Numérotation des immeubles de Paris

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Une plaque classique de numéro d'immeuble, en faience bleue et blanche

La numérotation des immeubles de Paris date de 1507 mais ne se généralise qu'à la fin du XVIIIe siècle. La numérotation actuelle date du décret du .

Premiers essais[modifier | modifier le code]

Bien qu'on fasse souvent commencer la numérotation des maisons de Paris avec la construction du pont Notre-Dame en 1507 et la numérotation des soixante-huit maisons qui y furent édifiées, celle-ci semble n'avoir été que provisoire puisque ces maisons ne furent bientôt plus identifiées que par leurs enseignes[1]. Sans doute s'agissait-il d'un inventaire établi par la ville sur des maisons qu'elle possédait. La numérotation des maisons de Paris débute plutôt avec la déclaration du 28 septembre 1728 qui, autorisant les tanneurs à construire des maisons sur les bords de la Bièvre, ordonnait leur numérotation, et surtout avec la déclaration du 29 janvier 1729 qui avait pour but d'éviter la prolifération des maisons dites "à porte cochère", c'est-à-dire des logements, hors des enceintes de la ville. Elle prescrivait qu'un numéro devait être porté sur un pied-droit des portes, lequel numéro était enregistré dans un but de contrôle pour lutter contre les constructions illégales[2]. Un essai fut tenté en 1765 dans les rues nouvelles ouvertes autour de la nouvelle Halle au blé (actuelle Bourse de commerce de Paris), mais en l'absence de textes administratifs, on en ignore le but[3]. La numérotation en 1768 des maisons des villes abritant des troupes ne concerna pas Paris qui disposait de casernes.

Le premier numérotage[modifier | modifier le code]

L'agrandissement de la ville et l'accroissement de sa population finirent par rendre indispensable l'identification des immeubles. C'est Marin Kreenfelt de Storcks, chargé d'affaires de l'Électeur de Cologne et éditeur de L'Almanach de Paris[4] qui établit en 1779 un projet de numérotation (dit « numérotage royal ») approuvé par les autorités. Jusqu'en 1789, il fit poser à ses frais des numéros sur les maisons, et ce malgré l'opposition de propriétaires souvent méfiants. Les uns voyaient dans ce recensement l'annonce de taxes nouvelles, et les personnages importants supportaient mal que leurs nobles demeures s'inscrivissent dans une numérotation continue qui les plaçait sur un pied d'égalité avec les masures du peuple[5]. Cette numérotation était continue sur un côté de la rue et continuait sur le côté opposé, sans notion de côté pair et impair, le premier numéro faisant donc face au dernier, et l'on numérotait les portes, et non les maisons[6].

Révolution[modifier | modifier le code]

Une nouvelle numérotation (dit numérotage révolutionnaire ou numérotage sectionnaire) fut instituée par le décret du 23 novembre-1er décembre 1790. Il avait pour but un recensement des citoyens soumis à l'impôt et non la commodité de l'orientation, ce qui explique sans doute son incohérence. Chacune des quarante-huit sections décidant de sa mise en œuvre, le résultat fut catastrophique : on pouvait trouver le même numéro plusieurs fois dans une rue, les changements de sections créaient des ruptures dans la série, certaines numérotations étaient continues de rues en rues à l'intérieur d'une même section. La minuscule rue de l'Échelle comportait ainsi un numéro 5650[7].

Numérotation actuelle[modifier | modifier le code]

C'est le décret du 4 février 1805 qui définit le système actuel :

  • Article 2. Ce numérotage sera établi par une même suite de numéros pour la même rue, lors même qu'elle dépendrait de plusieurs arrondissements communaux, et par un seul numéro qui sera placé sur la porte principale de l'habitation.
  • Article 4. La série des numéros sera formée des nombres pairs pour le côté droit de la rue, et des nombres impairs pour le côté gauche.
  • Article 5. Le côté droit sera déterminé, dans les rues perpendiculaires ou obliques au cours de la Seine, par la droite du passant se dirigeant vers la rivière[8], et dans le sens du cours de la rivière.
  • Article 7. Le premier numéro de la série, soit pair, soit impair, commencera, dans les rues perpendiculaires ou obliques, au cours de la Seine, à l'entrée de la rue prise au point le plus rapproché de la rivière, et, dans les rues parallèles, à l'entrée prise en remontant le cours de la rivière; de manière que, dans les premières, les nombres croissent en s'éloignant de la rivière, et dans les secondes, en la descendant."

