Nouchi

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Le nouchi (ou Noussi) est une forme d'argot présente en Côte d'Ivoire et en Afrique de l'Ouest.

Origine[modifier | modifier le code]

Le nouchi (ou noussi) est un mélange de français et de plusieurs langues de Côte d'Ivoire, il est apparu au début des années 1980[1]. Il était à l'origine parlé par des jeunes citadins mal scolarisés ou délinquants, ne maîtrisant pas bien la langue française. Le Nouchi était pratiqué par eux surtout aux abords des marchés, des gares, des cinémas avant d'être véhiculé dans la plupart des couches sociales. De langue des petits voyous, le Nouchi est devenu la langue de la comédie populaire ivoirienne, voire de la musique ivoirienne. C'est aussi la langue la "débrouille" dans les quartiers pauvres d'Abidjan. « Nou », en malinké, signifie « le nez », tandis que « chi » veut dire poil. Cela donne en un mot, « poil de nez » donc « moustache » pour designer le méchant, à qui tout le monde voulait ressembler. Un « nouchi », c’est un homme fort (notamment un chef bandit mexicain des westerns qui est souvent un moustachu ), craint de tous et qui n’a peur de rien ni de personne[2]. Le nouchi a notamment été popularisé par la chanson Premier gaou du groupe Magic System[3].

Description[modifier | modifier le code]

Le nouchi est né en Côte d’Ivoire, mais on ignore cependant qui en détient la paternité. Cette langue se nourrit des nombreux dialectes du pays et du français. Les locuteurs de cette langue sont appelés "nouchis".

Le nouchi se distingue néanmoins du langage familier en Côte d'Ivoire. Pour le langage familier, les phrases seront dépourvus de leurs articles, et des adverbes du type « là » viennent ponctuer les fins de phrase.

Beaucoup de termes du nouchi visent à évoquer des phénomènes de société propres à la Côte d'Ivoire.

Le nouchi évolue en permanence, au fil des mots créés par les nouchis eux-mêmes. Ainsi, les termes gaou (plouc) et agbolo (costaud) sont des néologismes relativement récents.

Les bases[modifier | modifier le code]

Le nouchi est au départ une sorte de créole de français et de mots tirés de langues locales — utilisé essentiellement par les jeunes Soussous, originaires de Guinée, qui vivaient dans les quartiers défavorisés d'Abidjan, ainsi que par les membres de gangs. Par la suite, le nouchi va « s'ivoiriser » et s'enrichir de mots empruntés aux différentes langues ivoiriennes et d'autres vocables inventés.

Construction des phrases[modifier | modifier le code]

Le nouchi est une langue qui se base sur des phrases courtes ou des adjonctions de termes tirés du vécu de la rue, de l'anglais, du français et des ethnies ivoiriennes ou même de celles de la sous-région ouest-africaine. Cependant on note des expressions propres aux nouchis et aux ziguéhis (les bad-boys des ghettos abidjanais) tels que : "têguê", "gbôlô" ou "daba le gaou" (tabasser quelqu'un) "daba mon garba" (manger mon attiéké à la friture de poisson thon); d'une part "daba" ou "gbolo" signifie "frapper, cogner ou vaincre" et d'autre part, il signifie manger. Dans le second registre, il faut le comprendre dans le sens d'avoir de l'appétit au point de finir toute son assiette. Des termes sont parfois utilisés de façon péjorative, il s'agit entre autres de "gaou", "gnata", "albert" et "brézo". Le gaou, c'est la personne naïve; cet état est moins grave que celui de gnata. Ce dernier présente une difficulté d'adaptation. L"albert" ou le "brézo", c'est celui qui perdure dans l'inadaptation. La formation des expressions est illimitée et se développe aux gré des événements heureux ou malheureux. C'est une langue en pleine expansion en Côte d'Ivoire, qui inspire et s'inspire de la culture populaire.

Origine des expressions[modifier | modifier le code]

Fortement basé sur le français, il utilise des mots anglais et espagnols[4], insérés par les élèves, avec des mots issus de presque toutes les langues parlées en Côte d'Ivoire. On doit cependant noter une forte dominance du Malinké et du Baoulé[5], ethnies les plus représentées sur les marchés et les places populaires.

Le nouchi a aussi la particularité de varier selon les milieux et évoluer très vite, en s’inspirant de l’actualité.

