Obélisque du Vatican

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Obélisque du Vatican
0 Place Saint-Pierre - Vatican.JPG
Obélisques
Commanditaire
Matériau
Inscriptions
Hauteur actuelle
25 m
Emplacement d’origine
Emplacement actuel
Ordonnateur
Date d’installation
37 puis 1586
Coordonnées
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L'obélisque de la Place Saint Pierre, au Vatican.

L'obélisque du Vatican est un obélisque égyptien, transporté à Rome par Caligula pour orner la spina de son nouveau cirque du Vatican. Il se trouve aujourd’hui au centre de la place Saint-Pierre.

Origine de l’obélisque[modifier | modifier le code]

L’absence d’inscriptions hiéroglyphiques fait que l’on en est réduit à des conjectures. L’obélisque pourrait être originaire d’Héliopolis (pylône du temple de ), et attribuable au roi Amenemhat II (-XIXe siècle)[1].

Transport à Rome[modifier | modifier le code]

Situation de l'obélisque sur la spina du Circus Vaticanus, par rapport à la basilique constantinienne

Il aurait été transporté à Alexandrie, sur l'ordre d’Auguste, jusqu’à un forum Augustum nouvellement construit. C'était devenu une coutume de rapporter de tels monuments à Rome en guise de trophées, pour les dresser devant des temples, des mausolées ou pour orner la spina des cirques. Mais, semble-t-il, on ne trouva pas le moyen, à l’époque, de faire prendre la mer à cet énorme monolithe, nettement plus volumineux que ceux jusqu’alors transportés à Rome.

Ensuite, les faits deviennent sûrs : c’est Caligula qui, en 37, fit transporter l'obélisque pour le dresser au milieu de la spina du cirque du Vatican, alors en construction. Pline l’Ancien rapporte qu’il fallut construire un navire de mer, le Mirabilis Navis, d’une taille encore jamais vue (104 m de long[2]), puis que celui-ci servit un peu plus tard pour une opération de travaux portuaires inédite : le navire, lesté de lourds enrochements, fut immergé pour constituer les fondations sous-marines du grand môle du port de Claude, à Ostie. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des vestiges de ce môle et du navire, sur un terrain situé dans l'enceinte de l’aéroport de Fiumicino.

Debout au côté de la basilique[modifier | modifier le code]

L'obélisque avant son déplacement, tel que l'imaginait Pieter Jansz Saenredam (1629).

L’emplacement du cirque de Caligula avant sa démolition est bien connu : sa spina, dont l’obélisque marquait le centre, ne se trouvait qu’à quelques mètres du flanc sud de la basilique Saint-Pierre. Toute la partie nord des gradins se trouvait alors à l'emplacement de l'actuelle basilique.

L’obélisque, lui, eut un sort des plus heureux, puisqu’il est le seul, dans la ville romaine, à n’être jamais tombé. Il resta fièrement dressé à sa place d’origine qui selon une tradition immémoriale, marquait le lieu approximatif du martyre de l'apôtre Pierre, à quelques mètres au sud du chevet de la basilique constantinienne, puis de l’actuelle. On a retrouvé, lors de fouilles, les vestiges de son soubassement, près de l'actuelle sacristie.

Le centre de la place Saint-Pierre[modifier | modifier le code]

Détail des ornements (lions, aigles et guirlande florale) de la base de l'obélisque. On distingue une des dédicaces de Caligula[note 1].
Sphère en bronze qui renfermerait les cendres de César.

Délaissés au Moyen Âge, les obélisques furent oubliés voire renversés, à l'exception de celui du Circus Vaticanus car il avait été le témoin du massacre des Chrétiens. Situé derrière le transept sud de l'ancienne basilique de Constantin, il faisait partie du circuit de pèlerinage de Rome. Connu comme l'« aiguille de Rome », l'« aiguille de Saint Pierre » voire comme l'emplacement du « tombeau de César », il était surmonté d'une sphère en bronze surmontée d'une pointe qui aurait enfermé, selon la légende, les cendres de Jules César[note 2]. D'autres légendes voulaient que cet obélisque ait été extrait par le roi Salomon ou qu'il ait été transporté à Rome en une seule nuit par le poète Virgile. Au cours des siècles, il fut partiellement enterré par exhaussement du sol. Cet emplacement primitif est marqué aujourd'hui par une plaque sur le sol, place des Protomartyrs entre la basilique actuelle et le Cimetière teutonique[3].

