Office de radiodiffusion-télévision française

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Office de radiodiffusion-télévision française
logo de Office de radiodiffusion-télévision française
Création
Dates clés 27 juin 1964  : la RTF devient l'ORTF et les chaînes RTF Télévision et RTF Télévision 2 deviennent les première et deuxième chaînes de l'ORTF
1er octobre 1967  : la Deuxième chaîne de l'ORTF devient la Deuxième Chaîne couleur
8 janvier 1969  : création de la RFP
31 décembre 1972 : lancement de la 3e chaîne directement en couleur
Disparition Radio :
Télévision :
Personnages clés Jacques-Bernard Dupont
Jean-Jacques de Bresson
Arthur Conte
Marceau Long
Forme juridique Établissement public à caractère industriel et commercial
Siège social

Drapeau de France Paris Maison de l'ORTF
116, avenue du Président-Kennedy

75016 Paris (France)
Direction Marceau Long
Actionnaires État français
Activité Production, diffusion
Produits Chaînes de radio et de télévision
Filiales Régie française de publicité

L'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) est un établissement public à caractère industriel et commercial créé en 1964 et remplacé en 1974, ayant pour mission, la tutelle de la radiodiffusion et de la télévision publique, la gestion des émetteurs et de la production audiovisuelle nationales et régionales.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts de l'audiovisuel d'après-guerre et la RDF[modifier | modifier le code]

La Radiodiffusion française (RDF) est créée le 23 mars 1945 après la nationalisation des radios privées et instaure un monopole d'État qui demeurera jusqu'en 1981. Les anciennes radios privées seront malgré tout progressivement supprimées et remplacées par des nouvelles radios entre 1945 et 1948 : Le Programme parisien en 1945, Le Programme national en 1946, Paris Inter en 1947, Paris Études en 1948 et Paris IV Grenelle en 1949. Dans le même temps, la RDF crée une nouvelle chaîne de télévision reprenant les fréquences de l'ancienne chaîne nazie Fernsehsender Paris (Paris-Télévision) : RDF Télévision française. La première évolution technique majeure de la télévision d'après-guerre ne survient qu'en 1948, lorsque le Secrétaire d'État à l'Information François Mitterrand fixe par décret le format 819 lignes en remplacement du 441 lignes.

La RDF est totalement contrôlée par le ministre de l'information et ne dispose donc d'aucune autonomie.

La RTF remplace la RDF[modifier | modifier le code]

Un « T » pour bien symboliser la télévision[modifier | modifier le code]

Logotype de l'Office de radiodiffusion télévision française

Le 4 février 1949, la Radiodiffusion française (RDF), qui est déjà responsable de l'unique chaîne de télévision, devient la Radiodiffusion-télévision française (RTF). Malgré tout, son mode de fonctionnement ne change pas. La RTF est donc totalement dénuée d'autonomie propre. Le 29 juin 1949 voit l'apparition du premier journal télévisé conçu par Pierre Sabbagh, mais sans présentateur. Peu de temps plus tard, le 30 juillet, la redevance audiovisuelle est instaurée pour les téléviseurs (jusqu'alors, seuls les équipements radio étaient assujettis à la redevance). Le 12 février 1950, plusieurs diffuseurs européens dont la RTF forment l'Union européenne de Radio-Télévision.

C'est également sous l'ère de la RTF qu'apparaîtront des nouveaux programmes, notamment les émissions religieuses du dimanche matin (toujours diffusées aujourd'hui sur France 2), la première émission jeunesse (Le Club du jeudi), les premières pièces de théâtre diffusées en direct, les premières années de la diffusion en direct du défilé du 14 juillet (retransmis la première fois le 14 juillet 1950[1] ) et les premières retransmissions internationales qui permettront aux téléspectateurs français d'assister en direct au couronnement de la souveraine britannique Élisabeth II le 2 juin 1953. Cet évènement a beaucoup contribué au succès de la télévision en France. En parallèle, le côté radio s'enrichit : Le Programme musical en modulation de fréquence France IV est créé en 1954.

Le 3 janvier 1956, la diffusion en 441 lignes s'arrête définitivement à la suite d'un incendie de l’émetteur. Entre-temps, entre 1950 et 1969, la télévision régionale fait progressivement son apparition, en commençant par Lille. Les stations régionales servant également de relais, les programmes jusqu'alors exclusivement parisiens peuvent être reçus à chaque zone couverte par une antenne régionale.

De la refonte des radios à la transformation en ÉPIC[modifier | modifier le code]

Le 1er janvier 1958, l'offre radiophonique est considérablement modifiée. Le programme musical à modulation de fréquence France IV est supprimé, et la RTF Radio se retrouve composée de trois chaînes, qui changent de nom pour l'occasion :

  • Paris Inter devient France I, montrant que c'est désormais la station de référence de la RTF
  • Le Programme parisien devient France II régional, chaîne de divertissements et d'émissions régionales
  • Le Programme national devient France III, en s'axant sur les programmes culturels

La suppression du programme musical ayant entraîné de nombreuses protestations, il est réintroduit sous le nom de France IV haute fidélité dès le 27 mars 1960[2].

En avril 1958 est créée par Henri Kubnick l'émission devenue culte 100 000 francs par jour qui deviendra Le Jeu des 1 000 francs sur France 1. À la télévision, la RTF crée en 1959 le tout premier magazine d'information télévisé, Cinq colonnes à la une. Il sera diffusé jusqu'en 1968.

Dans le même temps, le 4 février 1959, la RTF devient un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) et adopte son fameux logo « atome » qui sera conservé même après la transformation en ORTF en 1964.

Des nouvelles radios et une nouvelle télévision[modifier | modifier le code]

En octobre 1963, les radios de la RTF connaissent une nouvelle mini-révolution. France I et France II régional fusionnent pour devenir RTF Inter, cette dernière se divisant en deux programmes distincts en soirée : Inter Jeunesse en ondes longues et Inter Variétés en ondes moyennes. France III national devient RTF Promotion et récupère également quelques productions jusqu'alors diffusées sur France II. France IV haute fidélité devient RTF haute fidélité et se consacre essentiellement à la musique classique[3].

Ces nouveaux noms n'auront duré que peu de temps, puisqu'en 1963, un référendum est organisé auprès des auditeurs pour renommer les chaînes, dans le cadre de la réforme Roland Dhordain, avec application le 8 décembre 1963.

Le 14 décembre 1963, la RTF emménage dans un nouveau siège situé au 116, avenue du Président-Kennedy, dans le 16e arrondissement de Paris et le 21 décembre de la même année, la deuxième chaîne de télévision (RTF Télévision 2) est créée en utilisant la bande UHF 625 lignes. L'ancienne chaîne unique, RTF Télévision, est dès lors appelée familièrement « la première chaîne » mais le sigle, lui, ne change pas.

L'ORTF, une tentative d'autonomie[modifier | modifier le code]

Une plus grande indépendance pour la RTF[modifier | modifier le code]

En 1964, il est décidé de réformer la RTF afin de lui donner de nouveaux statuts et une plus grande autonomie. La loi du 27 juin 1964 transforme la Radiodiffusion-télévision française en Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF)[5]. L'ORTF a pour but de moderniser le service public de radio-télévision française et, d'après la loi en question, de « satisfaire les besoins d'information, de culture, d'éducation et de distraction du public »[6]. Malgré cette modernisation de l'audiovisuel français, le monopole de service public est maintenu, alors que le Royaume-Uni a aboli le monopole de la BBC en 1955. Comme la RTF l'était depuis le 4 février 1959, l'ORTF est sous la forme juridique d'établissement public à caractère industriel et commercial (ÉPIC). La RTF Télévision devient la première chaîne de l'ORTF, et la RTF Télévision 2 devient la deuxième chaîne de l'ORTF.

