Nuit et Brouillard (chanson)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Nuit et brouillard (chanson))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nuit et brouillard (homonymie).
Nuit et Brouillard
Chanson de Jean Ferrat
extrait de l'album Nuit et Brouillard
Sortie Décembre 1963
Durée 3:13
Genre Musique
Auteur Jean Ferrat
Compositeur Jean Ferrat

Pistes de Nuit et Brouillard

Nuit et Brouillard est une chanson de Jean Ferrat sortie en décembre 1963 sur l'album du même nom chez Barclay. Jean Ferrat en est l'auteur-compositeur-interprète.

Thème[modifier | modifier le code]

Commémorant les victimes des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale, Nuit et brouillard évoque également pour Jean Ferrat un drame personnel et douloureux, la disparition de son père, juif émigré de Russie et naturalisé français[réf. nécessaire], arrêté puis séquestré au camp de Drancy par les autorités allemandes, avant d'être déporté (le 30 septembre 1942) à Auschwitz[1], où il meurt le mois suivant[2]. Jean Ferrat avait alors 12 ans. Il voulait aussi rendre hommage aux victimes qui ont été déportées.

Le titre fait référence à la directive « Nuit et brouillard » signée en 1941 par Adolf Hitler, qui ordonne que les personnes représentant une menace pour le Troisième Reich ou la Wehrmacht dans les territoires occupés seront transférées en Allemagne et disparaîtront dans le secret absolu.

Ecrite en 1963 la chanson porte la marque de l’état des connaissances de l’époque sur la déportation mais aussi de l’engagement politique de Jean Ferrat. Au début des années 60 si le mécanisme de la déportation des résistants dans les camps de concentration est bien documenté, et connu par le grand public, il n’en est pas de même pour le génocide des Juifs. Dans les années 50 et 60 la concurrence mémorielle, en particulier entre gaullistes et communistes, fait porter les regards sur la résistance à l’occupant et sur le sort des résistants déportés. Malgré les ouvrages précurseurs de Léon Poliakov la spécificité de la Shoah est mal comprise et mal perçue. Les études universitaires sont balbutiantes et l’ouvrage fondateur de Raul Hilberg, la destruction des Juifs d’Europe, est paru très peu de temps avant, en 1961, aux Etats-Unis sans être traduit en Français. La double nature d’Auschwitz, à la fois camp de concentration et centre d’extermination brouille également cette perception. On retrouve cette confusion par exemple dans le film d’Alain Resnais, Nuit et Brouillard, sorti quelques années avant, en 1956, et qui marque l’opinion. La chanson de Jean Ferrat n’est donc pas une chanson sur le génocide des Juifs mais une chanson sur l’ensemble des déportations, Résistants et Juifs confondus. Si les Juifs sont bien évoqués avec le prénom « Samuel » ou la prière à « Jéhovah » il n’est nullement question par exemple des chambres à gaz et les miradors évoquent plutôt l’univers concentrationnaire que les centres d’extermination. Les origines juives de Jean Ferrat et le sort de son père ne doivent donc pas induire une lecture a posteriori qui en fait une chanson qui porte spécifiquement sur la Shoah. Compagnon de route du parti communiste il est par ailleurs logique que Jean Ferrat porte, au moins en partie, la mémoire de celui-ci, une mémoire plus politique et universaliste et ne s’inscrive pas dans une logique plus particulière de dénonciation du génocide juif.

Réception de la chanson[modifier | modifier le code]

L'heure étant à la réconciliation avec l'Allemagne, la chanson fut interdite à la radio et à la télévision où, sous l'influence directe de l'Élysée, elle fut fortement « déconseillée » par Robert Bordaz, directeur de l'ORTF. Elle passa tout de même un dimanche à midi sur la première chaîne, dans l'émission Discorama de Denise Glaser[3]. Le succès suivit, et Jean Ferrat reçut pour cette chanson le grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros en 1963. Ce fut le début du succès pour le chanteur.

Une polémique lancée par le directeur de la rédaction de L'Arche[modifier | modifier le code]

En 2005, dans un entretien accordé à la revue Nouvelles d’Arménie Magazine, le directeur de la rédaction de la revue L’Arche, Meïr Waintrater, observe que dans les paroles de la chanson l'identité juive des victimes n'est pas affirmée, et ajoute : « Pourtant, je me souviens que j’étais à l’époque très content de cette chanson et [que] ma génération l’a accueillie avec soulagement. ». Meïr Waintrater ayant affirmé à la fin de l'interview qu'aujourd'hui « un tel texte serait attaqué pour négationnisme implicite », Jean Ferrat lui répond dans une lettre ouverte qu'il se « demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si [ces] propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie. ». Il en profite cependant pour regretter « de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tziganes », entérinant donc l'idée que « Samuel » et « Jéhovah » désignent bien les victimes juives de la déportation[4].

Meïr Weintrater maintiendra sa position dans plusieurs publications référencées sur son blog, déclarant toutefois qu'il n'a jamais voulu accuser Jean Ferrat d'antisémitisme[5].

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]