Olivier Voinnet

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Olivier Voinnet
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David Baulcombe (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Olivier Voinnet est un biologiste français, membre de l'Académie des sciences et médaille d'argent du CNRS dont il est détaché en Suisse depuis 2010. En 2015, il est l'objet d'une polémique mettant en cause certaines de ses publications scientifiques. A l'automne 2018, 20 articles sur les 112 dont il est co-signataire ont dû être corrigés, et 8 ont été retirés de la littérature scientifique[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Olivier Voinnet est né en 1972[2]. Après des classes préparatoires aux grandes écoles, il entame en 1992 un cursus universitaire scientifique[3].

En 1994, il sort diplômé de l'université Pierre-et-Marie-Curie, après avoir suivi une formation de deuxième cycle en biologie moléculaire[3]. Deux ans plus tard, il obtient le titre d'ingénieur agronome de la grande école AgroParisTech[4] En 2001, sa thèse de doctorat, effectuée à Norwich (Angleterre) sous la direction de David Baulcombe (en), lui confère le titre de docteur ès sciences[5],[4]. La même année, son CV présente treize publications scientifiques dont il est cosignataire[3]. L'année suivante, il intègre le CNRS en tant que chargé de recherche dans une unité de recherche conventionée avec l'université de Strasbourg, l'institut de biologie moléculaire des plantes[4],[3], où il poursuit ses travaux sur l'interférence par ARN[6].

Récipiendaire de la médaille de bronze du CNRS en 2004, Olivier Voinnet devient directeur de recherche en 2005[5]. L'année 2007, la médaille d'argent du CNRS lui est décernée[4],[6],[7], puis, en 2009, il reçoit la médaille d'or de l'Organisation européenne de biologie moléculaire (EMBO), prix le plus prestigieux d'Europe dans le domaine de la biologie moléculaire[8]. Détaché du CNRS depuis 2010 , il occupe la chaire universitaire de biologie de l'ARN au sein du département de biologie de l'école polytechnique fédérale de Zurich[5]. En novembre 2014, à 43 ans, il est élu à l'Académie des sciences[2].

Polémique[modifier | modifier le code]

Alors qu'Olivier Voinnet apparaît comme un des chercheurs les plus prometteurs en biologie végétale[9], une série d'allégations postées à partir de Janvier 2015 sur le site de signalement anonyme PubPeer,[10] met en cause certaines publications dont il est co-signataire, montrant des manipulations potentiellement inappropriées d'images de figures[11],[9],[12]. Ces allégations suscitent la mise en place de deux enquêtes indépendantes au CNRS, d'une part, et à l'ETH, de l'autre, à partir de Février 2015[11],[9],[12] .

Début Avril 2015, une biologiste du comité de lecture ("reviewer") d'un article co-signé par Olivier Voinnet en 2004 dans The Plant Cell, puis signalé sur PubPeer en Janvier 2015, suscite la polémique en rendant public ses échanges en 2003 avec l'éditeur: elle y présentait des arguments s'opposant à la publication du manuscript qu'elle reproche au journal de ne pas avoir pris en compte[13]. Dans un communiqué du 6 avril[14] suscité par la controverse[15], The Plant Cell indique qu'Olivier Voinnet avait, en 2003, répondu à ces arguments à la satisfaction des éditeurs, mais a demandé la rétraction de l'article le 27 mars 2015[14] en raison de manipulations graves de cinq figures[16]. Le journal Le Monde confirmera[17] en Octobre 2018 que l'article fut retiré « sur d'autres fondements que ceux pointés par la biologiste » en 2003. Le texte de rétraction, publié début juin 2015[18],[16] identifie Patrice Dunoyer, un chercheur permanent du groupe d'Olivier Voinnet au CNRS, comme l'unique auteur des manipulations[16].

Les conclusions des enquêtes menées par l'ETH[19] et le CNRS[20] sont rendues publiques simultanément le 10 juillet 2015. L'ETH n'a pas observé de « comportement en infraction au règlement sur l’éthique de la recherche » de la part d'Olivier Voinnet. Son manque de vigilance en tant que chef de groupe concernant « de nombreuses figures erronées dans les publications » lui vaut cependant un avertissement[19]. Le CNRS souligne, quant à lui « des manquements, qui relèvent de la méconduite scientifique ayant porté atteinte à l'image du CNRS »[20] et annonce l'exclure pour deux ans, à compter de la fin de son détachement[21],[22]. Le 10 octobre 2018, le journal Nature annonce qu'Olivier Voinnet envisage de contester juridiquement cette sanction[23].