Exemples[modifier | modifier le code]

Voici quelques mots spécifiques[6],[7] :

  • Bingue : Terme désignant la France ou un pays occidental
  • binguiste ou binguiss : Ivoirien vivant ou ayant vécu en Occident
  • boucantier : personne frimant avec des marques de luxe, partageant son argent à qui veut au cours d'une virée
  • chap chap : rapidement, vite
  • couper, mettre gorge ou loger : duper, arnaquer, prendre de l'argent à quelqu'un
  • craz (avoir la), ou avoir la sangrèa : avoir faim, très faim
  • daba : frapper, manger
  • damer : laisser tomber, abandonner
  • dêmin-dêmin : se débrouiller
  • dja : tuer (ex : "Je vais te dja")
  • dja (2) : mourir (ex : "Il a dja"), dormir (ex : "Il est en train de dja")
  • Dja : hé Dieu
  • djandjou ou kpôklé : fille aux mœurs légères
  • djandjouya : comportement de djandjou
  • djossi : petit boulot (contrat temporaire)
  • douf : tuer
  • prendre dra : se taper la honte, comprendre ("il a pris dra de notre petit jeu" : "il a compris notre petit jeu")
  • (s')enjailler : (s')amuser, (se) faire plaisir
  • être fan de quelqu'un (prononcé [fã]) : être amoureux d'une personne
  • faroter : frimer
  • fer  : arme à feu, véhicule
  • ya foye, ya fohi : d'accord, ok (littéralement : "Il n'y a rien")
  • gaou : bouffon, « has been »
  • garba : plat d'attiéké accompagné de thon fri
  • gbagbo (1) : mouchoir servant à éponger la sueur (comme celui utilisé par Laurent Gbagbo lorsqu'il gagbotait beaucoup)
  • gbagbo (2) : bassine en plastique solide ("Comme Laurent Gbagbo") utilisée par les villageois pour transporter leurs produits (notamment les fèves de cacao entourées de mucilage après cabossage)
  • lunettes gbagbo (3) : lunettes aux verres de forme ronde (un peu comme les lunettes "à la John Lennon")
  • gbagboter : marcher sur une longue distance (comme Laurent Gbagbo du temps où il dirigeait les mouvements d'opposition dans les années '90)
  • gbass : mauvais sort
  • gbasser : envouter quelqu'un à partir de rites de sorcellerie
  • gbata, piol, piste : maison, habitat
  • gbô : manger, le poing (prends mon gbô = cognons nous les poings)
  • gbonhi : groupe d'amis ou de collègues, compagnie
  • gnan : ignorer (ex. je gnan sur la gomi = j'ignore la jeune fille)
  • gnanhi : une cougar
  • gnata : bouffon, « has been »
  • go : fille[8]
  • gombo : petit boulot (tâche ponctuelle)
  • gomi, péhi sœur : jeune fille
  • gougnon : sorcier, jaloux
  • goul : bus
  • goumin-goumin : chagrin d'amour
  • grè : faire l'amour, coucher avec quelqu'un (j'ai gré cette personne)
  • guimero : voyou
  • kpakpato : commère, personne qui colporte des ragots
  • kpata : joli(e), élégant(e)
  • kpé, lalé, besclar, bigo : téléphone portable
  • kpetou : sexe féminin
  • yé suis kpin : je suis présent
  • mougou : faire l'amour
  • mousso, boi : Femme[9]
  • noutsi : bandit
  • petit pompier  : gigolo qui sort avec la femme d'un riche
  • recruter : draguer
  • soayé : traitre, homme décevant
  • sôssôrôh : sorcier
  • soutra : dépanner, aider quelqu'un
  • vié pére : grand frère, doyen
  • warren : taxi communal
  • wôtrô : pousse-pousse à deux roues servant au transport de marchandises
  • yakô : "Courage, tiens bon" expression utilisée pour exprimer sa compassion, en cas de décès d'un proche, de maladie ou autre malheur
  • zooh : joli(e), élégant(e)
  • 007 : une orange[10]
  • moro : 5 francs CFA
  • grosse : 25 francs CFA
  • sogban : 75 francs CFA
  • plon, togo, mambi : 100 francs CFA (ex. j'ai payé un pain à plon = j'ai acheté un pain à 100 francs CFA)
  • gbèssè : 500 francs CFA
  • bâ ou bar : 1 000 francs CFA
  • bar fils : 1 500 francs CFA
  • chelsea : billet de 2 000 francs CFA[11]
  • gbonhon ou key : 5 000 francs CFA
  • rougeau ou arobase : 10 000 francs CFA
  • une brique : un million de francs CFA
  • mougou mougou : la petite monnaie, le reste
  • Fé : arme à feu
  • Zé (abréviation de Zégèn),
  • tika : bien habillé
  • dédja : ouvrir, déshabiller
  • dèbè : tomber
  • mon mogo ou mon badé : mon ami, mon pote
  • un zidane : un coup de tête
  • un materazzi : une provocation
  • masser : donner une bonne râclée[12]
  • Rienneux : Personne sans argent, très pauvre, expression péjorative[13]
  • je suis piqué : je n'ai plus d'argent
  • atalaku : action qui consiste à faire l'éloge de quelqu'un
  • agbolo : Terme qui désigne une personne avec une physiologie imposante
  • comporta : Action de se comporter : verbe désignant une personne condescendante
  • teuheu : frapper, tuer, faire un carton (djo le son làh va teuheu = mon ami ce son va faire un carton, un malheur)
  • floko : mensonge
  • globole : grossesse
  • crapkpas : Ennuis, problèmes
  • être au soleil : avoir des problèmes[14]
  • kramgba, au cohi : quelqu'un qui s'incruste, qui n'a pas l'intention de bouger
  • ropero : Quelqu'un qui suit une personne pour son argent, personne qui recrute des filles pour des passes avec de grandes personnalité
  • Koutrou : le patron, le boss
  • djaprapanpali : un discours donné par une personne
  • kessia ? : qu'est-ce qu'il y a ?
  • Otro : un hôtel
  • fraya, glisser, tchinguin, gagner temps, glissé, béou : fuir
  • décaler,mettre dedans,béhou : prendre la fuite, laisser en plan
  • fougninnin : moquerie, se moquer de quelqu'un
  • discour massandjé : discours à dormir debout, parole sans importance
  • fousseni : foutaise (pehi go la ! elle a les fousseni hein ! = cette fille a les foutaises)
  • djon gninin : foutaise (go a les diongninin = la fille a les foutaises)
  • Je suis popodipo = Je suis installé , Je suis présent , qui n'a pas l'intention de bouger
  • Faut te mouu = Il faut te calmer
  • Les fistines = Les petites sœurs
  • Fouhintus : tout petit (péjoratif), insignifiant
  • un ken = une affaire , une histoire
  • Etre moisi, piqué ou en galère = Etre pauvre
  • yè té kouman dé kèkèchoz = je voudrai te dire quelque chose
  • ti connin affaire làh ! = tu maîtrises le sujet

