On the Internet, nobody knows you're a dog

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

icône image Image externe
« On the Internet, nobody knows you're a dog », Peter Steiner
Un chien utilisant un ordinateur.

« On the Internet, nobody knows you're a dog » (de l'anglais signifiant littéralement « Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien ») est un adage trouvant son origine dans un dessin de presse de Peter Steiner (en) paru dans le New Yorker du [1]. L'anonymat sur Internet y est caricaturé par la représentation d'un chien assis sur une chaise devant un bureau, qui utilise un ordinateur tout en prononçant ces paroles à un autre chien se tenant assis au sol à côté de lui.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ce dessin marque un moment important dans l'histoire d'Internet. Autrefois domaine réservé des ingénieurs et des universitaires, Internet devenait en 1993 un sujet de discussion dans des magazines généralistes comme The New Yorker. Ce dessin est ainsi le premier du New Yorker à propos d'Internet[2].

Mitch Kapor, fondateur de Lotus Software et de l'Electronic Frontier Foundation, a commenté dans un article du Time publié cinq mois après le dessin : « It's the Internet boom, [...] the true sign that popular interest has reached critical mass came this summer when the New Yorker printed a cartoon showing two computer-savvy canines »[3] (« C'est le boom d'Internet, le vrai signe que l'intérêt populaire a atteint une masse critique est arrivé cet été quand le New Yorker a publié un dessin montrant deux canidés calés en informatique »).

Le dessin symbolise une approche de la vie privée sur Internet qui met l'accent sur la possibilité pour les utilisateurs d'envoyer et de recevoir des messages dans l'anonymat. L'activiste Lawrence Lessig suggère que « personne ne sait que tu es un chien » parce que les protocoles Internet n'obligent pas les utilisateurs à fournir une identité : les utilisateurs ne sont identifiés que par leur adresse IP, et le titulaire d'une adresse IP ne peut être identifié que par son fournisseur d'accès, lequel garde normalement cette information privée[4]. Cette caricature traduit le sentiment de l'époque sur Internet, où l'anonymat devait apporter la liberté, et créer un espace débarrassé des discriminations et du racisme[5].

Selon Anthea Stratigos, CEO d'Outsell, la sentence sur l'anonymat était peut-être vraie à l'époque, mais ce n'est plus le cas depuis les années 2000, avec l'émergence du Web 2.0 et des réseaux sociaux[6].

Reproductions[modifier | modifier le code]

En 2000, ce dessin était le plus reproduit du New Yorker.

En 1995, Bill Gates a payé 200 dollars pour avoir le droit de reproduire le dessin dans son livre The Road Ahead[7].

En 1998, Steiner avait gagné 30 000 dollars de droits d'auteur pour les différentes réimpressions[8] ; en 2000, ce montant était estimé à 50 000 dollars[7], et en 2013, entre 200 000 et 250 000 dollars[9]. Vingt ans après l'avoir créé, Steinter regrette néanmoins que ce dessin, qu'il ne considère pas comme son meilleur, soit le plus connu de sa carrière[10].

Inspirations[modifier | modifier le code]

La caricature est souvent citée dans les discussions à propos d'Internet[11], et est devenue un mème Internet[12].

Elle a inspiré le slogan d'anonymizer.com, un site web proposant de servir de proxy afin de masquer ses traces de navigation : « Because on today's Internet, people do know you're a dog »[13],[14] (« Parce que sur l'Internet d'aujourd'hui, les gens savent que vous êtes un chien »). Une page de ce site[15] contenait une parodie du cartoon de Steiner, qui y est légendé « The Myth » (« Le mythe »), tandis qu'une deuxième case, intitulée « Reality » (« Réalité »), reprend l'écran de l'ordinateur du chien, en y ajoutant le texte : « Welcome canine user 39... Mutt, mostly black lab. Enjoys pepperoni, fetching and sniffing other dogs' heinies... Updating profile. »[13],[16] (« Bienvenue utilisateur canin 39... Cabot, labrador quasiment noir. Aime le pepperoni, aller chercher et renifler les fesses des autres chiens. Mise à jour du profil. »).

Cette page d'anonymizer.com a ensuite été remplacée par une bande dessinée de Nik Scott[17], provenant du site toons.net. Elle met en scène un chien qui se connecte au site web d'un boucher, en se disant qu'après tout, personne ne pourra découvrir sa nature de chien ; mais en allant directement à la page des os à moelle, il est aussitôt découvert[18],[19],[20],[21].

Le dessin de Steiner a également inspiré une pièce de théâtre d'Alan David Perkins intitulée Nobody Knows I'm a Dog: Six People. Six Lies. One Internet[10], qui a été produite une douzaine de fois en Amérique du Nord. Elle met en scène six personnes qui éprouvent des difficultés à nouer des contacts dans la vie réelle, mais qui y parviennent plus facilement sur un newsgroup, grâce à l'anonymat garanti par Internet[22],[23].

En 1996, le dessin a inspiré Apple pour baptiser sa suite Internet, dénommée Cyberdog (en)[24].