À ses débuts, l'ORTF a eu comme particularité de gérer directement la redevance audiovisuelle sans passer par l'état en reprenant le modèle de la BBC. Malgré tout, très rapidement, le ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing a ré-institué, via l'arrêté du 22 juillet 1964, le contrôleur d'état chargé du financement de l'audiovisuel public comme au temps de la RTF. C'est donc la loi de finance annuelle qui fixera le montant de la redevance (et il en est toujours ainsi de nos jours) et de ce fait, le budget de l'ORTF, celui-ci étant entièrement financé par les contribuables. Pourtant, le 18 octobre 1967, le mode de financement change. Si l'office est toujours financé majoritairement par la redevance, la publicité devient la ressource financière secondaire. La Régie française de publicité est créée dans le même temps pour pouvoir gérer la publicité sans passer par des tiers. La première publicité (pour la marque Régilait) sera diffusée sur la première chaîne le 1er octobre 1968, soit près d'un an après sa légalisation.

Le 1er octobre 1967, la deuxième chaîne passe à la couleur via le procédé SÉCAM, et effectue sa première grande réalisation le 6 février 1968 par la retransmission mondiale de la cérémonie d'ouverture dans le stade olympique de Grenoble des Xe Jeux olympiques d'hiver.

Mai 68, l’Office dérive dans la tempête[modifier | modifier le code]

Au mois de mai 1968, l’ORTF compte plus de 12 000 employés, pour la plupart regroupés dans la Maison de la Radio, un immeuble circulaire de prestige qui symbolise l’audiovisuel français. Alors que la gauche dénonce une communication instrumentalisée, l’ORTF est sous contrôle et reste à distance des événements qui ont débuté le 22 mars à l’Université de Nanterre, gagné le quartier latin, puis le monde ouvrier, et bientôt l’ensemble de la société. Jour après jour, l’ORTF se veut rassurante et reste à distance du mouvement. Elle est accusée par le public de mensonge, de partialité, de collusion avec le pouvoir et la police, en bref d’être un instrument d’aliénation de la population. Certes, l’ORTF, en particulier les journaux télévisés regardés par 70 % de la population (8,5 millions de téléviseurs sont en service), rendent compte des événements et de la violence, mais ils privilégient le point de vue gouvernemental. Dans ce qui a été conservé des journaux télévisés de la période du 2 au 14 mai, sur 13 à 15 h d’informations, on totalise deux heures consacrées aux événements dont 1 h 30 de parole officielle[7].

Il n’en demeure pas moins qu’au sein de l’Office le mécontentement est fort et latent. Il a été avivé par la décision gouvernementale d’avril 1968 d’introduire la publicité de marque sur les antennes nationales. Il faut attendre le 10 mai et la nuit des barricades, ainsi que la censure du magazine Panorama, 45 minutes avant sa diffusion, pour que l’ORTF entre en situation de crise. Le 11 mai, les journalistes et producteurs de magazines mensuels d'information diffusent par l’intermédiaire de l’AFP un communiqué où « [ils] estiment que la carence scandaleuse dont a fait preuve l'information télévisée à l'occasion des récents événements porte atteinte à l'honneur professionnel de l'ensemble des hommes de télévision [...] demandent que soit diffusé d'urgence un programme de grande audience au cours duquel tous les acteurs du drame universitaire pourront s'exprimer librement. » [8]

L’ORTF malgré cela reste en décalage constant avec  les événements proprement dits, puisque les personnels de l'ORTF ne se mettront en grève que le 13 mai, jusqu’au au 23 juin. A partir du 22 mai, sur la Première chaîne, les programmes sont interrompus jusqu’en soirée. Il est prévu la diffusion des émissions programmées préenregistrées, ou bien des films de remplacement pour les émissions en direct. Entre le 4 et le 23 juin, un programme minimum est à l'antenne de la première chaîne, composé de Télé-Soir à 20h00, suivi d'un film à 20h30, puis de la seconde édition du journal Télé-Nuit. La deuxième chaîne a cessé d’émettre.

En réalité, il n’y a pas un mouvement de grève à l’ORTF, mais deux. Pour l'intersyndicale de l’ORTF (13 syndicats, 173 catégories de personnels),  notamment les techniciens, les artistes et les personnels administratifs, l’essentiel de la plate-forme de revendications porte sur des revendications professionnelles, les statuts des personnels et les salaires.[9] Pour les journalistes importent surtout les réformes de structure et l’abrogation de la loi de 1964 fondatrice de l’ORTF. Ils demandent une réelle autonomie de l'Office, un audiovisuel public qui ne dépende pas du pouvoir.

Ce n’est que le 25 mai que la majorité des journalistes se met en grève, tout en permettant qu’un service minimum soit assuré. Les journalistes de télévision ont tardé à rejoindre le mouvement ; très fortement marqués politiquement, socialistes sous la IVème  République, ils sont maintenant majoritairement gaullistes.[10] En tout état de cause, ils sont très loin de l’agitation. François de Closets qui préside l’Assemblée générale des journalistes, revenant sur cette période, écrit : « Je déteste les gauchistes et la chienlit, mon obsession est de ne pas entrer dans les jeux politiques; mais si nous nous trouvons embarqués dans ce mouvement, il faut en profiter pour obtenir une réforme citoyenne. »[11] Et encore : « J'étais même favorable à ce que notre comité de grève n'ait aucun contact avec les étudiants et les gauchistes ! » [12]

La grève se poursuit alors que partout le mouvement s’essouffle. Les Français dans leur majorité condamnent les violences et souhaitent le retour à l’ordre. Le 30 mai le Général de Gaulle déclare qu’il ne changera pas de Premier ministre et dissout l’Assemblée nationale. Les journalistes persistent, alors qu’une campagne électorale s’ouvre.  Le 31, Yves Guéna nommé ministre de l'Information fait entourer les locaux de l'ORTF par la police, l’accès des bâtiments est interdit aux grévistes ; le 4 juin, la presque totalité des émetteurs de l'ORTF est occupée par l'armée. Radios et télévisions publiques parviennent à assurer un service minimum avec les personnels non grévistes qui sont très peu nombreux. Le 5 juin Jean-Jacques de Bresson est nommé Directeur général de l’ORTF.

Peu importe, les journalistes s’enfoncent dans l’utopie. Leurs revendications, politiques, cristallisent les critiques et les attentes des mouvements contestataires sur la liberté d'expression. En juin 1968, leur comité de grève déclare qu'ils « veulent que l'ORTF soit au service des 30 millions de téléspectateurs et d'auditeurs et non pas d'une propagande partisane. L'ORTF doit être le reflet fidèle de la France et des Français, ce qu'ils pensent, aiment et souhaitent. Journalistes de la radio et de la télévision, nous entendons exercer notre métier librement. » [13] A Paris, la grève est marquée de manière spectaculaire par l'opération «Jéricho » ; une référence à la Bible où Josué fit tomber les murailles de la ville de Jéricho en faisant tourner autour d’elle, sept jours de suite, l'armée des Hébreux. Du 6 juin au 11 juin, dans une ronde silencieuse autour de la Maison de la Radio, différentes catégories professionnelles viennent manifester leur solidarité avec les personnels de l'ORTF. De l’aveu même de François de Closets, un flop. [14]

Après le premier tour des élections législatives du 23 juin, triomphales pour le gouvernement, l’intersyndicale appelle à la reprise. Sans barguigner, le Directeur général a pu accorder 25% d’augmentation aux salaires de base. Les journalistes sont en porte-à-faux. Leur grève s’éternise jusqu’à ce que l'Union des journalistes de la télévision se résolve, à l'issue de sept semaines de grève, à suspendre le mouvement, sans avoir rien obtenu, pour reprendre le travail le 13 juillet. [15] Comme le confesse François de Closets : « Finalement, nous votons la reprise du travail fin juin, certains que seuls les leaders vont être balayés. Ce n'est pas grave: nous sommes les plus connus, nous pourrons nous recaser ailleurs. Je pensais que la charrette contiendrait 10 places, elle en fera 65. Une vengeance bête et abominable, car beaucoup des journalistes licenciés ont eu leur vie brisée. » [16]

L'ORTF en majesté[modifier | modifier le code]

Juin 1968 l’ORTF semble ingouvernable un collaborateur proche du Général de Gaulle est appelé en catastrophe à en prendre la Direction. Jean-Jacques de Bresson, a 48 ans, il a été un Résistant de la première heure ; à l’Elysée, chargé des dossiers algériens, il a fait preuve de qualités de caractère et de courage ; par ailleurs sur les questions européennes, il a aussi démontré qu’il était un diplomate imaginatif et solide. Il a été reçu par le Président de la République qui lui a précisé ce qu’il attendait de lui et l’a consacré dans ses responsabilités[17].