Quatre papes eurent l'idée de le transporter ailleurs : Nicolas V, celui de tous qui eut le plus d'imagination, voulait le poser sur les épaules de quatre statues colossales, et le surmonter d'une statue de bronze du Christ tenant sa croix ; tous ces projets manquèrent par la timidité des architectes ou des papes. Michel-Ange refusa de se charger de l'entreprise sous Paul III, et le devis de Camillo Agrippa fit reculer Grégoire XIII[4].

Moins facile à s'effrayer, c'est le pape Sixte Quint qui décida de transporter et restaurer ces symboles de l'Antiquité afin de les mettre en évidence devant les principaux édifices religieux romains, affirmant ainsi sa puissance. Il ouvrit un concours, choisit le plan de Domenico Fontana[5], ancien compagnon maçon, et s'y attacha contre l'avis de tout le monde avec d'autant plus de chaleur qu'on en jugeait l'exécution impossible[6].

Du piédestal sur lequel repose l'obélisque à la place qu'il occupait alors, on mesure huit cent trente-trois pieds et demi (300 m). Il s'agissait d'abord de saisir cette masse énorme dont on évaluait le poids à 750 tonnes, de la soulever et de l'amener au milieu de la place Saint-Pierre[note 3]. Fontana y parvint au moyen d'un solide appareil qui se composait de huit mâts liés par de forts madriers et des bandes de fer, et posés debout. Ils soutenaient quatre poutres à l'épreuve sur lesquelles s'enroulaient des câbles dont on entoura l'obélisque. Cette machine, appelée castello (« château »), était manœuvrée par six forts cabestans[6].

Le 30 avril 1586, on l'arracha de sa base antique. Fontana enleva pour cela 4 gros tenons de bronze réutilisés pour l'ancrer sur la nouvelle base, les tenons étant dissimulés par quatre lions coiffés d'une étoile à sept branches, armoiries de Sixte V. Le 7 mai on entreprit de le traîner vers l'emplacement actuel. Il fallut trente sept jours pour lui faire franchir une distance qui occuperait à peine pendant quelques heures les ouvriers modernes. Tout l'été fut employé en préparatifs ; enfin, le 10 septembre, cent soixante chevaux attelés à quarante cabestans, et neuf cents hommes marchant au son de la trompette et s'arrêtant à celui de la cloche, enlevèrent l'immense bloc, et le laissèrent retomber sur son piédestal[6]. Un incident (légendaire ?) aurait menacé cette opération : les cordes retenant l'obélisque avaient commencé à se distendre. Alors que le pape avait imposé un silence absolu (sous peine de mort pour celui qui désobéirait) pour que les hommes puissent entendre les commandements, le capitaine de marine Benedetto Bresca (it) cria alors « Acqua alle funi ! » ( « De l'eau aux cordes ! ») si bien que les cordes mouillées se rétrécirent et reprirent de la tension[note 4]. L'inauguration eut lieu le 26 septembre 1586 : le pape exorcisa ce symbole païen en faisant graver quatre inscriptions sur les flancs de son piédestal et surmonter son pyramidion d'une croix de bronze qui couronnait les montagnes Peretti et une étoile, emblèmes héraldiques du pape[7]. En 1589, il aurait[note 5] fait déposer dans le bronze des reliques de la Vraie Croix, favorisant à nouveau les pèlerinages[8].

Inscription sur le piédestal[note 6].

Encouragé par ce relevage réussi, Sixte remit sur pied trois autres obélisques. L'un, qu'il transporta sur la place de Sainte-Marie-Majeure, ornait jadis l'entrée du Mausolée d'Auguste. Brisé et à moitié enfoui sous les ruines devant le mausolée d'Auguste, il rappelait là tristement les désastres de Rome. Les autres, enterrés également, depuis des siècles, sous les débris du Circus Maximus, étaient rompus en trois endroits. Sixte en fit rejoindre habilement les morceaux, il érigea le plus grand devant Saint-Jean-de-Latran, et celui qui paraît le plus remarquable par ses hiéroglyphes, au milieu de la Piazza del Popolo. En relevant ces colonnes de la vieille Égypte sur les places de Rome moderne, Sixte leur imposa le baptême chrétien, et les décora de la croix. Par cet emblème particulièrement utilisé lors de la Contre-Réforme, il purifiait ces monuments de la superstition païenne, et il consacrait le triomphe du christianisme, ainsi qu'il le dit éloquemment sur la face orientale de l'obélisque : « Voici la croix du Seigneur : fuyez ; anciens ennemis, le lion de la tribu de Juda vous a vaincus »[6].

