Nu descendant un escalier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Nu descendant un escalier n°2
Artiste
Date
janvier 1912
Technique
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
146 × 89 cm
Localisation
Numéro d’inventaire
1950-134-59Voir et modifier les données sur Wikidata

Nu descendant un escalier n° 2 est un tableau de Marcel Duchamp peint en janvier 1912. Il fit scandale lors de son exposition à l'Armory Show de New York en février-mars 1913, mais consacra la gloire de Marcel Duchamp et marqua le début de l'art moderne aux États-Unis.

Composition[modifier | modifier le code]

Marcel Duchamp entame la composition de cette toile en novembre 1911, alors qu'il travaille au milieu d'une communauté d'artistes, le groupe de Puteaux : il commence par une série d'esquisses, et finit par livrer deux versions. C'est la seconde, la plus aboutie, qui fut exposée. Elle porte la marque d'une transition stylistique, Duchamp étant attiré par le cubisme et les expériences futuristes. À Puteaux, il est aux côtés entre autres d'Albert Gleizes, de son frère Raymond Duchamp-Villon, deux artistes dont les travaux sont marqués par le cubisme. Comme source possible du motif principal — une femme nue descendant un escalier —, se trouve être un poème de Jules Laforgue[1].

Ce tableau de Duchamp n'est pas le premier au monde à exprimer la décomposition du mouvement : en effet, et à titre d'exemple, un tableau comme Il Lavoro (ou La città che sale), d'Umberto Boccioni fut présenté au public à Milan à la Mostra d'arte libera[2] à partir du 30 avril 1911.

Exposition[modifier | modifier le code]

Le Nu descendant un escalier n°2 est exposé pour la première fois au Salon des indépendants à partir du 20 mars 1912 : le jury, composé entre autres de Gleizes, Jean Metzinger, Henri Le Fauconnier et Fernand Léger, n'apprécient pas cette toile, qui ne correspond pas selon eux aux canons esthétiques du cubisme, et la retirent des cimaises. En France, le tableau fut exposé pour la dernière fois lors du salon de la Section d'or en octobre.

Duchamp est sollicité par les organisateurs américains d'une grande exposition internationale d'art : en février 1913, le Nu, accompagné de trois autres pièces, est exposé à l'Armory Show : le 5 mars, Frederic C. Torey, marchand d'art de San Francisco, l'acquiert pour 324 dollars, grâce à Walter Pach ; ce dernier réussit à faire que la toile soit revendue au collectionneur Walter Arensberg six ans plus tard. Elle demeura donc aux États-Unis, après qu'elle a été exposée à Chicago et Boston (mars-mai 1913)[3].

Aujourd'hui, elle figure dans les collections du Philadelphia Museum of Art.

Description[modifier | modifier le code]

Cet article ou cette section peut contenir un travail inédit ou des déclarations non vérifiées (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).

Vous pouvez aider en ajoutant des références. Voir la page de discussion pour plus de détails.

Nu descendant un escalier : le titre du tableau confère à l'œil humain la vision d'une silhouette descendant un escalier. Cependant, il reste très difficile ici de cerner un nu, qu'il soit féminin ou masculin. Les formes humaines semblent être composées de prismes juxtaposés, décomposant un mouvement de descente d'escalier qui débute en haut à gauche pour se finir dans le coin en bas à droite de la toile. Aucun environnement, aucune profondeur, aucun aménagement de plan ne nous permettent de situer une scène où un personnage anonyme et asexué est censé descendre (plutôt que monter) un escalier qui débute on ne sait où pour finir nulle part. Seul le travail sur un dégradé de couleurs peut susciter une émotion visuelle.

Suggérant un nu, non anatomique mais artistique, cette œuvre de Marcel Duchamp met le spectateur en face d'une représentation qu'il connaît d'instinct, ne suscitant chez lui aucun intérêt. Cependant cette œuvre lui donne une vision décomposée du mouvement humain qui peut être confondu avec celui d'une simple machine.