Un diplomate à poigne pour diriger l’ORTF[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, il lui faut de reprendre le contrôle de l’office, après que 217 journalistes sur 254 se soient mis en grève. Sous prétexte d’économies et de simples compressions de personnel,  à Paris, 36 journalistes de l’actualité télévisée sont licenciés, avec payement d’indemnités, une dizaine d’autres seront mutés.  22 licenciements dans l’actualité parlée,  ainsi qu’une vingtaine de mutations.[18] Ces sanctions seront les seules, Jean-Jacques de Bresson a veillé à ne pas bouleverser la maison. Certaines sanctions seront de courte durée, d’autres plus longues.[19] Certaines seront progressivement rapportées, ainsi Léon Zitrone qui avait été relégué au service des sports chargé du cyclisme et des courses hippiques, retrouvera au bout d’un an ses fonctions antérieures : il a couvert le tour de France à moto et Jean-Jacques de Bresson a apprécié là ses qualités professionnelles.

Dans le même temps, les contestataires obtiendront pourtant une satisfaction : le SLII, service de liaison interministériel pour l’information sera supprimé. Ce service, auquel les directeurs de l’information devaient assister, se  réunissait quotidiennement et intervenait directement sur le contenu des journaux. Le Directeur général de l’office sera le responsable des contenus. On peut lui faire confiance, il partage les mêmes vues que Charles de Gaulle et plus tard celles de Georges Pompidou : « l’ORTF est la voix de la France. »

Le Directeur général est investi d’une mission : répondre au besoin d’information, de culture et de divertissement des Français, à quoi il ajoute la défense des  valeurs traditionnelles de la société. Selon ses opposants : Jean-Jacques de Bresson, s'est toujours fait une certaine idée de l'ORTF. Pure, dure, morale jusqu'à l'obsession [20] (le nu est prohibé).  Il est décrit comme « un homme rigide, capable cependant d’une grande compréhension. Il bénéficie d’une grande liberté contrairement à ce qu’on a pu croire ou dire. Une formidable structure pyramidale fait du Directeur général le deus ex machina de tout ce qui bouge au sein de l'ORTF, Jean-Jacques de Bresson décide, tranche, arbitre. Il gouverne absolument. Patron d'un empire qui emploie 14 500 agents statutaires, dont le budget a passé les deux milliards de francs, responsable de deux — et bientôt trois — chaînes de télévision et de quatre chaînes de radio, le Directeur général se prononce encore sur telle dramatique, juge le comportement de tel interprète, intervient pour modifier l'heure de diffusion de telle émission. Il est l'unique détenteur du pouvoir. [21] La qualité des programmes est son objectif premier, la rigueur dans la gestion de l’office, une condition nécessaire pour y parvenir.

Donner à l’ORTF les moyens de son indépendance[modifier | modifier le code]

De nouveaux modes de gestion, plus proches de ceux du secteur privé sont mis en place. Fin connaisseur des rouages de l’Etat, il sait que la liberté d’un organisme public passe par sa distanciation de la tutelle gouvernementale et au premier chef  de celle du Ministère des finances.

Le régime fiscal de l’Office est aligné sur le droit commun à partir de 1970, l’Office va s’acquitter de l’impôt sur les sociétés et de la TVA. Ce sacrifice financier permet à l’ORTF d’échapper aux contrôles a priori, économiques et financiers,  du Ministère des finances.

Les ressources de l’établissement sont consolidées. L'ORTF a eu comme particularité de gérer directement la redevance audiovisuelle sans passer par l'Etat. L’Office peut se targuer d’un fichier autrement plus complet que celui du fisc ; on échappe difficilement aux agents chargés de la perception. La Régie française de publicité, société anonyme filiale de l’ORTF, est créée le 8 janvier 1969. Solidement encadrée, " elle assure la régie de la publicité sur les antennes de l’ORTF dans le respect des intérêts fondamentaux de l’économie nationale et conformément à la mission générale dévolue à l’ORTF". [22] Les dépenses sont strictement contrôlées, pour maximiser la part qui revient à l’information et aux programmes. L’établissement d’un budget fonctionnel en 1970 et la mise en place d’une comptabilité analytique dotent l’Office d’instruments de gestion modernes.

Parallèlement, et sans attendre les conclusions de la commission Paye, chargée par le Premier ministre de formuler des propositions pour répondre à la crise de croissance que connaît l’Office, en janvier 1970, la Direction unique de la télévision est supprimée. L'ORTF est réorganisée en six établissements décentralisés avec un établissement central qui maîtrise l’ensemble des moyens financiers et techniques et permet la cohérence de l'ensemble. Les deux chaînes de télévision sont mises en concurrence. La responsabilité de la programmation est dévolue aux directeurs des deux chaînes de télévision. La production est réorganisée : des « usines » de production par genre et par programme se substituent aux vingt-deux sections de production, et des unités de fabrication spécialisées par support technique sont créées[23].

La gestion des personnels s’éloigne des règles régissant la fonction publique, pour la première fois un accord salarial est signé avec l’ensemble des  syndicats. Toujours en 1971, la signature  d’un contrat de programme pour quatre ans entre l’Etat et l’ORTF devait garantir l’autonomie de gestion de l’établissement, assurer le maintien du monopole. Autant de réformes qui font passer l’ORTF « de l’ère des saltimbanques » à celle des « géomètres »[24].

L’information libérée[modifier | modifier le code]

Le calme revenu, l’autorité de l’Etat affirmée, la bride peut être desserrée. Sans attendre la réorganisation de l’Office, la création de deux unités autonomes d'information est annoncée par le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas. Leurs directeurs sont nommés : Pierre Desgraupes, qui a été gréviste en 1968 et dont la candidature avait été appuyée auprès du président Georges Pompidou par le Premier ministre, [25] et Jacqueline Baudrier réputée proche de la majorité pour la seconde chaîne. Ils sont responsables du contenu de l'information uniquement devant le conseil d'administration. Les commentaires sont libres, les choix le sont également.[26] A partir du mois de septembre 1969 ils constitueront leurs équipes.

Pour donner plus de souffle et plus d’âme au journal, sur la Une, Pierre Desgraupes muscle sa rédaction avec de fortes personnalités, et  retient une formule où un seul présentateur conduit le journal ; l’opposition et les syndicats peuvent s’exprimer. Jacqueline Baudrier a une démarche voisine. « 24 heures sur la deux » jouant sur son atout, la couleur, met en scène l’actualité présentée par des têtes d’affiche : Léon Zitrone, Michel Péricard. 

Des magazines réapparaissent, « A armes égales » qui voit s’affronter de nombreux hommes politiques de tous bords, « le Club de la Presse » ; les dossiers de l’écran qui peuvent aborder des sujets polémiques, restent à l’antenne quitte à ce que les questions d’auditeurs, en seconde partie, soient soigneusement filtrées.

Cette libéralisation mesurée de l’information, une première depuis la création de la télévision, est avalisée le 2 juillet 1970 par Georges Pompidou, Président de la République : l’information doit être libre...indépendante ...et impartiale" en ajoutant: "Etre journaliste à l'ORTF, ce n'est pas la même chose que d'être journaliste ailleurs. L'ORTF, qu'on le veuille ou non, c'est la voix de la France … que vous le vouliez ou non, vous engagez la France ; et il y a une certaine hauteur de ton et de pensée qui vous est réclamée".