Ce n'est qu'un siècle après, en 1660, que Le Bernin réaménagea la place Saint-Pierre sous l'aspect que l'on connaît aujourd'hui, avec ses deux colonnades identiques au nord et au sud, autour du monolithe historique. En 1713, le pape Innocent XIII orna les quatre côtés de la base de l'obélisque par les animaux correspondant à ses armoiries, des aigles couronnés en bronze, enchâssés dans une guirlande florale. En 1817, l'astronome Filippo Gigli conçut au pied du monolithe une rose des vents et un cadran solaire[9].

Depuis 2009, la place Saint-Pierre est restaurée. L'obélisque dont le granite est noirci par les coulures de bronze, et les lampadaires en fonte datant de 1852 qui l'entourent sont intégrés à ce vaste projet de restauration[10].

Poids, dimensions[modifier | modifier le code]

Il est constitué de granite rouge de Syène (Assouan). Sa hauteur atteint vingt-cinq mètres trente six : il est par sa taille le deuxième obélisque après celui du Latran, transporté à Rome trois siècles plus tard.

Son poids est estimé à 750 tonnes[6].

Épigraphie[modifier | modifier le code]

L'obélisque du Vatican est dépourvu de toute inscription hiéroglyphique égyptienne, mais il n'est pas strictement anépigraphe : il comporte sur deux de ses faces une dédicace à Auguste et à Tibère, due à Caligula.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. DIVO CAESARI DIVI IVLI F(ILIO) AVGVSTO
    TI(BERIO) CAESARI AVGVSTI F(ILIO) AVGVSTO
    SACRVM
    « Au divin César Auguste, fils du divin Jules, à Tibère César Auguste, fils du divin Auguste ».
  2. Cette sphère décorait la balustrade du Capitole jusqu'en 1850 et est depuis conservée dans le musée du Capitole. Sa surface est criblée de balles tirées par les Landsknechts de Charles Quint lors du sac de Rome en 1527.
  3. Placé dans l'axe central de l'ancienne façade, l'obélisque est aujourd'hui décalé de 4 mètres de l'axe central de nouvelle façade de Saint-Pierre construite au XVIIe siècle.
  4. En récompense, la famille Bresca originaire de Ligurie eut le privilège de fournir les palmes à la basilique Saint Pierre chaque dimanche des Rameaux, tradition perpétuée jusqu'à aujourd'hui, la Ligurie fournissant toujours les palmes.
  5. Un travail de restauration en 1740 a montré l'inexistence de ces reliques.
  6. CHRISTVS VINCIT / CHRISTVS REGNAT / CHRISTVS IMPERAT / CHRISTVS AB OMNI MALO / PLEBEM SVAM / DEFENDAT
    « Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande, que le Christ préserve son peuple de tout mal ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) James Noel Adams, Bilingualism and the Latin Language, Cambridge University Press, , p. 571
  2. Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, 1998, p. 325
  3. (de) Géza Alföldy, Der Obelisk auf dem Petersplatz in Rom. Ein historisches Monument der Antike, Universitatsverlag Winter, , p. 229
  4. J.-J. Gloton, « Les obélisques romains de la Renaissance au néoclassicisme », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 73,‎ , p. 440
  5. Domenico Fontana, « Della trasportatione dellªobelisco Vaticano et delle fabriche di Nostro Signore Papa Sisto V », Rome, Domenico Basa, 1590
  6. a, b, c, d et e Jean-Bernard Mary-Lafon. Rome ancienne et moderne depuis sa fondation jusqu'à non jours. Furne, 1852 (Livre numérique Google)
  7. J.-J. Gloton, op. cité, p. 451
  8. Christian Delacampagne, La louve baroque, Grasset, , p. 107
  9. (it) Gabriella Delfini, San Pietro. La Basilica, la Piazza, Flli. Palombi, , p. 34
  10. Stéphane Ghez, documentaire « Au cœur du Vatican » sur France 3, 5 mars 2014, 6 min 30 s.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]