La disposition des numéros est déterminée par la situation de la rue relativement à la Seine. Les rues sont parallèles, ou perpendiculaires, ou obliques à la rivière. Dans les rues parallèles, les numéros de la série commencent à l'entrée de la rue en amont de la Seine, et croissent dans le sens de son cours, exceptées[pourquoi ?] l'avenue Daumesnil et les rues de Reuilly, de Wattignies et de Picpus, toutes situées dans le 12e arrondissement. Les numéros pairs sont placés à la droite et les numéros impairs à la gauche du passant marchant dans le sens de ce cours, excepté le chemin du Parc de Charonne dans le 20° arrondissement. Dans les rues perpendiculaires et dans les rues obliques, le premier numéro de la série commence à l'entrée de la rue du côté le plus proche de la Seine, les numéros pairs commencent à la droite et les numéros impairs à la gauche du passant et croissent en s'éloignant de la rivière. L'art. 6 précise que dans les îles, le grand canal de la rivière coulant au nord détermine la position des rues. Dans les rues bordées en partie de propriétés non bâties, ou de maisons d'une grande étendue et susceptibles d'être divisées, on a réservé des numéros à raison de 1 pour chaque longueur de 15 mètres qui, en moyenne, est celle de la façade d'une maison à Paris.

Cette nouvelle numérotation fut rapidement effectuée durant l'été 1805. Ses principes sont toujours valables actuellement[9].

Les plaques[modifier | modifier le code]

Une plaque sur un immeuble haussmannien

Le décret du sur le numérotage des maisons prescrivait dans son article 8 que : « Dans les rues perpendiculaires ou obliques au cours de la rivière, le numérotage sera exécuté en noir sur un fond d'ocre; dans les rues parallèles il sera en rouge sur le même fond » et l'article 9 précise que : « Le numérotage sera exécuté à l'huile, et, pour la première fois, à la charge de la commune de Paris », tandis que l'article 11, qui met à la charge des propriétaires l'entretien et le remplacement des plaques, les autorise à en faire réaliser avec des matériaux plus durables, comme la tôle émaillée.

Ces plaques peintes, comme celles qui, la même année[10] furent imposées pour les noms de rues, s'abîmèrent rapidement. Les propriétaires les repeignaient parfois en d'autres couleurs plus visibles. Aussi, en application de l'arrêté du préfet de la Seine du 28 juin 1847 qui organisait une opération de renouvellement et de régularisation du numérotage, la ville opta-t-elle pour des plaques en porcelaine émaillée, cette fois établies sur un fond bleu avec chiffres blancs pour s'accorder au code de couleur imposé dans le même temps aux noms des rues. Ce matériau s'avéra assez solide pour que les plaques posées alors remplissent toujours parfaitement leur office. Il lui fut pourtant rapidement préféré, comme pour les plaques de rues, la tôle émaillée. L'arrêté préfectoral du 17 mars 1939 en impose d'ailleurs l'usage en rappelant l'obligation de chiffres blancs sur fond bleu d'azur. L'arrêté municipal du 27 septembre 1982, quant à lui, ajoute au numéro placé sur le chambranle de la porte un second emplacement situé à proximité de la sonnette. Malgré ces dispositions qui furent peu révisées, et qui précisaient la taille, la couleur et les modèles des plaques, la ville fit et fait toujours preuve d'une grande tolérance pour les numérotations originales, du moment qu'elles restent lisibles. La plupart des rues de Paris présentent ainsi de nombreux modèles, du plus luxueux au plus économique et du plus sobre au plus kitch.

alternative textuelle
Numéro d'immeuble intégré à la décoration de façade d'un immeuble du milieu du XIXe siècle

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris, art. Numérotage des maisons
  2. L'Almanach de Paris de 1772 indique que la plupart des maisons des faubourgs étaient numérotées
  3. Alfred Fierro, Histoire et mémoire du nom des rues de Paris, p. 339
  4. Un ancêtre du bottin « contenant les noms, qualités, demeures des personnes de condition dans la ville et les faubourgs de Paris »
  5. Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, chap. 170
  6. Choderlos de Laclos a proposé dans le Journal de Paris du 22 juillet 1787 un système de numérotation aussi logique que difficilement réalisable. Contenu dans un carré de 4000 toises de côté, Paris était divisé en 20 quartiers tracés en bandes égales partant de la Seine. Dans ces quartiers nommés a, b, c, etc, les rues étaient numérotées, de même que les immeubles dans les rues. Pour le sens des séries, on tenait compte du cours de la Seine et de la direction des rues, perpendiculaires ou parallèles au fleuve. Un immeuble b-23-12 pouvait donc être aisément localisé.
  7. Michel Fleury, Concordance entre la numérotation sectionnaire et la numérotation actuelle des 2466 maisons de Paris
  8. cette disposition est une erreur de rédaction, rectifiée par l'art. 7
  9. Avec des exceptions, par exemple pour les rues de Tilsitt et de Presbourg qui sont circulaires et pour les quais et autres rues qui n'ont qu'un seul côté
  10. Voir Dénomination des voies de Paris

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jurisprudence générale : Répertoire méthodique de législation (...). Paris : Dalloz, éd. 1863, article Voirie de terre, parag. 1699
  • Jeanne Pronteau, Le numérotage des maisons de Paris du XVe siècle à nos jours. Paris, 1966.
  • Michel Fleury, Concordance entre la numérotation sectionnaire et la numérotation actuelle des 2466 maisons de Paris. Paris : Commission du vieux Paris, 1995
  • Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris. Paris : R. Laffont (Coll. Bouquins), 1996
  • Alfred Fierro, Histoire et mémoire du nom des rues de Paris. Paris : Parigramme, 1999

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