L'évolution technologique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle suscite dans les mentalités un mépris de l'homme pour l'homme qui est considéré comme un objet, une sorte de robot qui répète sans cesse les mêmes mouvements - dont on peut décomposer les attitudes et analyser le fonctionnement. On parle alors de déshumanisation. La démarche du peintre est donc ici à visée philosophique. Elle permet de remettre en cause la nature même de l'être humain et de ses rapports avec le monde qui l'entoure, grâce aux fonctions de communication et communion que permet l'art. L'œuvre est donc une contestation significative de l'auteur…

Propos de l'artiste[modifier | modifier le code]

Woman Walking Downstairs (1887), étude photographique composée par Eadweard Muybridge, citée par Duchamp lors d'un entretien[4].

Marcel Duchamp distingue deux états de son œuvre. Il déclara au sujet de la deuxième version[5] :

« Cette version définitive du Nu descendant un escalier, peinte en janvier 1912, fut la convergence dans mon esprit de divers intérêts, dont le cinéma, encore en enfance, et la séparation des positions statiques dans les chronophotographies de Marey en France, d'Eakins et Muybridge en Amérique.

Peint, comme il l'est, en sévères couleurs bois, le nu anatomique n'existe pas, ou du moins, ne peut pas être vu, car je renonçai complètement à l'apparence naturaliste d'un nu, ne conservant que ces quelque vingt différentes positions statiques dans l'acte successif de la descente.

Avant d'être présenté à l'Armory Show de New York en 1913, je l'avais envoyé aux Indépendants de Paris en février 1912, mais mes amis artistes ne l'aimèrent pas et me demandèrent au moins d'en changer le titre. Au lieu de modifier quoi que ce fût, je le retirai et l'exposai en octobre de la même année au Salon de la Section d'or, cette fois sans opposition. (...)

Je me sentais plus cubiste que futuriste dans cette abstraction d'un nu descendant un escalier : l'aspect général et le chromatisme brunâtre du tableau sont nettement cubistes, même si le traitement du mouvement a quelques connotations futuristes. »

Commentaires[modifier | modifier le code]

Cet article ou cette section peut contenir un travail inédit ou des déclarations non vérifiées (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).

Vous pouvez aider en ajoutant des références. Voir la page de discussion pour plus de détails.

Le nu est un objet de représentation codifié répondant à certains critères. Or, ici, le nu ne pose pas mais est montré dans une figuration de mouvements. Il y a donc une rupture avec le code du nu classique. Cette peinture renvoie en fait aux codes de la représentation cubiste tout en s'en écartant un peu.

On y retrouve en effet des compositions, des formes, une volonté de faire valoir des géométries, des figures, deux aspects simultanés d'une figure dans l'espace. Une chose est cependant inattendue : il y a un certain dynamisme, alors que les cubistes prônent une forme figée. Dans l'œuvre de Duchamp, ce n'est plus l'artiste qui se déplace autour de l'œuvre afin de le montrer sous toutes ses faces mais le sujet qui se déplace et dont le mouvement est décomposé par le peintre, comme dans l'œuvre de Giacomo Balla Dynamisme d'un chien en laisse. C'est donc en quelque sorte une contestation du cubisme. Cette volonté de saisir le mouvement renvoie au futurisme (né en Italie autour du poète Marinetti) et sera une des premières ruptures produites par Duchamp dans l'esthétique moderne[6].

Cette œuvre de Duchamp, par son sujet, semble en même temps défier le futurisme qui prévoyait dans son Manifeste technique de la peinture futuriste de 1910 « l'interdiction pour dix ans du nu dans la peinture ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Duchamp, la peinture même, dossier pédagogique, Centre Pompidou, en ligne le 17 janvier 2016.
  2. (it) Manifesti futuristi par Guido Davico Bonino, BUR-Rizzoli, 2009, page en ligne.
  3. (en) American Artists, Authors, and Collectors: The Walter Pach Letters 1906-1958, en ligne le 17 janvier 2016.
  4. Souvenirs de Marcel Duchamp : Entretiens avec Pierre Cabanne, Paris, Somogy Éditions d'Art, 1995 (ISBN 2-85056-234-3), index et suiv.
  5. Marcel Duchamp, « À propos de moi-même », dans Duchamp du signe, Paris, Flammarion, 1994, p. 222
  6. Notes tirées du cours d'analyse des institutions culturelles, donné par Pascal Durand, professeur à l'Université de Liège.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]