Des programmes ambitieux[modifier | modifier le code]

Les programmes doivent être populaires, divertissants, mais également culturels et éducatifs ; porteurs d’un langage commun, le plus élevé possible, qui puisse s’adresser à tous les publics, ils contribuent à la formation d’une identité nationale et respectent toutes les croyances.

Après les informations, systématiquement un programme distractif de façon à ce que les gens qui rentrent du travail puissent, après le côté sérieux que représente l’information, avoir un moment de détente. Dans le même temps l’information se trouve portée par les programmes qui suivent. Il ne faut cependant pas se méprendre, si des émissions telles qu’ « Interville » sont programmées on trouve également « le grand échiquier » présenté par Jacques Chancel ; le théâtre est présent : représentations de la Comédie française, et périodiquement « au Théâtre ce soir ». Il faut ajouter les dramatiques, souvent ambitieuses, et les séries.

Pour éviter toute déviation, le Conseil d’administration de l’ORTF a approuvé le principe de la « séparation des genres » qui réserve aux seules tranches d’information 25 % du temps d’antenne et le traitement des faits politiques et sociaux. Les autres parties des programmes, qu’il s’agisse d’enquêtes de documentaires ou de fictions dramatiques, ne doivent être en aucun cas l’occasion ou le prétexte à des polémiques ou à de la propagande politique. Le contrôle est réalisé a priori par les directeurs des chaînes. Dans le cas où ces instructions se trouvent méconnues dans certains projets d’émission, il revient à la Direction générale et aux Directions des programmes chargées de leur application, de veiller à ce qu’il ne soit pas donné suite à ces projets. [27] Ce sera une source de griefs permanents pour la Gauche : Pas de politique, hors du ghetto des émissions d'information. Ce qui signifiait la coupure nette et sans bavures des programmes et de la réalité quotidienne. L'extinction de « l'écriture par l'image », la condamnation de cette école de pensée qui faisait de la fiction le support d'une interrogation permanente sur notre époque.[28]

Tout n’est pas permis. Le magazine Post-Scriptum de Michel Polac est brutalement stoppé, non pas pour des motifs politiques, comme a pu le croire son réalisateur, mais pour avoir constitué aux yeux de Jean-Jacques de Bresson, une atteinte grossière à l’ordre sociétal. Pour le Directeur général, l’émission a été montée autour du film « Le souffle au cœur », pour que puisse se faire l’éloge de l’inceste. Michel Polac le reconnaît d’ailleurs : « l'inceste n'était pas un drame ; on avait pu en rire. … Il apparaissait, dans l'esprit post-soixante-huitard que l'inceste n'est jamais qu'une convention de certaines sociétés ». [29]

Les règles étant fixées, il est fait appel à tous les talents, les réalisateurs sont libres. Jean-Jacques de Bresson fait passer à l’antenne des programmes que ses prédécesseurs avaient interdits d’antenne : sur la Première chaîne, les "Shadoks", dessin animé issu du service de la recherche dont la diffusion avait été interrompue en mai 68, après une avalanche de lettres de protestation de téléspectateurs indignés ; Jacquou le croquant, la minisérie de Stellio Lorenzi, bloquée par crainte de manifestations paysannes. Jamais la télévision n’aura autant produit. Les créations : représentations théâtrales, dramatiques, séries, films coproduits, sont continues. En 1972, on se dirige vers un rythme d’une création par soir sur l’une ou l’autre des deux chaînes. Quarante ans après leur création, nombreuses sont les séries présentes encore sur les chaînes françaises : Quentin Durward, Arsène Lupin (18 mars 1971),  La Demoiselle d'Avignon (8 janvier 1972),  La Dame de Monsoreau,  Mandrin,  Les Gens de Mogador,  Les Rois maudits  (21 décembre 1972).

Le Directeur général préparait le regroupement l'ensemble des services de diffusions des chaines de télévision et radio ainsi que les services de productions dans une tour baptisée CINETIC sur la rive gauche du front de seine (face à la Maison de l'ORTF). L’emplacement avait été réservé. Le projet sera oublié par ses successeurs.

Les radios ne sont pas pour autant oubliées. Trois chaînes couvrent le pays, France Inter, France Culture, France Musique en stéréo avec les premiers moments de la FM. Elles bénéficient d’un quasi-monopole n’étant concurrencées que par les radios périphériques RTL, Europe 1, Radio Monte-Carlo. Au début des années 1970, les audiences des radios de l'ORTF sont en baisse, nombre d’auditeurs préférant écouter les radios périphériques plus dynamiques, moins contraintes. L’ORTF va jouer sur ses atouts, la présence d’équipes et d’établissements en province. Prudemment, le 5 janvier 1971, près de 11 ans après la création de la dernière radio (France Musique), l'ORTF crée une nouvelle radio France Inter Paris, une radio de détente, de service et d'accompagnement avec 57 minutes de musique de tous les genres par heure, FIP, ruban musical, limite les commentaires aux informations pratiques et aux grands titres de l'actualité ; le concept de FIP sera transposé dans 9 autres régions ou villes sous l'ère de l'ORTF.

Un règlement de compte[modifier | modifier le code]

Légitime aux yeux du président de la République, soutenu par le secrétaire général de l’Élysée Michel Jobert responsable de l’ORTF, gaulliste sans complexe, le directeur général a pu aller beaucoup plus loin que ce que la droite traditionnelle, pouvait accepter. L’ORTF gaullienne, monopole étatique, est constamment attaquée. Paradoxalement ce n’est pas la gauche qui est à la manœuvre, mais le Centre et l’aile droite de la majorité.

Arthur Conte devant les Assises nationales de l’UDR le 21 novembre 1969 dénonce  « la mainmise des communistes sur l’ensemble des programmes ». [30] 18 mois plus tard, c’est Information Première « domestiquée par les adversaires de la liberté » qui est clouée au pilori, à l’été 1971, par René Tomasini, secrétaire général de l’UDR. La droite parlementaire va profiter d’un accident grave de circulation, qui force Jean-Jacques de Bresson à prendre des distances, pour monter une campagne de dénigrement. Elle culmine avec la publication des rapports Diligent  et Le Tac.

Au Sénat l’offensive est donc menée par André Diligent, élu député MRP en 1958, élu sénateur en 1965, Vice-président du Centre démocrates. Son rapport véhément, mais très approximatif, est là pour « crever l’abcès » de la publicité clandestine sur les ondes. Elle a pour origine les liens affairistes unissant certains producteurs aux publicitaires, en dehors des structures officielles. A la tribune de l’Assemblée nationale, Joël Le Tac est plus direct.  L'Office — ses dirigeants comme ses plus modestes agents — ne doit pas perdre de vue que la Princesse, en l'occurrence les Français, ne peut pas assumer indéfiniment les frais, factures, fantaisies, débordements, essais heureux ou malheureux de ceux qui ont fait de l'Office leur petit royaume. Il serait souhaitable aussi que l’Office cesse d’encourager ces tendances fâcheuses de « monopolisation du monopole » en se conduisant comme un Etat dans l’Etat, traitant d’égal à égal avec le ministère, signant des conventions, des accords tous azimuts, participant à tout et à rien, aidant le cinéma, finançant le secrétariat du langage, s’ébattant dans toutes les activités … Que l’Office ne soit plus  le refuge de l’infaillibilité qui, si elle n’est pas pontificale, tend à être celle qu’octroie – si elle est mal comprise – la notion même du monopole. [31]

Ces accusations artificielles ont pour premier objectif de mettre fin à la situation de monopole de l’ORTF, mais également de mettre un terme à la trop grande liberté de ton de la presse télévisuelle. [32] Au-delà de l’ORTF et de son directeur, c’est le Premier ministre qui est visé. Il va céder le 14 mai 1972, Jean-Jacques de Bresson doit démissionner. Jugeant cette sanction injustifiée, le Président du Conseil d’administration Pierre de Leusse adresse dans la foulée sa démission au Premier ministre[33].