Exemple de conversation en nouchi (Noussi)[modifier | modifier le code]

Conversation en nouchi entre 3 interlocuteurs (en Côte d'Ivoire)

Cette conversation simule une scène au cours de laquelle un chauffeur de gbaka, véhicule de transport en commun, et son apprenti sont sur le point de se faire racketter par un agent de police véreux :

  • Le policier : Hééééé !! Apprenti donne moi mes deux togo moi je vais gagner en temps.
  • Le chauffeur : Apprenti viens prendre djêh là tu vas lui donner dis lui que j'ai togo seulement s'il veut pas il n'a qu'à laisser.
  • L'apprenti : Chef pardon faut sciencé j'ai togo seulement on vient de sortir comme cela on n'a pas encore eu bon mangeman donc faut fait ça à cause de God.

Traduction :

  • Le policier : Héééé, l'apprenti !, donne-moi mes deux cent francs que je m'éclipse.
  • Le chauffeur : Apprenti !, viens prendre l'argent ; tu vas le lui remettre et lui dire que j'ai cent francs ; s'il n'en veut pas, qu'il laisse tomber.
  • L'apprenti : Chef !, s'il te plaît, comprends-moi, j'ai [seulement] cent francs. On vient à peine de sortir ; on n'a pas fait bonne recette, alors accepte-ça pour la grâce de Dieu.

Langage d’une génération[modifier | modifier le code]

Le nouchi, tout en s’inspirant du français, magnifie aussi les langues africaines (telles que le dioula, le baoulé, le bété, l’attié...) qui ont besoin d’être promues car de plus en plus délaissées par la jeunesse. Awoulaba est un terme tiré du groupe ethnique Akan qui désigne la plantureuse femme africaine. Exemple tiré d’une chanson populaire : « Bôtchô, awoulaba. Qui n’aime pas ça ? » (Une paire de fesses, une jolie nana... Qui n’aime pas ça ?). Autre exemple : « Une gnanhi qui est enjaillée des kpêkpêros » signifie « Une femme adulte qui aime les jeunes gens ».

Le Nouchi est aussi un langage de jeunes. Parler Nouchi traduit le fait qu’on est « branché ». Pour illustration, un étudiant évoluant en dehors de la Côte d’Ivoire pendant l’année scolaire s’attachera à se renseigner sur les dernières expressions à la mode pour ne pas se faire traiter de gaou (comprendre péquenaud en Nouchi).

Le nouchi dans la société[modifier | modifier le code]

Le nouchi permet aux jeunes de tous bords ethniques de communiquer et de se comprendre aisément, une façon de mondialisation en Côte d'Ivoire.

