Nosologie

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La nosologie (du grec nosos qui signifie maladie) est une branche de la médecine qui étudie les critères de classification des maladies tandis que les classifications en elles-mêmes concernent la nosographie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dès l'origine des langues grecques et latine, on trouve des noms de maladies, témoignant de la constitution très ancienne de certaines catégories nosologiques. La plus ancienne classification connue est une division tripartite mentionnée dans un poème de Pindare : les maladies qui apparaissent spontanément dans le corps, les traumatismes, et les maladies par influences externes saisonnières[1]. Il s'agit d'un critère de classification par origine selon le mode dehors/dedans.

Dans le traité hippocratique Des Maladies I, cette division se retrouve sous forme binaire : les maladies d'origine interne et les maladies d'origine externe (traumatisme, facteurs climatiques — excès de chaud, froid, sec, humide —).

Selon les textes, d'autres critères existent, comme la classification selon le siège du corps : maladies de la tête jusqu'au talon, a capite ad calcem. Les maladies sporadiques (affectant peu d'individus en tous lieux) sont distinguées des maladies épidémiques (individus en grand nombre en un même lieu). Le classement peut être fait selon le pronostic (maladies bénignes à mortelles ou facilement curables à incurables)[1].

Hippocrate distingue plus particulièrement les maladies aigües, mais la distinction autonome des maladies chroniques est plus tardive, développée dans les ouvrages d'Arétée, de Galien, et de Soranos[1].

Une des premières nosographies élaborées est celle de Galien. La classification se fait selon la prépondérance de l'une des humeurs constituant le corps : phlegmoneux, sanguin, biliaire, mélancolique. Pour les médecins de l'antiquité païenne toutes les maladies sont somatiques, les maladies de l'âme n'étant, selon eux, qu'une invention des philosophes et des moralistes[2].

Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Les auteurs arabes, comme Avicenne, affinent ces humeurs pour en faire des qualités primaires (froid, chaud, sec et humide) subdivisées en quatre degrés. En Islam comme en Chrétienté, les processus corporels ont une signification spirituelle, selon la dualité étroite âme / corps ou corps esprit. Pour Avicenne, les passions et les émotions participent aux maladies.

L'Occident médiéval reprend ces conceptions. Pour les médecins chrétiens, la maladie est aussi désordre moral, conséquence du péché originel. Les Pères de l'Église avaient réhabilité des notions magiques de médecine archaïque où la faute (violation d'un tabou) est remplacé par le péché. La doctrine chrétienne concilie une conception sémitique du péché avec la conception gréco-romaine de la nature (phusis). La maladie est conçue comme une unité psychosomatique, nécessitant un traitement double, moral et physique[2].

La scolastique médiévale est traversée par le problème des universaux. Pour les « nominalistes  », il n'existe en réalité que des malades, les maladies n'étant que des noms. Pour les « réalistes », les maladies sont des êtres réels et particuliers qui se manifestent par les malades. La thèse « réaliste » finit par s'imposer rendant possibles et nécessaires de nouvelles nosologies[2]

Renaissance et âge classique[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, Jean Fernel divise les maladies en deux groupes : celles qui affectent l'organisme entier ou n'ont pas de siège précis (par exemple les fièvres), et celles qui affectent un organe ou une partie du corps. Le premier groupe (maladies générales) se subdivise en groupes de symptômes reliés à des causes : altération de la « matière  », perversion de la « forme  », cause immatérielle affectant la « substance totale  » de l'organisme. Le second groupe (maladies localisables) se subdivise selon leur siège anatomique (pratique d'autopsies)[3].

Des tentatives semblables, mais basées principalement sur les symptômes, sont le fait d'un médecin clinicien anatomiste comme Félix Platter, ou d'un clinicien « épidémiologiste » comme Guillaume de Baillou qui forge le concept moderne de rhumatisme et rédige des éphémérides de maladies (observation régulière et prolongée des maladies dans un même lieu géographique)[3].

Au XVIIe siècle, Thomas Sydenham évoque la nécessité d'une classification des maladies en espèces bien définies à la façon des botanistes. Il s'inspire d'un empirisme méthodique qui lui permet de préciser les principes d'une telle classification. Toutefois il n'en propose aucune, estimant une telle entreprise prématurée pour les connaissances de son temps[4].

Lumières[modifier | modifier le code]

Le XVIIIe siècle est celui des premières nosologies modernes qui, vers la fin du siècle, rendront possibles les premières recherches statistiques épidémiologiques à l'échelle d'un pays[4].

Page de titre d'une édition 1772 en français (1772).

Linné réussit une première classification moderne, regroupant le règne animal (1735) et végétal (1737), mais sa tentative d'appliquer son système à la médecine (Genera morborum, 1763) est un échec[5].

C'est Boissier de Sauvages qui réalise un premier système nosologique, cohérent et apparemment satisfaisant pour la pratique médicale. La version définitive parait en 1763 sous le titre Nosologia methodica. Boissier de Sauvages s'inspire de la méthodologie clinique de Giorgio Baglivi, des principes de Sydenham, des apports de la botanique et de la physique de Newton[4].