L'époque Chaban-Delmas[modifier | modifier le code]

En 1969, alors que Georges Pompidou vient d'accéder à la présidence, le nouveau premier ministre Jacques Chaban-Delmas présente le 16 septembre un programme politique et économique à tendance sociale-libérale, la "Nouvelle société". Il prône une "nouvelle société prospère, jeune, généreuse et libérée", insistant sur l'émancipation de l'ORTF, l'autonomie des entreprises publiques, la décentralisation, la formation professionnelle et la promotion de nouvelles relations sociales.

Pour que cette  « nouvelle société » puisse naître il faut que les hommes soient informés, totalement, c'est-à-dire contradictoirement. L'O.R.T.F. doit conserver son caractère de service public, garant de la qualité de l'ensemble des programmes. Mais, pour qu'il puisse répondre pleinement à sa vocation, son autonomie doit être assurée, une compétition véritable doit être organisée en son sein, et il doit être ouvert à tous.

Il faut  qu'une large décentralisation améliore le fonctionnement de l'Office et permette qu'une véritable compétition soit organisée en son sein, grâce, notamment, à l'existence de deux chaînes et, plus tard, d'une troisième. J'ai demandé aux responsables de l'Office de créer deux unités autonomes d'information correspondant aux deux chaînes existantes. Le Directeur de chacune de ces deux unités d'information choisira, librement, les journalistes de son équipe et utilisera sous sa seule autorité les moyens mis à sa disposition. Afin de garantir leur indépendance, ces directeurs seront nommés pour une durée déterminée selon les normes de la profession et ne seront révocables que pour faute professionnelle grave, après avis du Conseil d'Administration.

Il s'agit ainsi de mettre progressivement en place une organisation responsable, dans laquelle la qualité des productions et l'objectivité de l'information trouveront leur meilleure garantie dans le talent, la liberté, l'émulation et la conscience professionnelle des journalistes.[34] Sans attendre le mois de septembre, le Premier ministre, avec l’accord  du Président de la République, avait déjà concrétisé sa volonté de libéralisation avec  la suppression du ministère de l'information dans le gouvernement formé au mois de juin 1969.

En dépit de ce qui a pu être écrit, là s’arrêtera la marque de Chaban-Delmas sur l’ORTF. A l'Elysée. L'accueil est glacial : « Pompidou n'a pas aimé le discours.»[35]

Le pouvoir reste entre les mains du Directeur général et de surcroît,  la cordialité ne préside pas aux relations entre le Premier ministre et le Directeur général de l’ORTF jugé peu ouvert aux problèmes de société, trop conservateur.

Jean-Jacques de Bresson a d’ailleurs pris les initiatives voulues pour anticiper les mesures que peut préconiser la Commission dont le Premier ministre a annoncé la création dans son discours sur la Nouvelle société : Par ailleurs, je vais confier à une commission restreinte, en nombre mais pas en qualité, et qui procédera à de larges consultations, mandat d'étudier les modifications à apporter au statut de l'Office. Le rapport de cette commission sera rendu public. Je ferai ensuite au Parlement les propositions nécessaires.[36] Elle remettra son rapport le 30 juin 1970.

Une fois acquise la démission de Jean-Jacques de Bresson, « le commandeur », pendant quatre semaines Jacques Chaban-Delmas peut reprendre la main. Le statut de l'office est modifié par la loi du 3 juillet 1972 avec effet immédiat. Le monopole d'État est maintenu, mais l'office est décentralisé et plusieurs changements sont effectués, parmi eux :

- L'instauration du poste de président directeur général nommé par le Conseil des ministres

- La mise en place de huit unités autonomes chargées de s'occuper des différentes fonctions de l'office

- La création du service minimum pour les périodes de grève

Le 5 juillet, Jacques Chaban-Delmas doit démissionner à son tour.

Régression et crise à l'office[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1972, l’Office est confié à un député UDR, Arthur Conte écrivain prolifique, curieux et brillant, homme de caractère, d’origine socialiste, politiquement proche de Georges Pompidou. Il est nommé PDG de l'ORTF. Il s’était fait connaître sur le dossier ORTF dès 1969 en y dénonçant le poids des communistes. La gauche crie au scandale, « comment peut-on nommer un député godillot de l'UDR. C'est une pure provocation. ».[37] Ils se trompent Arthur Conte entend laisser sa marque en toute indépendance.

Certes, Pierre Desgraupes et ses principaux collaborateurs sont immédiatement remerciés. Puisque la Première chaîne rassemble la grande majorité des Français, Jacqueline Baudrier est placée à la tête de la Première chaîne, son bras droit Jacques Alexandre prend les rênes de l’information et toute l'équipe de 24 heures sur la Deux se voit proposer d'aller sur la première chaîne. Le 11 septembre 24 heures sur la Une succède à Information Première. Sur la deuxième chaîne, Jean Lefèvre s’occupe désormais des actualités.

Après cette exécution décidée sans lui, Arthur Conte entend exercer pleinement ses responsabilités de Président Directeur Général. Dès sa nomination, il remet en cause le positionnement exigeant retenu par ses prédécesseurs. Sur la Deuxième chaîne, par exemple,  une rupture est opérée quand le Président se donne pour objectif de « faire éclore les forces de la joie et de la chanson. » Mais ce n’est pas ce qui dérange. Six mois après sa nomination, lors de la présentation des vœux devant son personnel, il déclare : « "A mon niveau, je défends le devoir d'indépendance face à quiconque et je saurais couvrir tous ceux qui seraient menacés de telles ou telles pressions... » [38] Le Président  directeur général, n’est pas l’homme que l’on pensait avoir désigné. Sa volonté d’indépendance qui s’est manifestée dès les premiers jours, agace au plus haut point la droite de la majorité et par dessus tout, le Ministre de l’information qui a la tutelle de l’Office.

Philippe Malaud, le ministre, élu député républicain indépendant, se situe à la droite des amis de Valéry Giscard d'Estaing. A l'Elysée, on compte sur ses qualités de diplomate pour naviguer au sein de la majorité entre les partisans de la privatisation de l'Office et ceux qui défendent le maintien du monopole et du service public. C’est lui qui a préparé et défendu devant les parlementaires la loi du 3 juillet portant réforme de l’Office.  Au mois d’août 1973, il rappelle que selon ce texte : Le ministre de l'information est responsable de l'application des principes de décentralisation fixés par la loi pour l'organisation de l'Office. … Il veille à l'observation de l'application du caractère de service public de l'O.R.T.F., il contrôle l'utilisation que celui-ci fait de ses ressources et il en approuve le budget.[39] Tout est là pour qu’il puisse se croire en droit de peser sur l’Office.

Il en a l’opportunité, car Arthur Conte n’a pas la rigueur de son prédécesseur, ni son autorité. Il n’a pas non plus sa prudence. Il doit mettre en œuvre les réformes préconisées par la Commission Paye incluses dans la loi du 3 juillet. Elles heurtent les syndicats qui, à juste titre, y voient l’amorce d’un démantèlement de l’Office en vue d’une privatisation partielle. La réforme est un échec et elle s’accompagne d’un déficit des comptes. Les capacités de gestionnaire et de président d’Arthur Conte sont mises en doute.   En août 1973, Philippe Malaud va jusqu’à écrire dans une note adressée au Président Georges Pompidou : « Il est plus évident que jamais que l’ORTF est devenu un des principaux centres d’action de l’opposition dans ce pays. Un risque d’insécurité permanent pour les services publics, susceptibles de devenir à tout moment un foyer de subversion et un instrument de totalitarisme".[40] Pour faire entendre raison à Arthur Conte, il va jouer sur le registre financier.

