'à l'été suivant, puis ils déménagent dans sa maison de West Point Pleasant dans le New Jersey. Le divorce est acté à Reno, dans le Nevada, en juillet 1929. Trois semaines plus tard, Eugene épouse Carlotta Monterey en France[7].

Après le divorce, Oona O'Neill passe l'essentiel de son enfance avec sa mère et son frère à West Point Pleasant et occasionnellement à Spithead, où sa mère appréciait passer du temps[8]. Bien que l'acte de divorce prévoyait une garde alternée, Oona a très peu revu son père et échangeait avec lui presque exclusivement par courrier. Souvent, les lettres de réponse étaient rédigées par Monterey[9].
Oona O'Neill devient écolière dans un couvent catholique, mais la direction considère que son établissement n'est pas pour elle. Dès lors, elle entre à l'Ocean Road Public School de Point Pleasant[10]. Selon l'acte de divorce, les deux enfants devaient suivre une éducation de très bonne qualité dès l'âge de 13 ans et, en 1938, Oona fait sa rentrée à la Warrenton Country School de Warrenton, en Virginie[11]. Agnes n'était pas satisfaite par le niveau de l'école, et décide de transférer sa fille à à l'institut Brearley (en) de New York en 1940[12],[13].
À Brearley, Oona O'Neill devient une amie proche de Carol Grace, qui la présente à Gloria Vanderbilt et Truman Capote[14],[note 2]. Alors qu'ils sont encore mineurs, le groupe d'amis passe souvent du temps dans des boîtes de nuit populaires. Au même moment, Oona O'Neill fréquente le dessinateur de presse Peter Arno puis l'auteur J. D. Salinger, alors inconnu[15],[16]. En avril 1942, pendant sa dernière année à Brearley, elle est sacrée « Débutante Numéro Un » pour la saison 1942-1943 du Stork Club[17]. Cette publicité a connu un retentissement national, et elle a reçu plusieurs offres de la part de studios de cinéma et d'agences de modeling[18]. Elle est même parvenue jusqu'à son père, qui a utilisé ses contacts dans le cinéma pour l'empêcher d'obtenir un rôle au cinéma[17].
Après avoir été diplômée de Brearley, Oona O'Neill a décliné une offre lui permettant d'étudier au Vassar College et a préféré devenir actrice, malgré l'opposition de son père[19]. Elle joue son premier rôle dans une adaptation de Pal Joey au Maplewood Theatre (New Jersey) en juillet 1942[20]. Le public n'est pas au rendez-vous et les représentations cessent au bout de deux semaines[21]. Plus tard le même été, O'Neill voyage jusqu'en Californie avec Carol Grace, qui devait épouser l'écrivain William Saroyan. Lors du séjour, O'Neill joue brièvement dans l'adaptation de sa pièce Time of Your Life à San Francisco[22].
Mariage avec Charlie Chaplin
[modifier | modifier le code]O'Neill se dirige ensuite vers Los Angeles, où sa mère et son beau-père résidaient. Elle s'y trouve rapidement un agent, Minna Wallace, et fait sa première et unique audition, pour le film The Girl From Leningrad d'Eugene Frenke. En octobre 1942, Wallace lui présente Charlie Chaplin, qui cherchait une actrice principale pour son prochain projet, une adaptation de la pièce de théâtre Shadow and Substance[23]. Chaplin a complimenté O'Neill pour son physique, mais étant âgée de 17 ans, elle était trop jeune pour le rôle. Toutefois, grâce à l'insistance de Wallace, il accepte de donner à Oona un contrat pour un prochain film[24].

Le projet de film sur Shadow and Substance est finalement abandonné en décembre 1942, mais la relation qu'entretiennent O'Neill et Chaplin est rapidement passée du strict cadre professionnel à une vision plus romantique. Le 16 juin 1943, un mois après qu'Oona ait eu 18 ans, le couple se marie à Carpinteria. La cérémonie a lieu en très petit comité : seuls la secrétaire de Chaplin, Catherine Hunter, et son ami et assistant, Harry Crocker sont présents. Crocker prend des photographies du mariage à destination de la chroniqueuse mondaine Louella Parsons, à qui Chaplin avait accordé le droit de parler de son mariage[25]. La nouvelle a connu un certain retentissement en raison de l'écart d'âge entre les mariés (36 ans) et de la revendication de paternité formulée par son ex-petite-amie, Joan Barry, deux semaines plus tôt. Bien qu'Agnes ait accordé sa bénédiction à l'union de sa fille, ce mariage marque aussi un éloignement important avec son père qui renie et refuse tout dialogue futur avec sa fille[26].
