Notre-Dame de Kibeho

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Notre-Dame de Kibeho
Image illustrative de l’article Notre-Dame de Kibeho
Notre-Dame des Douleurs, vocable sous lequel la Vierge s'est présentée à Kibeho
Apparition mariale
Autres noms Mère du Verbe
Vénéré à Sanctuaires de Kibeho, Drapeau : Rwanda Rwanda
Vénéré par l'Eglise catholique
Fête 28 novembre
Attributs Vierge noire, vêtue de bleue et tenant un chapelet de Notre-Dame des Douleurs

Notre-Dame de Kibeho est le nom sous lequel est invoquée la Vierge Marie telle qu'elle serait apparue à trois jeunes filles à Kibeho, petit village du sud du Rwanda, du 28 novembre 1981 au 28 novembre 1989. Ces apparitions, dont le message porte sur la prière et sur une guerre prochaine (génocide rwandais), ont d'abord été l'objet de méfiance de la part de l'entourage des présumées voyantes.

En 2001, la reconnaissance officielle de ces apparitions par l'Église catholique[1] renforce le succès populaire de ce qui devient un grand centre de pèlerinage connu dans le monde entier.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premières apparitions à Alphonsine[modifier | modifier le code]

Dans la journée du 28 novembre 1981, une jeune élève du collège de Kibeho, Alphonsine Mumureke, prétend voir une Dame d'une beauté incomparable qui se serait présentée à elle comme la "Mère du Verbe". Elle la reconnaît aussitôt comme la Vierge Marie. Le phénomène va se reproduire à de nombreuses reprises, que ce soit en privé ou en public. La Dame lui aurait demander de prier avec sincérité et l'aurait invitée à pousser ses compagnes à se convertir et à redoubler de foi[2].

Les premières réactions ne se font pas attendre. Elles sont pour la plupart méfiantes, notamment de la part des professeurs du collèges et des autres élèves. On dit d'Alphonsine qu'elle est folle ou même en proie à de mauvais esprits, à de la sorcellerie. Surtout que sa région natale serait connue pour compter de nombreux adeptes de la magie noire. On cherche alors des preuves pour démontrer que tout cela n'est qu'une supercherie. Au moment des extases, élèves comme professeurs ont le droit de procéder à tout type de tests sur Alphonsine pour la mettre à l'épreuve et ainsi vérifier si elle est vraiment dans un état extatique[2].

Comme on considère Alphonsine comme une hystérique ou une possédée, nombreux sont ceux qui prendraient plus au sérieux ces apparitions si la Dame apparaissait à d'autres élèves. Alphonsine aurait donc prié la Dame de se manifester à d'autres pour que tout le monde croie[2].

Apparitions à d'autres jeunes filles[modifier | modifier le code]

Rapidement, deux autres élèves du collège assurent avoir vu la Dame. Il s'agit de Nathalie Mukamazimpaka, à partir du 12 janvier 1982, et de Marie Claire Mukangango à partir du 2 mars 1982. L'opinion publique change progressivement. Nathalie est une jeune fille studieuse, discrète et pieuse, donc elle n'est pas folle et ne ferait certainement pas l'objet de possession. Quant à Marie Claire, c'est celle qui montait les autres élèves contre Alphonsine. C'est elle qui faisait courir des rumeurs de possession et de sorcellerie. Alors maintenant que elle aussi déclare voir la Dame, les professeurs sont consternés et les élèves du collège y croient de plus en plus[2].

Même si les critiques et la méfiance restent vives, un groupe d'élèves et de professeurs assistent à des réunions avec les présumées voyantes où l'on récite le chapelet[2]. Bientôt, la nouvelle se répand en dehors du collège et du village. On vient de la région entière pour voir ses présumées voyantes mais surtout assister aux apparitions publiques. Les 31 mai et 15 août 1982, on compte environ 10 000 personnes venus assister à aux présumées apparitions[2].

Les jours d’apparitions publiques, il n’y avait pratiquement pas d’extases en groupe et les trois voyantes ne les vivait pas en même temps ; au contraire, elles avaient chacune des apparitions individuelles, pendant que les deux autres chantaient des cantiques à la Vierge. La fin de l'extase se marquait généralement par une lourde chute[2]. Les visions sont parfois accompagnées de "voyages mystiques". En effet, Alphonsine comme Nathalie ont affirmé avoir voyagé avec la Vierge dans d'autres mondes dans des lieux similaires au purgatoire, à l'enfer ou au paradis. Ces "voyages mystiques" qui duraient de longues heures ont été suivis de prêt par une commission de médecins[2]. Les apparitions de Kibeho vont continuer jusqu'au 28 novembre 1989, date à laquelle Alphonsine vivra sa dernière apparition publique.