Début 2016, après examen de publications dont certaines ont valu à Olivier Voinnet d'obtenir sa médaille d’or, l'EMBO lui retire cette récompense[24],[25]. De son côté, le Fonds national suisse de la recherche scientifique suspend en 2015 le financement de ses recherches pour une durée de trois ans[26]. Le Conseil européen de la recherche maintient, en revanche, sa bourse de "chercheur sénior" jusqu'à complétion finale du projet[27]. Fin 2016, huit articles co-signés par Olivier Voinnet auront été retirés de la littérature[28],[29] dont deux, très cités et produits avant son entrée au CNRS en 2002 résultent de ses travaux de thèse de doctorat[30]. En 2017, une enquête scientifique est conduite par l'University of East Anglia où la thèse fut enregistrée en 2001. Ses conclusions sont rendues publiques le 6 Septembre 2018: selon le communiqué, l'enquête approfondie menée avec la pleine coopération du Professeur Voinnet « n’a révélé aucune évidence de malhonnêteté » dans sa thèse et a « confirmé que ses conclusions restent inaltérées »[31],[1]. Dans deux articles publiés à l'automne 2018[1],[17], le journal Le Monde souligne que certains travaux d'Olivier Voinnet rétractés en 2015 demeurent très cités[17], « c'est à dire considérés comme valides par une partie de la communauté scientifique »[1].

Le CNRS et l’ETH constituent conjointement une commission d'enquête en septembre 2016, à propos d'articles dont Olivier Voinnet est co-auteur (sans être l'auteur correspondant)[32],[33], et, d'après l'ETH, à la demande même d'Olivier Voinnet[34]. L'ancien groupe de recherche d'Olivier Voinnet dont Patrice Dunoyer avait repris la direction en 2010 à l'institut de biologie moléculaire des plantes est dissout au printemps 2017[35]. Le 6 septembre 2018, l'ETH communique seule sur les résultats de l'enquête démarrée en 2016[34]; elle révèle une série de fraudes avérées, mais dédouane Olivier Voinnet, qui, d'après l'ETH, « n’a pas lui-même participé à ces manipulations, il n’en a pas davantage été le commanditaire et ne les a pas non plus tolérées de façon délibérée »[1]. D'après Le Monde, le CNRS n'aurait débuté qu'à l'été 2018 les auditions correspondant à cette affaire, mais selon Nature, le CNRS aurait conclu le 10 juillet[23]. Le CNRS annonce le 3 octobre des sanctions à l'encontre de Patrice Dunoyer (abaissement d'échelon assorti d'une suspension immédiate de 11 mois non communiquée mais confirmée à la presse par la direction[36],[23], il a depuis quitté la recherche[17]) ainsi que d'Olivier Voinnet (blâme). Le communiqué du CNRS précise que « [la] participation active [de ce dernier] à la fabrication des [données] incriminés n'a pas été établie ; toutefois, la direction du CNRS a estimé qu'il ne pouvait s'abstraire de sa responsabilité de chef de groupe »[36]. Dans un droit de réponse publié sur le site du CNRS, Olivier Voinnet réfute tout manquement à son devoir de probité scientifique, mettant également en avant l'incohérence de cette sanction imposée contre l'avis-même, unanime moins une abstention, du conseil disciplinaire du CNRS[36],[23].

Le , l'Académie des sciences communique : « Olivier Voinnet a été élu à l’Académie des sciences en novembre 2014 avant la mise en cause de plusieurs de ses publications. À ce jour, il n’a pas été reçu sous la Coupole, acte solennel d’intronisation de tous les membres de l’Académie des sciences. Dès que les conclusions de la commission mixte CNRS-ETH seront connues, notre Académie prendra alors les décisions nécessaires. Pendant cette période d’attente, notre Compagnie s’abstiendra de tout commentaire »[37],[38].

Perspectives[modifier | modifier le code]

En 2018, un article du journal Le Monde qualifie l'enquête ayant suscitée la suspension d'Olivier Voinnet en 2015 de bâclée[39]. Le journal y constate également l'incohérence du CNRS dans sa gestion radicalement opposée d'un cas pourtant similaire survenu en 2018, impliquant un haut responsable de l'institution: « les responsabilités individuelles n’ont pas été suffisamment recherchées, pas plus que l’ampleur des atteintes à la science engendrées par ces inconduites. Et, trois ans plus tard, les mêmes arguments retenus contre Olivier Voinnet – sa responsabilité de chef de groupe, l’atteinte à l’image de l’organisme – seront oubliés dans le cas de Catherine Jessus, responsable de la biologie au CNRS »[39]. Le Monde s'interroge[17] sur le contraste entre l'avertissement donné par l'ETH en 2015 à Olivier Voinnet, fondé sur une enquête fouillée de plusieurs mois, et sa suspension de deux ans par le CNRS reposant sur un travail minimaliste d'une seule semaine dont le journal Nature dit, en octobre 2018, qu'il « ne fait aucune mention des cahiers de laboratoires ou données originales - ce que la nouvelle investigation [de 2017] a pris en compte - et n'excède pas quatre pages »[23].

A propos de l'enquête initiée par le CNRS et l'ETH en été 2016 dont ils ont eu accès au rapport final, les journalistes du Monde notent[17] que « le second épisode n'est pas moins étrange » en expliquant que le CNRS « fera trainer [l'enquête] jusqu'en juillet 2017 »[17] et que « Catherine Jessus bloque un temps la transmission d'un mémoire de défense d'Olivier Voinnet »[17] alors que « les commissions disciplinaires seront informées le jour même de leur reunion d'éléments d'appréciation pourtant cruciaux »[17].