Après le marriage, Oona O'Neill a abandonné son idée de devenir actrice pour devenir femme au foyer. Elle s'exprimait rarement en public, mais en 1952, elle a déclaré qu'elle était « heureuse de rester dans l'ombre » et d'aider son mari si besoin[27]. Ils passent les neuf premières années de leur union à Beverly Hills où ils ont leurs quatre premiers enfants : Geraldine Leigh (en juillet 1944), Michael John (en mars 1946), Josephine Hannah (en mars 1949) et Victoria Agnes (en mai 1951)[28]. Même si elle passait le plus clair de son temps dans sa maison aux côtés de ses enfants, Oona O'Neill allait occasionnellement dans les studios dans lesquels Chaplin travaillait. Il consultait à ce titre régulièrement O'Neill pour ses conseils. Elle a également joué un petit rôle avec Claire Bloom dans le film Les Feux de la rampe (1952), dans une scène rajoutée en post-production[29].

Les années 1940 et 1950 sont une période difficile pour Charlie Chaplin aux États-Unis, car il est accusé de sympathie avec les idées communistes et sous le coup d'une enquête du FBI[30]. En septembre 1952, la famille Chaplin quitte les États-Unis afin de promouvoir le film Les Feux de la rampe à Londres lorsque le visa de l'acteur est révoqué[31]. Ils décident alors de s'installer pour de bon en Europe, et en novembre 1952, O'Neill retourne aux États-Unis afin de transférer les biens de son mari vers des comptes bancaires en Europe et de finaliser la vente de leur maison et de son studio[32]. Au début janvier 1953, ils emménagent dans leur nouvelle maison, le Manoir de Ban, située sur un domaine de 14 hectares dans le village de Corsier-sur-Vevey, en Suisse[33]. L'année suivante, elle devient citoyenne britannique et renonce à la nationalité américaine[34].
Après avoir emménagé en Suisse, la famille Chaplin s'agrandit de quatre membres : Eugène Anthony (en août 1953), Jane Cecil (en mai 1957), Annette Emily (en décembre 1959) et Christopher James (en juillet 1962)[28]. Lorsque la santé de Charlie Chaplin commence à se détériorer à la fin des années 1960, il devient de plus en plus dépendant du soutien de son épouse Oona. Il meurt d'un AVC à 88 ans le 25 décembre 1977, puis est enterré deux jours plus tard.
Fin de vie
[modifier | modifier le code]En mars 1978, Oona est victime d'une tentative d'extorsion. Le cercueil de Charlie Chaplin est déterré puis volé par deux mécaniciens au chômage, Roman Wardas et Gantcho Ganev, qui demandaient une rançon contre la remise du corps, en vain. Le duo est arrêté à l'occasion d'une vaste opération policière deux mois plus tard. Le cercueil avait été enterré à la hâte dans un champ du village de Noville[35].
Après la mort de Charlie Chaplin, Oona passait son temps entre la Suisse et New York[36]. En 1981, elle apparaît dans le film Broken English dans lequel elle joue une mère alcoolique pour rendre service à son ami, le producteur Bert Schneider. Elle limitait toutefois les apparitions publiques[37]. D'après la biographe non-officielle Jane Scovell et son ex-belle-fille Patrice Chaplin, Oona était alcoolique et vivait pratiquement recluse après être retournée définitivement au Manoir de Ban à la fin des années 1980[38]. Le , elle meurt des suites d'un cancer du pancréas à 66 ans[13],[39],[40]. Elle est enterrée aux côtés de son mari. Dans ses dernières volontés, Oona souhaite que toutes les notes et lettres qu'elle a écrites pendant sa vie soient détruites et jamais publiées[41].
En 1995, l'écrivaine et belle-fille d'Oona Chaplin, Patrice Chaplin (première épouse de Michael Chaplin), rédige ses mémoires dans Hidden Star: Oona O'Neill Chaplin : A Memoir, centrées sur sa vie après la mort de Charlie Chaplin[39].
En 2010, la première biographie qui lui est consacrée — Oona Chaplin par Bertrand Meyer-Stabley — sort aux éditions Pygmalion. En 2014, Frédéric Beigbeder s'inspire de son histoire d'amour d'adolescente avec Salinger dans Oona et Salinger aux éditions Grasset[42].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Oona O'Neill » (voir la liste des auteurs).
Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Parmi ces endroits se trouvaient Ridgefield dans le Connecticut, où les O'Neills possédaient une maison, Nantucket dans le Massachusetts, Belgrade dans le Maine et New York.