Sans en avertir l’Elysée, le Ministre a adressé le 3 octobre une lettre confidentielle à Alain Dangeard, directeur général délégué de l'Office. A savoir : 1°) remettre de l'ordre dans les finances de l'Office. 2°) mettre en place, à des postes-clés de l'administration de l'ORTF, des hommes « sûrs » dont il donne les noms. 3°) licencier certains journalistes politiques de la maison. Et de menacer : si ces directives ne sont pas exécutées, les députés de la majorité ne voteront pas le budget de l'ORTF.[41] Le 12 octobre, lorsque la commission des finances de l'Assemblée nationale décide de ne pas autoriser la perception de la redevance pour 1974, Arthur Conte, y voit une manœuvre du ministre de l'information,[42] il présente aussitôt sa démission, qu'il reprend le 13 octobre, le Président de la République lui ayant renouvelé sa confiance lors d'un entretien qu'il lui a accordé à l'Elysée. L’affaire aurait pu s’arrêter là si Arthur Conte n’avait pas rendue publique le 17 octobre la lettre de son ministre et n’avait pas accepté de l’affronter devant la commission parlementaire. Quand Philippe Malaud dénonce la mainmise des syndicats sur l'ORTF, dont la gestion est pour lui Ubu multiplié par Kafka, … des contribuables escroqués. Arthur Conte défend âprement son bilan et déclare : " Je dois être libre pour être loyal".[43] Le 18 octobre, Arthur Conte ajoute : « Je ne laisse aucun doute sur ma volonté de continuer à assumer la responsabilité de l'ORTF sous la seule condition de ne pas mettre l'ORTF au service de la moitié de la France contre l'autre moitié. Il n'est plus question de ma démission, et si le pouvoir souhaite mon départ, je dois prendre franchement et clairement toute ma responsabilité. »

Le 22 octobre, Pierre Mesmer, Premier ministre, fait savoir à Arthur Conte que le Président de la République accepte sa démission. Décidément suicidaire, Arthur Conte fait savoir de son côté que cela n'est pas possible dès lors qu'il a repris sa démission. Si on veut qu'il s'en aille, qu'on le fasse d'autorité. Il rappelle qu'il a été nommé pour 3 ans et que son mandat ne court que depuis 16 mois.[44] Des propos insupportable pour un gouvernement quel qu’il soit, Le 24 octobre, il est mis fin, par décret, aux fonctions d'Arthur Conte. Le jour même, c'est Marceau Long qui lui succède.  Arthur Conte n’est pas le seul sanctionné. Il a été procédé à un remaniement ministériel. Le 23 octobre, Philippe Malaud a quitté le ministère de l'information pour celui de la fonction publique ; il est remplacé par Jean-Philippe Lecat. La veille de l'examen [du budget] les deux élèves se sont battus en public, si bien que l'un a été renvoyé de l'établissement et que l'autre, appartenant sans doute à une famille plus ancienne, a simplement été changé de section.[45]

Ce même 24 octobre, le Conseil des ministres nome Marceau Long Président directuer général de l’ORTF. C’est un Conseiller d’Etat, il sera discipliné. Ceci provoqua de vives réactions de l'inter-syndicale et de plusieurs journalistes de l'ORTF, qui mettent en avant cette crise qui a provoqué le renvoi d'Arthur Conte, mais aussi « le problème fondamental de l'office », à savoir son indépendance et son unité. Le gouvernement répondit que « l'office n'est pas une machine de guerre dirigée contre le gouvernement ». Des réactions de l'opposition à l'Assemblée nationale virent également le jour. Les communistes annoncèrent notamment « qu'il n'y aura pas d'indépendance à l'ORTF tant que le PDG dépendra du Président de la République et du Premier ministre. » Pour les réformateurs démocrates sociaux, cette crise est « un règlement de comptes qui ne résout aucun des problèmes posés » et pour les républicains indépendants, « le problème ne pourra se résoudre que par l'existence d'une concurrence ».

Démantèlement de l'office[modifier | modifier le code]

L'éclatement de l'ORTF a été précédée par une réflexion au cours de laquelle les syndicats de journalistes ont effectué plusieurs propositions, pour le maintenir mais le réformer dans le sens d'une plus grande liberté par rapport au gouvernement. Les propositions du Syndicat des journalistes français (CFDT), mené par Henri Poumerol, rejoignent en grande partie celles du Syndicat national des journalistes. Tous deux soulignent leur opposition aux règles qui régissent l'ORTF depuis dix ans.

La loi du 7 août 1974 modifie la gestion de l'audiovisuel public français. L’article 2 dispose : « l’office de la radio-télévision française est supprimé ». L'office est donc démantelé le 31 décembre 1974 et sept sociétés résultent de ce démantèlement (une holding pour regrouper le tout ayant été envisagée mais non retenue)[46] :

  • Une société nationale de programmes de radio
    • Radio France, qui récupère les 4 chaînes de radio nationales de l'office[47].
  • Trois sociétés nationales de programmes de télévision
    • Télévision française 1 (TF1), qui succède à la première chaîne.
    • Antenne 2 (A2), qui succède à la deuxième chaîne.
    • France Régions 3 (FR3), qui succède à la troisième chaîne et qui récupère les bureaux régionaux (radio et télévision) de l'office.
  • Trois établissements publics

Le 31 décembre 1974, Marceau Long annonce :

« La volonté nationale s'est exprimée le 7 août 1974 de la façon la plus solennelle, par la loi. Le service public de la radio et de la télévision continue. Aux maillons de l'ORTF qu'avaient précédé d'autres maillons, succède une nouvelle forme de l'institution : quatre sociétés nationales de programmes dont une pour la radio, une société de production de programmes, l'établissement public de diffusion, et l'institut de l'audiovisuel[48]. »

Le siège principal de l'office devient celui de Radio France, les studios de télévision et le matériel roulant en particulier les cars régies sont réattribués à la SFP, à l'exception de trois cars régies attribués à FR3 et stationnés dans les centres régionaux de Lille, Lyon et Marseille. Le siège des trois chaînes de télévision devient celui de TF1. Les logos de l'ORTF sur les façades des bâtiments de l'office seront démontés le 4 janvier 1975[49]. Les logos, habillages, équipes et rédactions des trois chaînes de télévision de l'ORTF resteront quant à eux jusqu'au 6 janvier 1975, date à laquelle ils sont remplacés par ceux des trois nouvelles chaînes remplaçantes : TF1, Antenne 2 et FR3. Le monopole d'État, lui sera maintenu jusqu'en 1981 pour la radio et jusqu'en 1982 pour la télévision. Cependant, Canal+, la première chaîne de télévision privée, n'arrivera qu'en 1984 et grâce à la remise en état de l'ancien réseau VHF 819 lignes de la première chaine abandonné au profit du nouveau réseau UHF 625 lignes lors du passage en couleur de TF1 en 1975.

Identité visuelle[modifier | modifier le code]

Le logo de la première chaîne de la RTF (trois lettres R, T et F posées horizontalement sur trois ellipses, évoquant aussi bien des ondes radioélectriques que le système solaire ou la course d'un électron dans un univers fermé, sous lequel est inscrit la mention Télévision) apparu le 4 février 1959 sert de base à celui de l'ORTF, avec l'ajout de la lettre O en son centre pour former une quatrième ellipse, le tout apparaissant sur un fond étoilé.

Les indicatifs d'ouverture[50] et de fermeture[51] d'antenne de la première chaîne de l'ORTF animent un enchevêtrement d'ellipses sur un fond étoilé qui, pour le premier, s'ordonnent pour former le logo de la première chaîne, et pour le second, se rétractent pour former une étoile qui disparaît, comme un big bang à l'envers.

Organisation[modifier | modifier le code]

Le général de Gaulle souhaitait que la Radiodiffusion-télévision française (RTF) devienne une institution autonome, analogue à celles des autres grandes démocraties, comme la BBC au Royaume-Uni dont il avait personnellement éprouvé la valeur en 1940. Le statut de l'ORTF était donc calqué sur celui de la BBC.