Dans son livre L’Énigme Bogdanov, Luis Gonzalez-Mestres se demande « quelles conséquences tirer du fiasco de l'évaluation scientifique dont témoigne une telle affaire », évoquant le fait que les anomalies présentes dans les publications co-signées par Olivier Voinnet semblent avoir échappé pendant plus de douze ans aux instances d'évaluation du CNRS, jurys de concours et de prix divers, et même à l'Académie des Sciences[40].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e « Intégrité : l’« affaire Voinnet » rebondit », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  2. a et b Marie-Laure Moinet, Académie des sciences, « Élections à l’Académie des sciences » [PDF], sur www.academie-sciences.fr, (consulté le 18 juin 2018), p. 3.
  3. a b c et d (en) Elisabeth Pain, « Finding His Voice in Gene Silencing », Association américaine pour l'avancement des sciences, (consulté le 18 juin 2018)
  4. a b c et d Fondation Bettencourt Schueller, « Olivier Voinnet », (consulté le 18 juin 2018).
  5. a b et c (en) École polytechnique fédérale de Zurich, « Extraordinary researcher honoured », sur www.ethlife.ethz.ch, (consulté le 18 juin 2018)
  6. a et b (en) Elisabeth Pain, « Finding His Voice in Gene Silencing », Association américaine pour l'avancement des sciences, (consulté le 18 juin 2018)
  7. CNRS, « Olivier Voinnet : Médaille d’argent du CNRS 2007 », sur www.cnrs.fr (consulté le 18 juin 2018)
  8. AFP, « Biologie moléculaire : un Français distingué », Le Figaro, (ISSN 0182-5852, consulté le 18 juin 2018).
  9. a b et c Hervé Morin et David Larousserie, « Une star de la biologie dans la tourmente », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. Pub Peer
  11. a et b « Star de la biologie dans la tourmente », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  12. a et b Hervé Morin, « Olivier Voinnet : une carrière atypique et fulgurante », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. Vicki Vance, « This is my review of the Voinnet 2004 Plant Cell paper downloaded from the journal's website. The review is from November 2003. » [PDF],
  14. a et b Communiqué Plant Cell Avril 2015
  15. Hervé Morin et David Larousserie, « Olivier Voinnet, star de la biologie, accusé de mensonge », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  16. a b et c (en) « Retraction » [PDF], sur www.plantcell.org,
  17. a b c d e f g h et i « La biologie française minée par l’inconduite scientifique », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  18. Hervé Morin, « Un article « manipulé » d’une star française de la biologie est retiré », Le Monde,
  19. a et b ETH 2015.
  20. a et b CNRS 2015.
  21. Sylvestre Huet, « Le CNRS exclut Olivier Voinnet », sur sciences.blogs.liberation.fr,
  22. Hervé Morin et David Larousserie, « Olivier Voinnet, star de la biologie végétale, sanctionné par le CNRS », sur Le Monde.fr, (consulté le 30 mai 2018)
  23. a b c d et e (en) Declan Butler, « French plant biologist cleared of misconduct in new inquiry », Nature,‎ (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/d41586-018-06966-1, lire en ligne)
  24. (en-US) « Olivier Voinnet loses EMBO Gold Medal, Sonia Melo investigated by EMBO », For Better Science,‎ (lire en ligne)
  25. (en-GB) « Gold Medal », sur EMBO (consulté le 24 juin 2018)
  26. « Une médaille d’or retirée au biologiste Olivier Voinnet » (supplément science & médecine), Le Monde, no 22099,‎ , p. 3.
  27. CORDIS, « FRONTIERS OF RNAI-II, European Project, Up2Europe », sur www.up2europe.eu (consulté le 4 novembre 2018)
  28. (en) « The Top 10 Retractions of 2015 », sur the-scientist, (consulté le 13 juin 2018)
  29. (en) « Eighth Voinnet paper retracted - this one from Science », sur retractionwatch, (consulté le 14 avril 2017)
  30. Retraction Watch
  31. UEA 2018.
  32. Seraya Maouche, « Fraude scientifique, le CNRS et l’ETH ouvrent une enquête », Club de Mediapart,
  33. (en) Declan Butler, « Troubled plant-biology group faces new inquiry », Nature,‎ (ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/nature.2016.20807, lire en ligne)
  34. a et b ETH 2018.
  35. (en-US) Leonid Schneider, « Updated : CNRS lab of Voinnet’s right hand Patrice Dunoyer dissolved by director’s decree », For Better Science,‎ (lire en ligne)
  36. a b et c CNRS 2018.
  37. AS 2016.
  38. Seraya Maouche, « Une huitième rétractation et enfin une réaction de l'Académie des sciences », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  39. a et b « L’intégrité scientifique est intangible », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  40. Gonzales Mestres 2017, chap. « La crise de l'évaluation scientifique ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Communiqués de presse de l'ETH, du CNRS, de l'Académie des Sciences et de l'Université d'East Anglia[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]