A partir de 1984, d'autres jeunes gens ont affirmé avoir des apparitions similaires aux trois jeunes filles mais elles n'ont pas été prises en compte par les autorités ecclésiastiques.

Phénomènes présumés surnaturels[modifier | modifier le code]

Les apparitions aux trois voyantes s'accompagne de phénomènes auxquels la science ne peut pas apporter d'explications. Notamment lorsque les jeunes filles sont en extase, devant le soleil pendant plus d'une heure, sans que leur rétine ne soit brûlée.

Ou alors lorsque la Dame leur demande de jeûner pendant plusieurs semaines. Les jeunes filles ne vont recevoir que la communion pendant la messe et quelques fois un peu d'eau bénite. Ces jeûnes vont être suivis de prêt par une équipe de médecins de l’Université Nationale du Rwanda. Or, ne pas manger ni boire sous le soleil provoque la mort au bout de six jours[2].

Un autre phénomène qui reste mystérieux : au moment des extases, les jeunes voyantes prennent du poids et sont impossibles à soulever. Deux médecins de la commission médicale tenteront de soulever Alphonsine pendant une apparition, sans succès[3].

Génocide rwandais[modifier | modifier le code]

Ossements de victimes du génocide au Rwanda.

Le 15 août 1982, les apparitions publiques des trois voyantes aurait été marqué par des visions effroyables. Alphonsine témoigne : alors que la Dame était en pleur, on vit alors un fleuve de sang, des personnes qui s’entretuent, des cadavres abandonnés sans sépulture, un arbre entièrement en feu, un gouffre béant, un monstre, des têtes décapitées"[2].

Ces visions reviendront dans différentes apparitions, notamment à Nathalie. Pour l'Eglise catholique, se visions se avérées prophétiques au vu du génocide vécu au Rwanda en 1994. A Kibeho même, 11 000 personnes vont être massacrées, et pour la plupart dans l'église paroissiale[4]. Marie Claire, la troisième présumée voyante, trouvera aussi la mort dans le génocide.

En 1995, Mgr Augustin Misago rappelle la stupeur générée par le récit des voyantes : «Maintenant nous pouvons dire qu’il y a eu une prédiction du drame rwandais, mais je me souviens que le 15 août 1982, à la fête de l’Assomption, les voyantes au lieu de voir la Vierge pleine de joie, ont été témoins de terribles visions, effrayantes, de cadavres d’où jaillissaient d’abondants flots de sang, laissés sans sépultures sur les collines. Personne ne savait ce que signifiaient ces terribles images. Maintenant on peut relire les événements et penser qu’elles pouvaient être une vision de ce qui est arrivé au Rwanda mais aussi dans la région des Grands Lacs où le sang coule, au Burundi, en Ouganda, et dans la République Démocratique du Congo»[3].

Message spirituel[modifier | modifier le code]

En concordant les messages que la Dame aurait transmis à Alphonsine, Nathalie et Marie Claire, le message spirituel de Kibeho peut se résumer à :

  • un appel à la conversion et à la sincérité de la prière
  • la tristesse de la Vierge en regardant le monde (les voyantes témoignèrent de ses pleurs). Elle leur aurait confié que le monde court à sa perte sans la conversion des cœurs.
  • souffrir pour le salut du monde. La Dame leur aurait dit : "Personne n'arrive au ciel sans souffrir"[2]
  • la récitation régulière du rosaire et remettre à l'honneur le chapelet de Notre-Dame des Douleurs
  • la construction d'une chapelle à Kibeho
  • prier pour l'Eglise

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Le 1er janvier 1988, l’archevêque de Kigali consacre le Rwanda à la Vierge et confie une commission d’enquête au père Augustin Misago, supérieur du séminaire de Butaré, entouré des théologiens de cette institution. Ses conclusions sont positives.

Le culte public est autorisé le 15 août 1988 par l'évêque de Butaré, Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi. Les apparitions ont été reconnues officiellement le 29 juin 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Emilie Brébant, La Vierge, la guerre, la vérité: approche anthropologique et transnationale des apparitions mariales rwandaises, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, , 554 p. (lire en ligne)
  2. a b c d e f g h i j et k Reconnaissance des apparitions à Kibeho
  3. a et b Prophéties : Kibeho
  4. Rémi Korman, « Rwanda (épisode 2) - Les Églises-charniers du génocide : le cas de Kibeho », Témoigner. Entre histoire et mémoire (n°118),‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]