La loi no 64-621 du 27 juin 1964 précise la mission de l'ORTF : « Satisfaire les besoins d’information, de culture et de distraction du public ».

Dirigeants[modifier | modifier le code]

Alors que la RDF et la RTF étaient totalement dépendants du ministre de l'Information, l'ORTF n'était plus placé sous l'autorité directe de celui-ci mais seulement sous sa tutelle afin de contrôler le respect de ses obligations de service public. Le décret d'application du prévoyait la nomination des membres de son conseil d’administration en Conseil des ministres. Ces membres (entre 14 et 28) représentaient pour moitié l'État et pour moitié les auditeurs et téléspectateurs. Le président de l'Office était nommé par le Conseil des ministres, et avant cela, le directeur général était nommé par décret en Conseil des ministres.

Directeur général de la RDF
Directeurs généraux de la RTF
Directeurs généraux de l'ORTF
Présidents directeurs généraux de l'ORTF
Directeurs généraux adjoints
Direction du contrôle général
  • Georges Riou (1973-1974)
De 1973 à 1974, cette direction avait une mission permanente de contrôle dans tous les services de l'office quant à l'application des lois et règlements extérieurs et internes. Elle comprenait l'inspection générale, le contrôle interne, le service intérieur chargé des questions de surveillance et de sécurité, qui était antérieurement (depuis 1969) directement rattaché à la direction générale.
Conseil d'administration

En 1964, le conseil d’administration remplace le conseil supérieur de la RTF dans ses fonctions d’administration générale.

Départements et services[modifier | modifier le code]

Département des affaires générales et des relations publiques
  • Charles Bonami (1964)
  • Roland Samama (1965-1968)
De 1965 à 1969, ce département était chargé du courrier général de l'Office et du courrier de la direction générale, de la répartition des affaires et de la liaison avec les instances supérieures et de tutelle, des affaires communes à plusieurs directions, d’études particulières, ainsi que de la documentation générale, des voyages des agents et des collaborateurs. À partir de 1967, les services du cabinet de la direction générale, de la documentation et de la bibliothèque générale lui sont rattachés.
Délégation aux stations régionales
  • Roland Dhordain (1964)
  • Bernard Gouley (1965-1970 ; adjoint : Louis Le Cunff (1966-1970)
  • Jacques Homery (1970-1972 ; adjoint : Maurice Bonamy (1971-1972)
De 1963 à 1972, cette délégation assurait la coordination et liaison dans tous les domaines entre les neuf stations régionales qui existaient en 1963 plus les stations outre-mer à partir de 1964. Il est chargé de la promotion des productions régionales tant radiophoniques que télévisées, de l’harmonisation avec les émissions nationales, des bourses d'échanges interrégionales, de l’organisation d'un festival annuel des meilleures émissions de chaque région et de la réalisation des émissions de radio dans les régions Île-de-France et Normandie.
Service de la recherche
À partir de 1965, il est chargé de promouvoir les études d'ensemble sur l'interdépendance des aspects techniques et artistiques avec les incidences économiques et sur le personnel, d’animer des centres expérimentaux sur les nouveaux moyens techniques conditionnant de nouveaux moyens d’expression et d’appliquer les résultats par des programmes d'essai ou par des productions extérieures.

Sièges[modifier | modifier le code]

La Maison de l'ORTF, siège de l'ORTF.

L'ORTF étrenne le spectaculaire bâtiment construit en bordure de la Seine, au 116 avenue du Président-Kennedy dans le 16e arrondissement de Paris, par l'architecte Henry Bernard et inauguré le par le président de la République, Charles de Gaulle. L'enceinte circulaire de la Maison de l'ORTF faite d'aluminium et de mosaïque, est coiffée d'une tour de verre. Dans ce bâtiment de 25 000 m², s'installent sur onze kilomètres de couloirs et plusieurs niveaux la Direction générale, les services administratifs et techniques et la radio.

Ces locaux, qui comptent plus de soixante studios d'enregistrement, sont toutefois mal adaptés aux nécessités de la télévision qui reste finalement dans son berceau historique au 13-15 rue Cognacq-Jay dans le 7e arrondissement de Paris. La télévision disposait tout de même de deux studios situés au rez-de-chaussée de la Maison de l'ORTF, et notamment le mythique studio 102 aussi baptisé le « Théâtre 102 », ainsi que le studio 101 dans lequel furent organisés notamment les « duels » présidentiels de 1974 et 1981. L'ORTF pouvait compter également sur un important troisième lieu de production, les studios des Buttes Chaumont (aujourd'hui démolis) situés au 36, rue des Alouettes dans le 19e arrondissement. L'on y trouvait les plus grands studios de la télévision française (le studio 15 avait une superficie de 500 m2). Des grandes émissions de divertissement ou des dramatiques y étaient produites, avec ses propres ateliers décors. Au démantèlement de l'ORTF en 1974, le lieu sera attribué à la Société française de production qui s'enrichira d'un lieu de production encore plus vaste à Bry Sur Marne.

Ces différents lieux étaient baptisés des noms suivants : rue Cognacq-Jay : centre Lelluch, les Buttes-Chaumont : centre René-Barthélemy ( inventeur du procédé français de diffusion en couleur 625 lignes SECAM, acronyme de : système électronique de commutation à mémoire ) et la station régionale Paris Ile-de-France, installée rue François-Ier : centre Devèze.

Il est à noter qu'il avait été prévu de construire une tour sur le Front de Seine pour accueillir tous les services administratifs, de productions, de diffusion de l'ORTF, pour la radio et la télévision. Cette tour aurait été baptisée « Cinétic »[réf. nécessaire].

Services[modifier | modifier le code]

L'ORTF contrôlait 3 radios nationales, 10 stations régionales métropolitaines au sein desquelles vinrent se greffer les équipements des radios musicales , 8 radios régionales d'outre-mer, 3 télévisions nationales et 7 télévisions régionales d'outre-mer.

Radio[modifier | modifier le code]

3 grandes radios nationales
13 radios régionales

Les chaînes de radio régionales émettent sur le réseau d'émetteurs en ondes moyennes. À partir d'octobre 1966, certains programmes régionaux sont diffusés en modulation de fréquence sur l'émetteur de France Inter.

10 radios régionales musicales
8 radios régionales d'outre-mer
  • Radio Saint-Denis : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de la Réunion (créée en 1929)
  • Radio Saint-Pierre et Miquelon : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Saint-Pierre et Miquelon (créée en 1930)
  • Radio Guadeloupe : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Guadeloupe (créée en 1937)
  • Radio Nouméa : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Nouvelle-Calédonie (créée le )
  • Radio Martinique : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Martinique (créée le )
  • Radio Tahiti : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Polynésie française (créée en 1949)
  • Radio Guyane : radio généraliste régionale à destination des auditeurs de Guyane (créée le )
  • Radio Comores : radio généraliste régionale à destination des auditeurs des Comores (créée en 1961)

Télévision[modifier | modifier le code]

Chaîne Directeur Date de création Diffusion
Première chaîne de l'ORTF Jacqueline Baudrier Chaîne généraliste nationale en noir et blanc avec décrochages régionaux.
Deuxième chaîne de l'ORTF (ORTF Télévision 2)
2e chaîne couleur
Jean Lefevre Chaîne généraliste nationale en couleur (à partir de 1967) avec décrochages régionaux.
3e chaîne couleur de l'ORTF Jean-Louis Guillaud Chaîne généraliste nationale et interrégionale en couleur diffusant des productions régionales à l'échelle nationale.Les décrochages pour les actualités régionales des stations de Caen et Besançon seront les derniers à passer à la diffusion en couleurs.

Structure régionale[modifier | modifier le code]

Carte des stations régionales de l'ORTF

L'ORTF disposait de 11 antennes régionales qui prenaient l'antenne quelques heures par jour sur les deux premières chaînes et qui produisaient des programmes pour la troisième chaîne.

