Onésime Reclus

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Onésime Reclus
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Onésime Reclus en 1889.
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(à 78 ans)
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Onésime Reclus, né à Orthez le et mort à Paris le , est un géographe français, collaborateur du Tour du monde. Il est notamment connu pour être l'inventeur du mot « francophonie ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Né à Orthez le [1] dans une famille protestante du Périgord, d’un père pasteur, Jacques Reclus, et de Zéline Trigant, établis depuis peu en Béarn, Onésime Reclus étudie comme ses frères au collège protestant de Sainte-Foy-la-Grande puis, brièvement, à Korntal-Münchingen, en Allemagne, chez les Frères Moraves. De retour en France, il rejoint l'université de Poitiers, étudiant le droit et les lettres.

En 1872, il épouse Marie-Louise Schmahl (1850-1915), avec laquelle il a huit enfants[2].

Onésime Reclus est le frère du géographe et anarchiste Élisée Reclus (1830-1905), du journaliste Élie Reclus (1827-1904), de l'officier de marine Armand Reclus (1843-1927) et du chirurgien Paul Reclus (1847-1914). Il est le père de l'historien Maurice Reclus.

Les frères Reclus, par Nadar, 1889.

Militaire puis géographe[modifier | modifier le code]

Onésime Reclus en 1911.

Renonçant ensuite à la carrière universitaire, il s'engage à vingt ans dans le 1er Zouaves[3] en Algérie pendant son service militaire[4]. Toutefois, sa santé l'oblige à renoncer au métier des armes, et il entre en 1860 à la maison Hachette. Pendant dix ans, il mène une existence laborieuse, entrecoupée de voyages à travers la France pour les Guides Joanne, et publie sous le pseudonyme de Louis Couturier un Dictionnaire des communes de la Suisse. En 1869, il fait paraître une Géographie, qui connaît le succès public, grâce à son style, à la formule nouvelle de la présentation, à ses qualités scientifiques et descriptives[5].

Durant la guerre franco-prussienne de 1870, il sert au corps des francs-tireurs béarnais, aux côtés de son frère Paul, médecin-major. Engagé dans la Commune de Paris, il s'expatrie après son écrasement[6].

Inventeur des mots « francophone » et « francophonie »[modifier | modifier le code]

Ce géographe est le premier à employer les mots « francophone » et « francophonie »[7],[8],[9], dans son ouvrage France, Algérie et colonies rédigé vers 1880 et paru en 1886 chez Hachette[10],[11]. Représentant de la littérature coloniale, il croit à l'excellence de la France et de sa langue[12] et définit les francophones comme « tous ceux qui sont ou semblent être destinés à rester ou à devenir participants de notre langue[13] », dans un contexte de concurrence coloniale avec l'Allemagne. Le choix du critère linguistique, de préférence aux critères ethnique et économique, pour classer les populations, représente alors une innovation[14].

Chantre de l’expansion coloniale française[modifier | modifier le code]

Grande Géographie Bong illustrée..., Onésime Reclus, « Le Journal », Paris, 21 janvier 1911.

Onésime Reclus développe sa pensée en matière coloniale dans des ouvrages aux titres évocateurs : Le partage du monde, Un grand destin commence, France, Algérie et colonies ou encore Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique[15],[9]. Toujours dans cette perspective, il compose un Atlas de la Plus Grande France au cours des dernières années de sa vie.

« C’est un hymne à la conquête coloniale que compose le géographe, concevant une véritable doctrine de l’impérialisme français. Mais sa conception du colonialisme ne s’appuie pas sur des considérations mercantilistes ou raciales ; son argumentation est géographique, linguistique, démographique. La théorie qu’échafaude Onésime Reclus repose sur l’idée d’influence du milieu ; la langue apparaît comme le socle des empires, le lien solidaire des civilisations.[15] »

Protection des monuments naturels et des sites[modifier | modifier le code]

Onésime Reclus sillonna l'ensemble des régions françaises pour le compte du Touring club de France. Grâce à sa sensibilité et à ses talents de géographe descripteur, il a décrit les paysages de France les plus remarquables ou emblématiques. Ces travaux, intitulés A la France, sites et monuments, ont été publiés à partir de 1900[16]. Ces récits ont contribué grandement à la promulgation de la première loi relative à la protection des monuments naturels et de sites, le 21 avril 1906. Cette loi a été renforcée par la loi du 2 mai 1930. Elle est maintenant intégrée au code de l'environnement[17]. Son article premier concernant les sites classés et inscrits, établit « dans chaque département, une liste des monuments naturels et des sites dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général ».

Il meurt le à Paris[1], en son domicile du 12, rue Soufflot (5e arrondissement)[18], et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (95e division)[19].

