Olbia de Provence

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Olbia de Provence
Hyères
Image dans Infobox.
Présentation
Destination initiale
Ville et port de commerce
Destination actuelle
Musée archéologique de plein air
Propriétaire
Commune
Personne privée
Patrimonialité
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
L'AlmanarreVoir et modifier les données sur Wikidata
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Olbia (en grec ancien Ὀλβία, « la bienheureuse », « la prospère », « la fortunée » ou « l'heureuse ») est une colonie grecque de Massalia, fondée vers 325 environ avant notre ère, dont le site se trouve en France, dans le Var, sur la commune de Hyères, au lieu-dit l'Almanarre. L'archéologue Michel Bats l'a surnommée « Olbia de Provence » pour la distinguer des autres cités antiques également appelées « Olbia ».

Olbia dans les sources antiques[modifier | modifier le code]

Olbia est mentionnée chez des auteurs anciens comme le géographe Strabon (IV, 1, 5) ou l'itinéraire du pseudo-Scymnos (v. 206-216), qui l'énumèrent parmi les colonies fondées par Massalia (Marseille) le long du littoral ligure. Le rôle d'Olbia, "colonie-forteresse", était vraisemblablement d'assurer escale, abri, protection militaire et accastillage aux navires de commerce massaliètes, dans leur route vers l'Italie et inversement.

À la colonie massaliète d'Olbia ligystide (ou « Olbia ligure ») succède à l'époque romaine une vīcīnĭa (« proximité ») nommée Pomponiana. En 43 Pomponius Mela, géographe romain, cite « Olbia entre Athenopolis et Tauroentum ». Au IIIe siècle, le consul romain Marcus Pomponius Maecius Probus aurait fait d'Olbia une base pour défendre le trafic maritime contre les pirates[1], mais le nom Pomponiana ne vient pas de lui car ce nom apparaît dès le IIe siècle dans l'itinéraire d'Antonin qui ne cite pas Olbia bien que ce nom a perduré, puisqu'au Ve siècle Étienne de Byzance cite « Olbia ligystide près du mont Olbianos » (peut-être l'actuel mont des Oiseaux). Quoi qu'il en soit, c'est l'archéologie seule qui permet de dater l'établissement de la colonie d'Olbia dans le dernier quart du IVe siècle avant notre ère, et le site est communément appelé « Olbia de Provence » à l'époque moderne[2].

L'établissement a été formellement identifié par la découverte, en 1909, d’un fragment de statue du Génie du castellum avec une inscription latine du IIIe siècle : Genio Viciniae/ Castellanae Ol/biensium L(ucius) Rupil(i)us / Iacchus d(ono) d(edit) cum suis : « Au Génie du quartier fortifié des Olbiens, Lucius Rupilius Iacchus a fait ce don avec les siens »[3].

Histoire du site dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Au moment de la fondation, vers 325 avant notre ère, la population d'Olbia pourrait compter, d'après les calculs de Michel Bats, 720 habitants (femmes, esclaves et enfants compris). Les hommes paraissent avoir été des soldats-colons, mais aussi pêcheurs et agriculteurs. En 49 avant notre ère, la prise de Massalia par Jules César marque l'amorce de la romanisation de la région. Olbia est alors probablement détachée de Massalia. Le site fut ensuite habité jusqu'après la fin de l'empire romain et ne sera définitivement abandonné qu'au VIIe siècle de notre ère, sous le règne de Gontran Ier, roi des Francs, vraisemblablement en raison de la submersion du port et de l'augmentation de l'insécurité en bord de mer sous la dynastie mérovingienne. La population se réfugie alors sur les hauteurs[4].

Plan et urbanisme[modifier | modifier le code]

Le site d'Olbia est compris dans un carré régulier de 165 m de côté. Le plan de la cité, préétabli, permettait une répartition égalitaire entre les colons tout en répondant aux exigences militaires de la petite forteresse : un épais rempart, flanqué de tours aux angles et dans les parties médianes abritait quarante îlots d'habitation théoriques.

L'unique porte de la ville, située dans le prolongement du grand axe est/ouest, ouvrait à l'est sur le port, aujourd'hui en partie submergé, et en partie ensablé.