Il classe ainsi les maladies par affinités symptomatiques (caractéristiques cliniques). Son système prend en compte 2400 espèces de maladies réparties en dix classes, subdivisées en sections et genres. Toutefois ces maladies sont en fait des syndromes, voire de simples symptômes[4]. Il reste cependant le point de départ des autres systèmes ultérieurs, malgré des reproches sur son caractère prolixe et mal ordonné[6].

En 1776, Jean-Michel Sagar, médecin slovène[7], publie un Systema morborum symptomaticum, basé lui aussi sur la seule clinique (empirisme pur).

À partir des années 1780, des systèmes nosologiques ajoutent d'autres critères, notamment anatomiques ou chimiques. Le plus réputé à cette époque est celui de Philippe Pinel présenté dans sa Nosographie philosophique (1798). Il divise les maladies en 6 classes, en combinant des critères cliniques, physiologiques et pathologiques.

D'autres auteurs proposent des classements fondés sur des doctrines médicales particulières qui se multiplient au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les premiers « utilisateurs » d'une nosologie pratique seront les dermatologues. En 1802, à Paris, Alibert est nommé médecin de l'hôpital Saint-Louis. Il se consacre aux maladies de la peau, pour devenir professeur de botanique et de thérapeutique. Il créé le terme de « dermatose », et s'inspire des travaux des botanistes pour présenter une classification. Il s'agit d'un « arbre généalogique des dermatoses » (1829), à 12 branches principales subdivisées en multiples rameaux.

L'utilisation courante d'une nosologie ne prendra place qu'à la fin du XIXe siècle.

Problématiques[modifier | modifier le code]

D'une façon plus générale, en médecine, la nosologie et la nosographie sont deux champs de la pathologie :

  • Le premier champ (la nosologie) constituant un discours complet sur la maladie prenant en compte la sémiologie (les symptômes), l'étiologie (l'origine de la maladie), la pathogénie (ou pathogénèse : mécanisme selon lequel un agent provoque une maladie).
  • Le deuxième champ nosographie définissant à l'aide des informations précises de la nosologie une classification méthodique des maladies. Elle est souvent remise en cause du fait des nombreuses découvertes concernant un virus, une bactérie ou une maladie mentale par exemple.

De ce fait, les maladies sont classées en fonction de leur étiologie (cause), de la pathogénèse et des symptômes. Alternativement, les maladies peuvent être classées en fonction du système d'organes impliqué, mais cela est souvent compliqué car de nombreuses maladies touchent plusieurs organes.

Un des principaux problèmes de nosologie est que les maladies ne peuvent souvent être définies et classées de façon claire lorsque la pathogénèse ou la causalité est inconnue. Ainsi, les termes du diagnostic sont souvent limités à des symptômes ou à des jeux de symptômes (syndromes).

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Mirko D. Grmek 1995, p. 222-224
  2. a, b et c Mirko D. Grmek 1995, p. 224-226.
  3. a et b Mirko D. Grmek 1997, p. 159-160.
  4. a, b, c et d Mirko D. Grmek 1997, p. 168-171.
  5. A. Basset, Histoire des maladies de la peau, Albin Michel / Laffont, , p.355-359
    dans Histoire de la Médecine. Tome IV.
  6. Renato G. Mazzolini, Les lumières de la raison, Seuil, (ISBN 978-2-02-115707-9), p. 106.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 2, De la Renaissance aux Lumières, M.D. Grmek (dir.).
  7. Il s'agit de Johann Baptist Michael Edler von Sagar (1732?-1813?).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes historiques[modifier | modifier le code]

  • Hippocrate (trad. Emile Littré, préf. Jacques Jouanna), La consultation, Hermann, (ISBN 2-7056-5996-X), « Traités nosologiques », p. 204-238
    textes choisis et présentés par Armelle Debru
  • Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine, par Philippe Pinel. Richard, Caille and Ravier, Paris, 1798.

Études[modifier | modifier le code]

  • Michel Foucault, Naissance de la Clinique, Paris, PUF, coll. « Galien », 1963.
  • François Dagognet, Le catalogue de la vie, Paris, PUF, coll. « Galien », 1970.
  • (en) Lester Snow King, Medical Thinking : a historical preface, Princeton University Press, 1982.
  • (en) Terra Ziporyn, Nameless Diseases, Rutgers University Press, (ISBN 0-8135-1800-8)
  • Mirko D. Grmek, Le concept de maladie, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1)
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 1, Antiquité et Moyen-Age.
  • Mirko D. Grmek, Le concept de maladie, Seuil, (ISBN 978-2-02-115707-9)
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 2, De la Renaissance aux Lumières.
  • Mirko D. Grmek, Le concept de maladie, Seuil, (ISBN 2-02-022141-1)
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 3, Du romantisme à la science moderne.
  • François Dagognet, Nosologie (article), Quadrige / PUF, (ISBN 2-13-053960-2), p. 794-797
    dans Dictionnaire de la pensée médicale, Dominique Lecourt (dir.).

Articles connexes[modifier | modifier le code]