- ↑ D'après Capote, Oona O'Neill a été l'une de ses principales sources d'inspiration pour le personnage de Holly Golightly. Source : Clarke (1988), pp. 94-95 et 313-314.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Ranald (1985), p. 118 et Sheaffer (1973), pp. 150 et 179.
- ↑ Scovell (1999), p. 40.
- ↑ Scovell (1999), p. 71.
- ↑ Ranald (1985), p. 66-67 et Sheaffer (1973), pp. 180 à 183 et 203.
- ↑ Sheaffer (1973), p. 211 et 216 et Renald (1985), p. 67.
- ↑ Sheaffer (1973), p. 270 et Ranald (1985), p. 67.
- ↑ Ranald (1985), p. 65 et Sheaffer (1973), p. 331 à 332.
- ↑ Ranald (1985), pp. 67 et 119.
- ↑ Ranald (1985), p. 118 et Sheaffer (1973), pp. 332 et 439-440.
- ↑ Sheaffer (1973), p. 440 et Scovell (1999), p. 73.
- ↑ Renald (1985), p. 68, Sheaffer (1973), p. 332 et Scovell (1999), p. 73.
- ↑ Sheaffer (1973), p. 508 et Scovell (1999), p. 75.
- (en) Alessandra Stanley, « Oona O'Neill Chaplin Dies at 66; She Lived in the Shadow of Fame », New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Scovell (1999), p. 88.
- ↑ Scovell (1999), p. 88 et Ranald (1985), p. 188.
- ↑ (en) Paul Alexander, « J. D. Salinger’s Women », sur New York Magazine, (consulté le )
- Ranald (1985), p. 118 et Sheaffer (1973), p. 531.
- ↑ Sheaffer (1973), pp. 531-532 et 537.
- ↑ Scovell (1999), p. 83 et Sheaffer (1973), p. 537.
- ↑ Ranald (1985), p. 188 et Sheaffer (1973), p. 537.
- ↑ Bowel (1959).
- ↑ Sheaffer (1973), p. 537 et Bowel (1959).
- ↑ Robinson (1986), p. 518.
- ↑ Robinson (1986), p. 519.
- ↑ Robinson (1986), pp. 521-522.
- ↑ Renald (1985), p. 118 et Sheaffer (1973), pp. 623 et 658.
- ↑ Robinson (1986), p. 574.
- Robinson (1986), pp. 671-675.
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- ↑ Maland (1989), pp. 265-266.
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- ↑ « Le Musée de Chaplin à Corsier-sur-Vevey va être racheté », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ Robinson (1989), p. 629-631.
- ↑ Scovell (1999), p. 295.
- ↑ (en-US) Jeffrey Vance, Chaplin: Genius of the Cinema, New York, Harry N. Abrams, , p. 262
- ↑ Scovell (1999), p. 274 et Lynn (1997), pp. 519-520 et 540-541.
- (en) Michael Arditti, « A drunken widow in a gilded cage », The Independent,
- ↑ (en) History, « Charlie Chaplin marries Oona O’Neill », A&E Television Networks, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Magazine: Geraldine Chaplin », sur www.elmundo.es (consulté le )
- ↑ Françoise Dargent, « Quand les romanciers s'inspirent de personnages réels », sur Lefigaro.fr, (consulté le ).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Croswell Bowen, The Curse of the Misbegotten – A Tale of the House of O'Neill, Londres, McGraw & Hill,
- (en) Gerald Clarke, Capote: A Biography, New York, Simon and Schuster, (ISBN 978-0-241-12549-6)
- (en-US) Kenneth S. Lynn, Charlie Chaplin and His Times, New York, Simon & Schuster, (ISBN 0-684-80851-X)
- (en-US) Charles J. Maland, Chaplin and American Culture, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, (ISBN 0-691-02860-5)
- (en-US) Margaret Loftus Ranald, The Eugene O'Neill Companion, Westport (Connecticut) et Londres (Angleterre), Greenwood Press, (ISBN 0-313-22551-6)
- (en) David Robinson, Chaplin: His Life and Art, Londres, Paladin, (ISBN 0-586-08544-0)
- (en-US) Jane Scovell, Oona – Living in the Shadows: A Biography of Oona O'Neill Chaplin, New York, Grand Central Publishing, (ISBN 0-446-67541-5)
- (en-US) Louis Sheaffer, O'Neill: Son and Artist, Boston et Toronto, Little, Brown & Company, (ISBN 0-316-78336-6)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Ressources relatives au spectacle :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative à la vie publique :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- « Oona, le grand amour de Chaplin », sur figaro.fr (consulté le )