Offensive du Croissant pétrolier (2018)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Offensive du Croissant pétrolier.
Offensive du Croissant pétrolier

Informations générales
Date -
Lieu Ras Lanouf et al-Sedra (en)
Issue Victoire du gouvernement de Tobrouk
Belligérants
Drapeau de la Libye Force de libération du croissant pétrolier
Drapeau de la Libye Brigades de défense de Benghazi
Drapeau de la Libye Gouvernement de Tobrouk
Commandants
Ibrahim JadhranKhalifa Haftar
Forces en présence
inconnuesinconnues
Pertes
inconnuesinconnues

Deuxième guerre civile libyenne

Coordonnées 30° 28′ 44″ nord, 18° 33′ 58″ est

Géolocalisation sur la carte : Afrique

(Voir situation sur carte : Afrique)
Offensive du Croissant pétrolier

Géolocalisation sur la carte : Libye

(Voir situation sur carte : Libye)
Offensive du Croissant pétrolier

L'Offensive du Croissant pétrolier se déroule du au , lors de la deuxième guerre civile libyenne.

Prélude[modifier | modifier le code]

En septembre 2016, les milices de l'autoproclamée « Armée nationale libyenne » (ANL), dirigées par le maréchal Khalifa Haftar et affiliées au gouvernement de Tobrouk, s'étaient emparées un première fois des régions de Ras Lanouf et d'al-Sedra (en), qui forment le « Croissant pétrolier » libyen[1],[2]. Cette zone étaient auparavant tenue par les « Gardes des installations pétrolières » (GIP), dirigés par Ibrahim Jadhran, qui avait défié les différents gouvernements libyens en bloquant pendant deux ans les exportations de pétrole[1],[2].

Le 14 juin 2018, près de deux ans après sa déroute, Ibrahim Jadhran réapparaît et annonce dans une vidéo la création de la « Force de libération du croissant pétrolier »[1],[2]. Il affiche son intention de reprendre les sites pétroliers et les combats débutent le même jour[1],[2]. La Compagnie nationale de pétrole (NOC) attribue également l'attaque à Ibrahim Jadhran[1],[2]. La Force de libération du croissant pétrolier rassemblerait d'anciens membres des Gardes des installations pétrolières et des combattants des Brigades de défense de Benghazi[2]. Le 21 juin, Ahmed al-Mesmari, le porte-parole de l'ANL, déclare également que 1 000 « mercenaires tchadiens » participent aux combats au côté des forces d'Ibrahim Jadhran[3].

L'offensive est lancée alors que l'Armée nationale libyenne est engagée dans la bataille de Derna[2]. Selon Claudia Gazzini, analyste à l'International Crisis Group : « Le timing de l’attaque sur le croissant pétrolier est très probablement lié à l’offensive sur Derna. Si Derna tombe, l’ANL devient la puissance incontestée de l’Est. Pour ses adversaires, il est nécessaire de casser cette image, de montrer que l’imposante ANL est en réalité assez faible, et vulnérable »[2].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les combats débutent le 14 juin, au sud des terminaux pétroliers de Ras Lanouf et d'al-Sedra[1],[2]. Les affrontements touchent ensuite les deux villes[2]. La NOC annonce l'évacuation de son personnel et l'arrêt des exportations dans les ports de Ras Lanouf et d'al-Sedra[1],[2]. Le porte-parole le l'ANL affirme le même jour que les attaques ont été repoussées, mais les combats se poursuivent[4]. L'ANL a également l'avantage de disposer de forces aériennes, contrairement à ses adversaires[2],[4],[5].

L'offensive est condamnée par le Gouvernement d'union nationale (GNA), basé à Tripoli[1]. Fayez el-Sarraj dénonce dans un communiqué « un acte susceptible de menacer la sécurité et la stabilité du pays et raviver la discorde. [...] Cette escalade irresponsable pousse le pays vers une guerre civile »[1]. Mais le gouvernement de Tobrouk accuse pour sa part le Gouvernement d'union nationale d'être « derrière l'attaque » et affirme que les « milices d'Ibrahim Jadhran » ont conclu une alliance avec les Brigades de défense de Benghazi[1]. Les attaques sont aussi condamnées par la Mission d'appui des Nations unies en Libye, les États-Unis et la France[1],[6]. La tribu des Magharba, dont est issu Ibrahim Jadhran, ne soutient également pas l'offensive[2].