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque de la rue Onésime-Reclus à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Page de La Géographie vivante d’Onésime Reclus. Cours préparatoire et CM1 (première parution en 1926).
  • Géographie de la France et de ses colonies (1873)[20]
  • Géographie : La Terre à vol d’oiseau (2 volumes, 1877)
  • France, Algérie et colonies (Paris : Hachette, 1886)
  • La France et ses colonies (1889), lien vers ouvrage en entier
  • Le Plus Beau Royaume sous le ciel (1899)
  • À la France : sites et monuments (32 volumes, 1900-1906)[21]
  • L’Afrique Australe (1901)
  • Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique : Où renaître ? et comment durer ? (1904)[22]
  • Le Partage du monde (1906)[23]
  • La Géographie vivante apprise par l’image, l’observation, la carte (1907-1908)
  • La France à vol d’oiseau (1908)[24],[25]
  • Algérie et Tunisie (1909)
  • Géographie rapide : Europe (1909)
  • Géographie rapide : France (1910)
  • Atlas pittoresque de la France, recueil de vues géographiques et pittoresques de tous les départements, accompagnées de notices géographiques et de légendes explicatives (3 volumes, 1910-1912)
  • Correspondance (3 volumes, 1911-1925)[26],[27],[28]
  • Atlas de la plus grande France, géographique, économique, politique, départemental, colonial, composé de 160 cartes en couleurs, accompagnées de 160 pages de notices. Ouvrage formant le complément naturel de l’Atlas pittoresque de la France, publié sous les auspices de la Société de géographie (1913-1915)
  • L’Allemagne en morceaux : paix draconienne (1915)
  • Le Partage de l’Allemagne (1915)[29]
  • Un grand destin commence, La Renaissance du Livre (1917)
  • L’Atlantide, pays de l’Atlas : Algérie, Maroc, Tunisie (1919)
  • Le Rhin français : annexion de la rive gauche, sa moralité, sa nécessité, ses avantages (1919)[30]
  • Manuel de l’eau, suite et complément du Manuel de l’arbre, pour servir à l’enseignement sylvo-pastoral dans les écoles (s. d.)[31]
  • Un grand destin commence (s. d.)[32]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Fauconnier, Onésime Reclus, (1837-1916), Éditions Gascogne, dans la série Le Génie des Frères Reclus[33], octobre 2017, 306 pages.
  • Christophe Brun (illustrations, tableaux généalogiques, documents, 2e version), Elisée Reclus, une chronologie familiale, 1796-2015, , 440 p. (lire en ligne).

Vidéo[modifier | modifier le code]

  • Gérard Fauconnier, Le génie des frères Reclus, conférence à la Médiathèque André Labarrère, Pau, 16 février 2012, voir en ligne.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christophe Brun, Federico Ferretti, « Élisée Reclus, une chronologie familiale 1796-2014 » [PDF] (4,6 Mo)
  2. Carrive 1997, p. 194.
  3. Pierre Martial , « Onésime Reclus, inventeur de la Francophonie  », dans Edmond Jouve et Simone Dreyfus (dir.), Les Chefs d'État écrivains en pays francophone : actes du septième colloque international francophone organisé à Sarlat, Lamothe-Fénelon, Carennac et Figeac, Association des écrivains de langue française, , 627 p., p. 515.
  4. Lucien Carrive, Bulletin : études, documents, chronique littéraire, vol. 143, Société de Borda, , p. 234.
  5. La Géographie, t. 32, Société de Géographie, , p. 71.
  6. Georges Ngal, Œuvre critique, t. 2 : Articles, communications, interviews, préfaces et études sur commandes des organismes internationaux, 1970-2009, L'Harmattan, , 272 p. (lire en ligne), p. 26.
  7. Brigitte Murray, « Les francophones, la francophonie et Onésime Reclus », Education Journal - Revue de l'éducation, vol. 6, no 2,‎ (ISSN 2560-8746, DOI 10.18192/ejre.v6i2.3945, lire en ligne, consulté le )
  8. « Vidéo - La francophonie, toute une histoire... », sur TV5MONDE, (consulté le )
  9. a et b « Onésime Reclus, inventeur du mot « francophonie » et militant de l’expansion coloniale », sur histoirecoloniale.net, (consulté le )
  10. Luc Pinhas, « Aux origines du discours francophone », Communication & Langages, vol. 140, no 1,‎ , p. 69–82 (DOI 10.3406/colan.2004.3270, lire en ligne, consulté le )
  11. Onésime Reclus, France, Algérie et colonies, Paris, Hachette, (lire en ligne)
  12. Elena Prus (dir.) et Pierre Morel (dir.), La francopolyphonie : langues et identités, ULIM, , 361 pages p. (lire en ligne), p. 95.
  13. René-Maurice Dereumaux, L'Organisation internationale de la francophonie : l'institution internationale du XXIe siècle, L'Harmattan, , 155 p. (lire en ligne), p. 30.
  14. Sylvie Guillaume, Les Associations dans la francophonie, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, , 336 p. (lire en ligne), p. 66.
  15. a et b LDH Toulon, Onésime Reclus, inventeur du mot « francophonie » et militant de l’expansion coloniale, .
  16. 32 volumes disponibles à la BnF, et sur la bibliothèque numérique Gallica.
  17. articles L.341-1 à 22
  18. « Archives numérisées d'état civil de Paris, 1916, 5e arr., acte de décès n° 1442, vue 18/31 », sur archives.paris.fr (consulté le )
  19. « Cimetière du Père Lachaise, registre journalier d'inhumation, 2 juillet 1916, n°1851, vue 14/31 », sur archives.paris.fr (consulté le )
  20. Louis Passelaigue, L'Auvergne présentée par Onésime Reclus en 1873 Le Gonfanon n°82, Argha 2016
  21. « À la France : sites et monuments (vol. 31-32) »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  22. « Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique : Où renaître ? et comment durer ? » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  23. « Le Partage du monde » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  24. « La France à vol d’oiseau - Volume 1 » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  25. « La France à vol d’oiseau - Volume 2 » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  26. « Correspondance - Tome I » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  27. « Correspondance - Tome II » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  28. « Correspondance - Tome III » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  29. « Le Partage de l'Allemagne » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  30. « Le Rhin français » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  31. « Manuel de l’eau, suite et complément du Manuel de l’arbre, pour servir à l’enseignement sylvo-pastoral dans les écoles » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  32. « Un grand destin commence » [PDF], sur gallica.bnf (consulté le ).
  33. « Le génie des frères Reclus Onésime Reclus : 1837-1916 de Gérard Fauconnier : livre à découvrir sur France Culture », sur France Culture (consulté le )