Noua Dreaptă

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Noua Dreaptă
Image illustrative de l'article Noua Dreaptă
Logotype officiel.
Présentation
Président Tudor Ionescu
Fondation 2000
Positionnement Extrême droite
Idéologie Néo-légionarisme
Néofascisme
Irrédentisme
Distributionnisme
Affiliation européenne Front national européen (jusqu'en 2009)
Couleurs Vert, noir
Site web http://nouadreapta.org

La Nouvelle Droite (en roumain : Noua Dreaptă, est un petit parti politique d'extrême droite, nationaliste et xénophobe[1], comprenant en 2014 entre 1 000 et 2 000 membres[2], actifs en Roumanie et Moldavie.

Statut et histoire[modifier | modifier le code]

Fondé en 2000 mais resté informel, le mouvement n'a pu devenir un parti politique qu'en 2015[3] lorsque la loi no 14/2003, modifiée le 10 juin 2015, a abaissé de 90% le nombre minimum de membres et de parrainages[4]. Mais il ne peut toujours pas participer aux élections en raison de l'art. 30, alinéa 7 et de l' art. 40 alinéas 2 et 4 de la Constitution de la Roumanie, qui interdit cette participation aux mouvements prônant la haine et/ou la discrimination raciale, de classe, religieuse ou sexuelle[5]. Or la Nouvelle droite se réclame des idéaux de la Garde de fer (« mouvement légionnaire » de la Roumanie de l'entre-deux-guerres) de sinistre mémoire historique, équivalent roumain des mouvements comme le Franquisme espagnol, l'Action française, le RNP, le PPF et la Milice en France ou le Rexisme en Belgique[6].

En mai 2006, des dizaines de membres de la Nouvelle Droite ont été arrêtés par la police après avoir tenté de perturber violemment la GayPride de Bucarest. La police a également utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser contre-protestataires dirigées par des individus identifiés comme membres de la Nouvelle Droite[7].

Le 15 mars 2008, jour de la fête nationale hongroise, la Nouvelle Droite organise un rassemblement anti-hongrois à Cluj, certains de ses membres ont frappé un jeune de la minorité hongroise[8]. Deux députés de l'Union démocrate magyare de Roumanie hongrois exigent alors l'interdiction du mouvement qu'ils accusent d'être une résurgence de la Garde de fer.

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'idéologie de la Noua Dreaptă s’inspire du « légionarisme » de la Garde de fer des années 1930 et de son leader Corneliu Zelea Codreanu[3],[9]. C'est un mélange, inspiré des idées de Charles Maurras, de nationalisme militant (postulant les ethnies comme l'équivalent social des espèces biologiques), d'intégrisme religieux orthodoxe, et de protochronisme, courant d'idées pseudo-historique qui remonte aux délires mystico-mythologiques de Nicolae Densușianu (début du XXe siècle) mais qui a été largement promu tant par la Garde de Fer, que par le « Pétain roumain » : le maréchal Antonescu et plus récemment par le dictateur « national-communiste »[10] Nicolae Ceaușescu. Les historiens Neagu Djuvara et Florin Constantiniu discutent le qualificatif de « fasciste » communément appliqué à cette idéologie. Il y a certes des points communs (justification de la violence politique, culte d'un État autoritaire, culte du chef, xénophobie, antisémitisme, mépris et haine contre les Roms), mais la Noua Dreaptă, comme d'ailleurs l'ancienne Garde de Fer, est sans animosité envers les bourgeois, les intellectuels ou les propriétaires, pourvu qu'ils soient « roumains de souche », et c'est avant tout un mouvement intégriste chrétien.

Le site web de la Noua Dreaptă indique une nette hostilité aux Roms, à l'avortement, au communisme, à la mondialisation, à l'Union européenne, à l'OTAN, aux groupes religieux autres que l'Église orthodoxe roumaine, au métissage ethnique et culturel, à l'autonomie territoriale pour la minorité hongroise de Roumanie. Ils prétendent être à la fois contre le marxisme et le capitalisme, en proposant un concept de l'économie de « justice sociale », après la troisième idéologie terciériste. Très homophobe, la Noua Dreaptă postule que seul serait « naturel » le modèle familial promu par l'Église : un couple hétérosexuel monogame à vocation reproductrice[11].

Programme, buts et actions[modifier | modifier le code]

La Noua Dreaptă a un programme social et économique dont l'ambition est de limiter les excès du capitalisme en favorisant les PME et les artisans plutôt que les grandes entreprises, en encadrant le crédit et en interdisant l'achat de terres agricoles par des entrepreneurs étrangers notamment américains, russes et chinois.

Les points défendus par la Noua Dreaptă sont :

L'objectif politique ultime déclaré de Noua Dreaptă est de restaurer la « Grande Roumanie », qui de la Première à la Seconde Guerre mondiale a englobé plus de 95% des roumanophones, ce qui n'était le cas ni avant, ni depuis. Le groupe indique également qu'il est fortement opposé aux principes de la démocratie représentative, qu'il considère comme une forme « insuffisante » du gouvernement, « ouvrant la porte à toutes les corruptions, les concussions, les compromissions ». Il milite pour le démocratie directe en utilisant les moyens technologiques modernes. Certains membres sont monarchistes.