Le nouchi dans les médias[modifier | modifier le code]

Internet[modifier | modifier le code]

Dédié à la promotion de l’expression africaine sur Internet, le site www.nouchi.com propose d’explorer les ressources du français africanisé.

Télévision et radio[modifier | modifier le code]

  • La télévision est plutôt méprisante face au nouchi et ne favorise pas sa promotion. Il n'existe que peu de programmes en nouchi. Quelques rares animateurs notamment de La Première et TV2 l'utilisent : Marcelin Govoei ou Didier Bléou.
  • Il existe des chaînes de radio émettant exclusivement en nouchi, notamment à Abidjan.

Presse écrite[modifier | modifier le code]

Outre les magazines people tels que Declic'Mag ou Topvisages (magazine qui réalise le plus de tirage en Côte d'Ivoire) qui emploient le nouchi, le journal Gbich écrit exclusivement dans cette langue et permet de faire la satire et la caricature de la société et du monde politique[15].

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

La bande dessinée Aya de Yopougon retrace la vie quotidienne d'une jeune abidjanaise de la fin des années 70, et une place importante y est accordé au nouchi[16].

Les ambassadeurs du nouchi[modifier | modifier le code]

Dans la musique[modifier | modifier le code]

Dans la musique ivoirienne, on retrouve les représentants du nouchi plutôt dans le style zouglou et rap, moins dans le coupé-décalé

Dans le cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Camille Roger Abolou, Les français populaires africains : franco-véhiculaire, franco-bâtard, franco-africain, Paris, Éditions L'Harmattan, , 216 p. (lire en ligne), p. 101
  • Hervé Bourges, L'Afrique n'attend pas, Actes Sud, , 184 p. (ISBN 978-2-330-00305-0, lire en ligne)
  • Germain-Arsène Kadi, Le champ littéraire africain depuis 1960 : Romans, écrivains et sociétés ivoiriens, Paris, Éditions L'Harmattan, coll. « Palinure », , 264 p. (présentation en ligne), p. 150-158
  • (de) Sabine Kube, Gelebte Frankophonie in der Côte d'Ivoire: die Dimensionen des Sprachphänomens Nouchi und die ivoirische Sprachsituation aus der Sicht abidjaner Schüler, Münster, LIT Verlag,
  • Haby Niakaté, « Côtre d’Ivoire : savez-vous parler nouchi ? », Jeune Afrique.com,‎ (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jeune Afrique, « Parlez-vous nouchi ? », sur http://www.jeuneafrique.com,‎ (consulté le 12 avril 2014)
  2. Noël Kouassi Ayewa, « Mots et contextes en FPI et en nouchi », Actes des 7ème Journées scientifiques AUF-LTT,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  3. [vidéo]Arnaud Contreras et Jean-Philippe Navarre, « Le français est une chance (4/4) : « Le Nouchi, un Français copié décalé » », sur http://www.franceculture.fr,‎ (consulté le 12 avril 2014)
  4. « Parlez-vous nouchi ? », sur http://cursus.edu,‎ (consulté le 12 avril 2014)
  5. Michelle Tanon-Lora (sous la dir. de), Identités individuelles, identités collectives, Paris, Éditions L'Harmattan, , 244 p. (lire en ligne), p. 114
  6. « Dictionnaire Nouchi/Franaçais », sur http://www.nouchi.com (consulté le 12 avril 2014)
  7. Gbich, « Dictionnaire Nouchi/Français », sur http://www.gbich.com (consulté le 12 avril 2014)
  8. Weblogy Group Ltd., « Moine », sur www.nouchi.com (consulté le 26 juin 2015).
  9. Weblogy Group Ltd., « Mousse », sur www.nouchi.com (consulté le 26 juin 2015).
  10. Ce terme se réfère à l'indicatif de la société orange cote d'ivoire 07.
  11. Ce terme se réfère à la couleur du maillot principal de l'ancien club de Didier Drogba,le club Londonien de Chelsea. En effet,comme le maillot de Chelsea,le billet de 2000 Francs CFA est bleu.
  12. Weblogy Group Ltd., « Masser », sur www.nouchi.com (consulté le 26 juin 2015).
  13. Weblogy Group Ltd., « Rienneux », sur www.nouchi.com (consulté le 26 juin 2015).
  14. Weblogy Group Ltd., « Être au soleil », sur www.nouchi.com (consulté le 26 juin 2015).
  15. Arte, « Le dictionnaire Nouchi de Gbich! », sur http://afrique.arte.tv (consulté le 12 avril 2014)
  16. Falila Gbadamassi, « Aya de Yopougon », sur http://www.afrik.com,‎ (consulté le 12 avril 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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