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Ogier de Danemarche

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Ogier de Danemarche
Statue d'Ogier réalisée par H.P. Pedersen-Dan, Château de Kronborg, Danemark.
Statue d'Ogier réalisée par H.P. Pedersen-Dan, Château de Kronborg, Danemark.

Ogier de Danemarche (ou Hogier, ou Ogier le Danois ou Otger ou Otgar de Dannemarka) — en danois Holger Danske — est un chevalier danois légendaire qui apparaît pour la première fois dans la chanson de geste du cycle de Charlemagne ou Cycle du Roi (de la Matière de France). Héros de chanson de geste au XIIe siècle, il est repris par le roman chevaleresque tardif au XVIe siècle[1].

Légende médiévale et personnage de folklore

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Ogier, appelé aussi Okterus ou Autcharius en latin médiéval, est dans un premier temps un des douze fidèles capitaines de Charlemagne. Le fils de celui-ci, Charlot, tue le fils d'Ogier, Baudouinet, ce qui provoque la révolte d'Ogier, qui s'allie à Didier de Lombardie en 773 et combat contre son ancien maître Charlemagne. Cet épisode est raconté dans le poème de Raimbert de Paris, La chevalerie d'Ogier (env 1220).

Sa vie a été reprise par Jean d'Outremeuse au XIVe siècle dans Ly Myreur des Histors (« Le Miroir des Histoires »). La chanson de geste Brun de la Montaigne, anonyme et écrite dans la seconde moitié du siècle, le mentionne brièvement, comme l'amant de Morgue (Morgane) la fée, ici présentée comme la cousine du roi Arthur[2],[3]. Cet amour est repris dans le Roman d'Ogier, une réécriture en décasyllabe (31 000 vers, début du XIVe siècle[4] ou vers 1310[5]) parut, contenant une intrigue finale où Ogier est invité à Avalon par Morgue la Fée[5]. Plus tard, un Roman d'Ogier en alexandrin (29 000 vers[6], milieu du XIVe siècle[4] ou vers 1335[5])[7] de 29 000 vers, apparut, datable d'environ 1335, existant dans trois manuscrits[8], et celui-ci développait également La chevalerie d'Ogier de Raimbert, en ajoutant une aventure à Avalon (environ 18 000 vers)[5],[7],[9].

On retrouve cet amour aussi dans sa version en prose rebaptisée Ogier le Danois (Ogyer le Danois), publiée dans plusieurs éditions à partir de la fin du XVe siècle[10]. Cette dernière pourrait contenir des vestiges de Chevalerie Ogier[11], aujourd'hui disparue, datant du XIIe siècle. Il est également possible qu'Ogier le Danois soit apparu pour la première fois dans le contexte arthurien sous les traits du prince saxon Oriolz[12] le Danois (de Danemarche), parfois appelé le Chevalier Rouge, dans la Vulgate Merlin du XIIIe siècle et son adaptation anglaise Arthour and Merlin (en)[13].

Le nom Danemarche signifie « Danemark », rappelant un des nombreux mercenaires nordiques, avant qu'ils ne se mettent en rupture de ban et de lois, se transformant en vikings. En effet, le père d'Ogier est nommé « Godefroi », identifié parfois avec le roi des Danois Godefried, contemporain et ennemi de Charlemagne.

Ogier de Danemarche est représenté dans le jeu de cartes français par le valet de pique. La légende veut que Ogier de Danemarche se réveillera lorsque le Danemark sera en danger, idée reprise par Poul Anderson dans son roman Trois cœurs, trois lions (1961). Une statue d'Ogier est exposée dans les sous-sols du château de Kronborg, au Danemark, face à la Suède.

Personnage honoré par un gisant

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L'historiographe Mantelius, ou Mantel, relate le legs effectué en 801 par Charlemagne, à savoir les terres du premier comté de Looz, à Otger le Danois et à ses hoirs. Auda, la sœur de Otger, est présentée comme la compagne à la mode nordique de Roland.

Les gisants d'Ogier, ou Otger, le Danois et de son compagnon d'armes Benoît, en humbles habits monastiques, étaient, selon Dom Calmet, dans le chœur de l'abbaye Saint-Faron de Meaux, qui conservait aussi, avec ses reliques, l'épée et le bouclier en fer du guerrier danois.

Notes et références

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  1. Voichita Sasu, « La figure d’Ogier, de la chanson de geste au roman chevaleresque », Études françaises, vol. 32, no 1,‎ , p. 49 (lire en ligne)
  2. Anonyme, Brun de La Montaigne, Roman d’aventure publié pour la première fois, d’après le manuscrit unique de Paris, Texte établi par Paul Meyer, Firmin-Didot, 1875 (lire en ligne, en ancien français).
  3. James Wade (2011). Fairies in Medieval Romance. Springer. ISBN 9780230119154.
  4. a et b Susan E. Farrier, ed. (2019), The Medieval Charlemagne Legend: An Annotated Bibliography, Routledge, pp. 268, (ISBN 9780429523922)
  5. a b c et d Knud Togeby (de) (1969), Ogier le Danois dans les littérratures européennes, Munksgaard, p. 134-148.
  6. Edmund & Louise Horner Reiss ; Beverly Taylor eds. (1984). Arthurian Legend and Literature: The Middle Ages. Vol. 1. Garland. p. 402. ISBN 9780824091231.
  7. a et b Lucy Allen Paton (1903), Studies in the Fairy Mythology of Arthurian Romance, Ginn&Company, pp. 74–77
  8. MS. P" ou Paris, Bibliothèque de l'Arsenal 2985 (ant. 190-191), "L" ou Londres, Livre de Talbot-Shrewsbury (MS. Royal 15 E vi.), et "T" ou Turin, Biblioteca Nazionale L. IV, 2, (ant. G.I.38).
  9. Harry Leigh Douglas Ward (1883), Catalogue of romances in the Department of manuscripts in the British Museum, vol. I, London: William Clowes, pp. 607–609.
  10. Jane H. M. Taylor (2014). Rewriting Arthurian Romance in Renaissance France: From Manuscript to Printed Book. Boydell & Brewer Ltd. pp. 157–158. ISBN 9781843843658.
  11. Hans-Erich Keller (de) (1995). "Chevaleri Ogier". In William Kibler ; Grover A. Zinn (eds.). Medieval France: An Encyclopedia. Garland. pp. 405–406. ISBN 978-0-8240-4444-2.
  12. Parmi les différentes variantes de son nom, on trouve Orels, Oriels, Oriens, Orient, Orients, Oriens, Orioles, Oriol, Orioles et Oriolts.
  13. Phyllis Ann Karr (19 septembre 1983). The King Arthur Companion: The Legendary World of Camelot and the Round Table as Revealed by the Tales Themselves ... Reston [Publishing Company]. ISBN 9780835936989 – via Google Books.

Liens externes

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