Le , le dessinateur Tom Toles a publié dans The Buffalo News une sorte de suite au dessin de Steiner, dans lequel deux chiens sont assis devant un ordinateur, et l'un dit à l'autre : « The best thing about the Internet is they don't know you're a dog » (« Le meilleur d'Internet, c'est qu'ils ignorent que tu es un chien ») ; dans le cadre suivant, l'ordinateur décrit en détail l'identité du chien[23],[25].

Steve Cisler, un expert des nouvelles technologies chez Apple, a également complété l'adage : « On the Internet, nobody knows you are a dog, but they sure know if you are a son-of-a-bitch »[26] (« Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien, mais ils savent très bien si tu es un fils de pute », le mot bitch se traduisant littéralement par chienne).

Le , Rob Cottingham a repris le dessin de Steiner, avec toutefois un ordinateur portable plus fin, et la légende : « On Facebook, 273 people know I'm a dog. The rest can only see my limited profile. »[27],[28] (« Sur Facebook, 273 personnes savent que je suis un chien. Les autres ne peuvent voir que mon profil limité. »).

En 2013, pour le vingtième anniversaire du cartoon, The Joy of Tech (en) en a publié une parodie. Le cartoon original y est repris dans la case de gauche, avec le commentaire « In the 1990's » (« Dans les années 1990 »), tandis que dans la case de droite, commentée « Now » (« Maintenant »), un agent de la NSA en costume et lunettes noires dit à un autre : « Our metadata analysis indicates that he is definitely a brown lab. He lives with a white and black spotted beagle-mix, and I suspect they are humping »[29],[30],[31],[32] (« Notre analyse des métadonnées indique avec certitude qu'il s'agit d'un labrador brun. Il vit avec un croisé beagle blanc à taches noires, et je les suspecte de se frotter »).

Un dessin de Kaamran Hafeez publié dans le New Yorker du représente la même paire de chiens que le dessin de Steiner, avec l'un deux demandant à l'autre : « Remember when, on the Internet, nobody knew who you were? »[33],[34],[28] (« Tu te souviens quand, sur l'Internet, personne ne savait qui tu étais ? »).

En 2017, le New York Daily News a publié un cartoon de Bill Bramhall représentant un chien assis seul face à un écran affichant une pop-up de publicité en ligne représentant une boîte de nourriture pour chien de marque Alpo ; le chien pense : « Whatever happened to “On the Internet, nobody knows you're a dog” ? »[35],[36] (« Qu'est-il arrivé à “Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien” ? »).