Le 18 juin, la NOC déplore des « pertes catastrophiques » après la destruction de deux réservoirs de la raffinerie de Ras Lanouf[7]. Elle indique qu'après la « la perte des réservoirs de stockage n°2 et n°12 au terminal de Ras Lanouf », la capacité de stockage de Ras Lanouf, qui était de 950 000 barils de brut, est désormais réduite à 550 000 barils et que « reconstruire ces réservoirs pourrait prendre des années, surtout dans la situation actuelle d’insécurité.Cet incident coûtera des centaines de millions de dollars pour la reconstruction et des milliards en terme de perte d’opportunités de vente »[7]. La production, qui était de plus d'un million de barils par jour, est réduite à 450 000 barils[6]. Selon le Trésor américain, les combats ont coûté à la Libye 1,4 milliard de dollars de revenus perdus[8].

Le 21 juin, les troupes du maréchal Khalifa Haftar lancent une contre-offensive après plusieurs jours de combats intermittents[6]. L'opération est baptisée « Invasion sainte »[5]. En quelques heures, l'ANL reprend l'avantage et annonce avoir repris le contrôle des deux terminaux pétroliers[6],[9]. Les forces d'Ibrahim Jadhran sont repoussées vers l'Ouest et le Sud[6],[10]. Le 26 juin, l'Armée nationale libyenne annonce la fin de opérations militaires dans le Croissant pétrolier[11].

Les pertes[modifier | modifier le code]

Le bilan total des pertes n'est pas connu. L'hôpital d'Ajdabiya fait état de 16 morts dans les rangs de l'ANL le 21 juin[3].

Conséquences[modifier | modifier le code]

À la fin des combats, le maréchal Haftar décide cependant de ne pas restituer la production de pétrole à la Compagnie nationale de pétrole (NOC), dont le siège est établi à Tripoli, mais à une branche parallèle, basée à l'Est, allant ainsi à l'encontre d'une entente conclue avec le Gouvernement d'union nationale (GNA)[11],[12]. Mais l'ONU marque son opposition, de même que les États-Unis et les pays européens dont les entreprises ne sont pas autorisées à signer avec le gouvernement de Tobrouk[13]. Le 10 juillet, le maréchal Haftar fait machine arrière et restitue la gestion des terminaux pétroliers à la NOC de Tripoli[13],[14].

Le 12 septembre, les États-Unis et le comité de sanctions chargé de la Libye du Conseil de sécurité des Nations unies adoptent des sanctions contre Ibrahim Jadhran avec un gel des avoirs et une interdiction d'entrée[8],[15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Libye: les combats dans le croissant pétrolier perturbent la production de brut, Géopolis Afrique avec AFP, 15 juin 2018.
  2. a b c d e f g h i j k l et m Célian Macé, Libye : Haftar attaqué dans le croissant pétrolier, Libération, 15 juin 2018.
  3. a et b Libye: les forces de Haftar à la reconquête du Croissant pétrolier, AFP, 21 juin 2018.
  4. a et b En Libye, nouveaux combats autour de terminaux pétroliers, Le Monde avec AFP, 14 juin 2018.
  5. a et b Frédéric Bobin, En Libye, le maréchal Haftar à la reconquête du Croissant pétrolier, Le Monde, 22 juin 2018.
  6. a b c d et e Libye: les forces de Haftar se lancent à la reconquête du Croissant pétrolier, AFP, 21 juin 2018.
  7. a et b Combats en Libye: pertes « catastrophiques » dans le Croissant pétrolier, AFP, 18 juin 2018.
  8. a et b Sanctions américaines contre un chef de milice libyen, VOA avec AFP, 12 septembre 2018.
  9. Les forces pro-Haftar reprennent deux terminaux pétroliers en Libye, France 24 avec AFP et Reuters, 21 juin 2018.
  10. Libye: les forces d'Ibrahim Jadhran en déroute, RFI, 23 juin 2018.
  11. a et b Libye: Khalifa Haftar, maître du croissant pétrolier, RFI, 26 juin 2018.
  12. Libye : le maréchal Haftar remet les terminaux pétroliers aux autorités parallèles, Jeune Afrique avec AFP, 25 juin 2018.
  13. a et b Laurent De Saint Perier, Pétrole : en Libye, des majors sur la réserve, Jeune Afrique, 17 octobre 2018.
  14. Libye : le maréchal Haftar rend la gestion des terminaux pétroliers à Tripoli, Jeune Afrique avec AFP, 11 juillet 2018.
  15. Libye – Placement sous sanctions d’Ibrahim Jadhran (12 septembre 2018), France Diplomatie, 12 septembre 2018.