Notre maison brûle et nous regardons ailleurs

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L'incendie de maisons de fortune en Afrique du Sud.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » est une courte phrase que prononça Jacques Chirac, président de la République française, en ouverture du discours qu'il fit devant l'assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le à Johannesburg, en Afrique du Sud, et qui sert à présent à désigner cette prise de parole.

En se référant en particulier au réchauffement climatique, la déclaration du chef de l'État français fait à la fois le constat de la destruction de la Nature et la critique de l'indifférence des habitants de la Terre face à cette catastrophe qui mettrait pourtant à l'épreuve et en danger l'espèce humaine tout entière. Selon les commentateurs, qui apprécièrent les intentions de l'orateur, mais qui regrettèrent aussi sa prise de conscience tardive, elle ne fut que très peu suivie d'effet de la part de ce dernier, de son audience et de ses cibles. Le même voyage permit à Jacques Chirac et au Premier ministre britannique Tony Blair d'amorcer une collaboration qui finit par déboucher sur la mise en place de la taxation des billets d'avion pour financer l'aide au développement.

Historique[modifier | modifier le code]

La phrase « Notre maison brûle… » a été écrite par Jean-Paul Deléage (physicien, géopoliticien, maître de conférences aux universités d'Orléans et de Paris, militant et historien de l'écologie[1]) spécialement pour le discours du président français de l'époque, à ce sommet mondial[2]. Cette phrase a été inspirée[réf. nécessaire] par la chanson Beds are Burning de Midnight Oil en 1986 (extrait : « How do we sleep while our beds are burning »). À l'époque, l'Australie était en proie aux feux de forêt. Le réchauffement climatique en était la cause selon les militants écologistes[réf. nécessaire].

Contexte[modifier | modifier le code]

Le discours de Jacques Chirac a lieu le lundi 2 septembre devant l'assemblée plénière de la troisième édition de ce que l'on nomme communément les Sommets de la Terre, laquelle a commencé le lundi 26 août et doit s'achever le mercredi 4 septembre. L'homme s'exprime à la tribune alors qu'il vient d'être réélu Président de la République française le 5 mai précédent au terme d'une élection durant laquelle l'environnement n'a tenu qu'une place secondaire et qui est surtout marquée par la présence du candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen au second tour, ce sur quoi se focalisent les médias nationaux durant les semaines qui suivent.

En route pour le sommet, Jacques Chirac s'arrête à Ndjamena, au Tchad, le dimanche 1er septembre. Il rencontre Idriss Déby Itno et s'entretient avec lui de la situation régionale et des relations bilatérales avant de l'inviter en France et de reprendre l'avion pour le sommet[3]. L'Airbus présidentiel atterrit sur la base aérienne de Waterkloof aux alentours de 21 heures 30, et le Président s'installe à l'hôtel Sandton Hilton une demi-heure plus tard[4].

Ce n'est pas la première fois que Jacques Chirac se retrouve en Afrique du Sud en tant que chef de l'État français : en juin 1998, il a effectué une visite d'État de deux jours dans ce pays du 26 au 28. Cependant, s'il a rencontré Nelson Mandela à cette occasion, il n'a pas visité Johannesburg[5], où a lieu le sommet.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le passage le plus célèbre du discours de Jacques Chirac est constitué par les quelques phrases liminaires :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l'admettre. L'humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. »

Il énumère ensuite les grands problèmes environnementaux et de développement humain qui se posent continent par continent. Citée la première, l'Europe frappée par des catastrophes naturelles et des crises sanitaires. En Amérique du Nord, l'économie américaine souvent « boulimique en ressources naturelles » et « atteinte d'une crise de confiance dans ses modes de régulation ». L'Amérique latine qui voit resurgir « la crise financière » et ses contrecoups sociaux. De son côté, l'Asie menacée d'empoisonnement par une pollution qui s'étend et menace, ce dont témoignerait, selon Jacques Chirac, « le nuage brun ». L'Afrique quant à elle est « accablée par les conflits, le sida, la désertification, la famine ». Pour finir, il cite certains États insulaires menacés de disparition du fait du réchauffement climatique[6].

Commentaires et analyses[modifier | modifier le code]

Jacques Chirac (à droite) en 2002 avec George W. Bush (à gauche), une cible indirecte de son discours de Johannesburg.

Les commentateurs du discours considèrent généralement qu'il constitue une description exacte de la situation en cours en matière d'environnement. Pourtant opposé à Jacques Chirac sur de nombreuses questions, le Parti communiste français estime par exemple que par son biais la France a eu raison, a trouvé « les mots justes »[7].

Cependant, les raisons qui poussent les uns et les autres à juger le contenu du discours positivement divergent, et le PCF y voit par exemple un véritable diagnostic porté par la France dans « une arène onusienne » et qui « tranchait avec la suffisance des États-Unis, champions toutes catégories en matière de pollution mais refusant de ratifier le protocole de Kyoto »[7].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après coup, plusieurs commentateurs soulignent que ni Jacques Chirac, ni les personnes qui l'écoutaient ou qu'ils visaient implicitement n'ont procédé à des mesures drastiques en faveur de l'environnement. Aussi écrivent-ils plusieurs textes en détournant la formule pour indiquer que le feu brûle toujours et/ou qu'untel ou untel regarde toujours ailleurs.

Selon le Parti communiste français, ainsi,

« la formule de Jacques Chirac au Sommet de la Terre est entrée dans le triste placard des phrases sans lendemains et des occasions perdues[7]. »

De fait, peu après le sommet, Jacques Chirac avait déjà déclaré qu'il savait que l'impact de la rencontre internationale serait réduit, si ce n'est en matière de sensibilisation :

« les textes du sommet sont ce qu'ils sont. Ils ont une portée limitée, peut-être, mais incontestablement ils sont un moment de prise de conscience et une avancée. C'est bien ce que l'on attendait de ce sommet difficile[8]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notre maison brûle !, Samson Florence, préface d'Axel Kahn, Theles, janvier 2006 (ISBN 978-2847766127). Cet essai est une extrapolation du discours du Président de la République. Il revient sur les moments forts de l'histoire contemporaine en abordant plusieurs thématiques : guerres, attentats extrémistes, religions, écologie, découvertes scientifiques et leurs incidences sur l'environnement.
  • Dol est une bande dessinée de Philippe Squarzoni publiée en 2006 par Les requins Marteaux. C'est une critique de la politique française des années 2000 et notamment un bilan de la politique de Jacques Chirac. À la fin de la création de l'album, Philippe Squarzoni analyse la politique environnementale du président et les enjeux derrière cette phrase courte, et décide d'en faire un album entier, Saison Brune. L'auteur a reçu en 2012 le prix Léon de Rosen par l'Académie française pour sa contribution à la compréhension et à la diffusion des valeurs que recouvre la notion de respect de l'environnement.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]