En 2018, André Gunthert, maître de conférences en histoire visuelle à l'EHESS, écrit : « Sur internet, non seulement tout le monde sait que tu es un chien, mais tes données ont déjà été vendues au marchand de croquettes »[37],[38].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Steiner 1993.
  2. (en) Robert Mankoff (en) (dir.) (préf. David Remnick (en)), The complete cartoons of the New Yorker, vol. 1, New York, Black Dog & Leventhal, , 655 p. (ISBN 1-57912-322-8), p. 618.
  3. (en) Philip Elmer-DeWitt (en), David S. Jackson et Wendy King, « First Nation in Cyberspace », Time,‎ (lire en ligne).
  4. (en) Lawrence Lessig, Code : Version 2.0, New York, Basic Books, (ISBN 0-465-03914-6), p. 35 [lire en ligne] et 47–48 [lire en ligne].
  5. (en) Wendy Hui Kyong Chun (en), Updating to Remain the Same : Habitual New Media, Cambridge et Londres, MIT Press, , 246 p. (ISBN 978-0-262-03449-4), chap. 3 (« The Leakiness of Friends, or Think Different Like Me »), p. 105–107 [lire en ligne] [lire en ligne].
  6. (en) Steve Hardin, « Plenary Address : Stratigos Discusses the Impact of Web 2.0 and Social Computing on Publishing and Related Activities », Bulletin of the American Society for Information Science and Technology, ASIS&T (en), vol. 34, no 3,‎ , p. 18-19 (ISSN 1550-8366, DOI 10.1002/bult.2008.1720340307).
  7. a et b Fleishman 2000.
  8. (en) Glenn Fleishman, « New Yorker Cartoons to Go on Line », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  9. Fleishman 2013.
  10. a et b Cavna 2013.
  11. (en) Tod Chambers, « Virtual Disability: On the Internet, Nobody Knows You're Not a Sick Puppy », dans Lester D. Friedman (dir.), Cultural Sutures : Medicine and Media, Durham (Caroline du Nord) et Londres, Duke University Press, , 452 p. (ISBN 0-8223-3294-9 et 0-8223-3256-6, DOI 10.1515/9780822385530-023, JSTOR j.ctv125jhm4.25), p. 391 [lire en ligne].
  12. (en) Enrique Castro-Leon et Robert Harmon, Cloud as a Service : Understanding the Service Innovation Ecosystem, Apress (Springer Science+Business Media), (ISBN 978-1-4842-0104-6, DOI 10.1007/978-1-4842-0103-9), p. 27–28 [lire en ligne].
  13. a et b (en) Vera Bergelson, « It's Personal, But Is It Mine? Toward Property Rights in Personal Information », UC Davis Law Review, vol. 37, no 2,‎ , p. 451 (lire en ligne).
  14. (en) Steven Brier, « There's No Guarantee of Privacy on the Internet », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  15. (en) « The Myth - Reality », sur anonymizer.com. Version enregistrée par Internet Archive le .
  16. (en) Susan Herring (en), « Slouching toward the ordinary : Current trends in computer-mediated communication », New Media & Society (en), vol. 6, no 1,‎ , p. 31 (DOI 10.1177/1461444804039906).
  17. (en) « On the Internet, nobody knows you're a dog...? », sur anonymizer.com. Version enregistrée par Internet Archive le .
  18. « Dog Story », les éditions Cybérie, (consulté le 18 août 2008).
  19. (en) Jeff Crume, Inside Internet Security : What Hackers Don't Want You to Know, Harlow, Addison-Wesley (Pearson Education), , 270 p. (ISBN 0-201-67516-1), chap. 10.3 (« I know who you are and what you did »), p. 97–98 [lire en ligne].
  20. (es) Miguel Zapata Ros, « La autoría y la acreditación de la identidad en los trabajos personales en Educación a Distancia : Una experiencia », RED, Revista de Educación a Distancia, no 10,‎ (lire en ligne).
  21. (nl) Eva de Valk, « Voordat je het weet, verander je in een slappeling », NRC Handelsblad,‎ (lire en ligne).
  22. (en) Alan David Perkins, « Nobody Knows I'm a Dog », sur son site personnel, dernière mise à jour le 18 juin 2003 (consulté le 18 août 2008).
  23. a et b (en) Janna Quitney Anderson, Imagining The Internet : Personalities, Predictions, Perspectives, Lanham, Rowman & Littlefield, , 307 p. (ISBN 0-7425-3936-9 et 0-7425-3937-7), p. 228 [lire en ligne].
  24. (en) Neil Ticktin, « Save Cyberdog! », MacTech (en), vol. 12, no 2,‎ (lire en ligne).
  25. (en) Daphne Gilbert, Ian R. Kerr et Jena McGill, « The Medium and the Message: Personal Privacy and the Forced Marriage of Police and Telecommunications Providers », Criminal Law Quarterly, vol. 51, no 4,‎ , p. 469–507 (lire en ligne).
  26. (de) Nicola Döring, chap. 3.4 « Virtuelle Identitäten — Cyber-Beziehungen — Online-Gemeinschaften? : Medienpsychologie im Internet-Zeitalter », dans Martin Löffelholz (dir.) et Thorsten Quandt (dir.), Die neue Kommunikationswissenschaft : Theorien, Themen und Berufsfelder im Internet-Zeitalter. Eine Einführung, Wiesbaden, Westdeutscher Verlag, , 337 p. (ISBN 3-531-13705-0, DOI 10.1007/978-3-322-80405-1_13), p. 236 [lire en ligne].
  27. (en) Rob Cottingham, « Cartoon: On Facebook, nobody knows... », sur socialsignal.com, .
  28. a et b (en) Michelle F. Wright, Identity, Sexuality, and Relationships among Emerging Adults in the Digital Age, Hershey, IGI Global, coll. « Advances in Human and Social Aspects of Technology », , 368 p. (ISBN 978-1-5225-1856-3), p. 4–6 [lire en ligne].
  29. (en) Cartoon #1862, sur The Joy of Tech (en), .
  30. (en) Tijmen H.A. Wisman, chap. 12 « Privacy, data protection and e-commerce », dans Arno R. Lodder (dir.) et Andrew D. Murray (dir.), EU Regulation of E-Commerce : A Commentary, Cheltenham et Northampton, Edward Elgar Publishing, coll. « Elgar Commentaries series », , 407 p. (ISBN 978-1-78536-933-9, DOI 10.4337/9781785369346), p. 349 [lire en ligne].
  31. Wendy Hui Kyong Chun 2017, « Preface: The Wonderful Creepiness of New Media », p. xi [lire en ligne] et fig. 0a.2, p. xi [lire en ligne].
  32. (en) Rachel Botsman, Who Can You Trust? : How Technology Brought Us Together and Why It Might Drive Us Apart, New York, Public Affairs, , 322 p. (ISBN 978-1-5417-7367-7, 978-1-5417-6270-1 et 978-1-5417-7368-4).
  33. (en) « “Remember when, on the Internet, nobody knew who you were?” – New Yorker Cartoon », sur kaamranhafeez.com.
  34. (en) « Remember when, on the Internet, nobody knew who you were? », sur The Cartoon Bank (base de données de dessins du New Yorker), ID: TCB-141508.
  35. (en) Bill Bramhall, « Internet privacy », Bramhall's World, New York Daily News, .
  36. (en) Ursula M. Wilder, « The Psychology of Espionage and Leaking in the Digital Age », Studies in Intelligence (en), vol. 61, no 2,‎ , p. 15 (lire en ligne).
  37. André Gunthert, « Sur internet, tout le monde sait que tu es un chien », sur imagesociale.fr, .
  38. David Doucet, La Haine en ligne : Enquête sur la mort sociale, Paris, Albin Michel, , 240 p. (ISBN 978-2-226-44704-3).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]