Les îlots d'habitation, de forme rectangulaire, mesuraient 11 m de large pour 34,50 m de long. Ils étaient séparés par des ruelles de 2,20 m de large. Chacun des îlots, au moment de la fondation, était constitué de trois lots égaux, occupant chacun une surface au sol de 120 m2 environ. Chacun de ces lots abritait une famille de colons.

Sanctuaires et lieux publics[modifier | modifier le code]

Le « grand sanctuaire de l'Ouest », visible en fond de perspective depuis l'entrée par la porte de la cité, était vraisemblablement consacré, d'après Strabon, à la déesse Artémis. Un sanctuaire d'Aphrodite, adossé au rempart nord, a également été mis au jour. D'autres inscriptions sur pierre ont également révélé la présence de divinités honorées à Olbia, un "Héros" anonyme et des "Déesses-mères", qui étaient symbole de la fécondité. Un phallus sculpté, retrouvé en remploi, ornait vraisemblablement la porte de la cité. Le site ne semble pas avoir comporté d'agora, mais la place du puits public, au centre de la cité, pourrait avoir fait office de lieu de réunion.

Historique des fouilles menées à Olbia[modifier | modifier le code]

Les vestiges d'Olbia sont connus depuis le XIXe siècle, et les premiers travaux de sondages et de relevés ont eu lieu sous le second Empire.

Les différents vestiges de la cité antique sont maintes fois protégés au titre des monuments historiques : inscription en 1926 (remparts), classements en 1947 (quartier Saint-Pierre-d'Almanarre) et 1951 (rempart grec, dans le quartier Saint-Pierre-d'Almanarre)[5].

C'est à Jacques Coupry, professeur à l'Université de Bordeaux, que l'on doit les premières campagnes de fouilles archéologiques systématiques de 1947 à 1951 puis de 1956 à 1971. Celles-ci permettent notamment de connaître l'extension et les limites du site urbain d'Olbia, ainsi que son plan d'urbanisme général.

Les fouilles ont été poursuivies par Michel Bats de 1982 à 1989 puis reprises en 2002 à 2008, afin de mener l'étude systématique d'un îlot d'habitation (l'îlot VI), depuis l'époque médiévale jusqu'aux niveaux de fondation au début de l'époque hellénistique. De 2010 à 2013, des fouilles de sauvetage le long du bord de mer, toujours sous la direction de Michel Bats, ont permis de remettre au jour les vestiges d'un complexe thermal d'époque romaine et de préciser le tracé du rempart de la colonie. Ces campagnes de fouilles programmées ont donné lieu à la publication de deux monographies majeures sur l'histoire du site[6].

En 1988, Muriel Vecchione, ingénieure de recherche à l'AFAN, qui travaillait sur la période médiévale à Hyères, puis, de 1989 à 1992, Michel Pasqualini, ingénieur au SRA-PACA et Bertrand Mafart (médecin-anthropologue) ont dirigé la fouille du cimetière de l'Abbaye Saint-Pierre de l'Almanarre.

Depuis 2019, des campagnes de terrain sous la direction de Clément Sarrazanas (Université de Picardie Jules Verne) sont menées dans le sanctuaire de l'Ouest et dans l'Aphrodision, dans le cadre du PCR "Sanctuaires urbains et extra-urbains d'Olbia de Provence", dirigé par Réjane Roure (Université Paul Valéry de Montpellier). Le but est de reprendre l'étude des vestiges et de compléter les travaux de Jacques Coupry, dont les fouilles dans ces deux sanctuaires sont restées incomplètes et inédites depuis les années 1960.

Divers découvertes faites lors de différentes campagnes de fouilles[modifier | modifier le code]

Cinq fragments de tuiles en calcaire de La Couronne ont été découverts[Quand ?] hors stratigraphie et hors contexte[7].