Le développement de la télévision régionale a débuté en 1950. Après le démantèlement de l'office, c'est FR3 qui a récupéré la gestion des antennes régionales. Malgré cela, TF1 et Antenne 2 ont continué à diffuser les émissions régionales durant quelques années (jusqu'en 1986 pour TF1, 1989 pour Antenne 2).

Télévision régionale d'outre-mer[modifier | modifier le code]

Chaîne Date de création Diffusion
Télé Martinique Chaîne généraliste régionale à destination des français de Martinique.
Télé Guadeloupe Chaîne généraliste régionale à destination des français de Guadeloupe.
Télé Réunion Chaîne généraliste régionale à destination des français de la Réunion.
Télé Tahiti Chaîne généraliste régionale à destination des français de Polynésie française.
Télé Nouméa Chaîne généraliste régionale à destination des français de Nouvelle-Calédonie.
Télé Guyane Chaîne généraliste régionale à destination des français de Guyane.
Télé Saint-Pierre et Miquelon Chaîne généraliste régionale à destination des français de Saint-Pierre et Miquelon.

Un nouveau consortium[modifier | modifier le code]

À la suite de la dissolution de l'ORTF, TDF a récupéré le statut de radiodiffuseur français au sein de l'UER, bien que TF1 soit devenue membre de l'union dès 1975. En 1982, Antenne 2, FR3 et Radio France sont devenus membres de l'UER.

Dès 1983, TF1, Antenne 2, FR3, Radio France et TDF s'unissent pour former l'Organisme français de radiodiffusion et de télévision (OFRT), dont le sigle rappelle celui de l'ancien diffuseur français. Neuf ans plus tard, en 1992, l'OFRT devient le Groupement des radiodiffuseurs français de l’UER (GRF).

Le GRF est aujourd'hui constitué de TF1, France Télévisions, Canal+, Radio France et Radio France internationale (RFI).

L'« enfer »[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1974, une salle du sous-sol du siège de l'ORTF, surnommée par les journalistes l’« enfer » (en référence à l'enfer de la Bibliothèque nationale de France, accueillant les ouvrages qui avaient été jugés subversifs), accueille les bobines de télévisions interdites de diffusion. Oubliées dans des sacs en jute sans étiquettes et sans références, après le démantèlement de l'ORTF en 1974, elles sont redécouvertes en 1992, lors du déménagement du siège vers le 13e arrondissement de Paris, auparavant situé rue Cognacq-Jay. Michel Raynal, directeur délégué adjoint aux collections de l'INA explique : « la plupart du temps, les raisons de cette mise au purgatoire étaient politiques, mais il y avait aussi des questions juridiques », dans un contexte où le général de Gaulle avait souhaité faire de la télévision des années 1960 la « voix de la France » et donc avoir un droit de regard dessus. Un organisme sous le contrôle du ministre de l'Information Alain Peyrefitte, le SLII (Service de liaison interministériel pour l'information) est chargé jusqu'en 1969 de contrôler la « bonne conduite de la radio et de la télévision ». Le SLII ne survit pas aux manifestations de Mai 68, qui impliquent aussi du personnel de la télévision ; en 1976, Valéry Giscard d'Estaing lui créé un successeur, le SID (Service d'information et de diffusion), qui coordonne la communication gouvernementale, remplacé en 1996 par le SIG (Service d'information du gouvernement), qui a encore pour mission de valoriser l'action de l'exécutif auprès des médias.

Outre des films d'information, qui constituent la plus grande partie des fonds (comme l’accident des 24 Heures du Mans 1955 à cause de l'enquête judiciaire en cours ou le général de Gaulle se mouchant sur la place Saint-Marc lors d'un voyage présidentiel à Venise), on trouve par exemple un reportage du magazine Gros plan de 1961Salvador Dalí évoque ses « souvenirs de vie intra-utérine » et commente le film Un Chien andalou, une émission de Terre des arts de Max-Pol Fouchet, où le journaliste parle de la révolution cubaine de 1960, une interview de François Truffaut déplorant la fermeture de la Cinémathèque de Chaillot au début des années 1970, une émissison d' Aujourd'hui Madame où est évoqué le film polémique d'André Cayatte Mourir d'aimer ou encore des passages des chanteurs Évariste et Bernard Lavilliers. Ces reportages ont depuis été « numérisés, répertoriés, réintégrés dans les archives et ils sont accessibles aux chercheurs et au grand public sur le site de l'INA »[54].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Ledos, L'Âge d'or de la télévision: 1945-1975 (ISBN 2296179312), p. 121
  2. « La réforme des programmes, qui intervient le [1er janvier 1958, modifie la répartition des émetteurs et donne aux chaînes une identité plus forte. » Repères historiques dans les Espaces découverte de Radio France, radiofrance.fr
  3. Repères historiques dans les Espaces découverte de Radio France - En octobre 1963, le nombre des chaînes de radio est ramené à trois.
  4. Le système de « double diffusion » entre Inter Jeunesse et Inter Variétés perdurera jusque dans les années 1970
  5. Loi no 64-621 du 27 juin 1964 portant statut de l'Office de radiodiffusion-télévision française, Journal officiel du 28 juin 1964
  6. Loi n°64-621 du 27 juin 1964 Radio-Télévision
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  46. Loi n°74-696 du 7 août 1974 relative à la radiodiffusion et à la télévision
  47. Loi n°74-696 du 7 août 1974 relative à la radiodiffusion et à la télévision - Chapitre II - Radio France devait initialement s'appeler « Société nationale de radiodiffusion »
  48. « Marceau Long annonce l'éclatement de l'office » sur ina.fr.
  49. Ouvriers changeant le sigle ORTF dans le hall de Cognacq Jay et sur la façade de la Maison de la Radio (Document INA)
  50. Indicatif d'ouverture d'antenne de la première chaîne de l'ORTF de 1964 à 1975 sur YouTube.
  51. Indicatif de fermeture d'antenne de la première chaîne de l'ORTF de 1964 à 1975 sur YouTube.
  52. Décès de Michel May, ancien président-directeur général de TF1 sur Les Échos, 24 mars 1997 • page 23.
  53. Les 30 ans de France 3 Sud en 1994 sur INA.fr
  54. Daniel Psenny, « L'INA ouvre les portes de l'enfer », in Le Monde, samedi 25 mai 2013, page 3.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Brochand, Histoire générale de la radio et de la télévision en France, vol. 2 (1944/1974), Paris, La Documentation française, 1994
  • Jérôme Bourdon, Histoire de la télévision sous de Gaulle, Paris, Anthropos, 1990
  • Évelyne Cohen, Marie-Françoise Lévy (dir.), La Télévision des Trente Glorieuses, CNRS Éditions, 2007
  • Monique Dagnaud, L’État et les Médias, fin de partie, Paris, Odile Jacob, 2000
  • Jean-Noël Jeanneney (dir.), L’Écho du siècle, dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette Littératures, 1999
  • Max Leclerc, La République du mépris (1975).
    En février 2010, les éditions du Masque d'or ont réédité le livre sous le titre La République du mépris ou le Cimetière des crabes par Max-Firmin Leclerc.
  • Marie-Françoise Lévy (dir.), La Télévision dans la République : Les Années 50, Paris, Complexe, 1999
  • Raymond Marcillac, Les Dessous de la radio et de la télévision, Paris, Jacques Grancher, 1994
  • Jean-Louis Missika, Dominique Wolton (dir.), La Folle du logis : La Télévision dans les sociétés démocratiques, Paris, Gallimard, 1983
  • Jacques Mousseau, Christian Brochand (dir.), L'Histoire de la télévision française, Paris, Nathan, 1982
  • Édouard Sablier, La Télé du Général par un gaulliste non alimentaire, Paris, éditions du Rocher, 2000
  • Aude Vassallo, La Télévision sous de Gaulle : Le Contrôle gouvernemental de l'information (1958/1969), INA-De Boeck, 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]