Certains membres ont également recours à la violence : des incidents ont été signalés impliquant spécifiquement les attaques physiques par des membres du parti contre des mormons[1] et des homosexuels[7].

Entre autres actions, l'organisation tente d'attirer des partisans à travers des campagnes de contestation de certaines festivités qu'il considère soit comme perverties (campagnes commerciales de Noël commençant à la mi-novembre) soit comme étrangères au patrimoine culturel roumain, comme Halloween ou la Saint-Valentin.

Noua Dreaptă dans la culture[modifier | modifier le code]

Du point de vue symbolique, bien que la Nouvelle Droite roumaine affirme combattre l'« américanisation » et la mondialisation, son logo est une... croix celtique. Sa couleur est noire avec un liséré blanc, comme l'était la croix de fer sur les flancs des chars d'assaut et des avions allemands. Le fond vert rappelle celui du logo de la Garde de fer (que le mouvement aurait aimé utiliser, mais qui est légalement interdit).

Du point de vue historique, outre ses postures protochronistes, la Noua Dreaptă s'affirme en accord avec les affirmations de certains exégètes de la Shoah en Roumanie, comme Raul Hilberg[12], Radu Ioanid[13], Carol Iancu[14] ou les préfaciers de la version française de l'ouvrage de Matatias Carp Cartea Neagră (« Livre noir »[15]), qui pensent que cette tragédie (que la Noua Dreaptă qualifie de « purification ethnique ») résulterait moins du contexte historique que d'un « antisémitisme profond du peuple roumain » lui-même[16]. Mais cette posture idéologique partagée par des antisémites et des exégètes de la Shoah, est largement réfutée dans les urnes, depuis 1990 que la Roumanie est démocratique, car le candidat socialiste ex-communiste Ion Iliescu et ses successeurs l'ont très largement emporté (de 85% et 65% des voix) aussi bien face à la droite libérale (qui n'a emporté les présidentielles que 2 fois en plus d'un quart de siècle) que surtout face aux nationalistes de la Noua Dreaptă et du Parti de la Grande Roumanie (et il en est de même au Parlement).

Du point de vue musical, la Noua Dreaptă a son propre groupe de rock : Brigada de Asalt (« brigade d'assaut »), connu pour diffuser des messages ultranationalistes et haineux dans ces chansons (que lui-même qualifie de « coups d'aiguillon pour réveiller la nation »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Country Reports on Human Rights Practices », sur U.S. Department of State, (consulté le 14 décembre 2015)
  2. Henri Deleersnijder, Démocraties en Péril: L'Europe face aux dérives du National-Populisme, Renaissance du Livre (ISBN 9782507052195, lire en ligne)
  3. a et b (ro) « Partidul Noua Dreaptă, lansat ieri | », sur www.punctul.ro, (consulté le 8 novembre 2015)
  4. Désormais, 3 membres suffisent pour une fondation comme association, et pour présenter des candidats, 100 en milieu rural, 500 en milieu urbain non municipal, 1000 dans les municipalités : voir [1]
  5. [2]
  6. Alexander E. Ronnett, (en) The « Legionary » movement and the romanian nationalism, Romanian-American National Congress, 1995, (ISBN 0-8294-0232-2)
  7. a et b (ro) « Gay Parade - de la timiditate la cafteala », sur HotNewsRo, (consulté le 14 décembre 2015)
  8. « Hulala - L'extrême-droite roumaine a organisé une manifestation anti-hongroise à Cluj-Napoca », sur Hulala, (consulté le 14 décembre 2015)
  9. « Roumanie : l’extrême droite dépassée », sur liberation.fr,
  10. « National-communisme » est une expression due à l'historienne française Catherine Durandin.
  11. L'idée que seul un couple hétérosexuel monogame à vocation reproductrice serait « naturel » est contraire aux constats des naturalistes lesquels trouvent dans la nature une variété d'orientations, de fonctions et de pratiques sexuelles, reproductives (ou non), familiales, claniques et d'élevage (ou non) des juvéniles, bien supérieure à la diversité des sociétés humaines : voir Jean Génermont, Une histoire naturelle de la sexualité - plus d’un milliard d’années d’évolution, Éditions Matériologiques, Coll. Sciences et Philosophie, 2014, 375 pages; (ISBN 9782919694754).
  12. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, coll. Folio 2006
  13. Radu Ioanid, La Roumanie et la Shoah, MMSH Paris 2002, (ISBN 2-7351-0921-6)
  14. Carol Iancu, La Shoah en Roumanie, Université de Montpellier 2000
  15. Matatias Carp, Le Livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie 1940-1944, Denoël 2009
  16. Cette posture idéologique résulte du rapprochement des textes antisémites et des crimes commis par chaque pays dans les années 1930-1940 : on peut l'appliquer à la plupart des nations européennes, dont la Belgique rexiste ou la France de Vichy.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]