Un dépôt monétaire d'une centaines de monnaies datées du IIIe siècle av. notre ère[8], reliant le site à Massalia, avait été découvert lors de la campagne de fouilles du sanctuaire dédié à Aphrodite situé contre le rempart nord[Quand ?]. Celui-ci a disparu pendant un certain nombre d'années (vol ?) avant de réapparaître[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Margaret M. Roxan, Roman Military Diplomas 1978 to 1984, Institute of Archaeology Publ., 1985, p. 207
  2. Michel Bats (dir.), « Olbia de Provence (Hyères, Var) à l'époque romaine » in : Études Massaliètes n° 9, Aix-en-Provence 2006 ; Michel Bats (dir.), Olbia de Provence, colonie de Marseille, à l’époque hellénistique (v. 325 - v. 40 av. J.-C.), en préparation.
  3. David Ollivier, Gaspard Pagès, Jean-Christophe Tréglia, « La fin d'une vicinia. Olbia à Hyères (Var) durant l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge (Ve-Xe s.) » [PDF], sur hal.inria.fr,
  4. Michel Bats (dir.), Olbia de Provence (Hyères, Var) à l’époque romaine, in: Études Massaliètes n° 9, Aix-en-Provence 2006, p. 13-20
  5. « Notice n°PA00081638 », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. Michel Bats (dir.), Olbia de Provence (Hyères, Var) à l'époque romaine, in: Études Massaliètes n° 9, Aix-en-Provence 2006 ; Michel Bats (dir.), Olbia de Provence, colonie de Marseille, à l’époque hellénistique (v. 325 - v. 40 av. J.-C.), en préparation.
  7. Cecilia Pedini, « Exploitation et utilisation du calcaire de La Couronne dans l’Antiquité (Martigues, Bouches-du-Rhône) », Revue archéologique de Narbonnaise, vol. 42, no 1,‎ , p. 265–287 (DOI 10.3406/ran.2009.1788, lire en ligne, consulté le )
  8. Le Guide des sites antiques - Provence-Alpes-Côte d'Azur de M. Bouiron, E. Delaval et C. Dureuil-Bourachau, p.109 - Ed. Mémoires Millénaires, 2020 - (ISBN 978-2-919056-80-4)
  9. Découverte d’exception : un lieu de culte gaulois monumental, dans le Mercantour podcast de l'émission du de Carbone 14, le magazine de l'archéologie de France Culture - Consulté le

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • BATS M., Vaisselle et alimentation à Olbia de Provence (v. 350 - v. 50 av. J.-C.). Modèles culturels et catégories céramiques, Paris, 1988, (18e Suppl. à la Revue Archéologique de Narbonnaise) (compte rendu disponible en ligne sur Persée).
  • BATS M., « Olbia », in Voyage en Massalie. 100 ans d’archéologie en Gaule du sud, Musées de Marseille/Édisud, 1990, p. 207-210.
  • BATS M., « La tour d’angle sud-est d’Olbia de Provence et son dépotoir (v. 200-175 av. J.-C.)] », in ARCELIN P., BATS M., GARCIA D., MARCHAND G. et SCHWALLER M. (dir.), Sur les pas des Grecs en Occident, Hommages à André Nickels (« Études massaliètes », 4), ADAM-Errance, Lattes/Paris, 1995, p. 371-392 (en ligne).
  • BATS M. (dir.), Olbia de Provence (Hyères, Var) à l’époque romaine (« Études Massaliètes », 9), Aix-en-Provence, 2006 (en ligne).
  • BATS M. (et alii), « Les artisans de l’îlot VI à Olbia de Provence (Hyères, Var) », in BRUN J.P. (éd.), Artisanats antiques d’Italie et de Gaule. Mélanges offerts à Maria Francesca Buonaiuto, « Collection du Centre Jean Bérard », 32, Naples, 2009, p. 199-202.
  • BOUET A., « Olbia-de-Provence (Hyères-les-Palmiers, Var) : la maison de l'îlot VI et l'évolution de la maison a Pastás de type olynthien », Revue des études anciennes, 1997, vol. 99, no 3-4, p. 443-457.
  • BRUN J.P., « Olbia », in BRUN J.P. et BORREANI M. (collab.), Carte archéologique de la Gaule 83/1 - Var, Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1999, p. 437-461.
  • OLLIVIER D., « Bref historique de l’exploration archéologique du site d’Olbia », in BATS M. (dir.), Olbia de Provence (Hyères, Var) à l’époque romaine (Études Massaliètes, 9), Aix-en-Provence, 2006, p. 13-20

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]